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Robespierre, le mal aim

 

OLIVIER CABANEL

D?test? des historiens ??conventionnels??, l?historien Henri Guillemin n?a cess? de faire ??bouger les lignes??, toujours ? la recherche de la v?rit? historique, et ? d?montr? que la vraie nature de Robespierre ?tait aux antipodes de la l?gende dont il est affubl?.

La vision que nous avons de?Robespierre?est en effet bien ?loign?e de la r?alit? et?Henri Guillemin?ne s?est pas priv??de le d?montrer?: loin de l?image conventionnelle d?un?Robespierreboucher, le couteau entre les dents, les mains ensanglant?es d?une guillotine qui ne ch?mait pas, il nous propose une autre version, vraisemblablement plus proche de la r?alit? que celle admise g?n?ralement.?lien

Au moment ou de nombreux m?dias tentent de pr?senter?Jean-Luc M?lenchon, comme un?nouveau?Robespierre, cette mise en lumi?re?n?est pas n?gligeable.?lien

A l??poque, comme l?avait constat??Barnave, un avocat th?oricien, une nouvelle classe faite de nouveaux riches, de banquiers, de bourgeois, s?offusquant de voir les commandes du pays aux seules mains du roi et des aristocrates, avait d?clar??: ???une nouvelle distribution de la richesse appelle une nouvelle distribution du pouvoir???.?lien

Une banqueroute pointait son nez ? l?horizon, et la politique d?emprunt permanent pratiqu?e par?Louis XVI, (et ses pr?d?cesseurs) ?tait largement critiqu?e par ces nouveaux riches.?lien

Cette situation n?est pas sans rappeler la notre aujourd?hui, puisque, comme l?affirme?Guillemin??:???sous Louis XVI,?la moiti? du budget des d?penses fran?aises passe au remboursement de la dette??.

M?me?Edgard Faure, peu susceptible d??tre consid?r? comme r?volutionnaire, en convenait?: ??la France n??tait pas pauvre, il y avait seulement des riches plus riches, et des pauvres plus pauvres??..comme aujourd?hui.

Un autre historien,?Jacques Godechot, ? qui l?on doit un ouvrage capital, ??le 14 juillet??? (ces trente journ?es qui ont fait la France), donne des chiffres?: l?ouvrier gagnait??4 ? par jour, le pain d?1 kilo?co?tait un peu moins de?3 ??au moment de la prise de?La Bastille,?ne laissant aux Fran?ais que?1 ??et des poussi?res pour le reste.

C?est dire l??tat de pauvret? du peuple d?alors, qui n?est pas sans rappeler le notre aujourd?hui, quand l?on sait que certains ouvriers ne gagnent que?610 euros par mois, pour?40 heures?hebdomadaires,?(lien) que le cap des?3,2 millions de ch?meurs?est franchi, que beaucoup d?autres sont ignor?s des statistiques du ch?mage, que pr?s de?2 millions?sont au r?gime?RSA?(lien), et sans oublier les?1,5 millions de travailleurs low cost?(lien), le tout pour?22,5 millions de salari?s??normaux??.?lien

Mais revenons ??1789.

Le roi renvoie?Necker, le rempla?ant par?Breteuil, catalogu? droite dure, voire extr?me, le?13 juillet, ce qui va d?cider les bourgeois ? lancer le peuple contre le roi en lui distribuant des armes.

L?affaire ?tant gagn?e, les nantis craignant que le peuple n?utilise ces armes diff?remment, proposent de les racheter pour??8 ?, (40 sous) et met en place une ??garde nationale??, pour assurer ??l?ordre??.

La constitution cr??e va consid?rer que chaque fran?ais est citoyen, sauf qu?il y aura des ??citoyens passifs??, ceux qui ne payent pas d?imp?ts, (ils seront priv?s de droit de vote, et interdits de coalition afin de d?fendre leurs int?r?ts), et les autres, les citoyens actifs?en un mot, les nantis, les poss?dants.?lien

Mais voil?, le?7 juillet 1791, les choses vont aller autrement?:?100?000 citoyens?(dits passifs) vont signer une p?tition demandant la d?ch?ance du Roi apr?s sa tentative de fuite, p?tition lanc?e par les cordeliers, consid?r?s tr?s ? gauche, etLafayette, chef de la garde nationale fera tirer sans sommation sur la foule des p?titionnaires.

C??tait le?17 juillet 1791, date qu?il faudrait inscrire en rouge dans tous les manuels scolaires, r?clame?Henri Guillemin.

Ce dernier rappelle la pratique des bourgeois d?alors, citant une maxime due ??Voltaire??: ??un pays bien organis? est celui o? le petit nombre fait travailler le grand nombre, est nourri par lui, et le gouverne???.?lien

Un seul homme, membre de la constituante, n??tait pas d?accord avec ?a, un petit avocat d?Arras,?Maximilien Robespierre,?fan de?Jean-Jacques Rousseau.

C?est ce m?me?Robespierre, alors qu?il briguait une place au?Tiers Etat, ?crira en?1788?dans un tract?: ??la plus grande partie de nos concitoyens est r?duite par l?indigence, supr?me degr? d?abaissement o? l?homme uniquement occup? de survivre est incapable de r?fl?chir aux causes de sa mis?re et aux droits que la nature lui a donn???,??voquant m?me ??l?hypocrisie??? ? propos de la ??d?claration des droits de l?homme???, au sujet de la phrase bien connue?:???tous les hommes naissent et demeurent libres et ?gaux en droits???.

Il ne serait pas surprenant qu?un certain?Jean-Luc M?lenchon?reprenne bient?t la phrase de?Robespierre, lors d?un meeting, tant les situations sont comparables.

Robespierre?ne voit pas o? est l??galit?, puisque l?assembl?e a diff?renci? les citoyens actifs, des citoyens passifs??

Libres?? s?interroge-t-il au moment o? dans nos colonies d?alors, il y avait encore de l?esclavage.

Et quid, ajoute-t-il, de cette libert? puisque vous interdisez aux ouvriers de d?fendre leurs droits??

Robespierre?finira par d?clarer?: ??vous voulez s?parer la nation en 2 classes dont l?une ne sera arm?e que pour contenir l?autre, c?est donc aux classes fortun?es que vous voulez transf?rer la puissance???.

Il ?tait d?test? pour oser?prof?rer r?guli?rement ces ?vidences, et?Mirabeau, qui voulait passer pour ??l?ami du peuple??, ?tait consid?r? par?Robespierre?comme un vendu, arguant qu?il avait re?u des mains du roi, l??quivalent de??800 000 euros, ainsi qu?une rente de??20 000 euros?tous les mois, pour continuer ? pousser ses coups de gueule, faisant croire qu?il ?tait ? gauche, mais votant toujours pour la conservation des int?r?ts des nantis.

Mirabeau??tait conscient du danger que repr?sentaitRobespierre, tentant de le d?nigrer par tous les moyens, disant par exemple que ce dernier s?exprimant ? la tribune lui faisait penser ? ??un chat qui aurait bu du vinaigre???.

Robespierre?constatant que la r?volution de?1789?n?avait pas donn? le r?sultat escompt?, arrivera ? convaincre ses pairs de l?assembl?e constituante de ne pas se pr?senter ? la l?gislative, laissant ainsi le pouvoir aux bourgeois, qui prendront le nom deGirondins.

Ces?Girondins?une fois ?lus vont d?clarer la guerre ? l?Autricheet ? la?Prusse, non pas pour des raisons patriotiques et r?volutionnaires, comme certains historiens ont bien voulu l?affirmer, mais pour remplir les caisses de l??tat, qui restaient d?sesp?r?ment vides.

Guillemin?qualifiera cette guerre de ??guerre de rapines??, et en apportera les preuves, citant?Narbonne, ministre de la guerre, qui n?h?sitait pas ? d?clarer ? la tribune?: ??il faut faire la guerre, le sort des cr?anciers de l??tat en d?pend?? ouBrissot??: ??la guerre est?indispensable ? nos finances et ? la tranquillit? int?rieure??.

Robespierre, ?voquant un reniement, rappelant que le gouvernement avait act? ? l?unanimit? de ne plus jamais conduire de guerres d?agression, leur fera remarquer que l?arm?e, dans son ?tat, n?est pas en mesure d??tre efficace, priv?e de la plus grande partie de ses officiers, lesquels se sont exil?s, et il pr?vient que cette guerre risque l??chec, ajoutant qu?en cas de succ?s, cette arm?e ayant ? sa t?te?Lafayette, dont on se souvient qu?il avait fait tirer sur la foule aux Tuileries, pourrait tr?s bien retourner son fusil, aid? par les exil?s, contre son propre peuple.

La suite donnera raison ??Robespierre, des r?giments de dragons chang?rent de camp, et si?Prussiens?et?Autrichiens?ne d?boul?rent pas tout de suite sur le sol fran?ais, c?est qu?ils ?taient encore occup?s du cot? de la?Pologne.

Ils envoy?rent tout de m?me un avertissement au gouvernement fran?ais, les mena?ant s?ils touchaient ? un moindre cheveu du souverain, et de sa reine?d?origine autrichienne comme on sait.

Sauf que la menace eut l?effet inverse.

La population des parisiens en col?re se rendit aux?Tuileries, le roi est d?chu et?Robespierre?fit voter imm?diatement le suffrage universel.

Il sera le premier ? utiliser les?3 mots?: ??libert?, ?galit?, fraternit????.?lien

C??tait le?10 aout 1792.

Et ce jour l?, ce fut la v?ritable r?volution, et non le?14 juillet 1789, mart?le?Henri Guillemin.

Et comme le dit ce dernier,?madame de Sta?l?ne s?y trompa pas, ?crivant?: ??d?s lors, la r?volution changea d?objet, les gens de la classe ouvri?re, s?imagin?rent que le joug de la disparit? des fortunes allait cesser de peser sur eux??.

Plus de?2 si?cles?apr?s, comment ne pas s?interroger??

Lors de son passage r?cent ??M?diapart,?Jean-Luc M?lenchon, a fait montre de lucidit? en choisissant, tout commeMaximilien Robespierre, de ne pas servir de caution ? la politique men?e aujourd?hui par le gouvernement socialiste, ? moins d?en ?tre le premier ministre, afin d?appliquer un vrai programme de gauche, celui promis par?Hollande.?lien

A l??vidence le clivage est l?, et le rassemblement du?5 mai?2013?en fera une d?monstration suppl?mentaire.?lien

Car, comme dit mon vieil ami africain?: ??pour ?tre libre, il faut ?tre inform????

L?image illustrant l?article provient de ??argoul.com??

Merci aux internautes de leur aide pr?cieuse, et surtout merci ? Henri Guillemin.

Olivier Cabanel

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