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Regard sur les Usa : Les pauvres et la dictature des march

Pour ?crire notre livre Days of Destruction, Days of Revolt (Jours de destruction, jours de r?volte), Joe Sacco et moi avons pass? deux ans ? enqu?ter sur les endroits les plus pauvres des ?tats-Unis. Nous sommes all?s dans les ?mis?rables zones sacrifi?es? de notre pays ? les premiers endroits oblig?s de s?agenouiller devant la dictature des march?s ? pour montrer ce qui arrive quand le capitalisme d?r?gul? et l?expansion ?conomique illimit?e s?en donnent ? coeur joie.

(..) Ce qui s?est pass? dans ces zones sacrifi?es ? les villes post-industrielles comme Camden, N.J., et Detroit, les mines de charbon de l?ouest de la Virginie o? les compagnies mini?res ont fait exploser le sommet des montagnes, les r?serves indiennes o? le projet d?ment de l?expansion et l?exploitation ?conomiques sans fin a caus? ses premiers d?g?ts et la culture intensive o? les travailleurs sont trait?s quasiment comme des esclaves ? est en train se propager au reste du pays. Ces zones sacrifi?es sont tomb?es les premi?res. C?est maintenant notre tour.

Les multinationales font les lois. Elles contr?lent nos m?dias. Elles g?rent le th??tre politique des ?lections et imposent les programmes ?ducatifs. Le syst?me judiciaire est ? leur service. Elles ont d?truit les syndicats et les autres organisations ind?pendantes de masse, et elles ont achet? le Parti D?mocrate qui d?fendait autrefois les droits des travailleurs. Comme il n?y a plus de r?formes au fur et ? mesure des besoins ? c??tait le r?le principal des institutions lib?rales d?mocratiques ? nous sommes laiss?s sans protection contre le pouvoir des multinationales.

La saisie secr?te par le minist?re de la Justice de deux mois de conversations t?l?phoniques entre des reporters et des r?dactions de l?Associated Press est le dernier avatar d?une s?rie d?assauts sans pr?c?dents contre nos libert?s civiles. Le minist?re de la Justice tentait de tracer le ou les officiels du gouvernement qui avaient transmis secr?tement des informations ? l?AP sur un complot visant ? faire sauter un avion de voyageurs qui avait ?t? d?jou?. Des informations enregistr?es sur les t?l?phones des agences de l?AP de New York, Washington, D.C., et Hartford, Connecticut, ainsi que sur les portables et les t?l?phones fixes priv?s de plusieurs chefs de r?daction et reporters ont ?t? confisqu?es. Cet incident, ajout? aux mesures comme l?emploi du Espionage Act contre les lanceurs d?alerte va porter un coup fatal ? toutes les enqu?tes ind?pendantes sur les abus du gouvernement et des multinationales.

La saisie des appels t?l?phoniques fait partie d?un effort plus large de l??tat-entreprise pour faire taire tous ceux qui contestent la narrative officielle, la Novlangue ?tatique, et pour cacher au public le fonctionnement interne, les mensonges et les crimes de l?empire. La personne, ou les personnes, qui a transmis ? l?AP de l?information classifi?e sera, si elle est arr?t?e, s?rement poursuivie en vertu de l?Espionage Act. Cette loi, quand elle a ?t? promulgu?e en 1917, n??tait absolument pas destin?e ? museler les lanceurs d?alerte. Et de 1917 jusqu?? la pr?sidence d?Obama en 2009 elle a ?t? utilis?e seulement trois fois contre des lanceurs d?alerte, la premi?re fois contre Daniel Ellsberg qui avait fait fuiter les Papiers du Pentagone en 1971. L?Espionage Act a ?t? utilis? six fois par l?administration Obama contre des lanceurs d?alerte gouvernementaux comme Thomas Drake.

La violente pers?cution de la presse par le gouvernement ? men?e par un grand nombre d?agences gouvernementales ligu?es contre WikiLeaks, Bradley Manning, Julian Assange et des militants comme Jeremy Hammond ? se combine avec l?emploi de la loi de 2001 autorisant ? se servir de l?arm?e pour assassiner des citoyens ?tasuniens ; et avec l?emploi du FISA Amendments Act, qui l?galise apr?s coup ce que notre Constitution ne permettait pas autrefois : la surveillance et la mise sur ?coute sans mandat de dizaines de millions de citoyens ?tasuniens ; et avec l?emploi de la Section 1021 du National Defense Authorization Act qui permet au gouvernement de se saisir de citoyens ?tasuniens, de leur retirer tous leurs droits et de les maintenir ind?finiment en d?tention. Toutes ces mesures prises ensemble sonnent le glas de presque toutes nos libert?s civiles.

Une poign?e d?oligarques internationaux du monde des affaires concentre tout ? la richesse, le pouvoir et les privil?ges ? et le reste d?entre nous doit lutter pour survivre ? l?int?rieur d?une vaste classe de sous-citoyens de plus en plus pauvres et r?prim?s. Il y a des lois pour nous ; et d?autres lois pour une puissante ?lite qui fonctionne comme une mafia sans fronti?res.

Nous assistons impuissants au d?sastre. Le droit de vote ne nous sert ? rien contre la puissance des multinationales. Les citoyens n?ont pas les moyens d?attaquer en justice les banquiers et les financiers de Wall Street pour fraude, ni les officiels de l?arm?e et des services secrets pour torture et crimes de guerre, ni les officiers de surveillance et de s?curit? pour atteinte aux droits de l?homme. La r?serve F?d?rale n?a plus pour seule fonction que d?imprimer de la monnaie qu?elle pr?te aux banques et aux organismes financiers ? 0% d?int?r?t, pour que ces entreprises priv?es nous la pr?tent ensuite ? des taux usuraires qui vont jusqu?? 30%. Je ne sais m?me plus quel nom donner ? ce syst?me. Ce n?est certainement pas du capitalisme. C?est plut?t de l?extorsion. L?industrie fossile pendant ce temps saccage sans rel?che l??cosyst?me pour faire du profit. La fonte de 40% des glaces de l?Arctique est une excellente affaire pour les multinationales. Elles s?y ruent pour en extraire les derniers restes de p?trole, de gaz naturel, de min?raux et de poissons, sans se soucier des soubresauts de la plan?te moribonde. Ces m?mes entreprises toutes puissantes qui nous r?galent de feuilletons interminables en lieu et place d?informations dignes de ce nom, du dernier proc?s impliquant O.J. Simpson aux croustillants d?tails du proc?s pour meurtre de Jodi Arias, ont fait monter les taux de dioxyde de carbone dans l?atmosph?re ? plus de 400 parts par million. Elles nous fascinent avec leurs hallucinations ?lectroniques pendant que nous tombons, paralys?s par la terreur ? l?instar des marins d?Ulysse, de Charybde en Scylla.

On ne trouve rien en 5000 ans d?histoire ?conomique pour justifier la croyance que les soci?t?s humaines doivent adapter leur conduite aux fluctuations du march?. C?est une id?ologie aussi absurde qu?utopique. Les promesses d?sinvoltes de l??conomie de march? se sont toutes r?v?l?es mensong?res. Les entreprises ont d?localis? r?duisant ? n?ant notre capacit? de production. Les salaires ont baiss?, appauvrissant la classe laborieuse et ravageant la classe moyenne. Des secteurs entiers de la population ? y compris les ?tudiants ? ont ?t? oblig?s de contracter des emprunts qu?ils mettront des d?cennies ? rembourser. Des paradis fiscaux se sont cr??s permettant ? des compagnies comme General Electric de ne pas payer d?imp?ts. Les multinationales emploie une main d?oeuvre esclavagis?e au Bengladesh et en Chine et en tirent des profits obsc?nes. Elles aspirent les derni?res ressources des communaut?s et du monde naturel en laissant derri?re elles, comme Joe Sacco et moi avons pu le constater dans les zones sacrifi?es, des humians en grande souffrance et des paysages morts. Plus la destruction est importante, plus l?appareil s?emploie ? ?craser la protestation.

Plus de 100 millions d??tasuniens ? un tiers de la population ? vit sous le seul de pauvret? et de ce qu?on appelle ?quasi-pauvret??. Pourtant le sort de ces pauvres ou quasi-pauvres et leurs souffrances sont rarement ?voqu?s par les m?dias aux mains des multinationales ? Viacom, General Electric, News Corp. de Rupert Murdoch, Clear Channel et Disney. Les souffrances des sous-citoyens, tout comme les crimes de l??lite pervertie, sont pass?s sous silence.

Dans la r?serve des Indiens Dakota ? Pine Ridge, S.D., le second comt? le plus pauvre des ?tats-Unis, l?esp?rance de vie d?un homme est de 48 ans. C?est la plus basse esp?rance de vie de l?h?misph?re occidental en dehors de Ha?ti. Pr?s de 60% des maisons de Pine Ridge, dont la plupart sont des huttes en tourbe, n?ont pas d??lectricit? ni d?eau courante ni d?isolation ni d??gouts. Dans les vieux camps miniers du sud ouest de Virginie, l?eau, l?air et le sol sont si empoisonn?s que le cancer y est end?mique. Il n?y a pas de travail. Et les montagnes Appalaches d?o? provient l?eau d?une grande partie de la c?te est, sont parsem?es d??normes bassins artificiels remplis de m?taux lourds et de boues toxiques. Pour pouvoir respirer les enfants vont ? l??cole avec des inhalateurs. Les habitants, coinc?s ? l?int?rieur de villes en ruine, souffrent d?une mis?re et d?une violence assortie d?emprisonnements de masse si grandes qu?ils sont bris?s ?motionnellement et psychologiquement. Et les travailleurs agricoles de la nation, qui n?ont droit ? aucune protection l?gale, sont souvent oblig?s de travailler sans ?tre pay?s, comme des serfs.

Voil? comment se d?cline l??pouvantable domination des multinationales. C?est ce qui nous attend tous. Dans cette course acc?l?r?e vers l?ab?me, nous finirons tous serfs ou esclaves.

Chris Edge

Source: Au bout de la route

http://au-bout-de-la-route.blogspot.ca/2013/05/regard-sur-les-usa-les-pauvres-et-la.html

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3 Commentaire

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    J’étais suffoqué à la fin de la lecture de cet article.

    Merci pour l’info Marc. Je vais essayer de trouver ce livre.

    André Lefebvre

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      Dure réalité !

      Nous vivons l’horreur présenti par Orwell, en pire car le vulgaire ne s’en rend même pas compte et l’initié constate son impuissance devant la titanesque machine du système.

      On a souvent crié qu’il fallait écrire et répandre tout ce qui se passe sous le boisseau des médias mainstreams: il faut se résigner, seulement 7 % de la population nord-américaine lis les journeaux et la proportion tombe dramatiquement sous la barre du .05 % pour les journaux alternatif du web.

      Quel héritage vais-je laisser à mes fils? Un simple Vade Mecum de ce que je connais sur ce monde de pourriture, envahis par les marchands d’or d’argent de pierreries.

      La voilà cette nouvelle Jérulalem tant annoncée.
      On y crève de bonheur, n’est-ce pas?

      DG

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      Oui, merci M. Lafontaine pour cet excellant article.

      @ M. Gélinas, je pense que le plus bel héritage à offrir est bien votre Vade Mecum, ainsi ils pourront vivre en esprit libre dans un monde de lobotomiser comme aujourd’hui. Et c’est la, la différence entre un homme et un zombie du système. Qui sait peu être qu’un jour les hommes redeviendront majoritaire et pour cela il faut que les esprit libres présent, transmettent cette connaissance pour ce jour. Portez-vous bien!