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Rouges de boues et de colère

Dans la lutte pour protéger l’environnement, on en voit vraiment de toutes les couleurs, et du côté des Calanques, c’est la couleur rouge qui domine : celles des boues toxiques, et celle de la colère des riverains qui ne comprennent pas pourquoi un gouvernement qui se prétend impliqué dans la défense de l’environnement, laisse faire pareil scandale.

Alors que les lobbys pétroliers, nucléaires, et les écologistes encartés pavoisaient à la COP 21, claironnant un accord virtuel qui limiterait le changement climatique, le gouvernement, organisateur de ces journées, autorisait discrètement l’entreprise Alteo à continuer son déversement de déchets toxiques.

Il faut savoir qu’à ce jour 20 millions de tonnes de boues rouges ont été déversées dans les calanques… polluant durablement les fonds marins.

Il est question d’un « tapis » de déchets toxiques qui le souillent quasi définitivement et qui s’étend sur 50 km…

Comment ne pas être alors scandalisés en apprenant que le contrat avec l’entreprise Altéo avait été renouvelé jusqu’en fin 2021, décision prise par le préfet, avec l’aval du gouvernement, malgré la promesse de Ségolène Royal de ne pas renouveler l’autorisation.lien

Comment un tel scandale a-t-il été possible ?

Comme la règlementation contraignait l’entreprise à cesser ses rejets toxiques en méditerranée au 31 décembre 2015, cette dernière a réalisé une installation comportant 3 filtres, afin de traiter les résidus solides de bauxite, pour les stocker ensuite sur le site de Mange-Garri, ce qui n’empêchera pas les rejets liquides.

Du coup l’entreprise à investi près de 2 millions d’euros, dont la moitié a été financée par l’Agence de l’eau RMC (Rhône Méditerranée Corse), sauf que, si cette installation permettait de traiter 99,95% des matières en suspension, elle ne permettait pas à l’entreprise de rester en deçà des seuils réglementaires concernant les rejets d’aluminium et d’arsenic.

Pourtant la CEP (Commission d’Enquête Publique) à rendu un avis favorable à l’entreprise…suivie par l’avis favorable du Coderst (Conseil Départemental de l’Environnement et des Risques Sanitaires et Technologiques).

Puis c’est le CSPRT (Conseil Supérieur de la Prévention des Risques Technologiques) qui à son tour a donné un avis favorable, autorisant ainsi les rejets liquides en mer pour une durée de 6 ans, et c’est en s’appuyant sur ces avis que le préfet à finalement confirmé la demande d’Altéo, avec la bénédiction du ministère de l’environnement, provoquant la colère légitime des associations de protection de la nature. lien

Une nouvelle mascarade de la démocratie dénoncée par Gérard Carrodano, porte parole des pêcheurs, et premier prud’homme de La Ciotat, et le professeur Henri Augier, expert en pollution et toxicologie. lien

À raison de 300 000 tonnes de déchets toxiques produits par an, soit 270 m3 déversés par heure, les calanques vont donc continuer à souffrir de cette terrible pollution.

Mais ce n’est pas tout.

Dans la nuit du 8 au 9 mars 2016, une canalisation sous pression de l’usine a rompu, et plusieurs mètres cubes d’un mélange de bauxite et de soude se sont répandus sur 35 hectares tout autour de l’usine. lien

L’entreprise se veut rassurante, affirmant qu’il n’y a pas de danger pour les habitants des environs, affirmation que ne partagent ni les autorités responsables, ni les riverains.

À la suite de cette rupture de canalisation, rues, trottoirs, terrasses, voitures, ont été recouverts d’un dépôt blanchâtre, qui persiste même après un lavage énergique.

rupture_canalisation

 

Le parquet a donc ouvert une enquête pour déterminer les causes de l’accident, mais quand on sait que cette usine est une vieille dame plus que centenaire, les raisons de s’étonner ne le sont plus…

Conjointement, la DREAL (direction régionale de l’eau et de l’aménagement et du logement) a été alertée, et les militants de l’association « union calanque littoral » ont demandé à l’ONE (office national de l’eau) de vérifier d’éventuelles contamination des ruisseaux de proximité.

Pendant ce temps, la Méditerranée, toujours en première ligne, va continuer à subir cette pollution inacceptable.

J’ai été alerté par le professeur Henri Augier, que j’ai eu l’honneur d’interviewer il y a quelques années, lors de la réalisation d’un documentaire concernant les tensio-actif, ces produits chimiques quasi indestructibles, et qui sont les agents blanchissants de nos lessives, lesquels se retrouvent donc en fin de course dans la Méditerranée. lien

En effet, il faut savoir que cette écume qui apparait parfois au bord de nos plages n’est pas toujours naturelle, et elle peut-être le résultat de ces agents chimiques moussants.

cume_tensio_actifs

 

D’ailleurs pour s’en convaincre, il faut observer les pins maritimes situés en bord de mer, et dont les branches orientées coté mer sont parfois brûlées, non pas par le soleil, comme on pourrait le croire, mais par les tensio-actifs, lesquels s’évaporent sous l’action du soleil et viennent dessécher les aiguilles de pins, puis les branches.

pins_brules

 

Mais revenons à nos boues rouges.

Le professeur Augier, président d’UCL, (Union Calanque Littoral) tente d’alerter les pouvoirs publics, et pour l’instant, seul le député européen José Bové vient de réclamer la fermeture immédiate de cette entreprise. lien

L’organisation Sea Shepherd donne aussi de la voix, engageant une action devant le tribunal administratif de Marseille, contestant les chiffres annoncés par Altéo, évoquant des rejets de 6 tonnes par jour d’aluminium, et de 11 kilos de rejets quotidiens d’arsenic. lien

En attendant, notre ministre de l’environnement a été incapable d’empêcher ce drame des boues rouges, mais elle tente de dégager sa responsabilité, affirmant : « je n’ai pas changé d’avis, je pense que c’est une mauvaise décision qui est essentiellement suscitée par le chantage à l’emploi  ».

Elle incrimine Manuel Valls déclarant : « l’ordre est venu du 1er Ministre au préfet  », à croire qu’elle n’a pas grand pouvoir sur le cours des choses. lien

Le résultat final est que pendant 6 longues années, Altéo, avec la bénédiction des pouvoirs publics, va pouvoir continuer sa sinistre pollution, à moins que finalement la pression populaire ne fasse cesser ce scandale.

On peut signer la pétition sur ce lien

Décidemment, que ce soit avec ce gouvernement, ou le précédent, l’écologie n’est jamais à la fête, car entre la reculade sur le nucléaire, celle sur les pesticides, ou celle sur les boues rouges, pour ne citer que ces sujets, on découvre qu’il ne suffit pas de nommer quelques écolos comme ministres, ou de faire de vaines promesses, pour que les choses aillent enfin dans le bon sens et on se demande ce qu’il faudrait bien faire pour que tout ça reprenne le chemin du bon sens et de la raison ?

En tout cas, de toute évidence, ceux qui ont été débauchés de chez EELV pour assurer un poste ministériel, ne sont que des piètres cautions pour faire croire au citoyen lambda que ce gouvernement a « la fibre écologiste ».

Comme dit mon vieil ami africain : « certains jouent aux échecs, d’autres les collectionnent ».

L’image illustrant l’article vient de lareleveetlapeste.fr

Merci aux internautes pour leur aide précieuse

Olivier Cabanel

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