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R?formes de l?assurance-emploi et de l?aide sociale – Des machines ? produire pauvret? et sous-citoyennet

Harper
Les r?formes des ministres Finley et Maltais vont encore plus enfermer dans les mauvais emplois les femmes et tous ceux et celles, autochtones, jeunes, immigrants, qui sont en position vuln?rable.

Elles sont travailleuses dans les services de garde d?enfants en milieu scolaire, ou salari?es ? temps partiel dans le commerce ; elles et ils sont immigrants de premi?re g?n?ration, nettoyant occasionnellement les locaux d?entreprises ; elles et ils sont des jeunes plac?s temporairement par des agences dans l?h?tellerie-restauration ; elles et ils sont des saisonniers dans l?agriculture? : travailleuses et travailleurs pr?caires, atypiques, ils, et encore plus elles, constituent pr?s de 40 % du march? du travail qu?b?cois et sont tous susceptibles de tomber dans la case du ? prestataire occasionnel ? ou m?me ? fr?quent ? cr??e par la r?forme de l?assurance-ch?mage.
Si cela leur arrive, et que ces personnes font partie des (46 % pour les hommes et moins de 40 % pour les femmes) ch?meurs et ch?meuses susceptibles de percevoir une prestation, il leur faudra donc accepter de prendre un travail pay? 80 %, voire seulement 70 % de leur ancien salaire, une fois, puis deux, puis trois?

 

Salaire minimum
La limite, c?est le salaire minimum. Or, m?me avec un emploi ? temps plein toute l?ann?e, ce salaire dit minimum ne permet pas ? une personne vivant seule de passer au-dessus du seuil de pauvret?. Alors pour toutes les personnes pr?caires et atypiques, autant dire que la r?forme leur laisse le choix entre ?tre pauvre ou ?tre pauvre. Pauvre au travail parce qu?on a pris les miettes d?emploi et de salaire en esp?rant chaque fois que la roue allait tourner, que cette fois-l? allait ?tre la bonne et que l?employeur allait vous embaucher durablement. Ou bien pauvre sans travail parce qu?on a refus? le sous-emploi qui n?avait rien ? voir avec notre qualification et que, pour cette raison, la prestation a ?t? supprim?e.
Mais refuser l?emploi ? bon march? et affirmer son droit ? choisir un travail d?cent constituent un parcours ? haut risque. Parce que du travail, de toute fa?on, il n?y en a pas pour tout le monde. Avec un taux ? 7,7 % au Qu?bec (7,2 % pour le Canada), nous sommes toujours en situation de fort ch?mage. En ?voquant, ? tort ou ? raison, que 700 000 emplois seront ? pourvoir d?ici 2016, le minist?re qu?b?cois de l?Emploi et de la Solidarit? sociale l?a d?ailleurs reconnu. Pourtant, il veut couper dans le maigre 129 dollars de suppl?ment au montant d?aide sociale (qui ne couvre de toute fa?on pas les besoins de base) en visant les cat?gories de population qui vont – m?caniquement – venir gonfler les demandes d?aide sociale du fait de la r?forme de l?assurance-emploi. On peut s?attendre ? ce que les mauvais emplois se multiplient, car voil? cr?? un redoutable engrenage pour faire accepter les ? McJobs ? et les bas salaires propos?s par les entreprises.
Il n?est pas besoin d?aller chercher plus loin le sens des r?formes actuelles. La ministre des Ressources humaines et du D?veloppement des comp?tences, Diane Finley, l?a pr?cis? en entrevue sur la cha?ne CPAC : ? [Nous voulons] nous assurer que les McDonald?s de ce monde ne soient pas oblig?s de faire venir des travailleurs temporaires ?trangers pour faire un travail que des Canadiens sur l?assurance-ch?mage peuvent faire. ? Actuellement, les travailleurs migrants temporaires sont victimes de discriminations syst?miques les obligeant ? accepter des conditions de travail d?grad?es. Avec la r?forme de l?assurance-emploi, n?importe quel ch?meur sera potentiellement tenu de prendre un emploi ? mauvais salaire, exer?ant ainsi une forte pression ? la baisse des salaires sur l?ensemble du march? du travail, qui risque d??tre nivel? par le bas.
Ces r?formes parach?vent les d?nis de droits sociaux op?r?s en 1996, lorsque l?assurance-ch?mage, transform?e en assurance-emploi, a ?t? d?tourn?e de son objectif, qui est justement d?emp?cher la d?gradation de l?emploi convenable. Parall?lement, le r?gime d?assistance publique du Canada a ?t? supprim?, comme d?autres transferts sociaux, aboutissant ? une remise en cause tout aussi radicale de l?acc?s ? l?aide sociale.
Un m?me vent de r?formes traverse depuis les ann?es 90 les diff?rents pays industrialis?s. Plut?t qu?un retrait de l??tat impos? par la mondialisation ou la globalisation, il faut y voir la volont? de cr?er un autre mode de r?gulation de la main-d?oeuvre, de fa?on ? faire accepter la (re)marchandisation du travail, c?est-?-dire la mise en concurrence entre travailleuses et travailleurs.
Aujourd?hui, la ministre du Travail, de l?Emploi et de la Solidarit? sociale, Agn?s Maltais, veut retirer 129 dollars aux personnes entre 55 et 57 ans, comme si ces personnes discrimin?es par les entreprises allaient ainsi trouver plus vite un emploi ! Elle veut aussi supprimer cette somme aux couples avec un enfant en bas ?ge, comme si elle ignorait que cette cat?gorie de prestataires pr?sente les meilleurs taux de retour ? l?emploi.

L?arme des dominants

Il est urgent de cesser de jeter l?opprobre sur les personnes qui n?arrivent pas ? trouver du travail et se retrouvent ch?meurs ou prestataires de l?aide sociale. Voil? l?arme des dominants, de ceux qui privil?gient le profit au d?triment de la coh?sion sociale : ils cr?ent l?image d?agresseurs pour justifier ensuite qu?on retire des droits. Mais les restrictions ? la couverture du ch?mage ou les faibles montants d?aide sociale diminuent en r?alit? le retour ? l?emploi et provoquent des allers-retours entre ch?mage, bas salaires et inactivit?. On ?difie ainsi une machine ? produire des travailleuses et travailleurs pauvres et des sous-citoyennes et sous-citoyens. Car un revenu et des conditions de travail d?cents sont les conditions minimales d?une participation pleine et enti?re ? la vie en soci?t?, comme le souligne, entre autres, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Qu?bec, qui juge la r?forme de l?aide sociale contraire aux droits prot?g?s par la Charte.

Ces r?formes ne visent donc pas l?int?gration par le travail. Au contraire, elles vont encore plus enfermer dans les mauvais emplois les femmes et tous ceux et celles, autochtones, jeunes, immigrants, qui sont en position vuln?rable. Pour ces citoyennes et citoyens, le travail n?est plus un droit, il devient un devoir.

Nous, signataires, appelons ? une large mobilisation faisant se rejoindre la lutte contre les deux r?formes, au Qu?bec et dans le reste du Canada.

 

Carole Yerochewski et Yanick Noiseux – Groupe interuniversitaire et interdisciplinaire de recherche sur l?emploi, la pauvret? et la protection sociale, Gireps; Nathalie Goulet – Conseil d?intervention pour l?acc?s des femmes au march? du travail, Ciaft; Carole Henry – Au bas de l??chelle, groupe d??ducation populaire et de d?fense des droits des personnes non syndiqu?es; Berthe Lacharit? – Relais-femmes; Jacques Beaudoin – Mouvement Action-Ch?mage de Montr?al; Marie-H?l?ne Arruda – Coordonnatrice du Mouvement autonome et solidaire des sans-emploi (MASSE)

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