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Religion et bricolage : une croix trop grosse et des clous trop petits

On se retrouve avec un problème de cubage, avec tous les objets rapportés par Sainte Hélène, mais aussi avec leur multiplication plus rapide et plus nombreuse que celle de la multiplication miraculeuse des pains de Jésus  : un vrai miracle pour elle aussi, en quelque sorte, dont des morceaux de la Croix du Christ (il y en a toujours des centaines en circulation) et les clous ayant servi à son supplice se comptent par dizaines aujourd’hui. Ils sont admirés par des fidèles, quand ils ne traînent pas dans des musées, là ou ces fausses reliques ont davantage leur place.  Au départ, je vous l’ai dit, un seul lot d’artefacts ramenés des lieux saints par Hélène, la mère de Constantin, fait d’elle la grande responsable de ce qui est tout simplement une escroquerie intellectuelle (elle n’a pas rapporté que des clous comme on va le voir, hélas).  Après avoir cherché de façon grotesque ces (fausses) reliques, et s’être surtout fait berner par des marchands sans scrupules, elle a terminé elle aussi en kit:  en plusieurs morceaux, devenus reliques, obligatoirement, dont certains se sont aussi perdus en route…

L’impossible estimation du cubage total des morceau de croix accumulés

Logique donc de voir la Croix du Christ faire l’objet du même trafic, tant il est devenu intense. Il  y en a en effet partout des morceaux de Sainte-Croix qui font tant pleurer Stéphane Bern, soit jusque dans le Vermont aux USA (une relique de Boston y avait été retrouvée en 2010, désolant le diocèse, c’est celle visible ici à gauche !!!). En fait c’est ce qu’on en fait des reliques qui importe, comme Conques l’a démontré avec brio :  « autre preuve de l’authenticité des reliques pour Ch. Rohault de Fleury, l’usage qu’on en fait : Constantin demande à un fragment de la Croix de protéger Constantinople, saint Chrysostome dit que ceux qui ont le bonheur d’en avoir les renferment dans de riches reliquaires pour les suspendre à leur cou. On divise la Croix en très petits morceaux, afin de satisfaire la piété des princes et des églises de toute la chrétienté, et c’est là encore un argument :  « Si la croix eût dû être multipliée par une intervention surnaturelle, ce n’eût pas été la peine de tant l’épargner en divisant ses reliques en aussi petits fragments; on en eût envoyé de plus gros, et même, comme la multiplication des pains, à laquelle on a comparé celle de la croix, après ces distributions prodigieuses, il en serait resté plus qu’à l’origine. » L’historien calculateur, établissant que le cubage de la Vraie Croix devait être environ de 178 millions de millimètres cubes (0,18 m3) et admettant qu’il était très facile de diviser chaque millimètre cube en cinq ou six parties, aboutissait à un milliard de parcelles possibles. Or, en faisant l’inventaire de tous les fragments de la Croix existants ou dont on a conservé le souvenir, en étudiant les successives dispersions des reliques depuis le vie siècle, Ch. Rohault de Fleury aboutit aux surprenantes constatations suivantes : le volume total des reliques connues serait de 5 millions de millimètres, on va bien au-delà de la vérité en triplant pour l’inconnu le volume connu « si l’on songe à la petitesse des parcelles qui peuvent se trouver dans les églises et les couvents, et chez des particuliers ». « On arrive à 15 millions de millimètres qui ne font pas le dixième des 180 millions de millimètres… pour le volume de la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ ». Une question se pose alors : que sont devenus, depuis un millénaire et demi, les non moins précieux 165 millions de millimètres cubes que Ch. Rohault de Fleury ne classe ni dans les reliques connues, ni dans les inconnues ? »  Pour Calvin (ici à gauche),  l’affolante multiplication des morceaux de Croix avait abouti au ridicule :« on tient que cette croix que trouva Hélène est encore en Jérusalem; et de cela, nul n’en doute. Combien que l’histoire ecclésiastique y contredit notamment. Car il est là raconté qu’Hélène en prit une partie pour envoyer à l’empereur son fils, lequel la mit à Constantinople, sur une colonne de porphyre, au milieu du marché; de l’autre partie, il est dit qu’elle l’enferma en un étui d’argent, et la bailla en garde à l’évêque de Jérusalem. Ainsi, nous arguerons l’histoire de mensonge, ou ce qu’on tient aujourd’hui de la vraie croix est une opinion vaine et frivole. Or, avisons d’autre part combien il y eu a de pièces par tout le monde.  Si je ne voulais raconter seulement ce que j’en pourrais dire, il y aurait un rôle pour remplir un livre entier. Il n’y a si petite ville où il n’y en ait, non-seulement en église cathédrale, mais en quelques paroisses.  Pareillement, il n’y a si méchante abbaye où l’on n’en montre. Et en quelques lieux, il y en a de bien gros éclats : comme à la Sainte-Chapelle de Paris, et à Poitiers et à Rome, où il y a un crucifix assez grand qui en est fait, comme l’on dit. Bref, si on voulait ramasser tout ce qui s’en est trouvé, il y en aurait la charge d’un bon grand bateau »… de quoi construire un bateau ou pire encore, selon Patrice Bonnel dans son Bon usage des reliques !

Des morceaux de croix éparpillés partout, en France comme ailleurs

« Capitale de l’Empire romain d’Orient, puis de l’Empire byzantin, Constantinople, devenue Byzance, qui ne recelait aucune tombe de martyr, s’instaura, d’abord, de la volonté des empereurs et peut-être plus encore des impératrices, lieu privilégié de dépôt et de conservation des reliques. Mais, dès le vie siècle, semble-t-il, la seconde Rome devint également le centre de fabrication, de distribution et enfin du commerce des reliques » nous rappelle Françoise Biotti-Mache dans « Aperçu sur les reliques chrétiennes ». Vraies, fausses, fabriquées de toutes pièces, vendues par des gens… sans foi (ni loi),  il y en a donc eu partout, de disséminées et pas mal se sont égarées depuis (1) :  En 1823, l’église d’Haillicourt recevait aussi les siens de bouts de la sainte Croix, classés aux Monuments historiques, mais ils étaient devenus introuvables depuis des décennies. On les a redécouverts récemment, en 2017, après qu’ils aient disparu pendant au moins trente ans !!!  En 2015, à Drouot, le commissaire priseur avait annoncé vouloir vendre « une vraie croix », décrite dans le lot 78 à la page 35 de son catalogue (ici à droite),  contenant donc un bout de l’originale, en fait très certainement une fausse, selon « Odon Vallet, spécialiste de l’histoire des religions et des civilisations. Il est vrai que le descriptif de la vente stipule que « de nombreuses croix furent réalisées pour contenir les reliques (2) de la vraie Croix ». Pour l’historien, « il y a une chance sur un million qu’il s’agisse de la vraie ». « Comme avec les épines de la couronne du Christ, on exploite la crédulité des gens. Il faudrait une expertise au carbone 14 pour la dater », poursuit-il. »  A St-Guilhem le Désert dans l’Hérault – village de 256 habitants – «  un des plus beaux villages de France «  qui devrait donc plaire à Stéphane Bern, le sauveteur de vieilles pierres, on peut voir, visible à droite du chœur, dans l’église de l’abbaye de Gellone, celle obtenue de Charlemagne même, dont il avait été le « vaillant capitaine », par Saint-Guilhem, (Guillaume en Occitanie) surnommé «  le Grand », lors de la fondation de son abbaye, un morceau de la Sainte Croix bel et bien «certifié » comme étant bien « celle obtenue par Zacharie au nom du patriarche de Jérusalem en l’an 800 ».  L’objet (ici à gauche) est en argent, orné de pierres précieuses, les fragments de la vraie croix mesurant « cinq pouces de long », mais…  ils sont invisibles dans leur niche placée sous la croix reliquaire.  Guillaume est lui-même enterré sur place, placé sous le dallage du narthex, puis déplacé dans le chœur, malgré l’opposition de l’abbé.  A Gellone, Jésus est aujourd’hui protégé par un vulgaire cadenas, bien contemporain…

Le monde a bien changé, se dit-on. Ici à droite c’est le reliquaire de L’Eglise de la Croix de Jérusalem, à Rome, avec le morceau de bout de bois divin visible dans sa colonne centrale… l’écharde de Dieu ! A gauche ici c’est la « Vraie Croix de l’Abbaye Ste Croix de Poitiers – Offerte par l’empereur de Constantinople Justin II, à Ste Radegonde »…

 

A Toulouse aussi, on expose une « vraie croix » dans un drôle de reliquaire (cf à gauche) :  ses quatre faces, comme une bande dessinée, évoquent les étapes de son voyage (la «  translation » de la relique ») de Jérusalem à Toulouse : « la découverte de la croix du Christ par le Juif Judas en présence de sainte Hélène, mère de l’empereur Constantin ; puis le voyage de Raimond Botardel, émissaire de l’abbaye Saint-Sernin, parti à Jérusalem recueillir la sainte relique. Raimond Botardel est ensuite représenté embarquant dans le navire qui le conduira jusqu’en Occident afin qu’il remette la croix à l’abbé Pons qui, à son tour, l’offre à saint Saturnin devant les murs de Toulouse ». Le couvercle est illustré des scènes de l’Annonciation, de la Résurrection du Christ et d’une représentation du Christ en gloire entre la Vierge et saint Jean, incitant le pèlerin, au-delà de la simple vénération de l’insigne relique, à en comprendre la signification essentielle ». Le Louvre à Paris a aussi à son reliquaire, apporté au temps de Saint-Louis, mais il ne contient pas de morceau de Croix : « à la différence des autres reliques qui arrivent alors à Paris, la pierre du Saint-Sépulcre a conservé son reliquaire byzantin d’origine. Son aspect original est connu par des inventaires qui le décrivent et permettent de s’en faire une idée plus précise. C’était une boîte rectangulaire en bois, de plus de 40 cm de long (ici à droite). La plaque des Saintes Femmes au tombeau ornait l’un des côtés. Elle fermait à clé et comportait un couvercle coulissant qui permettait d’accéder à la relique. Elle était peut-être suspendue. De nombreux reliquaires réalisés à Byzance à cette époque adoptent une forme identique, en particulier pour les reliques de la Passion ».  Le coffret contient cette fois un bout de rocher provenant du Golgotha, du Saint-Sépulcre. Un des morceaux ramenés lui aussi par Sainte-Hélène, la marâtre, lors du retour du curieux produit de ses fouilles (pardonnez-moi cet hommage au Caneton au passage).  En Belgique, en revanche, on retombe sur un morceau de la Croix, enfermé dans un reliquaire fait par l’orfèvre mosan Godefroy de Huy (mort en  1175) et réalisé pour l’église Sainte-Croix de Liège, ici à gauche, avec sa croix.. de Lorraine ! En Belgique encore, on trouve un bout de croix à Liège, placée dans un reliquaire assez vaste pour accueillir des voisins pour qu’elle ne se sente pas seule :  en l’occurrence une dent de Saint Vincent et apparemment aussi un morceau de Saint Jean-Baptiste (le prophète qui a annoncé la venue de Jésus de Nazareth, qui l’avait trouvé un jour plutôt « déroutant »).  Un apôtre plutôt chanceux (mais après sa mort, disons car il a été décapité sur ordre d‘Antipas qui n’avait pas aimé qu’il lui reproche son mariage avec la femme de son frère !), puisqu’on lui a retrouvé plusieurs têtes, (pas moins de huit !) dont une visible à Amiens, ramenée de la IVeme croisade (celle où les Croisés ont pillé les byzantins !) par le chanoine de Picquigny Walon de Sarton… et placée dans un reliquaire étrange (ici à droite) qui lui fait une tête de cosmonaute… une autre est visible en Italie, dans la basilique San Silvestro in Capite la bien nommée (Saint-Silvestre-de-la-Tête), mais elle fait plus Jivaro, celle-la (ici à gauche). Pour quelqu’un disant que le corps aurait été brûlé et les cendres dispersées au vent, deux de retrouvées, c’est déjà pas mal, non ?

Des petits morceaux, des copeaux plutôt, et un seul conséquent

Les morceaux de Sainte Croix ressemblent plus à des confettis ou à des échardes qu’autre chose.  Difficile de trouver un bout de bois de taille respectable provenant des poutres sur lesquelles Jésus serait mort. Le plus gros serait celui du Mont Athos, parfois exposé avec les reliques, de Marie Madeleine et de la mégalomartyre Barbara.  On peut voir ici des prêtres du monastère athonite de Simonos Petras les descendre de l’avion le 29 avril 2012, à Minsk, avec le coffret contenant cette parcelle de la sainte Croix…   On constate que la châsse n’est pas très grande, pour autant.  Mais que dans l’Eglise orthodoxe d’autre « reliques» bien plus modernes sont acceptées, comme celle ici du métropolite à Saint-Pétersbourg, Barsonuphe qui lors d’une visite le 28 octobre 2016 au Mont Athos aurait offert … une Sainte-Croix (alors qu’il y en avait déjà une (?), en portant au poignet une drôle de relique… plus contemporaine, signée Rollex…

On en trouve néanmoins un, de plus conséquent, mais c’est en Autriche qu’il faut aller pour le voir. C’est à Vienne, dans le musée d’Hofburg, dans le plus grand palais de la ville, celui de la dynastie des Habsbourg (qui a régné pendant plus de 600 ans). C’est là qu’a lieu aussi tous les ans l’enregistrement du concert annuel de début d’année du Wiener Hofburg Orchester consacré aux valses de Vienne.  Musée impérial, c’est donc aussi un bric à brac à dorures : le Trésor impérial de Vienne (avers la couronne de Conrad II) et ses reliques du Saint-Empire romain, ou de l’ordre de la Toison d’Or, qui montre aussi la plus grande coupe en agate au monde, taillée d’une seule pièce dans la pierre, que l’on relie bien sûr au Saint-Graal.  On y trouve aussi une gigantesque émeraude de 2 680 carats, la bourse de saint Étienne (?) l’évangéliaire du sacre et le « sabre de Charlemagne », l’orbe bien connu et son sceptre. Mais aussi une dent d’un narval, prise pour une corne de licorne autrefois, ou également on s’y attend, des bijoux de l’impératrice Elisabeth (« Sissi »). Mais également, la chaîne d’or de l’empereur du Mexique Maximilien (?) ou encore un fragment de la robe de St-Jean l’évangéliste (à défaut de son crâne) et des vêtements sacerdotaux de l’ordre de la Toison d’or qui viennent de la cour de Bourgogne.  Mais aussi le manteau (« Krönungsmantel ») et un gant du couronnement utilisés pour le sacre des souverains du Saint-Empire (on sent bien que Michael Jackson a dû visiter le musée !).  Dans le musée, sous un immense cube de verre, on peut admirer trois reliques de la Passion d’un coup et notamment le morceau de bois décrit, jouxté d’un autre élément improbable dont je vais vous parler un peu plus loin (celui-là ayant été largement récupéré par toute une compagnie de fêlés baignant dans l’ésotérisme !). Le fragment constitue la partie verticale d’une croix (visible ici à droite). La grande croix sur sa gauche dans le cube étant une crux gemmata, un chef d’œuvre d’orfèvrerie du Moyen Age qui ne contient pas de relique.  A Hofbug, on trouve un autre morceau de Sainte Croix dans un reliquaire signé Pietro di Simone da Siena, du roi Louis de Hongrie, dite… « Croix d’Anjou » (ici à droite, on y distingue en effet des fleurs de lys et c’est la double croix de Lorraine comme dessin), qui en fait a été elle reconstituée par « un travail d’assemblage de différents morceaux, éparpillés autour du monde ». Un kit façon Ikea, en quelque sorte, pour contenir un autre et énième bout de Sainte Croix !!!  A noter qu’une grande partie du trésor avait été volée par les nazis, ce qu’on aperçoit ici lors de l’inventaire fait par trois officiers d’armée différente à Vienne en 1946 (à gauche, on distingue très bien le fameux gant sur le bas de l’image).  Enfin, mais on va y revenir, à Hofburg on admire aussi un clou de la Sainte-Croix ; s’il est de bonne dimension (voir plus loin) avec ses 18 cm de long (le double de celui de Notre-Dame !) – il est en revanche en… argent !!!

La divine quincaillerie

La Croix a elle seule est un problème (ses tribulations surtout), les clous en sont un autre (2), et de taille également. Un magazine catholique, le National Catholic Register, le 25 octobre 2018, s’auto-flagelle un peu en en dénombrant pas mal, mais moins encore qu’on en dénombre réellement, quoique quand même pas mal encore (si on compte trois clous par supplicié, on est en effet en présence de 12 Christs similaires !!! Ce n’est plus Jésus, ce sont les 12 mercenaires de Dieu)) :  « Il y a peut-être 36 clous dans diverses églises qui prétendent être la vraie chose. Évidemment, ils ne peuvent pas tous l’être, mais il est possible qu’ils ne soient pas non plus des fraudes flagrantes. Il y a un terrain d’entente, que nous examinerons en temps utile » dit-il, repartant sur la thèse comme quoi l’on sait bien que c’est faux, mais là n’est pas le problème.. Malgré cette réserve, le texte expose en tout cas fort bien la découverte archéologique importante de Givʿat ha-Mivtar (ou Ras el-Masaref), effectuée en  1968.  L’une des trois tombes, fouillées par le docteur V. Tzaferis, contenait les restes d’un jeune homme nommé Yehohanan, (« fils de Hagkol »). Une découverte fort importante, celle d’un adulte âgé entre 24 et 28 ans dont le tibia et le péroné avaient été volontairement brisés et les deux calcanéus (les os du talon) percés par un seul clou unique encore en place, caractérisé par Tzaferis de «cas de crucifixion» évident. « Selon d’autres preuves, il a supposé qu’il s’agissait soit d’un rebelle exécuté lors de la révolte du recensement de l’an 7, soit d’une autre crucifixion du premier siècle » (d’où son importance pour la date contemporaine de celle du Christ !).  Un docteur, « N. Haas, du département d’anatomie de l’Université hébraïque et de la faculté de médecine de Hadassah, a conclu que le clou avait été enfoncé dans une petite plaque d’acacia ou de bois de pistache, puis dans les talons, à travers le montant de la croix, puis plié sur le côté opposé de la verticale. Haas a écrit: les pieds ont été joints presque parallèlement, tous deux fixés par le même clou au niveau des talons, les jambes adjacentes; les genoux ont été joints, le droit recouvrant le gauche; le tronc était déformé; les membres supérieurs étaient étendus, chacun poignardé par un clou dans l’avant-bras. Une étude du clou lui-même et de la situation des os calcanéens entre la tête et le dessus de ce clou montre que les pieds n’avaient pas été solidement fixés à la croix. Cette hypothèse nécessite l’ajout de la «sedecula» traditionnelle… destinée à asseoir en toute sécurité les fesses de la victime, à prévenir l’effondrement et à prolonger la souffrance » Haas a noté que la fracture du tibia droit était due à un «seul coup puissant»: «La percussion, passant sur les os du mollet droit déjà écrasés, était un coup dur et tranchant pour les membres gauche, attachés au corps acéré à la croix de bois bordée ». « Les dommages au corps étaient tels que le clou ne pouvait pas être retiré, nécessitant l’amputation des pieds ».

Un clou chasse l’autre

Ce fut une découverte fondamentale sur la méthode réellement employée par les romains, qui nécessitait trois clous (on le sait donc depuis plus de cinquante ans : un seul pour le pied, un clou énorme de 7 pouces – 18 cm de long –  et deux pour les avant-bras, à cette époque et à cet endroit, avec quelques variantes (avec des cordes).  Un autre article évoque une autre méthode, mais assez voisine : « Lorsque les clous étaient utilisés » poursuit un autre article,  ils étaient longs et carrés (environ 15 cm de long et 1 cm d’épaisseur) et étaient enfoncés dans les poignets ou les avant-bras de la victime pour le fixer à la barre transversale. Une fois la barre transversale en place, les pieds peuvent être cloués de chaque côté du montant ou croisés. Dans le premier cas, les clous auraient été enfoncés dans les os du talon et, dans le second cas, un clou aurait été enfoncé dans les métatarses situés au milieu du pied. Pour hâter la mort, la victime avait parfois les jambes cassées (crurifragium); la fracture des os du tibia qui en résultait pouvait entraîner une hémorragie et des embolies graisseuses, sans parler de douleurs importantes,  entraînant la mort prématurée ». A gauche et à droite, celui de Notre-Dame, sous son reliquaire, ci-dessous à gauche, celui de Trêves.  On remarque tout de suite qu’ils n’ont rien  à voir entre eux : l’un est donc au minium un faux. Voire… les deux.  On le distingue bien, extrait de son reliquaire ouvert, créé par l’archevêque Egbert (977-993) et amené lui aussi par Ste-Hélène, « l’un des quatre ayant servi à la crucifixion » (qui n’en aurait réclamé que trois, voire même plutôt deux  parfois !!!).  Il est énorme, et son reliquaire, confectionné par un orfèvre, est connu comme un « reliquaire parlant« , car il se présente sous la forme de la relique qu’il contient comme celui de Notre-Dame-Dame, qui est lui en verre transparent. Selon le National Catholic Register, c’est simple, donc : «  le clou de Notre-Dame n’est pas de la bonne taille, alors que celui de Trêves n’est pas assez vieux et trop court. D’autres conservés à Toul, Cologne et Essène ne revendiquent que très peu l’authenticité ».  Ah tiens, après la couronne sans une seule épine, le clou trop court (il ne fait que 9 cm de long !) : voici la cathédrale Notre-Dame fort mal lotie, dites-moi donc (2) !!!  Si en plus le morceau de bois à côté des deux autres reliques est aussi faux… on se demande ce qu’on va mettre de plus sérieux dedans, une fois reconstruite !  Un peu de sérieux… que diable !!!

Jésus, boîte à clous

En fait ça en fait déjà deux de trop, de clous (à gauche celui de Trêves, bien trop court en effet) car le fils de Hélène, Constantin, aurait fait insérer les clous ramenés par sa mère dans son casque et dans le mors de son cheval… (celui de la main droite du Christ, ou les clous des deux mains selon Grégoire de Tours).  Selon une autre légende, un troisième clou aurait fini à l’intérieur du bouclier de Constantin… le 25 février 395 Ambroise en fait état dans son hommage à l’empereur Théodose décédé, prononcé à Milan.  Il y explique la valeur toute symbolique de la destination des clous à l’initiative de l’impératrice : « Hélène a cherché les clous de la Croix et les a trouvés.  De l’un elle fit faire un mors, l’autre fut enchâssé dans un diadème. […] Elle envoya à son fils Constantin le diadème orné de pierres. […] Elle envoya aussi le mors. Constantin se servit des deux et transmis sa foi à ses successeurs. […]. » L’usage qui est fait des clous était donc bien avant tout politique : « sagement fit- elle de placer ainsi la croix sur la tête des rois afin que, dans les rois même, la croix du Christ fut adorée ! »  Avec un tel équipement sur lui, les sujets qui se prosternent désormais devant l’empereur devenu chrétien (grâce à l’influence de sa mère Hélène, justement !), c’est le Christ que l’on adore.  Et Ambroise de devenir lyrique  : « O clou béni qui tient cet Empire romain auquel l’univers entier obéit, qui sert d’ornement au front des princes afin de rendre prédicateurs de la foi ceux qui en étaient les persécuteurs ! «  Obéir à un clou, avouez que la formule vaut le détour !  Dans mon ouvrage-clé (page 168), le Saint Clou de Trêves, bien que trop petit « fonctionnait » bien, en tout cas : « le Saint Clou de Trêves possédait de non moins grandes vertus. On racontait, par exemple, dans cette ville l’histoire suivante : Un chevalier nommé Henri, quoique marié à une belle femme, fit un enfant à sa servante. La servante accoucha d’une fille, et quand celle-ci fut grande, Henri la corrompit. Il mourut peu après et vint infester la maison de la jeune malheureuse. Les signes de croix et les prières ne pouvaient mettre en fuite le spectre redoutable. Si on le frappait d’un coup d’épée, l’épée se brisait. On s’adressa enfin à l’évêque de Trêves qui donna un pot d’eau dans laquelle avait trempé le Saint Clou. On jeta de cette eau sur la fille, sur les murs et les portes de la maison, et quand le spectre voulut revenir, il se brûla si bien qu’il n’osa plus reparaître ». Brûlé par des projections d’eau, va falloir en discuter avec les pompiers de Notre-Dame, non ?  Arroser autant des reliques, ça peut être dangereux !  Dedans, il y avait aussi un Saint Clou !!!

Un élément précieux sur le nombre probable de clous ayant servi ou qui ont été ramenés par Hélène est donné par… une enluminure (ici à gauche), dans un ouvrage, le Codex de Pray visible aujourd’hui à… Budapest.  Le moine copiste a tenu  à bien représenter les trois clous, fichés sur la poutre transverse de la croix.  Or selon Saint Grégoire de Tours, Hélène en aurait ramené… quatre, de clous !

Et l’article du plus ancien journal catholique des États-Unis (il date de 1927, une éternité aux USA) d’étudier plus loin les cas qui lui paraissent un peu plus « sûrs »selon lui que  ceux de Notre-Dame ou Trêves. Le clou de la basilique Sainte-Croix de Jérusalem (Basilica di Santa Croce in Gerusalemme) à Rome, «consacrée en 325 avec un sol comprenant de la terre de Terre Sainte » (ramenée par «Hélène l’excavatrice », sorte de Dora L’Exploratrice du IVeme siècle, décidément !). Il est nettement plus court, avec 11,5 cm, mais, selon le magazine :  « cela semble être dû au fait que la tête et le point d’origine se sont détachés ». Le magazine pense que ça pourrait être le bon… en oubliant qu’il figure dans ceux ramenés et qui ont été incorporés ailleurs comme on l’a vu !!!

Il passe ensuite aux deux clous visibles attribués aussi à Constantin, ou clous de Sienne, arrivés tardivement sur place « en procession » en 1359 et déposés dans la chapelle de Manto, construite exprès pour les héberger : «  la forme des clous eux-même est similaire à celles du clou de Sainte-Croix et de Yehohanan, et c’est tout ce que nous pouvons vraiment dire ». Le musée de l’hôpital  Santa Maria della Scala, hébergeant aussi autre chose : « le clou du spectacle est l’un des clous qui auraient servi à crucifier Jésus, relique qui a appartenu à l’empereur Constantin. Le musée se targue aussi de posséder un fragment de ceinture de la Vierge et une fiole contenant « le sang du Christ » (ici à gauche: si on l’examinait et qu’on arrivait à en extraire l’ADN, on pourrait le cloner, pour leur rendre à chacun leurs clous, non ?)….

Bref, le magazine ne semble pas beaucoup convaincu, là aussi.  Il passe en revue après le fameux clou devenu bride de cheval de Constantin, revendiqué par Milan (ici à droite) et par Carpentras:  mais « la revendication de Milan est plus forte, car c’est là que mourut l’empereur Théodose Ier en 395, laissant son insigne impérial à Saint Ambroise ».  Elle était restée  dans l’église de Saint-Thecla jusqu’en 1389 selon lui.  Le magazine en montre la photo enchâssée dans son reliquaire (ici à droite). La fameuse bride a reçu le baptême du feu pour un objet divin « quand une peste frappa la ville en 1567, saint Charles Borromée travailla pieds nus dans la rue avec une croix et le reliquaire du clou. La fin de la peste a été attribuée à cet acte. » L’article se terminant par un abrupt « quant au casque de Constantin, l’histoire est muette. »  Bref, on reste largement sur sa faim (logique à vouloir ainsi se nourrir de clous, non ?).  A gauche, c’est le reliquaire de la cathédrale Saint-Siffrein  à Carpentras, celui qui n’apprécie pas trop le NCR car il a trop voyagé selon lui…  C’est un mors de cheval « de style romano-byzantin du IVeme  siècle au moins, « vraisemblablement rapporté par un croisé après la prise de Constantinople. « Le reliquaire d’origine, en vermeil, datant de 1330, est détruit durant la Révolution française. Une nouvelle châsse en bronze doré de style néo-byzantin est réalisée en 1872 par l’orfèvre lyonnais Thomas Joseph Armand-Calliat » nous indique Wikipedia qui précise sa taille : « constitué de canons fins à brisure d’une longueur de 17 cm attachés à deux branches de 160 mm de longueur ».  Selon mon ouvrage de référence, page 168, ce clou n’avait guère convaincu :  « labbé Ricard, auteur d’une Notice historique sur le Saint Mors d l’empereur Constantin, semble vouloir classer sa relique dans la première catégorie, celle des clous qui touchèrent les membres du Sauveur, mais il demeure fort réservé sur les péripéties de la translation de Constantinople à Carpcntras : «On peut conjecturer avec quelque vraisemblance que quelque particulier de Carpcntras, qui se sera rencontré dans l’armée, aura eu le bonheur de trouver cette précieuse relique, durant le tumulte et la confusion qui règnent dans une ville prise d’assaut, et qu’il aura porté ce trésor dans si patrie… Les chrétiens d’alors aimaient les reliques avec transport. On ne se faisait pas scrupule de les voler… Ensuite ils regardaient les Grecs comme des schismatiques indignes de posséder tant de choses saintes qui, eu égard à leur infidélité, ne leur étaient d’aucun usage pour opérer leur salut. »  On a effectivement du mal a déterminer où se cache le fameux clou, brisé en deux dans le mors, logiquement…. mais pourquoi scier en deux un clou divin ? Peux-t-on ainsi découper Dieu ? Ach, encore raté !

L’évêque et les clous clonés

A Bamberg, dans le nord du Land de Bavière (en Haute-Franconie) on a commencé à édifier une cathédrale dès 1002 sur décision du roi Henri II qui deviendra empereur (il sera canonisé en 1146). Pas trop chanceuse, comme celles étudiées ici, car elle a brûlé au 11 eme (en 1081) et au 12eme (en 1185) et c’est donc sa version 3 que l’on admire aujourd’hui, édifiée le siècle suivant. Avec ses 94 m de long, ses 28 de large et 26 m de hauteur, ce n’est pas la plus impressionnante en Europe.  Mais elle héberge la tombe d’un pape, Clement II, qui a été  l’évêque de Bramberg de 1040 à 1046.  Décorée abondamment (et lourdement) plus tard elle s’est vue enlever ses ornements baroques  comme une « purification » en 1828, ordonnée par Ludwig de Bavière et elle a subi une deuxième modification de 1969 à 1974. Mais elle aussi contient un « clou sacré » (« Holy Nail » ). Dans son ouvrage, « An Irreverent Curiosity: In Search of the Church’s Strangest Relic in Italy … » David Farley le classe parmi les 29 endroits qu’il a recensé en montrant, des clous sacrés : Aachen (Aix-la-Chapelle) , Ancône, Arras, Bamberg, Andechsen, en Bavière, Carpentras, Catane, Colle en Toscane, Compiègne, Cracovie, l’Escurial à Madrid, Florence, Livorno, Monza, Naples, Paris (et Notre-Dame), à Rome avec la cathédrale de Gerusalemme, mais aussi Santa Aria de Campitelli, Sienne, Spoleto, Torcello, Torno (sur le lac de Côme), Toul, Trêves, Troyes, Venise (avec trois clous !) et Vienne. Particularité de ce clou : il est lui aussi trop court et il a sa pointe de cassée (c’est bien visible ici à droite). Il est prétendu comme tous les autres avoir été trouvé par Hélène, la meilleure chercheuse de clous à l’Ouest du Jourdain.  A se demander combien de containers elle en avait ramenés !!!  A son propos, on écrit « qu’au total, de 29 à 34 sites revendiquent la propriété de clous sacrés. Certains de ces clous pourraient provenir de la structure en bois de la croix elle-même, comme le repose-pied, l’assises ou le panneau Titulus Crucis (INRI). Une autre partie des clous sacrés serait des reliques tactiles, c’est-à-dire des clous  ajoutés qui ont touché l’un des clous sacrés du Christ » (avouez que là ça devient tordu : une petite touchette et voilà le bidule sanctifié !).  C’est à Milan qu’on a eu cette idée en réalité :  « Entre autres, Mgr Charles Borromée, évêque de Milan, (et neveu du pape Pie IV, qui l’avait appelé à son service avec son frère Frédéric Borromé, cela faisait entreprise familiale !) a fait fabriquer huit clous et les a répandus autour du milanais ».  Borromée, qui, lorsqu’il entre dans le Dôme de la cathédrale de Milan le 23 septembre 1565, « s’aperçoit que la relique du clou de Jésus trône à plus de quarante mètres de hauteur, au sommet du chœur. Cela faisait vingt-cinq ans que personne ne l’avait fait descendre pour l’exposer à la vénération des fidèles ».  Drôle d’emplacement ! Il le fit descendre bien sûr et l’utilisa surtout lors de la grande peste de 1576 qui était en train de ravager la ville en portant lui-même son reliquaire lors de processions effectuées pieds nus et la corde au cou (il était du genre ascète, dormant par terre, ou portant sur lui le fameux cilice cher à l’Opus Dei).  «Et le résultat fut si heureux », écrit toujours Bescapé, «que, parmi une telle foule de gens, non seulement personne ne tomba en chemin, mais rien non plus ne vint provoquer une intensification de la contagion». Bingo, elle remarchait, après des années d’inutilisation !!!  Quant à savoir pourquoi et comment elle avait atterri en haut d’une colonne où on ne le voyait même plus, je vous l’avoue, je l’ignore… à moins que l’on ait expérimenté sans le savoir l’augmentation du rayonnement de la foi ?  Une sorte de borne Wifi à ondes religieuses (et à antenne-clou) d’avant l’heure ?  Malgré sa « triche » sur la multiplication « par contact » de clous, il sera canonisé dès 1610, ce bon Borromée.  Une incitation du Vatican à la photocopie ?

Le Dieu de Miséri-corde ?

En définitive, on est face à une interprétation abusive et trompeuse de supplice :  les clous pour fixer un corps à une croix, ça ne marchait pas trop pour le haut du corps autre que les avant bras : les mains, les poignets ou les pieds se déchiraient sous le poids du corps du supplicié et c’était donc rarement utilisé pour le haut du corps en tout cas :  les condamnés romains étaient en réalité attachés le plus souvent par des cordes à leur croix, car les cordes aussi coûtaient moins cher que les clous !!!  Mais hélas, il n’existe aucune Sainte-Corde !!! (en revanche  il existe une chapelle du Saint Crucifix à Cordes, remarquez, est elle aussi « possédait un riche reliquaire supposé renfermer les reliques de la vraie croix »  (3)).  Et on imagine mal un Empereur se baladant avec un corde au cou… quoique Charlemagne se promenait avec une amulette sur la poitrine contenant des petits morceaux de la Sainte-Croix, ressemblant à de maigres échardes entrecroisées plus qu’à autre chose.  On aurait osé raboter le divin ?  Selon ses exégètes, à l’origine ce talisman aurait eu « des cheveux et du lait de la Vierge « … ce que ne manquera pas de railler Calvin qui parlera d’admiration alors de vache (sacrée) !  Selon la légende, c’est Haroun ar-Rachid, le cinquième calife abbasside, qui l’aurait offert en 801 à Charlemagne, en même temps que les clés du Saint-Sépulcre, le drapeau de Jérusalem, un cor de chasse d’ivoire (?)  un cimeterre damascène.  Le talisman ayant lui-même été retrouvé lors de l’exhumation de Charlemagne par Khizir Khayr ad-Dîn alias Barberousse le corsaire ottoman (c’était la deuxième fois que l’on ressortait Charlemagne de son tombeau !) :  le bijou (ci-contre) finira, il faut le savoir, entre les mains de Joséphine de Beauharnais ! Sale coup pour la République napoléonienne (euh, n’oublions pas cette scène…, une « œuvre de propagande » selon Wikipedia) !

Pour les croyants, les clous bien réels dissimulaient des « clous invisibles » : « alors que son corps brisé était basculé sur la croix jetée à terre, et qu’un horrible clou était enfoncé dans ses chairs, il y avait en même temps un autre clou qui, plus que l’autre, le tenait attaché à la croix : le clou de l’obéissance envers Dieu. Au défi de descendre, Jésus opposa un silence qui voulait dire : Je ne puis descendre, car ce serait cesser d’être ce que je fus toute ma vie : obéissant à Dieu. « Jésus s’est abaissé lui-même, étant devenu obéissant jusqu’à la mort, et à la mort de la croix » . (Éphésiens 2. 8),  peut-on lire ici… Les chrétiens avaient inventé le Stealth Nail !!  Clou, ou corde, donc, pour le relier à son père divin ?  Je vous laisse aussi regarder cet autre  « chef d’œuvre documentaire »… signé Discovery Channel où l’on parle de clous, là aussi.  Une énième fantasmagorie (la musique qui soutient le propos est à mourir de rire).  « Caïphe », c’est le Grand-prêtre du Temple de Jérusalem qui aurait livré Jésus aux romains (son vrai nom est Yosef Bar Kayafa) et Simcha Jacobovici, un… réalisateur de documentaires canadien, fort imbu de lui-même et fabricant d’histoires extraordinaires plus que controversées … dont celle de  « La Tombe perdue de Jésus », justement, en fait un faiseur complet !!! Un énième manipulateur de l’histoire à l’évidence (on peut remarquer que l’image montrée évoque néanmoins une crucifixion par cordes et clous) ! Toute une démarche scientifique est montrée ici qui n’aboutit à rien, car reposant sur des prémisses fausses :  les clous trouvés dans la tombe de Caïphe sont bien ceux d’une crucifixion , mais ne sont pas obligatoirement ceux de la Croix de Jésus  ! Le vrai spécialiste, Joe Zias, du Département des antiquités israélien, avait vite conclu que, faisant seulement 8 cm de long, les clous montrés par Simacha n’auraient de toute façon pas pu être utilisés pour la crucifixion car ils sont trop courts. Ajoutant que selon lui il était très probable que Jésus avait été en fait attaché à la croix et non cloué, car à cette époque les clous étaient chers, alors que le bois utilisé dans les croix était réutilisable !!!

Sainte-Hélène a fini en kit, elle aussi

Et Sainte-Hélène, dans tout ça, me direz-vous ? Après avoir tant trafiqué les reliques de Jésus, elle ne pouvait qu’elle même en devenir une…  Elle meurt en Thrace, et son corps est ramené à Constantinople en 329, un corps embaumé, envoyé ensuite à Rome et placé, paraît-il, dans un sarcophage de porphyre rouge dans le mausolée de Tor Pignatera, qui sera transféré ensuite au Vatican, en 1777 dans la basilique St Pierre et St Marcellin,  Son sarcophage rouge bien reconnaissable, est alors déjà vide depuis longtemps à cette époque.  Mystère :  on aurait perdu aussi facilement le corps de la mère du premier empereur catholique ???  Etrangement, c’était celui d’un guerrier, car visiblement orné de soldats tout autour ; en fait très certainement celui qui avait été prévu pour son mari Constant Chlore ou, plus probablement, pour Constantin lui-même, qui a été enterré enterré en mai 337 dans l’église des Saints-Apôtres, qu’il a faite construire à Constantinople !, le dépôt du corps de Sainte-Hélène ayant donc été provisoire, en attendant mieux (un mausolée ?).  En tout cas, elle n’est plus dedans !!!  Comme elle n’est pas ressuscitée non plus, aurait-on dès sa mort été tenté d’en faire des reliques, et donc de le démembrer ? On l’aurait déposée logiquement en attendant… dans les catacombes romaines, ce qui va de soi.  Or, on raconte en effet qu’un moine appelé Altmannus aurait lui-même appris vers 840, de la bouche d’un confrère nommé Theutgise, venu de l’abbaye de Hautvillers (Marne) alors en pèlerinage à Rome, que ce dernier aurait joué au « touriste de catacombes », là où le corps d’Hélène aurait déjà été transféré et aurait réussi à dérober par malice son tronc embaumé (les membres et la tête ayant été certainement vendus entre temps comme reliques !), pour le rapporter à son abbaye. Il n’aurait pu le faire en effet qu’à partir des catacombes et non du lourd sarcophage de pierre, à l’évidence !!!  Pour certifier son larcin autorisé par sa hiérarchie, désireuse de magnifier son abbaye par cet apport incommensurable (elle avait elle-même touché les reliques divines !), le moine aurait donc été soumis à la torture de l’eau bouillante et, comme il en était ressorti vivant, le morceau de corps qu’il avait ramené ne pouvait être que celui d’une sainte : dûment estampillé par l’Eglise, il resta donc à l’Abbaye de Hautvillers jusqu’à la Révolution, et ses soubresauts connus !!!  Le corps à nouveau dissimulé, pour ne pas êtes détruit, réapparaît étrangement encore une cinquantaine d’années plus tard, grâce à « l’Archiconfrérie royale du St Sépulcre « , qui l’avait fait resurgir sous Louis XVIII, quel heureux hasard.  Il fut transféré en novembre 1820 dans la crypte de l’église St Leu-St Gilles, à Paris, rue St Denis, où il est encore aujourd’hui (et où elle est vénérée, les vestiges reposant dans une châsse dorée, enveloppés dans de la toile, ici à gauche), après « constatation de l’authenticité des reliques » nous dit-on, sans chercher plus loin.  Pour ce qui est de l’élément de puzzle manquant, à savoir sa tête, elle est visible à…Trêves, dans un reliquaire  montrant son crâne surmonté d’un buste la montrant une croix dans la main droite (ici à, droite).  Les autres parties du corps (les membres) ne sont vénérées nul part semble-t-il : ils se seraient évaporés dans la nature, et pas de mère d’empereur, aujourd’hui, sous la main pour aller les redécouvrir !

Bon c’est vrai c’est le moment de Pâques et je ne vous ai pas encore parlé des saintes épines promises au début du précédent article : on verra ça demain, si vous  le voulez bien, car on n’a pas encore terminé l’inventaire de Notre-Dame ni entièrement lu notre ouvrage hilarant (rappel ici à droite).

 

 

 

 

 

(1)  le nombre de clous nécessaire prête à discussion et idem pour les scènes de la Passion avec un Christ portant sur l’épaule sa croix :  le  poids de la croix complète étant probablement bien au-dessus de 150 kilos seule la traverse (le patibulum) était portée par les suppliciés et non toute la croix, les bras étendus déjà attachés à la barre transversale.  Si on clouait les membres supérieurs ce n’était pas en tous cas dans la paume des mains qui se seraient déchirées.  Voilà qui rend d’autant plus difficile à comprendre les stigmatisés, qui auraient reçu de leur seule foi… une fort mauvaise information !  On a vu plus haut les clous parfois dans les avants-bras, plutôt.  Selon les écrits eux-mêmes, Jésus aurait même été dispensé de porter la sienne, trop affaibli par la violente flagellation à laquelle il aurait été soumis avant son supplice :  pour aller du Prétoire jusqu’au site de la crucifixion distant de 500 mètres, c’est Simon de Cyrène qui a été sommé de porter la croix de Jésus jusqu’au Golgotha (enfin les apôtres ne sont pas d’accord entre eux là-dessus.  Simon ayant aussi pu être… noir) !  Ce qui rend caduc pas mal de scènes de films, y compris le Jésus de Nazareth où le réalisateur le montre avec sa traverse sur le dos.

(2) Sur le thème, on peut écouter avec plaisir ce podcast de Jean Lebrun sur les reliques, qui démarre par l’anneau de Jeanne D’arc, une escroquerie gigantesque qui a coûté plus de 300 000 euros au Puy du Fou (376  883 euros exactement) fondé par De Villiers, cet autre fou de Dieu, que certains ont quitté depuis avec fracas… et où l’on retombe aussi, quel hasard, sur des gens connus… dont un Stéphane Bern, le Mr Histoire de Macron, venu introniser pour  la radio (RTL) un faux élément historique !!! Les fausses reliques ça ne semble pas le choquer, là-bas… sur la photo, le gars à droite c’est un barde régional, ancienne gloire nationale….l’auteur « inoubliable » de « Envoie les clowns » qui pourrait bien servir ici de légende aux trois présents ci-contre).  Le directeur actuel du spectacle étant aujourd’hui Nicolas de Villiers, le troisième des sept enfants (la famille a eu a gérer d’autres problèmes familiaux avant).  Rien, absolument rien, ne permet de dire que cet anneau soit historique, en fait.
Une tunique découverte à Argenteuil, montrée à Saint-Denis, est citée aussi dans l’émission de radio:  une autre escroquerie puisqu’il en existe là aussi plusieurs (dont celle de Trêves), avec celle citée par Grégoire de Tours.  L’invitée de l’émission, Edina Bozoky, auteure des livres « Les secrets du Graal «  ou de « Miracle : récits merveilleux des martyrs et de des saints » ou encore de  « La politiques des reliques de Constantin à Saint-Louis «  qui nous concerne aujourd’hui : elle cite le chiffre de 1450 morceaux de la Sainte Croix, « mais il y en a plus »ajoute-t-elle aussitôt, dont un morceau dans le monastère de moniales de Poitiers, invisible et enfermé dans un reliquaire clos (ici à gauche).  Pour le magnifier et l’exposer, on a inventé récemment le « credofunding » (ah ah ah, les moniales sont de drôles de paroissiennes là-bas !).  Il aurait été donné en 569 par Justin II, empereur de Constantinople, à sainte Radegonde.  On cite après le commerce apparu avec le vidage systématique des catacombes des squelettes des premiers martyrs, pour alimenter le commerce des reliques,  et l’on évoque au passage un moment savoureux, avec Claude Autan Lara dans le film l’Auberge Rouge, qui montre un Fernandel en grande forme dévoilant la relique de St François de Régis (ici à gauche)  Un Fernandel dans un premier rôle fort réussi de moine gouailleur, avant d’endosser les habits bien connus de curé !!!

3) Avec un gag supplémentaire à la clé : « rien n’indiquait qu’elles fussent authentiques (les reliques contenues). « Alors, M. l’Abbé de Rivières sollicita et obtint de Mgr l’archevêque de Paris, une petite partie des reliques de la vraie croix et de la sainte couronne d’épines du Seigneur, déposées par saint Louis dans la Sainte-Chapelle et sauvées du pillage pendant la Révolution. C’était en 1841, le Père de Rivières, heureux de posséder ce trésor le déposa dans sa chère chapelle du Saint-Crucifix et désormais les fidèles furent sûrs, en adorant la croix, de baiser le bois sacré témoin des souffrances et de la mort de leur Dieu ». Bref, en 1841 encore, on distribuait des épines d’une couronne qui n’en possédait déjà plus…. et on avait à nouveau découpé un morceau de croix de plus…  les fausses reliques avaient été remplacées par d’autres pas plus vraies, tout rentrait donc dans l’ordre à Cordes !!!

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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