Centpapiers

    • Raymond Viger

    • 83 articles
    • site
    • Rédacteur en chef du magazine d'information et de sensibilisation Reflet de Société et directeur du Café-Graffiti pour les artistes urbains. Raymond Viger fait du journalisme depuis 1974, il est aussi écrivain et intervenant social spécialisés dans les milieux marginalisés et la crise suicidaire.

    Richard Martineau, le suicide et la cigarette

    29 janvier 2008 | 9 commentaire(s) | 518 affichage(s)

    Dossier Suicide

    L’Agence France-Presse publiait le 8 janvier les résultats d’une étude soulignant qu’il existerait un lien entre le tabagisme et le risque suicidaire.

    Les résultats mentionnent, après avoir suivi plus de 3000 jeunes pendant plus de 3 ans, que 15% des non-fumeurs ont eu des pensées suicidaires, 20% chez les fumeurs occasionnels et 30% chez les fumeurs dépendants. La tendance se maintient aussi lorsqu’on regarde les tentatives de suicide. 0,6% pour les non-fumeurs, 1,6% pour les fumeurs occasionnels et 6,4% pour les fumeurs dépendants.

    Et voilà M. Martineau qui déchire sa chemise, comme il lui arrive régulièrement, en mentionnant “mais si cette étude est scientifique, moi, je suis le président du Congo”. Désolé M. Martineau, mais votre verbe vous a monté au nez un peu trop vite et vous avez très mal interprété les résultats de cette recherche.

    M. Martineau nous présente son argument choc : “Ce n’est pas le tabac qui pousse aux suicides, voyons, c’est l’inverse ! Plus on a des tendances suicidaires, plus on est angoissé. Et plus on est angoissé, plus on fume !”

    Pour tenter de vous faire comprendre ce que les scientifiques ont tenté d’exprimer dans leur étude, je vais vous parler ici M. Martineau d’une part en tant qu’intervenant de crise auprès de personnes suicidaires et d’autre part, en tant que personne qui a déjà fait 2 tentatives de suicide.

    Premièrement, la crise suicidaire c’est quelque chose de ponctuel dans notre vie. On ne nait pas suicidaire et on ne l’est pas nécessairement toute notre vie. C’est vrai qu’il existe certaines personnes qui sont suicidaires chroniques, à répétition, mais ici on parle d’autre chose, on ne parle plus d’une crise suicidaire.

    Il est vrai qu’un fumeur, lorsqu’il traverse une crise suicidaire est plus angoissé et sa consommation de cigarettes, d’alcool ou de toute autre drogue risque fortement d’augmenter. Pour me donner en exemple, j’ai toujours fumé mes 3 paquets de cigarettes par jour. Lorsque je suis entré en crise suicidaire, j’en fumais presque 5 par jour !

    Mais l’étude de ces scientifiques ne parlent pas de notre changement de consommation au moment de la crise. L’étude dit que dans le groupe de gros fumeurs, le risque suicidaire est plus grand que les fumeurs occasionnels qui lui est plus grand que ceux qui ne fument pas. Il y a une nuance énorme entre votre interprétation et les résultats énoncés.

    Pour reprendre mon exemple personnel, j’ai été un gros fumeur pendant près de 20 ans avant de faire mes tentatives de suicide. Ce n’est pas ma crise suicidaire qui m’a fait commencer à fumer 20 ans plus tôt. Ce n’est pas ma crise suicidaire qui a fait de moi un gros fumeur 20 ans auparavant ! L’étude tend à démontrer que lorsque je suis un gros fumeur, quand je traverse une crise suicidaire, je suis peut-être moins bien équipé pour passer à travers cette crise. Je suis plus vulnérable aux différentes crises existentielles que nous devons tous traverser.

    Je ne sais pas si mon explication est assez claire pour que vous la compreniez M. Martineau. Si ce n’est pas le cas, S.V.P. avant d’affirmer “Pas besoin d’avoir fait un post-doctorat en physique nucléaire pour se rendre compte que cette étude ne tient pas debout deux secondes”, prenez donc le temps de demander à un vulgarisateur scientifique de vous traduire cette étude et de vous l’expliquer.

    Cet article a été publié originalement à cet endroit.
    1 étoile2 étoiles3 étoiles4 étoiles5 étoiles (3 votes)
  • 9 commentaires

    • Renart L’éveillé

    Une autre dent (virtuelle) de moins dans la bouche de Martineau… Il va bien finir par être édenté !

    • Lorène U.

    Je pense que ce qu’a souligné M. Martineau est très pertinent et que c’est vous qui n’avez pas compris.

    La plupart de ceux qui se mettent à fumer sont angoissés. Et la cigarette est un moyen de pallier à cette angoisse.

    Il est donc naturel que des personnes qui fument soient dépressives. Et donc que ce n’est pas la cigarette qui cause le suicide. Cela me paraît être une abomination scientifique que de prétendre le contraire.

    Le tabagisme est reconnu comme étant une addiction, c’est à dire un comportement qui permet à la fois l’éprouvé d’un plaisir et le soulagement d’une tension interne.

    Et au contraire, dans des périodes suicidaires, dépressives ou d’angoisse, j’ai tendance, comme beaucoup d’autres à fumer plus et c’est d’ailleurs pendant une période suicidaire que j’ai commencé la cigarette.

    Un témoignage d’une jeune femme :”moi j’avais arrêter de fumer pendant 8 mois avant ma dépression et un moment donner je devais combatre la dépression et le manque de nicotine ! trop c’est trop !J’ai donc recommencé…
    J’en ai parler à mon médecin il elle m’a dit que je n’avait pas tord ! Une chose à la fois ! Il faut se tenir loin du stress ! “

    • Selmi

    j’avais arrêter
    moment donner
    combatre
    J’en ai parler
    il elle
    je n’avait
    TROP DE FAUTES POUR SI PEU DE PHRASES……….

    • Raymond Viger

    Mme Lorène U

    Je pourrais répondre à plusieurs points de votre argumentaire. Pour l’instant, limitons-nous à celui de Richard Martineau :

    “Plus on a des tendances suicidaires, plus on est angoissé. Et plus on est angoissé, plus on fume.”

    Même si cette affirmation est vraie, elle ne contredit aucunement ce que la recherche démontre.

    La recherche dit que si vous êtes déjà un gros fumeur votre risque de vivre une crise suicidaire plus tard dans votre vie augmente.

    Il ne faut pas regarder le changement de consommation pendant la crise, mais plutôt dans quelle catégorie de fumeurs vous vous situez.

    • Gilles

    On pourrait tout aussi bien tirer la conclusion que les fumeurs dépendants sont plus conscients que les autres fumeurs de l’état de la société, ce qui les pousse au suicide ; ou alors, que si quelqu’un pense au suicide, les dangers du tabac lui importent peu ; ou encore, que la pression bien-pensante exercée sur les fumeurs afin qu’ils cessent entraîne chez ceux-ci un sentiment de culpabilité, puis la dépression, un des facteurs du suicide.

    Ce genre d’études me fait penser à celles qui « démontrent » que les enfants Suisses mangent plus sainement que les enfants Péruviens.

    • François Marginean

    Je ne sais pas pour cette étude, mais je sais une chose par contre : Martineau est un être très égocentrique qui a besoin d’attirer l’attention sur sa grande personne magnifique et éblouissante, mais il est surtout pas un journaliste. À force de le lire ou d’entendre parler de lui, ça me donne des idées suicidaires…

    • Selmi

    La recherche dit aussi que si vous êtes déjà un gros fumeur votre espérance de vie est réduite à 20 ansavec un risque d’infarctusmultiplié par 6 pour une Carla et 3 pour un Nico……

    • Raymond Viger

    Conscient des risques reliés au tabagisme, on pourrait extrapoler et dire que c’est un suicide à petit feu.

    Ce qui peut nous amener à se questionner sur la fumée secondaire qui serait un homicide ?

    • François Marginean

    C’est bien toute la dichotomie de notre société : on est scandalisé face au suicide rapide, mais le suicide lent, lui , n’est pas perçu comme tel : un suicide !! Bon point M.Viger !

    Laisser un commentaire

    Vous devez être connecté pour publier un commentaire.