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Rideau de fer économique

Pour Donald Trump, le commerce mondial et les négociations internationales sont une guerre des tranchées que les Etats-Unis se doivent de remporter, non sans avoir eu recours aux menaces et à l’escalade, au détriment de la diplomatie. Le Président américain, qui se targue d’être (selon ses propos) un «Tariff Man», considère à cet égard que la sécurité économique fait partie intégrante de la sécurité nationale. Cette définition de la sécurité US en des termes si larges annonce, de fait, un protectionnisme quasi illimité, allant accessoirement de pair avec un certain masochisme car les ravages infligés à son propre pays en seront une sorte de sécrétion naturelle.

Voilà pourquoi ce n’est pas un meilleur «deal» avec la Chine que Trump recherche. Et voilà pourquoi la préoccupation majeure de son administration n’est pas le déficit commercial des Etats-Unis vis-à-vis de la Chine. Toutes sortes de moyens de pression «classiques» auraient en effet mis à profit si la politique américaine consistait à forcer les chinois à acheter plus de matières agricoles, ou à respecter la propriété intellectuelle… Un appel au soutien des européens et des japonais – eux-mêmes également victimes des prédations chinoises – aurait été entrepris si l’objectif américain avait été de «simplement» mettre les pratiques chinoises sur le droit chemin, et d’arracher à cette nation un accord sérieux et durable. En effet, l’exécutif US n’est pas intéressé par un accord avec la Chine, car les autorités de ce pays n’accepteront jamais le type de conditions que leur pose Trump, et prenons garde à ne pas confondre un futur et inévitable «deal» avec ce qu’il sera en réalité : une trêve dans ce qui est bel et bien une guerre. L’objectif ultime recherché par les américains étant une transformation complète de l’économie chinoise dont les dirigeants actuels ne veulent évidemment pas entendre parler car elle sera synonyme de leur propre déchéance.

Ce faisant, pour légitime que soit sa motivation, l’administration Trump inflige des dégâts irrémédiables aux règles commerciales internationales, celles-là mêmes qui – au lendemain du second conflit mondial – avaient été instaurées pour contrer toute velléité de retour aux guerres commerciales et au protectionnisme des années 1930 ayant amené dépression économique et fascisme. Dans ce monde de demain – voire d’aujourd’hui – qui se profile, la taille et le pouvoir économiques seront seuls décisionnaires car ils auront éclipsé les règlements et les principes. L’Histoire du monde, des relations internationales et des conflits nous a appris que les effets collatéraux des actions ont parfois nettement plus de portée que le but initial recherché de ces mêmes actions. Ce n’est certainement pas le but recherché par Trump qui n’a pas l’envergure d’un Machiavel, mais cette lutte à mort qui s’annonce avec la Chine annonce un retour à la fragmentation économique et historique de notre monde et le retour à la politique des blocs.

Trente ans après l’effondrement soviétique ayant consacré le règne de la globalisation, cette guerre commerciale qui monte en puissance sera l’impulsion finale donnée au mouvement inverse, qui contraindra les nations à devoir (prochainement) s’aligner derrière l’un des deux géants économiques. Que Trump perde les élections en 2020 n’y changera rien: le capitalisme globalisé rend l’âme.

 

Michel Santi

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