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Robert Boulin assassin? ?

Se blesser le nez et l?arri?re du cr?ne, avaler du Valium sans en retrouver dans l?estomac mais seulement dans le sang, ?tre ligot? puis se lib?rer, et se suicider dans un ?tang boueux sans salir son costume, ?tre retrouv? sur le ventre mais avec des lividit?s cadav?riques sur le dos. Voici une version officielle qui para?t si surr?aliste qu?elle signifierait que de nombreux acteurs de la proc?dure judiciaire auraient voulu cacher la v?rit?. Celle de l?assassinat. Dans quel but??

Il y a des affaires o? l?incertitude demeure. O? la th?orie du complot politique est parfois beaucoup plus pertinente que pour les attentats du 11 septembre 2001. Des affaires qui n?en finissent pas comme l?affaire Gr?gory. D?autres affaires comme l?Angolagate qui aboutissent ? la condamnation ? de la prison ferme d?un ancien ministre d??tat, Charles Pasqua que j?avais qualifi? d?ange et d?mon de la politique fran?aise lors de son proc?s et qui semble pr?t ? l?cher beaucoup d?informations.
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Il y a m?me des affaires qui refont surface, comme celle des emplois fictives de la Ville de Paris qui vient de renvoyer ce 30 octobre 2009, pour la premi?re fois dans l?histoire de la R?publique, un ancien chef de l??tat en correctionnelle.
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Trente ans de « foutage de gueule »??
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Cela fait trente ans qu?on a d?couvert le corps sans vie de Robert Boulin. C??tait le 30 octobre 1979 et l?heure exacte de sa d?couverte pr?te encore ? discussion. La mort pourrait remonter d?s le 29 octobre 1979 entre dix-sept heures et vingt heures trente.
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Officiellement, il s?agirait d?un suicide mais il y a tellement de lacunes, d?erreurs, de fautes dans l?enqu?te judiciaire (au moins soixante-quinze) que la th?se de l?assassinat est ?videmment en t?te. De nombreuses pi?ces ? conviction (comme les bobines d?encre de la machine ? ?crire utilis?e pour ?crire de suppos?es lettres posthumes), de documents (des dossiers secrets sortis du coffre par Robert Boulin), des pr?l?vements sur le corps (sang, organes) ont ?t? n?glig?s par l?enqu?te ou tout purement ont disparu ou ont ?t? vol?s, d?truits?
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En f?vrier 1981, l?avocat de la famille, Robert Badinter, r?ussit ? obtenir des photographies du visage traumatis? de Robert Boulin prise par la police judiciaire. Le 18 janvier 1984, ce m?me Robert Badinter, devenu garde des Sceaux, d?pose plainte contre la famille pour diffamation (elle avait accus? le procureur de la R?publique de Versailles de forfaiture).
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Le 26 janvier 2007, au cours d?un discours de campagne ? Poitiers, Nicolas Sarkozy avait ?voqu? Robert Boulin qui avait habit? Neuilly-sur-Seine?: ??Je n?oublie pas Robert Boulin, victime du mensonge et de la diffamation.??.
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La fille de Robert Boulin, Fabienne Boulin-Burgeat, avait ?crit le 20 novembre 2007 ceci?: ??Nous ne cessons de rassembler les preuves tangibles que mon p?re a ?t? assassin? et je vois mal comment la justice de la R?publique pourrait continuer ? les d?nier, je n?ignore rien, pour les avoir moi-m?me subies, des forces qui se sont exerc?es et s?exercent encore pour contraindre les t?moins ? se taire, et en encourager d?autres ? s?accommoder de petits arrangements avec la v?rit?. C?est pourquoi je me r?jouis que les langues des uns commencent ? se d?lier, tandis que la m?moire revient aux autres. La justice fran?aise me doit la v?rit? comme simple citoyenne autant que comme fille de mon p?re. Comme d?mocrate r?publicaine je me battrai jusqu’au bout pour que justice passe dans ce dossier si embl?matique des m?urs politiques et de l’?tat des institutions de cette R?publique. Presque trente ans apr?s les faits, il est encore temps, il est plus que temps !??.
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Tout derni?rement, le 27 octobre 2009, un ancien ministre gaulliste, Jean Charbonnel, 82 ans, a ?voqu? de nouveau la th?se de l?assassinat sur France Inter en parlant de ??r?glement de compte politique??.
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Ce triste trenti?me anniversaire va peut-?tre braquer les projecteurs sur cette affaire et inciter la justice ? rouvrir le dossier qui n?est toujours pas prescrit.
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Mais rappelons rapidement le contexte politique.
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En pleine bataille entre chiraquiens et giscardiens
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Robert Boulin a 59 ans lorsqu?il est un influent Ministre du Travail et de la Participation du gouvernement de Raymond Barre, sous le septennat de Val?ry Giscard d?Estaing.
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Il a ?t? pendant une quinzaine d?ann?es membre du gouvernement sous De Gaulle, Pompidou et Giscard d?Estaing (il a occup? entre autres les Relations avec le Parlement, l?Agriculture, le Budget, la Fonction publique et les Finances) et ? ce titre, il fait partie des ministres qui ont eu l?une des plus grandes long?vit?s sous la Ve R?publique.
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Gaulliste social, r?sistant, avocat en Gironde, il en a voulu ? Jacques Chirac d?avoir torpill? la candidature de Jacques Chaban-Delmas en 1974 et a refus? de si?ger dans son gouvernement entre 1974 et 1976.
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La majorit? est compos?e de deux partis sensiblement ?gaux ? l?Assembl?e Nationale ?lue en mars 1978. L?UDF de Giscard d?Estaing (rassemblant les r?publicains ind?pendants et les centristes) et le RPR, parti fond? par Jacques Chirac avec l?aide de Charles Pasqua en d?cembre 1976 pour succ?der ? l?UDR et surtout, pour en finir avec la « vieille » garde gaulliste, en particulier Jacques Chaban-Delmas, Michel Debr?, Olivier Guichard, bref, les barons du gaullisme historique.
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Or, apr?s le d?part de Jacques Chirac de Matignon en ?t? 1976, il existe une v?ritable gu?guerre entre Jacques Chirac et la politique gouvernementale (Giscard d?Estaing et Barre) et Raymond Barre est oblig? de gouverner ? coups de 49.3 (vote de confiance). L?objectif, c?est l??lection pr?sidentielle de 1981.
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Beaucoup de responsables gaullistes s?inqui?tent des initiatives de Jacques Chirac qui n?ont pas eu beaucoup de succ?s notamment lors des premi?res ?lections europ?ennes (seulement 16%). En 1979, Jacques Chirac se s?pare de ses deux conseillers Pierre Juillet et Marie-France Garaud. ?douard Balladur et Charles Pasqua prennent alors une place plus importante dans son entourage.
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Parall?lement au staff de Chirac, au sein du RPR coexistent des gaullistes « l?gitimistes », ? savoir pro-giscardiens qui si?gent au gouvernement. Parmi lesquels Alain Peyrefitte (Ministre de la Justice) et Robert Boulin, et tous les deux sont premiers-ministrables. La nomination d?un RPR ? Matignon serait v?cue par Jacques Chirac comme une d?claration de guerre, mais Val?ry Giscard d?Estaing envisage s?rieusement une telle nomination.
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Or, cette hypoth?se de changement de Premier Ministre est tr?s cr?dible en cet automne. Le 18 octobre 1979, Raymond Barre est hospitalis? pour une semaine ? cause de surmenage apr?s trois ans de Matignon. Il dira d?ailleurs bien plus tard?: ??En huit jours, ils m?ont remis sur pied, mais la tension ?tait extr?me. (?) J??tais vraiment fatigu?. Et c?est ce qui m?a donn? cette crise d?hypertension. J?en ai conserv? des traces et dois avouer qu?apr?s Matignon, j?ai mis pr?s d?un an ? trouver mon p?le de sustentation.??.
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La succession de Raymond Barre est ouverte dans un climat d?affaires
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C?est donc tout naturellement que l?id?e d?un d?part tr?s proche de Raymond Barre est confirm?e?: un Premier Ministre fatigu? (et impopulaire juste apr?s le deuxi?me choc p?trolier) et un an et demi avant l??lection pr?sidentielle ? laquelle Giscard d?Estaing se repr?senterait ?videmment et qui promet d??tre sportive avec la candidature probable de Jacques Chirac mais aussi celles de Michel Debr? et de Marie-France Garaud qui y pensent d?j?.
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Robert Boulin a tout le profil du successeur de Raymond Barre. Tr?s appr?ci? des syndicats et ? la r?putation de grande honn?tet? et d?ouverture au dialogue social, une grande exp?rience, issu du RPR mais pas du tout inf?od? ? Jacques Chirac.
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Un peu avant l?hospitalisation de Raymond Barre, le 9 octobre 1979, « Le Canard Encha?n? » puis « Le Monde » le lendemain ?voquent pour la premi?re fois l?affaire des diamants de Bokassa qui pourrira le restant du septennat de Val?ry Giscard d?Estaing.
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Et quelques jours encore avant, le journal d?extr?me droite « Minute » r?v?le une sombre histoire de corruption entre Robert Boulin et un promoteur qui lui aurait vendu un terrain ? Ramatuelle (pr?s de Saint-Tropez) en ?change de permis de construire. Ce promoteur est d?j? inculp? et semble se d?fendre en chargeant un ministre pourtant r?put? pour son int?grit? (rien ne dit que ses all?gations sont justes). Le promoteur s?appelle Henri Tournet et a rencontr? Jacques Foccart la premi?re fois ? Nancy ?le 20 octobre 1934 lors de leur service militaire.
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Le climat est donc beaucoup aux « affaires ».
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Le syndrome Roger Salengro
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Robert Boulin a peur d??tre mis officiellement en cause par la justice d?autant plus que le juge qui s?en occupe n?a que 25 ans, ??fils d?un communiste?? et s?appelle Renaud Van Ruymbeke. Robert Boulin parle de ce sujet ? son coll?gue du gouvernement Alain Peyrefitte, Ministre de la Justice, d?s le 18 juin 1979 apr?s le d?jeuner. Robert Boulin croit qu?il s?agit d?une ??machination d?un juge rouge?? contre lui. Il en veut ensuite ? Peyrefitte de ne pas l?avoir aid? mais intervenir dans le cours de la justice lui aurait ?t? difficile. Rappelons en plus qu?Alain Peyrefitte et Robert Boulin sont « rivaux » comme premiers-ministrables.
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Alain Peyrefitte croit que cette affaire politico-financi?re aurait ?t? « balanc?e » par des proches de Jacques Chirac pour mettre ? mal le pouvoir giscardien. Les suppos?es lettres posthumes de Robert Boulin (qu?on a ?t? incapable d?authentifier) au contraire reprochaient ? Alain Peyrefitte sa froideur et son absence d?aide.
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Rendre Alain Peyrefitte responsable du suicide de Robert Boulin permettait d??liminer ces deux personnalit?s dans la course ? Matignon.
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Le syndrome Roger Salengro reste dans les esprits?: en 1936, le Ministre de l?Int?rieur de L?on Blum se suicidait ? la suite d?une campagne de diffamation sur une pr?tendue d?sertion pendant la Premi?re guerre mondiale. Une campagne qui avait commenc? dans des journaux d?extr?me droite comme pour cette campagne contre Robert Boulin. Un parall?le assez troublant mais peut-?tre justement un peu trop parfait.
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Rumeurs et confusion
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Le chroniqueur Philippe Alexandre lance cependant le 6 novembre 1979 un pav? dans la mare en affirmant que vers le 15 septembre 1979, des dirigeants du RPR (donc proches de Jacques Chirac) se seraient r?unis pour d?cider de r?v?ler ? la presse l?affaire sur le terrain de Ramatuelle.
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Selon Jacques Chaban-Delmas, de nombreuses rumeurs couraient dans tous les sens?: ??Par exemple, quelqu?un est venu me dire que Charles Pasqua s??tait r?pandu partout en disant, hilare?: Boulin, on le tient, Peyrefitte aussi, et apr?s ce sera Chaban?!??. Jean de Lipkowski pense au contraire que Robert Boulin accusait dans ses lettres Raymond Barre et Philippe Mestre, son directeur de cabinet (qui sera Ministre des Anciens Combattants d??douard Balladur en 1993).
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Ce qu?a entendu Mich?le Cotta ? ce sujet
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T?moin particulier de cette p?riode, la journaliste Mich?le Cotta annotait scrupuleusement dans un journal tout ce qu?elle avait entendu de ses rencontres avec les principaux acteurs de la vie politique. Je me propose de r?sumer ce qu?elle a recueilli comme t?moignages, priv?s ou m?me publics.
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Pour comprendre l?ambiance politique au sein de la majorit?, on peut reprendre le compte-rendu fait par Paul Granet d?un d?jeuner entre plusieurs responsables de la majorit? r?unis le 24 octobre 1979 chez le Ministre de la D?fense Yvon Bourges. L?heure est plut?t au soup?on. Didier Julia, d?put? RPR de Fontainebleau (il a ?t? r??lu en juin 2007), demande au ministre par exemple?: ??Dites-moi, parlez-nous un peu des diamants du Pr?sident, et des v?tres, tant qu?on y est?!??. Maurice Druon, quant ? lui, s?amuse plut?t ? propos du si?ge de l?Assembl?e europ?enne nouvellement ?lue?: ??Laissez-la ? Strasbourg puisqu?elle p?dale dans la choucroute?!??.
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Bref, la tension est tr?s forte et chaque personnalit? cherche ? contrer la strat?gie des autres.
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D?s l?annonce de la mort de Robert Boulin, Jacques Chaban-Delmas, Pr?sident de l?Assembl?e Nationale, ?voque un assassinat en faisant son ?loge fun?bre dans l?h?micycle?: ??Campagne d?autant plus dure ? supporter qu?elle visait un honn?te homme, un homme int?gre. Puissions-nous m?diter sur ce drame, sur cet assassinat?!??. Afin de ne pas s?opposer ? la th?se du suicide, Chaban-Delmas reviendra sur ce mot qui est sorti selon lui trop vite.
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Raymond Barre est lui aussi ??cruellement ?prouv? par la disparition de Robert Boulin??. Les deux hommes semblaient beaucoup s?appr?cier mutuellement.
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Mich?le Cotta se rappelait alors que Robert Boulin n?avait pas beaucoup le moral et ? Philippe S?guin qui l?avait f?licit? sur un sujet, il lui avait r?pondu?: ??Je vous remercie de dire des choses agr?ables ? mon ?gard, c?est tellement rare?!??.
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Tout consiste alors ? savoir qui a ordonn? la r?v?lation de l?affaire de Ramatuelle ? la presse.
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Alain Peyrefitte??
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Le 31 octobre 1979, Mich?le Cotta recueille le t?moignage d?Olivier Guichard ? propos d?une suppos?e lettre posthume de Robert Boulin qui charge Alain Peyrefitte ??plus pr?occup? de sa carri?re que de la bonne marche de la Justice??. Guichard, qui fut aussi Ministre de la Justice (le pr?d?cesseur direct d?Alain Peyrefitte), ne croit pas ? une responsabilit? d?Alain Peyrefitte.
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Ce dernier raconte peu apr?s?: ??Une fois ?cart?, Tournet [le promoteur inculp?] avait charg? Boulin. Ses d?clarations ne sont pas forc?ment vraies, d?abord parce qu?un homme inculp? et incarc?r? ne veut jamais ?tre le seul inculp? dans une affaire, et que le fait de mettre en cause un ministre peut appara?tre comme un bon syst?me de d?fense.??. Plus cr?ment, le directeur des Affaires criminelles pense que ??cette affaire vient de chez Chirac??.
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Peyrefitte veut se d?douaner des reproches faits ? son encontre. Il explique en parlant de Robert Boulin?: ??Il avait l?impression que je n?avais pas fait ce que j?aurais d? faire pour l?aider. Mais je ne pouvais pas faire autre chose que ce que j?ai fait?! Que n?aurait-on dit si j?avais dessaisi le juge?! ? vrai dire, j?en ai trop fait?: j?aurais d? intervenir plus t?t pour faire gicler Boulin du gouvernement, voil? tout?!??.
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Jacques Chirac ?
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Maurice Plantier, le Secr?taire d??tats aux Anciens Combattants, aurait re?u une confidence de Robert Boulin le 24 octobre 1979?: ??Je sais ce matin par une preuve ?crite que tout cela vient de l?entourage de Chirac??. Mais Plantier d?mentira ensuite ces propos malgr? leur diffusion par Philippe Alexandre.
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Le 7 novembre 1979, Philippe Mestre, le directeur de cabinet de Raymond Barre, refuse de croire que Jacques Chirac pourrait ?tre ? l?origine de la campagne contre Robert Boulin?: ??Que les dirigeants du RPR eux-m?mes se soient mis d?accord pour « mouiller » Boulin, personne ne le croit, ni le Pr?sident, ni le Premier Ministre, ni moi?!??. Il confirme que cette affaire ?tait connue de Giscard d?Estaing et de Barre d?s ao?t et que Boulin n?a jamais cherch? ? leur en parler de lui-m?me.
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Philippe Mestre insiste sur ce qu?a dit le promoteur incarc?r? dans le rapport du juge?: ??C??tait un chantage inou? contre Boulin. (?) Ce qui a ?t? terrible, pour Boulin, c?est d??tre sous la pression d?un chantage au moment pr?cis o? le phare ?tait braqu? sur lui, c?est-?-dire au moment o? on a parl? de lui comme un Premier Ministre possible. D?un seul coup, il savait que son avenir politique ?tait compromis.??.
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Aux questions au gouvernement de la s?ance du mercredi 7 novembre 1979, le jeune d?put? socialiste Laurent Fabius pose deux questions sur l?affaire Boulin en commen?ant par ces mots?: ???motion mais perplexit??. Raymond Barre lui r?pond gravement?: ??Le garde des Sceaux [Peyrefitte] n?a pas manqu? ? son devoir, sinon il ne serait plus garde des Sceaux. Le gouvernement ne fuit pas la v?rit?, et personnellement, je ne la fuis pas, et elle appara?tra conform?ment aux proc?dures d?un pays d?mocratique.??. Puis, r?cusant les attaques contre la presse qui calomnie, il laisse ??chaque journaliste en face de sa conscience?? et ajoute ? Laurent Fabius?: ??De temps en temps, un peu d?indulgence ne messi?rait pas. Face ? tout ce qui est mar?cage, le gouvernement est s?r d?adopter une attitude conforme ? la dignit?.??.
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Le 8 novembre 1979, Mich?le Cotta va voir Bernard Pons, d?put? RPR, qui fut le premier ? entendre l??ditorial de Philippe Alexandre accusant l?entourage de Jacques Chirac. Il d?clare avoir fait aupr?s des permanents et des dirigeants du RPR sa petite enqu?te pour savoir s?il y a eu une r?union secr?te de responsables RPR?: ??Tous m?ont dit n?avoir tenu aucune r?union??. Pour Bernard Pons, il faut donc attaquer en diffamation Philippe Alexandre. Il le dit ? Jacques Chirac qui le rejoint?: ??J?ai pos? la question ? Chirac, les yeux dans les yeux?: Peux-tu me dire si tu as pr?sid? une r?union de ce genre, ici ou ailleurs?? Chirac me r?pond qu?il n?a pas pr?sid? de r?union de groupe les jours en question, qu?il s?est content? de voir Alain Devaquet, Claude Labb? et moi. J?ai v?rifi? ensuite aupr?s de Bernard Billot [collaborateur de Jacques Chirac], ? la mairie de Paris, qu?aucune r?union n?avait ?t? tenue ? l?H?tel de Ville entre dirigeants RPR.??.
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Matignon ?
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Mich?le Cotta rencontre le m?me jour Jean de Lipkowski qui affirme avoir pr?venu Chirac d?s le 4 novembre 1979 des accusations que va diffuser Philippe Alexandre. Il demanda alors ? Chirac?: ??Jure-moi que tu n?y es vraiment pour rien. Sinon, je d?missionne ? l?instant du RPR.?? et Chirac jura.
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Le 26 octobre 1979, Jean de Lipkowski avait d?jeun? avec Robert Boulin qui n?avait pas de probl?me avec Chirac mais selon lui plut?t avec Barre et Mestre qui l?auraient abandonn? ? son sort (sentiment confirm? aussi par la veuve de Robert Boulin qui confie ? Jean Mauriac, qui d?teste Chirac, que Barre et Mestre ont ?t? avec son mari presque ??inhumains??). Au « Club de la Presse » du 21 octobre 1979 sur Europe 1, Robert Boulin avait d?ailleurs parl? de Jacques Chirac comme d?un ??ami??.
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Mich?le Cotta conclut cette s?rie de t?moignages par cette phrase assez de bon sens?: ??Chacun s?est refil? le mistigri?: Peyrefitte, le premier d?sign? par Boulin dans sa lettre posthume, s?est d?barrass? de l?accusation au d?triment du RPR et de Jacques Chirac?; Jacques Chirac a fait donner Lipkowski, qui, en brandissant ? son tour les noms de Barre et de Mestre, a calm? tout le monde.??.
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Des probl?mes d?horloge
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Le plus troublant reste encore l?heure r?elle de l?annonce de la mort de Robert Boulin.
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Officiellement, son corps est retrouv? dans la for?t de Rambouillet le matin du 30 octobre 1979 ? huit heures quarante mais dans ses m?moires publi?es quelques mois avant de mourir (« L?Exp?rience du pouvoir », ?d. Fayard 2007), Raymond Barre affirme l?avoir appris d?s trois heures du matin alors que Val?ry Giscard d?Estaing ne l?aurait appris qu?? onze heures trente du matin (dans son livre « Le Pouvoir et la vie »), soit bien apr?s les journalistes.
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Le registre d??tat civil de la commune o? l?on a retrouv? le corps a ?t? modifi?. Et la famille de Robert Boulin aurait ?t? mise au courant de la mort d?s la veille ? vingt heures par un collaborateur de Robert Boulin (Guy Aubert).
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Yann Gaillard, directeur de cabinet de Robert Boulin (s?nateur UMP de l?Aube depuis 1994), ?crit dans un livre (« Adieu Colbert », 2000) qu?il a appris ? deux heures du matin par Philippe Mestre que le corps de Robert Boulin venait d??tre retrouv? (t?moignage d?menti par Philippe Mestre). Le Ministre de l?Int?rieur Christian Bonnet affirme avoir ?t? alert? entre deux heures et trois heures du matin.
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Mais c?est sans doute le t?moignage de Marie-Th?r?se Guignier, ancienne collaboratrice de Robert Boulin et proche des milieux gaullistes, qui affirme avoir ?t? r?veill?e entre une heure trente et deux heures du matin par un ami proche, Louis-Bruno Chalret, procureur g?n?ral pr?s la cour d?appel de Versailles, qui lui apprend qu?on a retrouv? le corps de Boulin et selon elle, ??il se couvre, il appelle tout le monde sur le r?seau t?l?phonique interminist?riel, c?est-?-dire l??lys?e, Matignon et probablement l?Int?rieur et la Chancellerie.?? (« Un homme ? abattre », Fayard).
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Des dossiers « sensibles »
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Selon la famille de Robert Boulin, ce dernier avait sorti des dossiers ultra-sensibles concernant certaines affaires dont il avait connaissance et ?tait parti vers quinze heures le 29 octobre 1979 pour une rencontre secr?te. C?est ? ce moment-l? que le ministre a disparu.
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Laetitia Sanguinetti, la fille d?Alexandre Sanguinetti (d?c?d? en 1980), un des fondateurs du SAC et dirigeant du RPR, rapporte que son p?re lui avait dit?: ??C?est un assassinat?! Robert ne s?est jamais suicid?.??. Selon elle, ??d?apr?s ce que papa m?a dit, les dossiers de Boulin concernaient une s?rie de facturations diverses et vari?es de grosses soci?t?s, fran?aises ou ?trang?res, qui servaient au financement occulte des partis, et notamment au RPR.??.
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Un t?moignage qui concorde avec celui tr?s r?cent de Jean Charbonnel qui affirme avoir discut? de l?affaire avec Alexandre Sanguinetti qui lui avait dit?: ??Je crois que c?est un assassinat aussi.?? et Charbonnel d?ajouter?: ??Il m?avait cit? deux noms de personnalit?s politiques et une organisation qui pouvaient ?tre impliqu?es dans cette affaire parce que Robert Boulin ?tait une g?ne pour eux, une menace pour eux. (?) La version du suicide ne colle pas et les coupables possibles (?) ont agi ? ce moment pour des raisons purement politiques et qui allaient plus loin que les simples affaires immobili?res??.
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La disparition si brutale d?une personnalit? comme Robert Boulin a ?t? un ?v?nement majeur dans la vie politique fran?aise.
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Esp?rons que la v?rit? pourra enfin rendre ? Robert Boulin sa mort, ? d?faut de lui rendre sa vie.
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Sylvain Rakotoarison (30 octobre 2009)
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Source?: « Cahiers secrets de la Ve R?publique, tome II?: 1977-1986″ de Mich?le Cotta (?d. Fayard 2008).
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Pour aller plus loin?:
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Livre de Beno?t Collombat?: « Un homme ? abattre. Contre-enqu?te sur la mort de Robert Boulin » (?d. Fayard, 11 avril 2007).
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[Illustration?: photo du trombinoscope de l?Assembl?e Nationale]

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