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Sale temps pour les dictateurs

chaplin dictateur

Entre 1972 et le début de l’année 1981, les prix pétroliers avaient plus que quadruplé puisqu’ils étaient passés de 18 dollars pour atteindre 86 dollars le baril en janvier 1981, au démarrage de la Présidence Reagan. Ils avaient pourtant connu une stabilité remarquable ente 1950 et 1972 car ils s’étaient maintenus autour de 18 dollars. En réalité, le catalyseur de cette flambée des tarifs pétroliers fut l’effondrement du billet vert, principalement provoqué par les dérapages extrêmement coûteux de la guerre du Vietnam. Cette même période – soit les années 1970 – fut également l’apogée de la puissance soviétique, confortée bien-sûr par l’envolée des prix énergétiques. Le summum de leur influence étant matérialisée et attestée par une OPEP annonçant en décembre 1978 une majoration étalée sur douze mois de 15% des tarifs pétroliers, qui devait saper totalement la Présidence de Carter qui accéda au pouvoir en 1979, soit l’année de la chute du Shah et du démarrage de la guerre sanglante entre l’Iran et l’Iraq. Avec Khomeiny pour allié objectif ( comme on dit dans cette région: « les ennemis de mes ennemis sont mes amis » ), l’hégémonie de l’Union Soviétique était donc directement proportionnelle aux prix du pétrole.

 

Par la suite, ce n’est qu’à la faveur d’une combinaison gagnante Ronald Reagan-Paul Volcker que la détermination politique du premier et la lutte farouche du second (Président de la Réserve fédérale) contre la faiblesse endémique de sa devise que les prix du pétrole devaient connaître une chute spectaculaire. Le pétrole étant libellé en dollar, la remontée des taux américains – jusqu’au niveau historiquement record de 21.5% à fin 1980 – fut donc accompagnée d’une flambée du billet vert, d’un prix du baril revenu autour des 28 dollars vers la fin des années 1980, et d’une désintégration concomitante de l’Union soviétique. Pendant que Volcker faisait généreusement usage des formidables munitions de sa Fed afin de juguler l’inflation et de rétablir la crédibilité de sa monnaie, Reagan – pour sa part – exploitait habilement l’arme pétrolière pour précipiter le « Grand Satan » dans la banqueroute.

 

Avec l’implosion de la bulle des valeurs technologiques en 2000 et celle des subprimes en 2007, c’est l’action inverse qui fut entreprise par la Réserve fédérale, qui devait même se lancer en 2008 dans les baisses de taux quantitatives – c’est-à-dire dans la création monétaire intensive – afin de renflouer des acteurs économiques et un secteur bancaire grevés de dettes. Stimuli qui propulsèrent logiquement les prix du pétrole qui atteignirent 144 dollars le baril en Juillet 2008, à peu près au moment où Poutin se préparait à envahir la Géorgie… Du haut de la croissance russe de l’ordre de 7% entre 2000 et 2008, le Président Poutine était néanmoins parfaitement conscient que, les ressources naturelles constituant près du tiers du P.I.B. russe, le dynamisme économique de son pays fut quasi entièrement redevable à l’envolée des prix énergétiques pendant cette même période. C’est parce qu’il se rend compte que les tarifs énergétiques échappent totalement à son contrôle, et parce que le vent tourne aujourd’hui du fait d’une dépréciation spectaculaire des prix du baril, qu’il durcit le ton et accentue à l’intérieur sa propagande anti-occidentale.

 

De fait, une écrasante majorité de ses concitoyens est persuadée que la baisse conséquente des prix du pétrole ces derniers mois est la résultante de manipulations américaines et européennes face à ses expéditions militaires en Crimée et en Ukraine. Toujours est-il que la mièvre croissance russe attendue en 2015 à 1.2% est d’ores et déjà remise sérieusement en question car basée sur un baril à 100 dollars. Le budget annuel de l’Etat n’est-il pas dépendant – pour moitié au moins – des recettes gazières et pétrolières, elles mêmes également anticipées à 100 dollars le baril ? Les exportations russes ne dépendent-elles pas à près de 70% des hydrocarbures ? Malheureusement pour le peuple russe, son économie est donc sur le point de sombrer dans une récession sévère. Trente ans après Reagan, le pétrole reste une arme: la plus déterminante et la plus efficace pour venir à bout des dictateurs, et des terroristes levantins ayant fait main basse sur les réserves et puits de la région.

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