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    • Le pourquoi des choses m'intéresse au plus haut point.

    Révisionniste, Maxime Bernier ?

    13 avril 2008 | 8 commentaire(s) | vu 1 092 fois

    « Que l’ONU aille au fond des choses » est le souhait qu’a émis Maxime Bernier avant son départ pour la Birmanie, où il devait participer au sommet de l’OTAN. Le ministre des Affaires extérieures du Canada faisait allusion à l’affaire Karake Karenzi, l’actuel commandant adjoint de la Force de l’ONU et de l’Union africaine au Soudan. Celui-ci est présumé responsable du meurtre de Guy Pinard, un prêtre québécois assassiné au Rwanda, le 2 février 1997. Karenzi fait l’objet d’un mandat d’arrestation international émis par un tribunal espagnol.

    Missionnaire d’Afrique (père blanc), Guy Pinard n’avait sans doute jamais imaginé pareil scénario pour sa mort. Le 2 février 1997, il célébrait l’Eucharistie dans sa paroisse à Kapanga, au nord-ouest du Rwanda, lorsque celui à qui il venait de donner l’hostie l’abattit devant tous les paroissiens. Plus de dix ans après, le Canada n’est pas toujours allé au fond des choses. Et la famille Pinard demeure sans nouvelle.

    Situation qui ne surprend sûrement pas la famille Simard. Comme les Pinard, les Simard attendent toujours des nouvelles d’Ottawa sur l’enquête devant faire la lumière sur le meurtre de leur frère assassiné au Rwanda. Membre de l’ordre de Sainte-Croix, P. Claude Simard a été tué à coups de marteau dans la nuit du 17 au 18 octobre 1994 à Ruyenzi, au sud du Rwanda. Plus de treize ans après, le Canada n’est pas toujours allé au fond des choses.

    Pourtant dans un rapport envoyé à l’ONU en fin octobre 1994, le général Guy Tousignant, commandant des forces de l’ONU au Rwanda et remplaçant du général Dallaire, a mentionné que les agents du Front patriotique rwandais (FPR) seraient impliqués dans l’assassinat du père Simard. En outre, le capitaine Tim Isberg des Forces de l’ONU au Rwanda, a établi dans son enquête que l’ordre de tuer le père Simard serait venu du haut niveau du FPR.

    Si dormir au gaz semble être le propre du gouvernement canadien, ce n’est pas partout pareil. En tout cas pas en Espagne. Le Tribunal central d’instruction du Royaume d’Espagne a émis, le 6 février dernier, une quarantaine de mandats d’arrêt internationaux dont deux visent les présumés responsables des assassinats des prêtres québécois.

    Me Jordi Palou-Loverdos est allé au fond des choses. L’enquête qu’il a menée impute la responsabilité du meurtre du père Pinard à Karake Karenzi, qui dirigeait à l’époque les services de renseignement militaire. Fred Ibingira, commandant du 157e bataillon de l’Armée patriotique rwandaise en 1994, est pointé pour sa responsabilité dans la mort du père Simard.

    Mais que reprochait-on à nos deux ecclésiastiques ? Leur connaissance des profondeurs du Rwanda qui faisait d’eux des témoins gênants aux yeux du nouveau régime politique. Père Simard a eu la mauvaise idée de se rendre à Kigali pour se plaindre de multiples disparitions et assassinats qui survenaient dans sa commune. Il a été tué après son retour de la capitale rwandaise. Seth Sendashonga, ministre de l’Intérieur du gouvernement du FPR, qui avait reçu le père Simard à Kigali, a lui aussi été liquidé par un commando en mai 1998, à Nairobi. Quant au père Pinard, il n’avait pas compris que le FPR était hostile aux gueulards. En fin 1996 et début 1997, le FPR semait la terreur et la mort dans le nord-ouest du Rwanda. Notre père Pinard ne se gênait pas pour les dénoncer. Et il l’a chèrement payé.

    Il était donc hors de question que le FPR épargne ceux qui pouvaient constituer un frein à l’exécution de la stratégie politique qu’il avait adoptée. Stratégie consistant à « calomnier l’Église Catholique qui prêche en faveur de l’égalité des hommes et qui a contribué à l’éducation des masses populaires ; liquider les prêtres Hutus ; terroriser les missionnaires et religieux catholiques pour qu’ils abandonnent le Rwanda et assassiner les vieux missionnaires qui connaissent l’histoire du Rwanda et ceux qu’ils considèrent comme responsable de la perte du pouvoir après des siècles de domination Tutsi ; menacer les troupes étrangères et manipuler la MINUAR. » (Pp 61-62 de l’ordonnance du tribunal central d’instruction du Royaume d’Espagne)

    Qu’entend Maxime Bernier par « aller au fond des choses » ? S’il veut brasser les affaires afin de laisser jaillir la lumière sur les meurtres des prêtres québécois, il devra bien attacher sa tuque. Parce que plusieurs avant lui ont osé plonger au fond des choses et se sont vu affubler les qualificatifs de négationniste, révisionniste, raciste. De nos jours, il semble que l’histoire du Rwanda ne se lit qu’avec les seules lunettes obtenues auprès du vaillant homme fort qui a pacifié les collines rwandaises en 1994…

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  • 8 commentaires

    • Bernard Desgagné

    Bravo à Mme Upar et aux Cent papiers ! Il ne faut surtout pas compter sur les médias conventionnés pour nous donner l’heure juste sur le drame rwandais et congolais et sur la machine à tuer qu’est le FPR de M. Kagame, le plus grand criminel de l’histoire de l’humanité depuis Hitler.

    M. Kagame est responsable d’au moins cinq-millions de morts au Rwanda et au Congo depuis 1990. Il est temps que d’autres que Robin Philpot et moi s’intéressent à la question et prennent la parole au Québec pour dénoncer l’occultation de la vérité sur le drame rwandais, occultation dont les pères Pinard et Simard ont fait les frais.

    M. Kagame commence à trouver que ça sent le roussi pour lui au Québec. Il a d’ailleurs dépêché à Montréal, le 13 avril, l’un de ses plus proches conseillers, M. Ndahiro, qui vient de publier un livre destiné à flétrir Paul Rusesabagina, le héros hutu ayant inspiré le film Hôtel Rwanda.

    Il y a peu de temps encore, M. Kagame n’avait que des compliments à faire à M. Rusesabagina. Mais, depuis que M. Rusesabagina a porté plainte contre Paul Kagame devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda, Kigali en a fait un paria.

    Selon moi, le choix de Montréal comme destination par M. Ndahiro, pour promouvoir son livre, montre bien quel enjeu important est devenue l’opinion publique québécoise dans la stratégie de Kagame, qui a été sérieusement inquiété par la conférence du 29 mars dernier à Montréal, au cours de laquelle on a pu notamment entendre l’avocat catalan Jordi Palou-Loverdos. L’ambassade du Rwanda au Canada avait tenté par tous les moyens d’empêcher la tenue de cette conférence, puis s’est employée à discréditer les conférenciers en les affublant comme d’habitude des qualificatifs de négationnistes et de révisionnistes. Les partisans de Kagame présents à la conférence ont chahuté les conférenciers et ont tenté de les empêcher de parler. En fin de compte, ils ont raté leur coup tout en montrant leur vrai visage de fascistes.

    J’invite les lecteurs des Cent papiers qui veulent en savoir davantage à consulter les ouvrages suivants.

    Bibliographie sur le Rwanda

    Crépeau, Pierre. Rwanda, le kidnapping médiatique, Hull, Vents d’Ouest, 1995.

    Desouter, Serge. Rwanda. Le procès du FPR, mise au point historique, L’Harmattan, 2007.

    Lugan, Bernard. Rwanda. Contre-enquête sur le génocide, Privat, 2007.

    Péan, Pierre. Noires fureurs, blancs menteurs, Rwanda 1990-1994, Fayard (Mille et une nuits), 2005.

    Philpot, Robin. Ça ne s’est pas passé comme ça à Kigali, Les Intouchables, 2003.

    Philpot, Robin. Rwanda. Crimes, mensonges et étouffement de la vérité, Les Intouchables, 2007.

    Ruzibiza, Joshua. Rwanda. L’histoire secrète, Panama, 2005.

    Desgagné, Bernard. Lettre à Paul Kagame, site Vigile, 2008. (Facile à trouver en tapant « Lettre à Paul Kagame » dans un moteur de recherche comme Google.)

    • Solange Upar

    Bonjour M. Desgagné,

    J’ai rencontré deux membres de la famille du feu P. Pinard au point de presse qu’a donné Me Jordi Palou-Loverdos, le 28 mars dernier. Leur regard interrogateur est ce qui m’a le plus ébranlée. Avec une voix étranglée, Gilles Pinard a dit douter que le nom de Guy Pinard puisse traverser l’esprit de Maxime Bernier pendant son dernier séjour au Soudan. Depuis ce jour-là, le nom de Guy Pinard hante mon esprit, comme il hante celui de sa famille en attente d’une réponse d’Ottawa.

    Si délicate soit la question de la tragédie rwandaise, on ne peut s’empêcher d’en discuter afin de comprendre ce qui s’est réellement passé. Car c’est inhumain que les familles Pinard et Simard soient obligées de se contenter du « néant » comme seule réponse à leur requête. La valeur d’une vie humaine est inestimable, peu importe la gang ou l’ethnie à laquelle on appartient.

    Il est donc temps de plonger dans la complexité de la réalité rwandaise, d’abandonner les maudits réflexes de vierge offensée et d’ouvrir l’espace à la recherche de la vérité. Le Canada ne doit pas attendre que l’ONU lui fraie le chemin. Il n’a qu’à emboîter le pas à l’Espagne. En tant que citoyens canadiens, les pères Pinard et Simard ne méritent pas de sombrer dans l’oubli. Le ministre Bernier ferait honneur à sa fonction en gardant la balle dans son camp que de l’envoyer à l’ONU.

    L’Espagne n’a pas attendu que l’ONU rende justice à ses ressortissants assassinés au Rwanda. Je refuse de croire que la politique étrangère canadienne soit différente en cette matière. Si le Canada a exigé des réponses à l’Iran sur l’assassinat de la journaliste canadienne Zahra Kazemi, sans passer par l’ONU, je ne comprends pas pourquoi la procédure devrait changer dans le cas des prêtres québécois.

    Le drame rwandais ne justifie nullement l’attitude d’Ottawa. « Ce sont toujours des discussions difficiles à faire. Mais les nombreux morts méritent que la discussion continue. Manifestement, il y a un mur du silence qui entoure cette catastrophe-là. » a commenté le député péquiste Martin Lemay.

    Les histoires qui ne visent qu’à distraire et à endormir les consciences ont fait leur temps. La moutonnerie a longtemps occupé l’espace, mais elle est aujourd’hui périmée. Il est temps de se dire les vraies affaires, de libérer la vérité, véritable victime de toute cette histoire.

    Solange

    • J.F.William

    « …le Canada n’est pas toujours allé au fond des choses. »

    Pour ce faire ; le narratif du général/sénateur, qui traite les Québécois pacifistes de lâches, en prendrait un coup. Et ça…

    “Depuis 1763, nous n’avons plus d’Histoire, sinon celle, par réfraction, que nos conquérants veulent bien nous laisser vivre, pour nous calmer. Cette tâche leur est d’autant plus facile que nous secrétons nos propres bourreaux.” – Léon Dion

    • Pierre JC Allard

    Je suis heureux qu’un gouvernement à Madrid s’intéresse un peu au sort des Québécois outremer. Si nous avons une gouvermance elle est bien dissimulée… Quel pénible cirque !

    PJCA

    • Solange Upar

    Que la justice espagnole s’intéresse aux Québécois morts au Rwanda, il y a de quoi éprouver un sentiment de soulagement. Les Pinard l’ont profondément ressenti. Il y a là de quoi vouloir changer de nationalité, non ?

    Comme le dit si bien M. Desgagné, l’opinion publique québécoise est devenue un enjeu important dans la stratégie de Kagame. Les choses ne sont plus comme avant depuis la conférence de fin mars. Il reste à savoir quelle autre campagne de manipulation montera-t-il afin d’apaiser la colère et la déception qu’éprouveront les gens quand le voile sera définitivement levé sur les massacres du Rwanda et du Congo.

    À la suite de la conférence de Montréal, l’inébranlable (jusqu’alors) homme fort de Kigali s’est montré atteint là où ça fait mal : « Comment un juge espagnol (Fernando Andreu Merelles), assis dans un village espagnol, se sent-il autorisé à mettre en accusation la direction entière d’un pays ? » Kagame vient sans doute de comprendre que les mandats introduisent un nouveau discours auquel il devra s’habituer. Ils lancent un message clair aux défenseurs de la thèse de la majorité : vous dites la vérité, mais pas toute la vérité. Si ce n’est que la vérité, comment justifiez-vous toutes ces tentatives de musellement ?

    Quand le mur du mensonge se lézarde, c’est signe d’explosion de la vérité qui refuse de pourrir.

    Solange

    • Patricia Turcotte

    Waw….Le site Cent Papiers est vraiment bien branché, et quelle super chronique !

    Bravo aussi à vous, Madame Solange Upar, d’aborder un sujet aussi « hot » et qui concerne un Ministre qui semble très humain et près de ses élus ; il semble davantage se préoccuper des personnes, avant de « se pencher » sur des dossiers.

    Admettons qu’il aurait fait une erreur humaine en cours de route, n’est-ce pas humain ? Faut-il être parfait pour donner un message humanitaire aussi prenant ?

    Faut-il attendre un Ministre à pattes blanches et parfaitement parfait et honnête plus que le Pape, pour œuvrer au Parti Conservateur, ou dans n’importe quel parti du Gouvernement Canadien ?

    Faut-il aussi être parfait pour être un politicien, un Ministre, un électeur, un citoyen ordinaire et silencieux, un simple travailleur du peuple Québécois, Canadien, Chinois, Tibétain, Africain ?

    Ce grand sujet d’intérêt public, Madame Upar, sera à poursuivre sûrement !

    Voici mon point de vue personnel sur le sujet : « Y en a pas de fond ».

    Patricia

    • Solange Upar

    Bonjour Patricia,

    Les meurtres des pères Pinard et Simard doivent nous interpeler tous et nous pousser à exiger des actions concrètes de notre gouvernement. C’est aberrant que le Canada continue de soutenir financièrement le régime de Kagame, responsable de la mort de ses ressortissants.

    La mise sur pied d’un tribunal international sur les massacres du Rwanda se défend par la quête de la justice. C’est sûrement un baume de soulagement pour les survivants et les familles des victimes. Et les victimes québécoises ne méritent-elles pas le même traitement ? Qu’attend le Canada pour s’y pencher ?

    Je refuse de me joindre au club de ceux qui catégorisent les victimes du Rwanda selon des critères plus ségrégationnistes, car l’histoire de ce drame doit s’inscrire dans un cadre plus inclusif. Autrement, on fait trop de laissés-pour-compte. Hélas, c’est la particularité de l’histoire officielle des événements de 1994.

    Toutefois, quand Gil Courtemanche reconnaît la responsabilité de Kagame dans les massacres des civils en République démocratique du Congo, dites-vous que c’est le début de la fin de l’énorme supercherie qui a auréolé Kagame comme le « Moïse » du peuple rwandais.

    Un lecteur averti en vaut deux. À nous de ne plus gober des histoires maquillées et d’exiger au gouvernement canadien de rendre justice à nos ressortissants assassinés par les bourreaux du FPR. Et au lieu de se mettre le pied dans la bouche dans ses voyages, le ministre Bernier ferait mieux d’oublier les Jos Louis et de rester à la maison afin de s’occuper de vraies affaires.

    Solange

    • Patricia Turcotte

    Bonjour à nouveau, Madame Solange Upar,

    Je tiens seulement à préciser que dans mon commentaire, je parlais davantage de l’homme que du Ministre Bernier.

    Pour ce qui est du grand débat politique et humanitaire dont vous nous renseigner très bien, et qui est très intéressant, je vous avoue bien humblement ne pas avoir suivi gros le sujet politique ; mis à part quelques brides ici et là. Ce qui touche le sujet des meurtres des Pères Simard et Pinard, je n’ai pas été dans la lecture des détails.

    Ma préférence pour l’instant dans l’écriture, est davantage axée vers les personnes sans trop tenir compte des gros titres comme : Député ou Ministre ; victime ou meurtrier ; etc. ce qui vient ensuite évidemment ; Mais que je laisse aux plus connaisseurs (res) de la politique, en écrire davantage. Il arrivera aussi de me lever debout pour écrire sur le titre de la personne, quand j’aurai beaucoup lu et compris sur le sujet.

    Madame Pinard, je tenais à vous écrire un deuxième mot suite à votre article et à mon premier commentaire ; aussi pour les lecteurs et lectrices du site Cent Papiers.

    Pour ce qui concernent des personnes et des familles touchées par les crimes, tout doit être fait pour les écouter, les aider de toutes les façons possibles, autant à l’extérieur du Canada, qu’au Canada et au Québec.

    Les personnes dans la politique et les sujets sociaux me touchent beaucoup……et il peut aussi arriver que mes commentaires soient pas compris ou ne sont pas du même avis que d’autres ; surtout à cause de cette particularité dans mon écriture.

    L’important est que j’ai aussi relu votre texte et que j’en comprends encore un peu plus la portée. C’est l’expérience qui entre, d’accord !

    N’empêche que pour Monsieur Maxime ber nier, je trouve dommage qu’on le aussi rapidement, après une première erreur, dont il s’est repris et excusé en cours de route. Pour ce qui est des personnes assassinées, je n’ai pas beaucoup lu sur le sujet encore ! Cela viendra en temps et lieu.

    Pour ce qui est une justice pour les victimes québécoises, je suis très d’accord que le Canada doit s’y pencher et vite ; y a des limites aussi pour les injustices faites aux personnes du Québec.

    Patricia

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