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Retraites: ? propos du faux argument d?mographique et de la tra?trise ??socialiste??

??Jusqu?en 2035, la proportion de personnes ?g?es de 60 ans ou plus progressera fortement, quelles que soient les hypoth?ses retenues sur l??volution de la f?condit?, des migrations ou de la mortalit?, avertit l?Insee dans une ?tude opportun?ment publi?e il y a trois jours. Catastrophe pour le financement des retraites ? Attention aux fausses ?vidences et voyons plut?t ce qu?en ?crit Guillaume Duval, r?dacteur en chef de l?excellente revue Alternatives ?conomiques 😕? Le fait que ce travail, base essentielle de la prospective en mati?res de retraites, ne soit pr?t que maintenant, apr?s que le projet de r?forme a ?t? vot? par le S?nat et l?Assembl?e, en dit long sur la pr?cipitation avec laquelle ce texte a ?t? con?u? La publication tardive de ces projections n?en est pas moins utilis?e par les d?fenseurs de la r?forme pour souligner l?ampleur des probl?mes d?mographiques auxquels nous sommes confront?s dans l?espoir de calmer la vindicte populaire ? l??gard d?un projet qui comporte de nombreuses mesures injustes. ?

Que l?UMP s?en empare n?a ?videmment rien de surprenant. Plus g?nant ? mais pas surprenant non plus, las? ? est le fait que certainsjournalistes adoptent l?argument. Ainsi, Fran?oise Fressoz, chef du service Politique du Monde, r?pondait aux internautes ? l?occasion d?un chat dont rien que le titre constitue une provocation 😕??Il n?est pas exclu que le grand gagnant soit Sarkozy??. Pr?cisons qu?avant d?officier au Monde, notre h?ro?ne faisait profession d??ditorialiste? aux Echos, Officiel de la pens?e lib?rale? Toujours est-il qu?? la question ??La gauche promet de revenir sur cette r?forme en 2012? Est-ce vraiment faisable, et ? quel prix ???, Fressoz r?pond : ??A titre personnel, cela me semble difficile en raison des ?volutions d?mographiques. L?Insee a donn? des chiffres int?ressants cette semaine : en 2060, on devrait compter une personne sur trois de plus de 60 ans en France, et le nombre de centenaires pourrait atteindre 200 000.

Dans ce contexte, faire de l??ge de 60 ans une date butoir semble difficile.?? Halte l?, retour ??l?argumentaire de l?ami Duval 😕? Pourtant, les projections de l?Insee n?impliquent en r?alit? nullement les cons?quences catastrophiques qui leur sont attribu?es. (?)?les pr?visions de l?Insee ne si

gnifient aucunement que nous sommes condamn?s ? choisir entre la peste d?une baisse importante du niveau des pensions de retraite et le chol?ra du travail jusqu?? 70 ans ou plus. Ce qui compte en effet pour le financement des syst?mes sociaux, ce n?est pas tant la population d??ge actif que la part de cette population qui est employ?e et produit donc des richesses. Richesses dont on peut d?s lors pr?lever une partie pour subvenir aux besoins de ceux, retrait?s mais aussi enfants et jeunes en ?tudes, qui n?en produisent pas encore ou plus. Or le taux d?emploi des 20-64 ans n??tait que de 69,1% en 2007 en France.

Du coup les 20-64 ans qui occupent un emploi ne repr?sentaient que 40,6% de la population totale. Mais ce taux d?emploi de 69,1% seulement laisse encore une marge consid?rable avant d?approcher les 100%? Si on est en mesure de l?augmenter de 3% par d?cennie (ce qui porterait le taux d?emploi des 20-64 ans ? 84% en 2060, encore tr?s loin des 100%), la part des 20-64 ans qui occupent un emploi non seulement ne baisserait quasiment pas dans la population totale d?ici 2035 ? elle passerait seulement de 40,6% ? 40,3% ? mais elle augmenterait au-del?. Et ce n?est pas la mer ? boire?: cela signifie en effet cr?er 100?000 emplois suppl?mentaires par an au cours des prochaines d?cennies. Or, durant la d?cennie 2000 (et malgr? la crise de 2008-2009) l??conomie fran?aise en a cr?? en moyenne 186?000 en plus par an, et m?me dans la d?cennie 1990, particuli?rement catastrophique sur ce plan, on avait d?nombr? 101?000 emplois de plus chaque ann?e.??

Voil? donc, une fois de plus, battu en br?che un faux argument cens? prouver que la contre-r?forme de la droite est in?vitable. Mais comme Fressoz y croit, c?est la raison pour laquelle elle estime que Sarkozy pourrait ?tre in fine b?n?ficiaire de la s?quence politique de la contestation massive qui a pourtant frapp? sa contre-r?forme : ??Pass?e cette p?riode de tensions sociales, il n?est pas exclu que le grand gagnant soit Nicolas Sarkozy s?il parvient ? apaiser les esprits et ? montrer que les mesures d??ge sont in?luctables.?? Mais elles n?ont rien d?in?luctables bon sang !

La fin de la r?ponse de Fressoz est int?ressante, en ce qu?elle clarifie les ambiguit?s solf?riniennes sur la question : ????faire de l??ge de 60 ans une date butoir semble difficile. Des voix le disent ouvertement, comme celle de?Manuel Valls, qui hier pr?cisait que la retraite ? 60 ans ne serait pas pour tout le monde.?Parmi les candidats possibles du PS pour 2012, on note d?ailleurs des diff?rences de positionnement :?Dominique Strauss-Kahn ne fait pas de la retraite ? 60 ans un dogme,?Martine Aubry insiste sur le fait que la dur?e de cotisation devra augmenter. En r?alit?, seule l?aile gauche du Parti socialiste est r?ellement engag?e dans la bataille des 60 ans.?? C?est exactement ?a.

Hormis l?aile gauche des tr?s estimables G?rard Filoche ou Marie-No?lle Lienemann ? et m?me Beno?t Hamon, quand il n?est pas trop corset? par son r?le de porte-parole -, soit un poids d?environ 20% (score que r?coltent r?guli?rement les motions de la gauche du PS aux congr?s du parti), le reste des ??socialistes?? ? S?gol?ne Royal incluse, qui veut augmenter la dur?e de cotisation ! ? joue une nouvelle fois le r?le des sociaux-tra?tres. Citons donc pour finir Pascal Cherki, membre du Bureau national du PS (et maire du 14e arrondissement de Paris), auteur d?un article titr? J?ai un doute dans D?mocratie & socialisme, le 19 octobre dernier?: ??En prenant connaissance du contenu de l?intervention de notre Premi?re secr?taire lors de son passage ? l??mission A vous de juger, j?ai eu un doute.

Comment Martine Aubry a-t-elle pu, alors que nous sommes en pleine mobilisation contre le projet profond?ment injuste de remise en cause des retraites par r?partition, affirmer son accord avec l?allongement de la dur?e l?gale des cotisations?? Et comme, par sa parole, notre Premi?re secr?taire nous engage tous, je me demande si nous prenons bien la mesure de ce qui est en train de se passer dans notre pays actuellement?: ? savoir une col?re de plus en plus explicite et de plus en plus importante contre un sentiment de profonde injustice qui r?gne depuis de nombreuses ann?es dans notre pays. (?) je ne trouve aucune explication rationnelle ? cette d?claration de Martine Aubry. Tout comme je ne comprends pas l?acharnement que mettent certains de mes camarades si?geant comme moi au Bureau national du PS ? se prononcer pour l?allongement de la dur?e des cotisations.

Une gifle claqu?e ? la face de millions de salari?s

Tactiquement cette position est une faute car elle r?sonne comme une gifle claqu?e ? la face de millions de salari?s mobilis?s contre le projet de Nicolas Sarkozy et de Fran?ois Fillon. Sur le fond, ensuite, elle est ?minemment contestable et ce pour plusieurs raisons.?Cette position est contestable tout d?abord pour une raison de m?thode. On ne peut pas vouloir ? la fois construire une r?forme des retraites dans la n?gociation avec les partenaires sociaux et afficher une position qui est rejet?e par une ?crasante majorit? de salari?s et deux au moins des principales conf?d?rations syndicales, ? savoir la CGT et FO.?Cette position est contestable ensuite sur le plan philosophique. Tout le combat de la gauche et du syndicalisme est un combat pour rendre du temps aux salari?s.

Pour leur rendre du temps de vie, non marchand, un temps qu?ils pourront utiliser librement pour se reposer, pour profiter de leurs proches et de leurs amis, pour voyager, pour se cultiver, pour s?engager. Ce combat est consubstantiel ? l??mergence du mouvement syndical et de la gauche politique depuis l?apparition du capitalisme. C?est le combat pour la r?duction de la dur?e quotidienne du travail, pour la r?duction de la dur?e hebdomadaire du travail, pour le droit aux cong?s pay?s et pour le droit ? la retraite. C?est l?essence m?me du combat r?formiste, oppos? ? l?attente du grand soir, et qui consiste ? vouloir changer progressivement l?ordre injuste de la soci?t? capitaliste.?Cette position enfin est contestable du point de vue ?conomique.

Les tenants de l?allongement de la dur?e des cotisations nous expliquent, ? tort, que cette mesure est in?luctable en raison de la d?mographie mais ils ne prennent pas en compte l?exceptionnelle vitalit? de la natalit? fran?aise, unique en Europe et dans le monde d?velopp?. Les tenants de l?allongement de la dur?e de cotisations nous ass?nent l?argument de l?augmentation de l?esp?rance de vie. (?) Ce que l?on feint de ne pas voir c?est que le nombre d?actifs restera stable entre 2010 et 2050 apr?s avoir fortement augment? jusqu?en 2010. Mais surtout l?on omet de dire trois choses fondamentales dans ce d?bat.

Premi?rement, que la productivit? qui a d?j? ?t? multipli?e par 5 entre 1960 et 2010 sera au moins encore multipli?e par 2 d?ici ? 2050. Deuxi?mement, que selon l?Insee 6 salari?s sur 10 sont hors emploi ? l??ge de la retraite, les seniors ?tant ?cart?s de l?emploi en moyenne ? 58,5 ans. De m?me il n?est pas inutile de rappeler que, toujours selon l?Insee, pr?s du quart, 23%, des 15-24 ans sont ? la recherche d?un emploi. Troisi?mement enfin, selon le Cor?(Conseil d?orientation des retraites), le solde annuel en 2050 du d?ficit maximal du r?gime des retraites serait de 120 milliards d?euros quand dans le m?me temps, ces trente derni?res ann?es, ce sont 200 milliards, soit 10% de la richesse produite, qui ont ?t? transf?r?s de la r?mun?ration du travail vers les profits et les d?tenteurs de capitaux.?C?est pourquoi l?acceptation ou non de l?allongement de la dur?e des cotisations est un r?v?lateur de la d?termination ou non de la gauche ? changer dans les vingt prochaines ann?es la donne.

Soit la gauche renonce ? transformer l?ordre des choses et se place dans la seule optique de ?mieux? g?rer un syst?me de plus en plus rejet? par la population et alors Martine Aubry a eu raison de donner raison ? Fran?ois Fillon sur l?allongement de la dur?e des cotisations. Soit la gauche aspire ? transformer l?ordre des choses et alors doit envisager la r?forme des retraites en lien avec une nouvelle politique ?conomique favorisant le plein emploi, faisant baisser le taux de ch?mage des jeunes et augmenter le taux d?activit? des seniors et posant de mani?re offensive unnouveau partage des richesses en faveur du travail et non du capital. ?

Pascal Cherki a raison et pose parfaitement les termes du d?bat. Mais l? o? il se berce d?illusion, c?est lorsqu?il imagine le PS, malgr? sa sympathique mais bien insuffisamment influente aile gauche, faire autre chose que ce qu?il fait depuis 1983 : la politique des lib?raux. Et par cons?quent, le choix qui s?offre au citoyen qui ??aspire ? transformer l?ordre des choses??, ainsi que Cherki le dit, tient en trois mots : Front de gauche !

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