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Réfugiés : beaucoup de paroles et peu d’actes à l’AG de l’ONU

La crise migratoire était au cœur des débats de l’Assemblée générale de l’ONU, qui s’est tenue à New York du 20 au 26 septembre. Si plusieurs voix ont plaidé en faveur d’un passage à l’action rapide, les engagements concrets restent trop faibles pour régler durablement la question des réfugiés.

Sur les 193 pays représentés à New York pour la 71e Assemblée générale de l’Organisation des nations unies (ONU), combien sont prêts à fournir des efforts suffisants pour juguler l’afflux de réfugiés dans le monde ? Faute d’avoir répondu à cette question cruciale au moment où les bombardements ont repris à Alep (Syrie), le sommet spécial organisé en ouverture du rendez-vous onusien a accouché d’une déclaration d’intention non chiffrée et sans engagement précis. Le document de 22 pages sur les « droits fondamentaux » des migrants a certes été ratifié par tous les dirigeants mondiaux, qui se sont engagés à renforcer la protection des réfugiés. Mais la signature d’un « pacte mondial de responsabilité », calculé en fonction des capacités de chaque nation, a été renvoyée au mieux à 2018, avec des objectifs revus à la baisse : seulement 5 % des réfugiés devraient être relocalisés, contre les 10 % suggérés par Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU. « On ne sent pas définitivement de volonté politique forte », a déploré Françoise Sivignong, présidente de Médecins du monde, qui a regretté « l’absence d’un véritable plan de relocalisation » et de mesures spécifiques pour les mineurs non accompagnés.

Depuis cinq ans, le monde connaît sa plus grave crise migratoire depuis la seconde guerre mondiale. Parmi les principales causes, la guerre en Syrie, qui a déjà provoqué plus de 400 000 morts depuis mars 2011, a poussé près de quatre millions de Syriens à l’exil. Sur les 65 millions de personnes déplacées dans le monde, 21 millions sont des réfugiés qui fuient les conflits, les persécutions ou la pauvreté. Selon la Fédération internationale de la Croix-Rouge, 7 000 personnes auraient péri en Méditerranée en seulement deux ans, dont plus de 3 000 depuis le début de l’année. Malgré l’ampleur du phénomène, l’accueil des réfugiés s’effectue encore de manière extrêmement déséquilibrée. En effet, 86 % d’entre eux sont recueillis dans des pays en développement, qui représentent moins de 2 % de l’économie mondiale. Près de la moitié des réfugiés mondiaux sont ainsi concentrés dans huit pays : le Liban, la Jordanie, la Turquie, l’Iran, le Kenya, l’Ethiopie, le Pakistan et l’Ouganda. À titre de comparaison, six des pays les plus riches au monde (Etats-Unis, Chine, Japon, Royaume-Uni, Allemagne et France) accueillent 1,8 millions de réfugiés, soit seulement 7 % de leur total, selon l’Oxfam.

Idriss Déby exige l’adoption d’un « pacte mondial de responsabilité »

Parmi les pays abritant le plus de réfugiés, la plupart ont dépassé depuis bien longtemps leurs capacités d’accueil. Au Liban et en Jordanie, ils comptent pour près d’un quart de leur population, tandis qu’au Kenya, le plus grand camp de réfugiés au monde, au bord de l’explosion, menace de fermer. Idriss Déby, président du Tchad et de l’Union africaine, a tiré la sonnette d’alarme lors de l’Assemblée générale de l’ONU. Comme d’autres pays d’Afrique centrale, le Tchad connaît une situation critique avec l’accueil de milliers de réfugiés et déplacés soudanais, centrafricains et nigérians. L’afflux de population accentue la pression sur les ressources naturelles du pays et augmente considérablement les charges publiques. Devant ses homologues, le chef d’État tchadien a plaidé pour une action rapide et efficace, région par région, exigeant l’adoption du « pacte mondial de responsabilité ».

En phase avec Idriss Déby, le président américain Barack Obama a lui aussi mis les dirigeants mondiaux devant leurs responsabilités lors d’une seconde conférence organisée le 20 septembre à la Maison blanche. À sa demande, et contre la promesse d’une aide totale de 4,5 milliards de dollars supplémentaires par rapport à 2015, 50 pays ont consenti à s’engager pour l’accueil de 360 000 réfugiés en 2017, soit le double des chiffres actuels. À eux seuls, les États-Unis en accueilleront 110 000. Mais quid des autres pays ? Depuis plus d’un an, l’Union européenne se déchire sur la question, certaines nations comme la Hongrie étant complètement opposées à la venue de réfugiés. Même Angela Merkel, pourtant favorable à une politique d’accueil massif des migrants, fait face à un fort courant d’opposition en Allemagne après la victoire de l’extrême droite lors des dernières élections régionales. L’absence de la chancelière allemande à New York n’a d’ailleurs échappé à personne. Et la perspective des fins de mandat de Ban Ki-moon et de Barack Obama, particulièrement engagés pour la cause des réfugiés, ne présage rien de bon…

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