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Oui, Bourassa n’est pas que mort.? Il est aussi mort de rire.? Pourtant le ridicule ne tue pas ; c’est du moins l’adage populaire. Il semble que le peuple se trompe ; le ridicule tue et la grande victime, c’est notre langue qui meurt ? petit feu. « Vous ?tes pas ?c?ur?s de mourir, bande de caves? » [...]

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Robert Bourassa est mort de rire…

Robert Bourassa est mort de rire?

Oui, Bourassa n’est pas que mort.? Il est aussi mort de rire.? Pourtant le ridicule ne tue pas ; c’est du moins l’adage populaire.

Il semble que le peuple se trompe ; le ridicule tue et la grande victime, c’est notre langue qui meurt ? petit feu. « Vous ?tes pas ?c?ur?s de mourir, bande de caves? » disait Claude P?loquin, po?te.

Le gouvernement Charest, en pr?sentant le projet de loi 103, donne l’impression que Robert Bourassa ?tait un homme d?termin?, droit comme un ch?ne et s?r de lui.? Ce n’est pas peu dire.

Jadis, un caricaturiste que je ne saurais identifier, par un dessin posait la question suivante : « Comment faire mourir de soif Robert Bourassa dans le d?sert? »? Le dessin illustrait un Bourassa assoiff?, avec devant lui deux verres d’eau.? L’auteur r?pondait lui m?me ? la question en disant quelque chose qui ressemblait ? « En lui offrant deux verres d’eau et en lui demandant de n’en choisir qu’un ».? Si quelqu’un trouve le dessin original, je suis preneur…

Jean Charest est v?ritablement, tel que le PLQ l’a auto-proclam? l’an dernier ? Laval, un digne successeur de Bourassa.? Peut-?tre pas comme ?tant un grand b?tisseur, comme ils pr?f?rent le crier sur tous les toits avec chauvinisme, mais plut?t parce qu’il n’a pas su choisir entre l’anglais et le fran?ais et affirmer la volont? de la majorit? qu?b?coise.

Revenons dans le pass? quelque peu pour comprendre l’enjeu.

? la fin des ann?es 60, c’est l’Union nationale qui est au pouvoir.? Dans un Qu?bec en pleine effervescence, l’affirmation nationale prend toute son importance.? La d?nomination « Qu?b?cois » remplace la traditionnelle appellation de « Canadien fran?ais ».? Le slogan Ma?tres chez nous, popularis? par Jean Lesage, n’a jamais ?t? aussi ?voqu?.? Les Qu?b?cois comprennent qu’ils ne sont pas n?s pour un petit pain.? L’?poque? – pas lointaine-du-tout- o? les dirigeants anglophones du CN pouvaient dire sans aucune g?ne qu’ils engageraientt bien des dirigeants francophones s’il y en avait des comp?tents est bel et bien r?volue.

Les Qu?b?cois francophones ont franchi un point de non retour : ils veulent se faire respecter.

Jean-Jacques Bertrand, Premier ministre du Qu?bec (1968-1970)

Dans ce contexte, nous accueillons, comme de tout temps dans notre histoire, beaucoup d’immigrants.? Le lendemain de la Seconde guerre mondiale a notamment pouss? plusieurs Italiens ? venir s’?tablir en terre qu?b?coise.? ?tonnamment, malgr? des souches latines communes aux francophones, plusieurs immigrants italiens vont pr?f?rer inscrire leurs enfants dans des ?coles anglophones.? Ils ne sont pas les seuls ; la tr?s vaste majorit? des immigrants refusent ? l’?poque d’envoyer leurs enfants ? l’?cole francophone?.

La commission scolaire de Montr?al (CECM) comprend les inqui?tudes des francophones du quartier St-L?onard, qui accueille beaucoup de ces immigrants, prend sur elle d’imposer le fran?ais, au grand d?sarroi de la communaut? italienne.? Ainsi, le Premier ministre de l’?poque, est confront? ? ce qu’on appelle encore aujourd’hui la crise de St-L?onard, la premi?re crise linguistique majeure qui a touch? le Qu?bec.? Nous sommes en 1968.

Jean-Jacques Bertrand, que plusieurs vont jusqu’? qualifier de pire Premier ministre de notre histoire, tente de trouver un compromis.? Celui-ci sera la loi 63. Bien que le nom officiel de la loi soit la? Loi pour promouvoir la langue fran?aise au Qu?bec, celle-ci ne leurre personne : elle confirme bel et bien le libre choix de la langue d’enseignement pour les immigrants, malgr? l’obligation de recevoir des cours de fran?ais.

Avec le Bill 63, Jean-Jacques Bertrand perd deux de ses d?put?s insatisfaits et met la population francophone en col?re. L’Union nationale ne s’en remettra jamais.? Elle sera vou?e ? une longue agonie jusqu’? sa disparition d?finitive au d?but des ann?es 80.? L’opposition s’indique, que ce soit les lib?raux ou le tout jeune PQ.? Le Front de lib?ration du Qu?bec (FLQ) va m?me mentionner la loi 63 dans son d?sormais tristement c?l?bre manifeste, lu sur les ondes publiques de Radio-Canada pendant la Crise d’Octobre 70.

Robert Bourassa, Premier ministre du Qu?bec entre 1970 et 1976 ainsi qu’entre 1985-1993

C’est sans surprise que Robert Bourassa d?loge l’Union nationale aux ?lections de 1970.? Il faudra toutefois attendre en 1974 pour que celui-ci adopte la loi 22.? Celle-ci faisait enfin du fran?ais la langue officielle du Qu?bec.? Le hic, c’est que l’acc?s ? l’?cole anglaise ?tait toujours possible, ? la condition de d?montrer la connaissance de l’anglais suite ? la r?ussite d’un test linguistique.? D’un c?t?, les anglophones sont m?contents parce qu’ils comprennent qu’on adopte le fran?ais comme langue officielle et qu’on limite l’acc?s ? l’?cole anglaise.? De l’autre, les francophones trouvent qu’on ne garantit pas la survie du fran?ais avec des tests bidon, des tests que des faux-anglophones peuvent r?ussir.

Tenter de plaire ? deux camps avec deux demi-mesures ?quivaut ? d?plaire ? tous.

Camille Laurin, p?re de la loi 101 sous Ren? L?vesque (1976-1985)

En 1976, le Parti Qu?b?cois prend le pouvoir.? La loi 22, sans ?tre la cause de la d?faite lib?rale, a certainement ?t? un facteur de celle-ci.? C’est Camille Laurin qui met en place la d?sormais c?l?bre loi 101.? Celle-ci, en plus de confirmer l’officialit? de la langue fran?aise au Qu?bec, oblige tout enfant d’immigrant ? aller ? l’?cole en fran?ais, ? moins d’avoir un parent lui m?me anglophone et ayant a re?u son ?ducation en anglais au Qu?bec.? C’?tait une fa?on de prot?ger le droit des anglophones qui sont l? depuis plusieurs g?n?rations, sans mettre en p?ril la langue fran?aise.? Le reste de l’histoire s’explique comme suit : le gouvernement f?d?ral et diff?rents groupes de pression vont tenter de limiter les dispositions de la Loi 101.

Sans entrer dans les d?tails, mentionnons tout de m?me qu’en 1982, la constitution du Canada a ?t? rapatri?e de Grande-Bretagne, sans l’accord du Qu?bec.? Trudeau, Premier ministre canadien de l’?poque, va y laisser sa marque en adjoignant ? celle-ci la Charte des droits, modifiant fondamentalement le rapport de forces initialement pr?vu en 1867 entre le gouvernement f?d?ral et les gouvernements provinciaux.? C’est par un coup de force que le Qu?bec a d? se soumettre ? celle-ci.

Depuis, aucun gouvernement qu?b?cois, souverainiste comme f?d?raliste, n’a voulu signer cette constitution.? C’est ? cause de cet ?v?nement que le dossier constitutionnel fut si important jusqu’en 1995, moment du deuxi?me r?f?rendum sur la souverainet?.

Hors, m?me si elle est quasi-unanimement jug?e ill?gitime au Qu?bec, cette nouvelle constitution est tout de m?me en vigueur.? Trudeau, ap?tre du multiculturalisme, avait bien calcul? les choses ? l’?poque.? Selon lui, la loi 101 ?tait une aberration et l’imposition d’une Charte des droits ?tait sa fa?on ? lui de limiter le pouvoir du Qu?bec de choisir le fran?ais comme seule langue officielle.? Son Canada, il le voyait multiculturel.? Le fait fran?ais, pour lui, avait la m?me valeur que le fait ukrainien, le fait chinois ou le fait pakistanais.

C’est sans l’accord du Qu?bec que Trudeau a rapatri? la constitution, en 1982.? Celui-ci va y int?grer la Charte canadienne des droits et libert?s qui limite le pouvoir de l?gif?rer du Qu?bec.

Depuis, la loi 101 a ?t? contest?e ? maintes reprises devant les tribunaux.? Or, ceux-ci interpr?tent la constitution.? Comme l’a dit Duplessis : « La Cour supr?me et la tour de Pise, c’est du pareil au m?me.? ?a penche toujours du m?me bord. »? C’est particuli?rement vrai avec la loi 101.? Celle-ci invalid? ? la pi?ce des dispositions de notre loi, pourtant d?mocratiquement adopt?e.? Nos gouvernements ont d? voter toute une s?rie de lois pour amender la loi 101 afin de la rendre constitutionnellement acceptable.

Trouvez l’erreur.

Il existe tout de m?me une clause sp?ciale dans la constitution canadienne – la clause nonobstant – qui permet ? une province de passer outre un droit, de mani?re exceptionnelle.? Cette d?rogation est d’une validit? limit?e puisqu’elle doit ?tre renouvel?e aux cinq ans.? Un gouvernement qui l’utilise doit toutefois se justifier et, en cas d’abus, en payer le prix politique.? Imaginez qu’un gouvernement ait besoin de limiter, par exemple, le droit ? la vie priv?e.? Le prix politique serait tellement ?lev? qu’aucun gouvernement n’oserait l’invoquer.? Or, dans le cas de la protection du fran?ais, l’utilisation de la clause serait justifi?.? On ne parle pas d’emprisonner les anglophones, mais bien d’interdire les ?coles passerelles.? C’est bien loin du IVe Reich.

Ni les lib?raux, ni le PQ n’ont eu le courage politique n?cessaire pour invoquer la clause nonobstant dans le cas des ?coles passerelles.? Ces ?coles priv?es non-subventionn?es permettent ? des enfants d’immigrants de prendre des raccourcis afin d’acc?der ? l’?cole subventionn?e anglaise, ce qui va ? l’encontre de l’esprit de la loi 101.? Le PQ a bien tent? en 2002 de colmater les br?ches dans la loi 101, mais c’est justement ce colmatage de br?ches qui a ?t? invalid? par la Cour supr?me l’an dernier.

En lieu et place ? la clause d?rogatoire, Jean Charest a pr?f?r? inventer une ?mule de la loi 22, la loi 103. Celle-ci mettra des balises – que personne ne semble comprendre d’ailleurs – aux ?coles passerelles.? Une s?rie de crit?res complexes avec un pointage va permettre de d?terminer si un enfant a acc?s ? l’?cole anglaise.? ? c?t? de ?a, une grille de correction d’examens du Minist?re de l’?ducation a l’air limpide.

N’emp?che que la r?alit? est simple : il sera possible, pour un enfant d’immigrant – et sa famille imm?diate – d’acc?der ? l’?cole anglaise s’il a les moyens de fr?quenter le secteur priv? non subventionn? pendant un certain laps de temps.? En d’autres termes, si tu es riche, tu peux t’acheter le droit, au bout de trois ans, d’acc?der ? l’?cole en anglais.

N’en d?plaise aux lib?raux, Jean Charest n’a pas eu le courage de d?fendre le fran?ais parce qu’il a peur d’un schisme au Parti lib?ral.?? La pression ?tait tr?s forte, semble-t-il, chez ses d?put?s anglophones.??? Un probl?me de financement en vue peut-?tre?

Qui peut nier que la loi 101 ait eu un effet positif sur l’int?gration des immigrants?? N?s apr?s 1977, les enfants d’immigrants, qu’on appelle aujourd’hui les enfants de la loi 101, parlent aujourd’hui un fran?ais aussi bon, sinon meilleur que bien des Qu?b?cois dits de souche.? Ils sont int?gr?s ? la soci?t? qu?b?coise parce que la loi ne leur en a pas donn? le choix.? On ne peut toujours pas en dire autant de leurs parents, qui ne sont pas pass?s par le syst?me scolaire qu?b?cois. L’?cole en fran?ais, c’est le meilleur moyen d’assurer la p?rennit? de notre langue et d’?viter l’exclusion des immigrants.? Les statistiques convergent toutes vers le m?me constat : l’anglais a un pouvoir d’attraction beaucoup plus grand que le fran?ais.? Sans protection juridique muscl?e, le fran?ais est vou? ? dispara?tre en Am?rique du Nord.

Nous manquons cruellement de leadership au Qu?bec.

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  1. avatar

    Je tiens à mentionner que je suis l’auteur de cet article, bien qu’il ne soit pas mentionné par ce site.

    Jimmy Grenier,

    http://encoreunblogue.blogspot.com/

  2. avatar

    Bonjour Jimmy

    Je suis heureux que vous vous soyez manifesté. Ne connaissant pas vos coordonnées, nous l’avions assigné automatiquement à notre collaborateur Politicoblogue qui nous l’avait transmis..

    Cela est maintenant corrigé et vos prochains articles vous seront aussi attribués. Bienvenu chez nous.

    Pierre JC Allard.

    N.B. : Le choix impossible entre le deux valeurs équivalentes est connu comme le dilemme de « l’âne de Buridan » et n’était donc pas prévu pour un premier ministre 🙂