Rentr

Tout ? l?heure, elle a pr?f?r? qu?on ne l?accompagne pas dans la cour de
r?cr?ation.

?claboussures C?est assez logique : elle revient en
territoire connu, c?est sa derni?re ann?e d??cole, celle d?avant le grand saut
dans l?inconnu, celle o? elle fait enfin partie des grands avant de redevenir
une petite nouvelle.

La rentr?e, c?est toujours pareil et c?est toujours diff?rent. Ou alors,
c?est nous qui changeons et c?est cette r?currence des cycles de vie qui nous
informe que la grande horloge continue de tourner inexorablement vers l?heure
de la sortie.
J?ai eu mon content de petits matins de septembre frisquet, de platanes
jaunissants, de cette formidable impatience de devoir tout recommencer tout en
sachant que ce sera totalement diff?rent.

J?ai toujours aim? ces derniers jours d??t?, o? la chaleur se fait moins
mordante, mais o? le ciel est d?un bleu implacable. J?ai toujours, en m?me
temps, regrett? ce moment de l?ann?e o? je remarque ? de petits signes que les
jours sont nettement plus courts. J?aime le rythme de l??t?, ces matins ? peine
frais o? l?on est r?veill? de bonne heure par la lumi?re du jour et on l?on
?tire les soir?es dans un cr?puscule lent et paresseux, ? l?ombre des ?toiles
p?les. Mais j?aimais aussi, en m?me temps, cette sorte de retour ? la vie, ?
fr?n?sie du troupeau, ? la n?cessit? du temps, tout en rejetant formellement la
dictature de l?horloge. Je crois que j?aurais voulu vivre toute l?ann?e des
journ?es de juillet avec les couleurs et les sons de septembre, juste pour en
avoir un peu plus, un peu plus longtemps.

Quand j??tais gosse, les vacances me faisaient un peu suer. Non pas que je
n?aimais pas retrouver mon p?re et nos amis communs ou que je n?appr?ciais
pleinement la rupture des rythmes, le changement de d?cor, d?activit?s, de
socialit? et l?exquis sentiment d??tranget? ? moi-m?me que cela me procurait,
mais en m?me temps, je trouvais trop long ce temps hors du temps, hors de la
vraie vie, celle des copains, du quotidien parfois ennuyeux, et de
l?apprentissage, de ces connaissances que l??cole ne distribuait pourtant
qu?avec une parcimonie mesquine.
Apr?s le 15 aout, d?j?, j?avais envie d?ombre, de papier neuf et craquant et de
l?odeur follement enivrante des manuels scolaires fraichement sortis de la
presse. Que je sois parachut?e dans une ?cole o? je ne connaissais rien ni
personne ? ce qui m?est arriv? bien souvent ? ou que je retourne en terrain
conquis, aupr?s de ces amis que j?aurais tant voulu garder toute ma vie, je
finissais toujours par crever d?impatience de replonger dans le carcan rigide
et rassurant de l??ducation nationale, ne serait-ce que parce que l?, j?avais
enfin des r?gles ? enfreindre et d?autres ? inventer.

Je ne me souviens pas d?un temps o? je n?ai pas aim? profond?ment ce lieu o?
l?on d?tient pourtant tant d?enfants contre leur gr?. Je crois que j?ai m?me d?
aimer l?effroi du premier plongeon dans l?inconnu, de la premi?re s?paration,
de cette promesse de conqu?te d?une nouvelle autonomie, de d?couverte d?un
nouveau monde, de nouveaux visages, de nouvelles sensations. J?ai toujours aim?
la mani?re dont le piaillement aigu des enfants rebondit sous le pr?au, les
jours de crachin, le grondement rocailleux des pieds de chaises que l?on traine
sur le parquet balafr? par les g?n?rations, la pluie mate des semelles de
basket dans les escaliers, le murmure des files d?attente dans les couloirs,
les hurlements de d?livrance lors de la derni?re sonnerie du soir, la
cacophonie indigeste et m?tallique de la cantine aux heures de pointe, les
chuchotements sous la couette, le soir, apr?s l?extinction des feux, le
bourdonnement du silence pendant les interros, tout ce brouhaha de la vie en
collectivit?.

La gosse m?a l?air bien moins ?motive en ce premier jour de sa
derni?re ann?e d??coli?re. Envie de voir les potes, certes, de raconter nos
petites aventures de l??t?, mais pas de r?elle impatience, plut?t une sorte de
volont? contr?l?e de vivre le moment, juste le moment.
Elle n?avait pas besoin du rituel du premier jour, un peu comme si elle
l??conomisait pour le grand saut dans le monde de l?ann?e prochaine.
Je la regarde traverser les m?mes instants que ceux par lesquels je suis
pass?e. C?est la m?me chose, mais c?est d?finitivement diff?rent. Chaque moment
est compl?tement diff?rent parce que c?est un peu comme si, aujourd?hui, je le
revivais, mais de l?autre c?t? du miroir.

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