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Apr?s avoir dress? un portrait g?n?ral de la th?se de la particularit? antis?mite de l?Holocauste, il nous semble impossible de concilier cette th?se avec celle de la banalit? du mal telle que propos?e par Hannah Arendt. Le caract?re inconciliable de ces deux th?ses porte essentiellement sur la mani?re dont la trag?die de l?Holocauste est trait?e.

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Regards sur l’Holocauste – Partie 2

Regards sur l?Holocauste ? Partie 2

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M?morial de l’Holocauste – Berlin

*(Suite de : Regards sur l?Holocauste ? Partie 1)

Apr?s avoir dress? un portrait g?n?ral de la th?se de la particularit? antis?mite de l?Holocauste, il nous semble impossible de concilier cette th?se avec celle de la banalit? du mal telle que propos?e par Hannah Arendt. Le caract?re inconciliable de ces deux th?ses porte essentiellement sur la mani?re dont la trag?die de l?Holocauste est trait?e. ? travers une lecture de Modernit? et holocauste (2002, 1 et 6), par Zygmunt Bauman, nous esquisserons bri?vement en quoi la bureaucratie et le concept de banalit? du mal se distinguent de la th?se de Goldhagen dans l?explication du drame du g?nocide juif par l?Allemagne nazie.

Il est primordial, avant tout de savoir que pour Bauman l?Holocauste n?a rien d?un ?pisode isol? de pers?cution ethnique ou religieuse, car cette perspective ignore la propension typiquement caract?ristique de la modernit? ? la cruaut? en consid?rant l??v?nement tragique comme ??unique?? et normal (21-28). Cette caract?ristique particuli?re de la culture moderne fait en sorte que l?Holocauste devient une extension naturelle de tout ce que repr?sente la modernit?, soit?: une ?thique du travail aveugl? par le progr?s et l?efficacit? technique ? un point tel qu?elle an?antit toute capacit? de jugements moraux par sa rationalit? bureaucratique sp?cifiquement centrale ? la civilisation moderne (30-38). D?apr?s Bauman?: ??L?anxi?t? demeure pratiquement enti?re devant le fait qu?aucune des conditions soci?tales qui ont rendu Auschwitz possible n?a v?ritablement disparu [?]?? (37).

Finalement, le probl?me de conciliation entre cette th?se et celle de Goldhagen r?side en cette neutralisation radicale des jugements moraux par l?organisation soigneusement r?alis?e de la rationalit? des techniques bureaucratiques modernes. Dans ce type d?organisation, l?individu se trouve r?duit ? un simple rouage d?une imposante machine syst?matis?e (49-65). D?apr?s Bauman ? et le concept d?Arendt ?, les ?tapes segment?es d?un processus m?thodique d?ploient des comportements fonctionnels ??motiv?s par la loyaut? et un d?sir de coop?ration avec les objectifs d?finis par la bureaucratie?? (56). La piti? de Rousseau est ainsi inhib?e un m?canisme social qui ?touffe, voire rend invisible, toute moralit? de l?acte et, par cons?quent aboli les liens de causalit?s entre l?acte et son r?sultat, en dissimulant les victimes par la distanciation physique avec leurs bourreaux (56-61). Pour r?sumer, en r?duisant le lien d?obligation qui lie l?univers social et le questionnement de l?ordre moral, la bureaucratie et la technique moderne de la raison instrumentale r?ussit ? d?nationaliser le citoyen par l??tablissement d?une fronti?re morale arbitraire qui prive l?individu de son appartenance ? sa communaut? et qui permet ainsi un agir rationnel et inhumain ? travers ce processus d?shumanisant. (60-65).

a. Notre position?: ? chacun son cr?dit

? la lumi?re du regard que nous avons pos? sur les deux diff?rentes th?ses qui pr?c?dent, et en vertu des arguments plut?t convainquant qu?elles nous proposent, il nous est peu possible de contredire l?aspect fondamental caract?ris? par la structure bureaucratique moderne qui ne requiert pas n?cessairement la volont? personnelle d?agir (voir supra). L?Holocauste nous a fait prendre conscience des d?rapages possibles gr?ce ? nos moyens techniques et administratifs, et il a aussi tu? le mythe du progr?s inexorable. Ces moyens techniques et administratifs, s?ils sont l?instrument d?un but dont la finalit? est mauvaise, ils n?emp?chent pas le ? mauvais ?. N?anmoins, nous ne pouvons pas plus rejeter la th?se de Goldhagen qui prouve la pr?sence d?un racisme principalement antis?mite voulu (voir Regards sur l?Holocauste ? Partie 1). Les Allemands garants du pouvoir ont mis en place cette bureaucratie qui ?tait strictement orient?e en vue d?une finalit? propre et c?est cette finalit? qui est tragique. Cela dit, le seul aspect que nous pourrions critiquer de ces th?ses, c?est le fait qu?elles veulent s?exclure mutuellement (BAUMAN, 2002?: 22-28; GOLDHAGEN, 1998, 15). Intuitivement, ces th?ses nous paraissent plut?t intimement interd?pendantes, donc celle-ci n?exclut pas celle-l?. En effet, les autorit?s au pouvoir ont vraisemblablement r?pandu une forme de morale proprement antis?mite, mais il n?en serait rien si la technique bureaucratique moderne n?avait pas servi de catalyseur pour ce processus moralisateur. L?inverse est tout aussi valable?: la technique moderne n?aurait pas ?t? aussi meurtri?re s?il n?avait ?t? question d?une vis?e exterminationniste.

b. Probl?me ?thique?: un poids, deux mesures

Pour terminer, nous aimerions soulever un apport consid?rable de l?exp?rience de l?Holocauste et qui remet en question un concept fondamental ? l??gard de Droit moderne, la justice. La question se pose lorsque nous consid?rons l?argument r?visionniste suivant?: si les Allemands avaient gagn? la Seconde Guerre, il n?y aurait s?rement pas eu de proc?s J?rusalem ou Nuremberg; les actes nazis auraient probablement ?t? ent?rin?s et les SS auraient ?t? gratifi?s pour leur courage h?ro?que. Cette r?vision de l?Histoire nous confronte alors ? la question suivante?: y a-t-il un probl?me ?thique ? ce que des vainqueurs jugent des vaincus? La r?ponse que nous proposons ? cette question cherche essentiellement ? savoir comment pond?rer les jugements ?thiques. Pour mieux comprendre, rappelons-nous que les Am?ricains avaient largu? deux bombes en Asie presque en simultan?e avec l?extermination juive par les Allemands. En consid?rant les cons?quences de ces ?v?nements, pourquoi les bombes de Truman sont-elles un mal n?cessaire et la trag?die allemande un crime contre l?humanit?? Vraisemblablement, il y a un probl?me ?thique au c?ur m?me du syst?me de justice. La violence l?gitime d?tenue par l??tat de Droit moderne propose une doctrine qui, paradoxalement, ne s?applique pas ? elle-m?me et qui n?glige le fait qu?il faille recourir au mal pour combattre le mal. Or, plus il y a de lois, plus il y a de crimes, car aux yeux du syst?me juridique, il ne peut y avoir de crime, sauf s?il est d?fini par la loi. Suivant cette logique, la violence est fonction des r?gles qui la balisent. D?apr?s W. Sofsky, le Droit a cette pr?tention particuli?rement superstitieuse de v?rit? absolue qui lui donne une apparence d?objectivit? dans l?administration de la justice, mais ce n?est rien de plus que le vernis du discours ?thique des civilisations modernes qui tend ? ?touffer les marginaux au profit d?une homog?n?it? culturelle parfaitement docile et soumise (1996?: 195-202). Il s?ensuit une perte d?importance du contenu ? valeur ?thique au sein du droit. N?est-ce pas plut?t l??uvre du despotisme doux dont nous avait pr?venu Alexis de Tocqueville au milieu du 19e si?cle?

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