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RECOLONISER L?AFRIQUE ?


NB: ?Cet article publi? il y a quelques ann?es avait suscit? des d?bats vigoureux. ?CE N?EST PAS UNE PROVOCATION. ?Il est provocant et je le regrette, mais je l?assume car il est la solution. C?est en fait la SEULE ?bonne solution,?ce que je regrette aussi,? pour que cesse l?exploitation inf?me de l?Afrique. Un des commentaires ? l?article original ?r?sumait tellement bien les objections ? cette proposition, ?toutefois, que je trouve honn?te de le mettre en ?vidence .??Je le pr?sentera int?gralement dans cette chronique ?? ?la suite de celui-ci, le 17 juillet, dans 2 jours.?

La pseudo colonisation

Avec sa pauvret?, sa d?pendance totale envers le monde d?velopp? qui ne soustrait de son exclusion que quelques secteurs ?conomiques o? il est encore possible de l?exploiter, son impuissance manifeste ? susciter en son sein le leadership qui pourrait la sortir de son malheur, l?Afrique subsaharienne ne permet pas aujourd?hui vraiment d?espoir.

Pas d?espoir chez ceux qui y sont ou en sont, pas d?espoir non plus chez ceux qui lui veulent du bien. On est pass? de la sympathie ? la condescendance, de la condescendance ? la piti? puis, peu ? peu, m?me cette piti? a fait place ? un profond d?couragement et ? un certain agacement.

Avec la prolif?ration de la mis?re dans une population qui se multiplie ? un rythme effarant, l?avenir de l?Afrique para?t encore plus d?solant que son pr?sent. Pourquoi tout un segment du tiers-monde ne progresse-t-il pas, mais r?gresse?

On cherche souvent les causes de cette catastrophe dans la colonisation. Ce pourrait ?tre une explication que son ?vidence rendrait assez futile, puisqu?elle ne change rien ? la situation actuelle. Elle ne sert, en fait, qu?? aviver, chez la population des pays d?velopp?s, un sentiment de culpabilit?, dont on n?est plus s?r s?il permet que l?on fasse de meilleure gr?ce des cadeaux ? l?Afrique, ou s?il n?est pas devenu plut?t une incitation ? fermer les yeux, pour ne pas voir les cons?quences navrantes des gestes qui ont ?t? pos?s.

Cette d?nonciation du colonialisme n?est pas seulement futile, cependant, mais nocive, car elle fausse le diagnostic du sous-d?veloppement de l?Afrique subsaharienne, biaise la lecture du syndrome et conduit ? prescrire un traitement inappropri?.

OUI, la ? colonisation ?, au sens restrictif o? nous l?entendons ici de la conqu?te du monde entier par l?Occident, durant la p?riode allant environ de 1825 ? 1950, a certes contribu? ? la gen?se du sous-d?veloppement que nous voyons aujourd?hui en Afrique. Dans certaines r?gions, le hiatus ainsi introduit a interrompu le d?veloppement naturel de la culture locale, particuli?rement de la culture soci?tale qui n?est jamais arriv?e ? maturit?.

Ceux qui normalement auraient pu se r?clamer de cette culture en ont ?t? priv?s et ont d? s?en remettre ? d?autres mod?les, import?s d?ailleurs, renon?ant donc ? vraiment fa?onner l??volution de leur destin. Acceptons avec lucidit? que cette rupture des liens de continuit? avec leur histoire et leurs traditions, qui auraient permis qu?y naissent et s?y d?veloppent un ou des mod?les originaux de d?veloppement, a eu sur les soci?t?s colonis?es une influence n?faste. Cela ?tant dit, toutefois, on n?a pas tout expliqu?.

Dans une perspective historique, la colonisation 1825-1950 a ?t? un feu de paille. En Afrique subsaharienne, l?occupation en moyenne n?a dur? que deux ? trois g?n?rations. Tombouctou n?a ?t? occup? qu?en 1893, lib?r?e avec le reste du Mali en 1958. J?y ai rencontr?, en 1974, un vieux marabout qui pr?tendait se souvenir de la r?gion AVANT la pr?sence fran?aise.

Durant cette p?riode 1825-1950, toutefois, il serait plus exact, de dire que le monde a ?t? ? asservi ? plut?t que colonis?, puisque la colonisation, au sens strict qui implique d?occuper un territoire pour y installer ses propres gens, n?a pas ?t? la plupart du temps le but premier de l?entreprise dite colonisatrice. Les vraies d?marches de peuplement, comme en Alg?rie, ont ?t? l?exception.

L?Inde n?a ?t? vraiment qu?administr?e, la pr?sence anglaise y demeurant une mince pellicule sur la vaste population locale ; la Chine, Hong Kong et Macao mis ? part, n?a ?t? ? cette ?poque, ni colonis?e ni m?me administr?e, seulement soumise et exploit?e ; le Japon m?me pas soumis, seulement rendu de force un peu plus accueillant

L?expansion occidentale, au XIXe et XXe si?cle, contrairement ? celle des si?cles pr?c?dents, a ?t? une conqu?te presque sans colonisation. Il est parti vers les USA, pendant, la p?riode o? a eu lieu cette pseudo colonisation, 20 fois plus d??migrants qu?on n?a mis de colons dans toutes les colonies. Pourquoi cette derni?re vague de ? colonisation ? si superficielle semble-t-elle avoir laiss? des s?quelles si n?gatives ? Ne serait-ce pas, justement, parce qu?elle n?a pas eu lieu ?

Kulturkampf

Coloniser est une entreprise ardue. Les H?breux ont commenc? la colonisation du pays de Canaan, il y a environ 3 500 ans, avec la prise de J?richo. Il y a eu des accalmies, mais la colonisation du pays de Canaan est toujours en cours et la ville de J?richo n?est pas encore pacifi?e.

Les ?tres humains se colonisent all?grement les uns les autres sans r?pit. La colonisation est l?une des facettes du choc des cultures. Sauf quant elle pr?suppose l?extermination des autochtones pour faire place aux colons, ce qui aurait ?t? le plan de Hitler pour l?Ukraine, la colonisation n?est pas la manifestation la plus brutale du choc des cultures.

Une culture, c?est un ensemble de valeurs et de points de rep?re historiques qui servent d?identifiants. Entre gens qui se per?oivent de m?me culture, na?t un sentiment d?appartenance, une solidarit? qui va au-del? de l?int?r?t imm?diat. Cette solidarit? permet de former un groupe, de b?tir un clan, une soci?t?. C?est entre cultures qu?on se colonise.

Quand on doit c?toyer des gens d?autres cultures, s?il existe un int?r?t ? ne pas les exterminer, comme celui tout simple qu?ils fassent une partie du chemin et du travail, pour qu?on puisse ?changer avec eux ce qu?on a en trop contre ce qu?ils ont et que nous n?avons pas, on apprend ? les supporter.

Les cultures se c?toient dans les foires et march?s, les points d?eau o? elles font la tr?ve, le temps de s?abreuver en biens et en id?es. Le contact peut ?tre rapide, litt?ralement furtif, mais on peut aussi avoir int?r?t ? ce qu?il soit permanent. Des villes multiculturelles se d?veloppent aux points de rencontre, o? les cultures cohabitent et semblent se tol?rer.

Illusion. Les gens peuvent se tol?rer, c?est l?indice que la civilisation n?est pas qu?un concept philosophique, mais les cultures ne se tol?rent jamais. Une culture veut occuper toute la place. Elle ne veut pas toujours conqu?rir, mais inconsciemment elle veut toujours assimiler. Elle ne con?oit sa relation avec d?autres cultures que si celles-ci sont ? genoux, inoffensives et ayant valeur de divertissement, sans plus. Si une culture n?a pas cette arrogance, elle apprend des autres et ?volue sans perdre son identit? jusqu?? ce qu?elle l?ait d?velopp?e ou elle se r?signe et dispara?t.

Quand des cultures cohabitent, chacune, selon sa force, veut s?imposer aux autres. Il y a des avantages communs ? la cohabitation, toutefois ; les habitudes et les comportements des uns comme des autres vont donc se modifier pour permettre cette cohabitation. Des accommodements puis des sacrifices sont consentis pour maintenir ce qui devient une soci?t? nouvelle. Cette soci?t? engendre son propre sentiment d?appartenance, sa CULTURE propre qui tient des cultures d?origine des participants, mais qui pour chacun se surimpose ? la sienne.

L?apport de chaque culture d?origine ? la nouvelle culture varie, selon ce que chacune pouvait avoir ? offrir ou avait la force d?imposer. Certains s?identifieront ? la culture nouvelle en se sentant radicalement transform?s, d?autre en ne se rendant m?me pas compte qu?ils ont chang?.

Ils n?en sont pas moins peu ? peu chang?s, et le jour vient o? leurs vrais semblables ne sont plus leurs cong?n?res d?origine, mais ceux avec qui ils cohabitent dans cette soci?t? nouvelle, dont la culture ne se surimpose plus, mais se substitue ? leur culture de d?part. Ils d?veloppent une solidarit?. C?est ainsi que des Anglais sont devenus des Am?ricains.

Cette gen?se consensuelle d?une soci?t? et d?une culture nouvelle n?est cependant pas le seul sc?nario. L?int?r?t qu?on peut avoir ? ne pas exterminer ? les autres ? n?implique pas qu?on veuille toujours s?en faire des amis. Quand on a la force pour soi, on peut pousser la porte, s?asseoir au salon, mettre le t?l?viseur au poste qu?on pr?f?re et envoyer les premiers occupants tondre la pelouse. On peut coloniser.

La colonisation signifie un autre partage des d?cisions et des t?ches, mais ne supprime pas tous les effets d?une cohabitation. Les autres sont l?. Les circonstances sont diff?rentes, parfois bien meilleures, parce que les autres sont l?. Il se cr?e donc une identit? coloniale, bien diff?rente de celles d?origine du colonisateur comme du colonis?. Deux identit?s distinctes, puisque le rapport de force entre eux cr?e au d?part cette distinction ?vidente, mais les circonstances ext?rieures sont les m?mes et les int?r?ts convergent.

Avec le temps, colonisateurs et colonis?s ne peuvent que devenir, les uns pour les autres, les alli?s les plus s?rs. La soci?t? coloniale d?veloppe sa propre culture, qui s?inspire in?galement des cultures d?origine, mais qui, dans la soci?t? nouvelle, en arrive t?t ou tard ? les supplanter. Ce qui conduit, en deux si?cles, ? la situation o? ce sont de purs Espagnols, ? peine aid?s de quelques m?tis et indiens, qui vont prendre l?initiative de r?clamer et d?obtenir de l?Espagne l?ind?pendance de l?Am?rique hispanophone.

Une colonisation qui suit son cours normal est un mariage qui peut commencer par un rapt, mais o? l?affection et l?amour peuvent appara?tre. Elle r?ussit, si elle se termine par l?ind?pendance du territoire colonis? et la naissance d?une nouvelle culture hybride. Parfois, le pouvoir colonisateur transmet presque int?gralement ses g?nes ? cette nouvelle culture, comme les Arabes l?ont fait au Moyen-Orient. Parfois, le r?sultat est plus mitig?, comme au Mexique, au P?rou, en Bolivie. Quelquefois, c?est la culture du colonis? qui pr?vaut, comme celle des Grecs sur celle des Romains, ou celle des Chinois sur celle des Mongols.

Si une nouvelle culture hybride ne na?t pas d?une colonisation, cette colonisation a ?t? un ?chec. Quand la p?riode de cohabitation interculturelle est trop courte ou que les ingr?dients ne sont pas l? en proportions acceptables, la mayonnaise ne prend pas. L?envahisseur se retire sans avoir fertilis? la culture des colonis?s, ni s?y ?tre ralli?. Il n?a pour sa peine que le butin qu?il en a tir?. Le colonis?, pour sa part, se retrouve au point de d?part, sans avoir ?t? vraiment ins?min?, ne gardant que des bribes de la culture des colonisateurs, dont il ne pourra tirer parti que si sa culture propre est assez forte pour accepter ce greffon.

La derni?re vague de colonisation de l?Occident a ?t? un ?chec, parce cette ?colonisation ? n?a pas vraiment eu lieu, non plus que la fertilisation qui aurait d? l?accompagner. L?Occident a d?ferl? sur le monde en profitant d?un avantage militaire, pas pour le coloniser, sauf en quelques rares endroits, mais pour l?asservir et l?exploiter. Quand il a trouv? une fa?on plus efficace de poursuivre cette exploitation, il s?est retir?.

L?occupation par l?Europe de l?Afrique subsaharienne n?a ?t? qu?un chapitre de cette pseudo colonisation, un interm?de assez sordide, qui a eu non seulement la brutalit? d?un viol, mais la st?rilit? d?un co?t interrompu.

La culture avort?e

La colonisation 1825 ?1950 est venue puis a cess?. Les pays de vieilles cultures, comme la Chine, l?inde, la Cor?e, le Vietnam, ont retenu en souvenir de l?aventure coloniale quelques technologies et th?ories sociopolitiques, puis ont repris sans trop de mal le cours de leur Histoire, dans le sens de leur ?volution ant?rieure : ils sont ? en voie de d?veloppement ?. L?Afrique subsaharienne, non. L?Afrique noire n?est pas en voie de d?veloppement.

Apr?s les incursions de l?Occident, l?Afrique noire, comme les autres pays colonis?s, est retourn?e au statu quo ante. Contrairement ? d?autres, elle n?a pas retrouv? en elle-m?me une culture qui lui aurait permis de poursuivre un d?veloppement satisfaisant, parce qu?une telle culture n?y ?tait pas quand la derni?re vague de colonisation occidentale a d?but?.

En Afrique, au milieu du XIXe si?cle, quand a d?but? la mise sous tutelle intensive de l?Afrique qui a re?u sa cons?cration au Trait? de Berlin, il n?existait pas une culture ? africaine ? commune, mais une myriade de petites cultures, en processus de s?dimentation par la conqu?te les unes des autres, dont aucune ne semblait en mesure de s?unir ? la culture occidentale pour produire une culture hybride dans laquelle l?Afrique aurait pu se reconna?tre.

Prenant acte de cette absence d?une culture africaine partenaire, le colonisateur a donc mis en place les outils d?acculturation, dont la scolarisation est le plus puissant, en en excluant si totalement la r?alit? locale qu?aucune transfertilisation ne pouvait en r?sulter, seul un passage r?ussi ou rat? ? la culture dominante. L?alternative d?une culture hybride a ?t? simplement ?cart?e.

Normalement, dans une relation aussi in?gale, l?Afrique se serait mise totalement ? la culture occidentale. Elle n?en a pas eu le temps. Pas le temps, parce que l?occupation effective de l?Afrique a ?t? bien br?ve, mais surtout parce que la population occidentale ? les colons ? n?y ont jamais ?t? assez nombreux pour qu?ils constituent vraiment, hors des villes, un ?l?ment significatif de la population.

Le choc des cultures a ?t? ainsi r?duit ? sa plus simple expression, ?vitant les frictions, mais aussi l?acculturation spontan?e qui d?coule d?une simple familiarit?. Pour l?ensemble des territoires dits colonis?s, la pr?sence europ?enne ?tait presque mythique, tout enti?re incarn?e dans le fonctionnaire n?intervenant qu?en situation officielle.

Les populations rurales africaines n?ont jamais eu avec les Europ?ens des contacts autres que fonctionnels, les contacts in?vitables que doit avoir une population conquise avec une force d?occupation. L?Occident a viol? l?Afrique par inadvertance, il ne voulait m?me pas la toucher. Cons?quence de cet apartheid de fait, ce n?est que dans les villes, plus pr?cis?ment dans les capitales, que le contact a ?t? suffisant pour qu?en r?sulte le passage ? la civilisation occidentale d?un nombre significatif d?Africains.

En toute fin de colonisation et durant les ann?es qui ont suivi, on pouvait voir, dans les rues de Dakar, de Brazza et d?Abidjan, des Africains de classe moyenne et m?me modeste, s?identifiant comme S?n?galais, Congolais ou Ivoiriens, mais tout ? fait occidentalis?s. Ce sont ces Africains, en apparence totalement occidentalis?s qui, avec le temps, introduisant peu ? peu dans la culture import?e la sp?cificit? venant d?une adaptation aux circonstances et aux conditions locales, en aurait fait une culture hybride propre au pays et ? ses gens.

Pour qu?ils y parviennent rapidement, il aurait fallu qu?ils soient nombreux. Pour qu?il y en ait eu assez, il aurait fallu l?influence de centaines de milliers de colons occidentaux en Afrique.., mais on n?a pas vraiment colonis? l?Afrique. On aurait pu avoir le m?me r?sultat avec tr?s peu de colons, puisqu?une culture ne diffuse pas tant des g?nes que des memes ? les conquistadors n??taient pas si nombreux ! ?- mais il aurait alors fallu du temps. Des si?cles.

C?est l?impact cumul? du nombre trop restreint de colons et d?une p?riode d?occupation trop br?ve qui a fait que l?embryon de ce qui aurait pu devenir enfin, apr?s des si?cles d?interr?gne, une culture africaine fonctionnelle, se soit retrouv?e au lendemain de la d?colonisation, dans une situation de grande faiblesse et ne pouvant compter sur l?amour de personne.

La pilule du lendemain

Au d?part du colonisateur, personne en Afrique ne ressentait d?affection pour une culture hybride. En l?absence d?une telle culture hybride qui soit acceptable et accept?e, chaque Africain, au d?part pr?cipit? du colonisateur, a donc d? faire le choix de s?identifier ? l?Afrique ou ? l?Occident.

Les riches ont choisi l?Occident. Ils ont choisi pour les autres que ces derniers restent Africains. Ils ont impos? leur choix par une coupure plus ou moins subtile avec les sources de cultures occidentales, parfois m?me par une r?gression vers une ?ducation en vernaculaire. Quand ce dernier pas est franchi, il consomme la rupture et confirme la classe autochtone bourgeoise, riche, ?duqu?e et occidentalis?e dans son r?le d?interm?diaire oblig?e entre l?Occident et ? les autres ? qu?on a ainsi retranch?s de l?Occident. On a voulu donner ? l?Afrique la pilule du lendemain, pour que ne naisse PAS une culture hybride.

Dans chaque ?tat d?Afrique subsaharienne, la population a donc ?t? scind?e en deux groupes de tailles in?gales. D?un c?t?, une petite ?lite transfuge qui ne demande qu?? se laver des quelques bribes qui lui colleraient encore ? la peau d?une culture africaine, pour s?identifier totalement ? la civilisation occidentale. De l?autre c?t?, une pl?be qui ne peut r?aliser cette assimilation et dont les options sont l??migration ou une paup?risation constante.

Quand on parle de sous-d?velopp?s, c?est de cette pl?be que l?on parle. Au moment de la d?colonisation, cette Afrique du monde ordinaire s?est retrouv?e en marge de la civilisation occidentale et sans la v?ritable option de retourner ? ses cultures ant?rieures, puisque aucune de celles-ci n?avait l?envergure de se pr?senter en rel?ve de la culture occidentale pour devenir la culture dominante. Le segment riche et le segment pauvre des pays d?colonis?s d?Afrique ont pris des voies bien distinctes.

Pour les ?lites d?j? occidentalis?es, un choix semblait se poser entre le soutien ? une intelligentsia qui d?velopperait une culture vraiment autochtone et une acculturation acc?l?r?e ? la civilisation occidentale. Choix biais?, car quand sa survie imm?diate passe par une ma?trise plus approfondie de la culture, des coutumes et des techniques de la civilisation occidentale, comment penser qu?une intelligentsia locale ne s?int?ressera pas davantage ? cette ma?trise qu?au d?veloppement d?une culture autochtone originale ?

La premi?re option aurait impliqu? des sacrifices et une solidarit? qui n?existait pas. On a pr?tendu parfois faire ce choix, mais c?est toujours la deuxi?me option qui a pr?valu. Partout, en Afrique subsaharienne, le d?sir d?acculturation ? l?Occident des ?lites est aujourd?hui aussi clair que faire se peut, la rupture avec la pl?be aussi tranch?e que possible. Les ?lites visent l?int?gration ? une culture occidentale, sans nul apport local.

Seule une infime minorit?, pourtant, r?alise ce r?ve et le plus souvent cette minorit? s?expatrie. Pour le reste de ces ?lites, souvent condamn?es ? demeurer en Afrique pour en extraire la richesse et y exercer le pouvoir qui en fait des ? ?lites ?, la culture occidentale locale dans laquelle elles baignent ne peut satisfaire cet id?al. En l?absence d?une ? colonisation ? au sens strict, qui am?nerait en Afrique un fort contingent d?Occidentaux, cette culture occidentale locale ne peut ?tre aliment?e au quotidien que par des autochtones, sans autre contact avec la r?alit? du v?ritable Occident que par le biais des m?dias. Prenant le t?l?visuel comme mod?le, la culture qu?ils y d?veloppent ne peut donc que devenir une copie, voire une caricature de cette image d??pinal que projette le petit ?cran.

Cette culture n?est pas consciemment hybride, puisqu?elle ne se veut qu?une seule h?r?dit?. Devant s?adapter aux conditions locales, cependant, elle doit tol?rer des accommodements, Ceux-ci sont d?abord consid?r?s comme autant d?imperfections, mais peu ? peu, ils la marquent et y laissent des traces, en faisant peu ? peu une culture hybride dont ces ? imperfections ? deviennent la seule sp?cificit?.

In?luctablement, il se cr?e donc, partout en Afrique, des mini-cultures locales, hybrides sans l?avouer, qui n??voluent que par leurs imperfections et sont ainsi subtilement?m?diocris?es, confirmant le statut de deuxi?me classe permanent de leurs habitants. Chaque membre de l??lite d?un pays sous-d?velopp?, nourri ? ce type de culture ersatz, se retrouve, face au monde occidental, dans la situation d?un jeune provincial du XIXe si?cle montant faire carri?re ? Paris. Ce n?est pas une partie perdue, mais ce n?est pas une partie facile.

Si les ?lites s?expatrient ou se m?diocrisent, la situation est bien pire pour le deuxi?me segment de la population africaine. L?Africain de classe modeste, non occidentalis?, s?est retrouv? au d?part du colonisateur, sans aucune culture de r?f?rence et donc sans identit?. Sans rien qui puisse susciter en lui une volont? d?appartenance ? l?Afrique et encore moins ? l?un ou l?autre des ?tats artificiels qu?on a dessin?s sur l?Afrique.

Sous pr?texte de cr?er un sentiment d?appartenance envers des entit?s nationales artificielles ? auxquelles eux-m?mes ne s?identifient aucunement, ? moins qu?elles n?aient assimil? ces entit?s nationales ? leurs entreprises personnelles ! ? les ?lites des pays d?Afrique ont rendu plus difficile ? leurs populations l?acc?s ? la civilisation occidentale. ? quel mod?le culturel un Africain moyen peut-il se rallier, dans ces soci?t?s dites nationales d?Afrique dont les ?lites sont transfuges ?

L?Africain moyen a ?t? plac? ainsi dans un ?tat d?inf?riorit? dont il lui est bien ardu de s?arracher, puisqu?il n?y a pas pour lui de repli possible vers une culture autochtone ant?rieure qui n?existe plus, que le passage ? la vraie culture occidentale lui est ferm? et que la voie lui est barr?e vers la cr?ation d?une culture hybride qui serait la solution, mais ? cr?ation de laquelle les ?lites autochtones ne veulent pas collaborer.

L?Africain moyen se retrouve sans culture identitaire. Or, sans culture identitaire qui vous lie ? un groupe de vos pairs (peer group), on est hors-culture partout. On est en exil m?me chez soi. Les Africains sont en exil dans leurs propres pays, puisqu?ils ne s?y identifient pas. Ce qui est tragique, car on ne peut aller vraiment au bout de soi-m?me que dans le cadre d?une culture ? laquelle on est inconditionnellement assimil?.

Sans son appartenance ? une culture identitaire, l?individu est en constante situation d?inf?riorit?, puisqu?il n?a pas alors d?autre choix que de se r?aliser dans des mod?les import?s. Quand l?acc?s ? ces mod?les import?s lui est ouvert, tout lui en est pr?sum? connu, mais mal connu ; il ne s?agit pour lui que d?apprendre et appliquer. Toute initiative ou toute cr?ativit? que manifeste l?imp?trant devient une distraction, un ?l?ment de retard alors que le seul but qu?on lui propose est d?apprivoiser le mod?le de vie de l?Occident et d?en ma?triser l?usage.

Si, malgr? tout, sa cr?ativit? se manifeste et produit d?ind?niables r?sultats, ces r?sultats sont per?us et fich?s comme des activit?s mineures et marginales. Elles ne re?oivent leurs lettres de cr?ance que dans la mesure o? celles-ci leur sont accord?es par le ? mainstream ? de la culture occidentale, lequel en juge du m?rite selon ses propres crit?res et sa propre pond?ration. Si Picasso avait ?t? noir, toutes ses p?riodes, rose, bleue ou qu?importe, auraient ?t? d?finies simplement comme des facettes de l?Art N?gre.

Malgr? tous les efforts que peuvent faire les Africains pour s?adapter ? la culture occidentale qui leur sert de superstrat, leur arriv?e tardive dans la course, alors que les r?gles ont d?j? ?t? ?tablies sans r?f?rence aucune ? leur sp?cificit?, garantit qu?ils ne pourront jamais y acqu?rir une position de force ou m?me d??galit?. Ils ne peuvent jamais prendre la t?te du peloton, puisqu?ils ne connaissent pas le trac? de la course et que, s?ils s?en d?tachaient, le peloton virerait au premier carrefour et les oublierait. Cette certitude de ne pouvoir gagner n?incite pas ? courir plus vite.

Un r?cent sondage aupr?s des dipl?m?s du baccalaur?at, dans un pays de l?Afrique de l?Ouest, indiquait que, pour la MAJORIT? d?entre eux, le meilleur plan de carri?re qu?ils se souhaitaient commen?ait par un d?part vers l?Europe. Non seulement les pays d?Afrique sont des navires en perdition, auxquels ne peuvent survivre que ceux qui s?en ?chappent, mais les r?f?rences culturelles africaines sont elles-m?mes devenues des pi?ges. Le succ?s individuel passe par le gommage de toutes ces allusions ? une h?r?dit? culturelle africaine qu?on ne peut traiter que comme source de folklore.

? moins que l?on ne soit un sportif ou un interpr?te exceptionnel ? ou qu?on ne soit en situation de SYMBOLISER l?Afrique, devenant l?Africain de service et en retirant un traitement de faveur ? on ne peut r?ussir, comme individu, que si on sort d?Afrique et qu?on sort l?Afrique de soi. La solidarit?, en Afrique subsaharienne, n?est plus pour l?individu un facteur de survie, mais une maladie mortelle. L?absence de solidarit? avec la soci?t? africaine n?a plus ? ?tre maquill?e, elle va de soi et gagne m?me ? ?tre ostentatoire.

Sans solidarit?, cependant, il n?y a pas de soci?t? possible. Sans une culture identitaire qui permet une solidarit?, une soci?t? en gestation ne peut se d?velopper. Dans une soci?t? en gestation, la n?cessit? d?un effort commun est constante et si cet effort n?est pas fourni, la soci?t? ne na?t jamais.

Sans cultures identitaires, les pays africains ne constituent pas vraiment des soci?t?s. C?est la situation actuelle des pays d?Afrique et il est clair que cette situation ne peut aller que de mal en pis. Tout est en place pour que tout aille plus mal

Le sabotage

? ce premier d?savantage d?en faire syst?matiquement les parents pauvres d?une culture qui n?est pas la leur, la colonisation a ajout? un autre handicap, ?conomique, celui-l?, que l?Afrique partage avec les autres pays sous-d?velopp?s, en instrumentalisant la structure de production des pays colonis?s au profit des pays colonisateurs.

Cette instrumentalisation n?a pas cess? avec le retrait des colonisateurs ; elle s?est d?s lors au contraire aggrav?e, au rythme de la mondialisation. D?s que la colonisation formelle a pris fin, le monde d?velopp?, ne misant plus sur une relation stable d?exploitation ? long terme, a adopt? la politique de la coupe ? blanc, acc?l?r? l?instrumentalisation des pays d?colonis?s et sabot? irr?m?diablement leurs ?conomies

Il l?a fait en faisant des ? dons ? aux pays sous-d?velopp?s, surtout dans le secteur alimentaire. En donnant ses produits, plut?t que de les vendre, le monde d?velopp? a pu substituer facilement ses exc?dents commerciaux aux denr?es et produits locaux et a naturellement caus? la faillite des agricultures de subsistance. Les terres, devenues sans rentabilit? pour les petits paysans, ont alors ?t? acquises par des compagnies transnationales et affect?es ? des monocultures pour exportation, caf?, cacao, etc.

Les paysans ruin?s ont ?t?, dans les limites du besoin qu?on en avait, sans plus, transform?s en travailleurs agricoles et utilis?s dans ces monocultures, au plus bas salaire possible. Les autres ont d? migrer vers les bidonvilles, en banlieue de nouvelles m?galopoles, pour s?y agglutiner en un lumpenprol?tariat d?o? pourrait bien un jour sortir celui ou ceux qui seront notre N?m?sis.

Ce sabotage des petites exploitations agricoles des pays sous-d?velopp?s est venu parfaire la mainmise des int?r?ts ?trangers sur le secteur primaire, dont les branches mini?re, p?troli?re, foresti?re ?taient d?j? sous le contr?le de ces derniers. Ceci a non seulement ?limin? la possibilit? que ces pays puissent maintenir une autosuffisance alimentaire, mais a eu aussi pour r?sultat d?emp?cher que se constitue jamais un capital local qui aurait permis la cr?ation d?entreprises dans le secteur secondaire.

Dans le secteur secondaire, les pays sous-d?velopp?s, d?j? derniers arrivants sur la sc?ne industrielle mondiale, ont eu le handicap suppl?mentaire de d?pendre enti?rement, pour la capitalisation de leurs industries, de la bonne volont? des pays d?velopp?s c?est-?-dire de la bonne volont? de leurs concurrents d?j? en place. Le d?veloppement industriel des pays sous-d?velopp? n?a donc pu qu?ob?ir ? la rationalit? de ceux qui assuraient son financement, une rationalit? diam?tralement oppos?e aux int?r?ts de ces pays eux-m?mes.

Sans secteur primaire ni secondaire rentables pour leur ?conomie propre, pas de cr?ation de richesse mat?rielle. Les pays sous-d?velopp?s ont donc ?t? r?duits ? une mendicit? structurelle syst?mique : la pr?misse de base du fonctionnement de leurs ?conomies est qu?elles seront d?ficitaires et que l?ajustement se fera par une ?criture aux livres, disant qu?un ? don ? a ?t? obtenu ou qu?une dette a ?t? contract?e dont il est sous-entendu qu?elle ne sera pas rembours?e.

Les fonds g?n?r?s pour la consommation ne pouvant pas supporter une structure de services modernes, ce qui y a ?t? mis en place ? ce titre dans les pays sous-d?velopp?s a donc rev?tu la forme de petits ?lots de services, ? l?usage exclusif des expatri?s et d?une petite bourgeoisie locale. ? ce quadrillage sommaire, on a surimpos? un fonctionnariat qui ne sert pas ? offrir des services, mais ? cr?er des emplois, largement superflus, uniquement ou presque pour justifier la distribution, sous forme de salaires, de la part minimale, n?cessaire pour que le pays ne se d?sint?gre pas, des recettes obtenues de cette mendicit? syst?mique.

Sans primaire, secondaire ni tertiaire ad?quat, il n?existe, comme possibilit? r?elle d?enrichissement dans les pays sous-d?velopp?s, que des activit?s de rapine. D?une part, un banditisme plus ou moins organis?, en grande expansion au rythme o? les classes les plus d?favoris?es comprennent les r?gles du jeu n?o-lib?ral et le r?le d?volu au crime dans son fonctionnement. D?autre part, une structure de corruption institutionnalis?e qui est pr?sente ? tous les niveaux, culminant dans la vente ?hont?e par les pouvoirs publics aux ?trangers de tout ce qui pourrait servir ? sortir ces pays de leur marasme.

Cette corruption par paliers, directe et indirecte, est la premi?re source de revenus dans les pays d?Afrique subsaharienne. Le clivage ?conomique est donc brutal entre, d?une part, une frange de mafieux enrichis et une toute petite bourgeoisie qui exploite et d?tourne les fonds publics et, d?autre part, le reste de la population en voie de paup?risation.

Le m?me ph?nom?ne s?est produit jadis dans d?autres civilisations, en Europe au Moyen ?ge par exemple, ce qui a permis alors que se d?veloppe une ?lite qui finalement est devenue la source de tout d?veloppement. Pourquoi les pays sous-d?velopp?s d?Afrique subsaharienne ne peuvent-t-il pas suivre la m?me voie ?

Parce que le clivage ?conomique recoupe parfaitement le clivage culturel que nous avons vu et qu?il n?y existe donc pas de solidarit?, aucun sentiment d?appartenance au groupe. La toute petite bourgeoisie qui s?enrichit s?identifie totalement ? l?Occident et ne voit le reste de la population que comme une autre soci?t? qu?elle ne tol?re que parce qu?elle en tire in profit.

Pour cette raison, tous les revenus, gagn?s ou vol?s en Afrique subsaharienne, d?s qu?ils d?passent le niveau de la plus ?l?mentaire subsistance, ne sont pas investis dans le d?veloppement du pays, mais sont imm?diatement r?export?s vers l??tranger, o? l?on trouve des investissements parfois plus rentables, mais surtout toujours infiniment plus s?rs que ce que le pays peut offrir.

Sans solidarit?, pas de d?veloppement. Sans solidarit?, en fait, pas de soci?t?.

Appartenance, int?r?ts et solidarit?

Pas de soci?t?s en Afrique ? Attention ! Il existe des soci?t?s en Afrique ; elles suscitent m?me une solidarit? parfois exemplaire. Mais ces soci?t?s sont au niveau de la famille ?largie, du clan, d?ethnies, de groupes d?appartenance traditionnels ? Tons ? au sein de la soci?t? civile, pas si diff?rents de ceux dont nous avons recommand? la constitution dans une Nouvelle Soci?t?. (712b). Au niveau des ?tats composites issus de la d?colonisation, cette solidarit? n?existe JAMAIS.

Pour avoir des soci?t?s fonctionnelles en Afrique, il faudrait constituer des ?tats au palier o? la solidarit? existe d?j?. Ce n?est pas une option imm?diatement accessible, car transformer en ?tats les v?ritables groupes naturels d?appartenance, ce serait un retour ? l?Afrique d?avant la colonisation. Ce serait ?liminer les ?tats actuels, ce qui ne pourrait ?tre fait que les armes ? la mais, puisqu?il n?y a pas un ?tat d?Afrique qui ne se soit constitu? un troupeau de vaches ? lait de ses minorit?s et ne les exploite sans vergogne.

Le retour du pouvoir aux groupes qui suscitent une v?ritable appartenance ne sera possible sans effusion de sang, en Afrique subsaharienne, que dans le cadre d?une rationalisation globale de la gouvernance (714b). Cette rationalisation sera n?cessaire en Afrique, sans doute plus que nulle part ailleurs, mais y tenter cette d?marche serait aujourd?hui pr?matur?

Peut-on faire na?tre une solidarit? en Afrique, au palier des ?tats existants ? Que ce soit en Afrique ou ailleurs, il n?y a que deux voies qui conduisent vers la solidarit?. La premi?re m?ne ? une solidarit? d?appartenance qui est l?expression visc?rale d?une identit? commune ; la deuxi?me conduit ? une solidarit? d?int?r?t et, dans sa forme achev?e, correspond ? une rationalisation de l?altruisme.

La premi?re voie, celle qui exprime une identit? commune, est aujourd?hui barr?e en Afrique, puisque cette conscience d?une identit? n?existe simplement pas dans les ?tats artificiels qu?on y a cr??s. On peut tenter de l?encourager, mais il faudrait qu?elle naisse naturellement. Il faudrait des g?n?rations. Il faudrait une pens?e commune, des symboles, des lieux de m?moire

Quelques guerres, aussi, comme celles qu?a connues l?Am?rique latine durant sa turbulente gestation ? mourir ensemble, on finit par s?appr?cier, mais souvenons nous que, dans une seule de ces guerres sans rimes ni raisons ? et il y en a eu des tas ! ? le Paraguay a d?j? perdu les deux tiers de sa population. Est-ce le mod?le ? privil?gier ?

Non seulement le sentiment d?appartenance ? ces ?tats artificiels d?Afrique n?existe pas, mais la volont? ferme de s?en retirer est souvent manifeste. Il y a au moins cent ethnies en Afrique qui ne veulent pas s?identifier ? l??tat o? on les a parqu?es. Peut-on substituer ? ce qui appara?t comme une impossible solidarit? d?appartenance, une solidarit? li?e ? des int?r?ts communs ?

Les crit?res ici sont connus. Dans l?aisance, oui. Dans la mis?re, non. Dans un pays riche d?j? d?velopp?e, une soci?t? peut garder l?adh?sion de ses membres longtemps, m?me s?il n?y existe plus qu?un sentiment d?appartenance de fa?ade, parce qu?elle est l?ar?ne de leurs luttes et donc le lieu o? ils se nourrissent. C?est l?attachement du charognard au charnier. Chacun retire quelque chose de la soci?t? et maintenir l??tat vaut donc bien des compromis, voire des sacrifices.

On sait bien, cependant, qu?un int?r?t commun est la plus pr?caire des bases pour une solidarit? durable. Pour qu?elle soit stable, une telle solidarit? implique que la richesse soit l? qui permette que participer ? la soci?t? soit une bonne affaire. Cette solidarit? ne peut exister chez les classes d?favoris?es d?Afrique, puisque celles-ci ne retirent RIEN de leur participation ? la soci?t?.

Quelque chose qui ressemble ? la solidarit? peut bien se manifester, parfois, entre mis?reux, mais c?est la solidarit? des jacques pour piller le ch?teau et s?en partager les d?pouilles. Cette solidarit? est ponctuelle. Elle est bien pr?caire, car rien n?est plus facile que de semer la zizanie au sein d?un groupe dont la motivation est strictement ?conomique. Chaque ?l?ment du groupe peut en ?tre facilement dissoci?, simplement en satisfaisant ses attentes p?cuniaires propres au d?triment de celles des autres.

C?est une grave faiblesse de la solidarit? par int?r?t. M?me s?il ne s?agit au d?part que de ? piller le ch?teau ?, quiconque veut maintenir la coh?sion au sein d?un groupe se h?te donc d?ajouter, aux objectifs mat?riels de l?entreprise, une motivation sup?rieure qui soit ? l?abri des tentatives qui seraient faites pour en provoquer l??clatement. Pour en arriver ? la solidarit?, il faut qu?? l?int?r?t on ajoute un cocktail de principes et de valeurs intangibles: Dieu, libert?, patrie, justice, fraternit?, etc.

Quand on le fait, une vraie solidarit? peut jaillir de la totale adh?sion ? une id?e, ? un principe ? une cause, ? un message. Cette solidarit? peut devenir tout aussi ?motive que celle qui na?t d?un sentiment d?identit? culturelle et, d?ailleurs, avec le temps, tend ? s?assimiler de plus en plus ? une solidarit? d?appartenance au groupe porteur de l?id?e, du message, etc. C?est l?esprit de corps des Chr?tiens au Cirque, des L?gionnaires ? Camerone, des bonzes bouddhistes au Vietnam

Peut-on lier la solidarit? au service d?une cause ? la solidarit? dans l?appartenance ? un ?tat qui rendrait ce dernier fonctionnel ? Un d?fi insurmontable, car si on tente, en ajoutant cette motivation sup?rieure ? l?int?r?t d?une participation ? un ?tat, d?obtenir une solidarit? sinc?re et effective, on d?couvre que, paradoxalement, on en retire une solidarit? d?autant plus sinc?re qu?on ne la souhaite pas effective.

La solidarit? ne devient sinc?re que dans la mesure o? l?on n?en attend rien. Elle peut alors ?tre ? elle-m?me sa propre justification, devenir inconditionnelle, se nourrissant m?me de chaque attaque dont elle est l?objet. La solidarit? na?t si le but n?est pas d?en retirer, mais de s?y donner. D?s qu?il y a un profit mat?riel ? tirer de la solidarit?, cependant, on d?couvre vite la corruption tapie dans l?ombre et l?on revient au sc?nario initial d?une solidarit? d?int?r?t qui exige que la richesse soit pr?sente ou promise.

Promise de fa?on cr?dible, ce qui aujourd?hui en Afrique n?est pas possible. Cette cr?dibilit? exigerait qu?existe au d?part cette richesse que permettrait la solidarit? qui n?est pas, ce qui nous ram?ne ? la case d?part.

Si une solidarit? au palier des Etats est impossible ? cr?er en Afrique subsaharienne, m?me par int?r?t, on comprend que ne peut s?y d?velopper que cette solidarit? au service d?une cause dont nous venons de parler, sans r?f?rence nationale, gratuite et sans allusion ? un int?r?t. Il est possible, probable m?me, que ce genre de solidarit? naisse en Afrique. Mais ce ne sera pas sans p?rils.

Quand ceux qui se solidarisent autour d?une l?id?e ou d?un message sont dans la position de faiblesse qui est celle des classes modestes d?Afrique, leur solidarit? exige un engagement total, mais doit ?tre internalis?e. Les structures externes qu?ils mettraient en place pour encadrer et manifester cette solidarit?, en effet, seraient incapables de r?sister ? des attaques de l?ext?rieur dans un milieu hostile.

L?action qu?engendre cette solidarit? ne peut ?tre tourn?e qu?? grands risques vers une action ext?rieure, car ceux qui sont ainsi li?s sont faibles et ne peuvent esp?rer d?aide que d?eux-m?mes. ? l?ext?rieur, il y a l?ennemi : la force doit ?tre en soi. Cette solidarit? ne pourra ?tre au d?part que compensatoire et ne deviendra un outil de d?veloppement que quand elle sera instrumentalis?e. Cette solidarit? est donc discr?te, souvent li?e ? une vive x?nophobie.

Les solidarit?s qui r?pondent ? ces conditions de gratuit?, d?engagement total et d?internalisation naissent g?n?ralement de mouvements religieux. Ce qui est une tautologie, puisque nous pourrions d?finir le mouvement religieux comme celui qui n?apporte pas de gratifications mat?rielles imm?diates, mais plut?t une gratification spirituelle. Une gratification internalis?e, car m?me si on peut voir un ? paradis ?? l?ext?rieur, ce n?est toujours qu?une projection de soi-m?me. Un mouvement religieux repose sur une autorit? ultime qui est parfaitement internalis?e, sans quoi il n?est pas vraiment un mouvement religieux.

Dans le vacuum de solidarit? qu?est l?Afrique subsaharienne, il ne peut gu?re se cr?er de solidarit? qu?autour d?un mouvement religieux. Une solidarit? qui ne pourra s?identifier ? une d?marche de d?veloppement sans s??vanouir, que si la gratification qu?on y associe est report?e au-del? de l?horizon. Il faudra que les sacrifices qu?exigera la solidarit? ? il y en a toujours ? ne soient pas consentis pour obtenir cette gratification, laquelle doit rester hors de port?e, mais par amour de la cause elle-m?me.

Pie in the sky

Une solidarit? en Afrique subsaharienne ne pourra na?tre qu?autour d?un mouvement religieux. Une vraie religion. Le marxisme ath?e a jou? pour un temps en Afrique ce r?le de religion, mais le marxisme offrait trop, trop vite; il ne pouvait g?n?rer la solidarit? dans la perspective d?indigence ind?finie dont les Africains avaient besoin. Assez ironiquement, il faut constater que le marxisme, qui d?non?ait la promesse illusoire de ? la tarte au paradis ?, sera finalement mort de ne pas l?y avoir laiss?e

Aujourd?hui, dans la plus grande partie de l?Afrique, c?est l?int?grisme islamique qui a pris la rel?ve du marxisme. Parce qu?il demande tout et n?offre rien de mat?riel. Quand on pense ? religion, on pense Islam. Encore vell?itaire il y a cinquante ans en Egypte et au Maroc, exp?rimentale dans des conditions favorables en Libye, il y a quelques d?cennies, aujourd?hui appliqu?e en projet-pilote par Hezbollah au sud Liban, peut-?tre la solidarit? de l?Islam peut-elle devenir ? terme un vecteur de d?veloppement. Peut-?tre. Sera-t-elle vraiment op?rationnelle demain, en Iran, au Pakistan puis en Afrique subsaharienne ?

La question n?est pas de savoir si l?on aime, ou si l?on n?aime pas, l?int?grisme islamique, mais de constater qu?il est une force qui pourrait jouer un r?le moteur pour l??mergence d?un mod?le original de d?veloppement dans beaucoup de pays d?Afrique. Admettons que c?est le scnario le plus probable.

Si l??mergence de l?Islam est consid?r?e comme une mauvaise nouvelle pour l?Occident, cependant, il existe une solution de rechange que constituent les mouvements charismatiques chr?tiens.

L?islam est souvent pr?sent? comme s?il ?tait le seul candidat ? l?h?g?monie religieuse en Afrique. On oublie trop souvent l?influence des mouvements charismatiques chr?tiens et leur potentiel de mobilisation qui n?est pas moins fort que celui de l?islam. Plus fort, en fait, puisqu il peut r?f?rer en sourdine ? ses liens historiques avec la culture occidentale dont il est issu.

Cette filiation, ? un premier niveau semble un d?savantage, puisque la relation s??tablit avec le colonisateur, mais elle est un ?norme avantage au niveau de l?inconscient, puisque les mouvements charismatiques peuvent v?hiculer l?image de progr?s et de succ?s qui est celle de l?Occident.

En Afrique, le mouvement charismatique n?est pas plus un ?tranger que l?Islam : ils sont, l?un comme l?autre, des produits d?importation, introduits pas des envahisseurs. Une alternative chr?tienne ? l?islamisme n?est donc pas exclue en Afrique. Cette alternative pourrait m?me ?tre foment?e par le Syst?me n?olib?ral, en r?ponse ? ce qui serait per?u comme le ? danger ? de l?Islam. La voie royale pour introduire cette alternative serait par le biais des mouvements charismatiques br?siliens, donc deux ou trois ont d?j? plus de 10 millions de membres, ont des structures bien ?tablies et sauraient g?rer des fonds consid?rables.

Ces structures br?siliennes ont l?avantage suppl?mentaire d??tre d?j? des structures ?noires ? et de porter dans leurs g?nes toute une tradition africaine pr?coloniale, encore enrichie des liens avec le folklore musical de l?Am?rique ? revival ?. Les rites de Candombl? et de Macumba, qui foisonnent au Br?sil et ont tous leur origine en Afrique, ne font pas partie de la d?marche propre des ?glises charismatiques, mais ils cohabitent sur un m?me territoire.

Bel exemple du syncr?tisme qui est la grande sp?cificit? br?silienne,?terreiros?de candombl? et temples ?vang?liques et pentec?tistes ne crachent pas sur l??change de quelques garants d?amiti?, un ?change qui illustre simplement ce qui se passe vraiment dans l??me profonde de leurs client?les, lesquelles parfois sont aussi les mmes et se confondent.

Intuitivement, j?ai l?impression que, mis devant la n?cessit? devant faire un choix d?identification ? et toutes autres choses ?tant ?gales ? l?Africain moyen et de classe modeste serait plus interpell? par une combinaison de ? soul music ? ? l??glise ?vang?lique et de transes occasionnelle au?terreiro,?que par des vendredis ? la mosqu?e et cinq pri?res quotidiennes le front dans la poussi?re.

Valeur intrins?que mise ? part de l?une ou l?autre de ces religions, l?Africain ne semble-t-il pas culturellement plus en phase avec un syncr?tisme d?inspiration chr?tienne, pas tr?s loin des coutumes animistes, qu?avec un islamisme pur et dur ? Le concept de Yemanja et des orixas yorubas qui ??rentrent chez eux?? me semble ?tre un concept au moins aussi porteur en Afrique subsaharienne que le message de Mahomet et le Coran.

Cela dit, syncr?tisme chr?tien ou islamisme, si un mouvement de solidarit? surgit du tr?fonds de l?Afrique, ce sera un mouvement religieux, avec ce que ceci peut apporter de violence, d?obscurantisme et de haine des autres.

Il n?y a pas que l?Afrique qui pourrait faire appel ? une culture religieuse pour susciter une solidarit?.L?exp?rience est aujourd?hui tent?e en Am?rique latine, de cr?er une originalit? qui vienne justifier un sentiment d?appartenance. Les efforts bien explicites que l?on fait pr?sentement Bolivie pour r?cup?rer une identit? autour des traditions pr?colombiennes se situent bien dans cette voie. Il n?est pas dit que cette approche sera un succ?s, mais il n?est pas prouv? que ce sera un ?chec.

Cette voie sera certainement utilis?e aussi en Afrique. Ceux qui voudraient mettre cette solidarit? religieuse au service d?une solidarit? nationale ou sociale doivent se souvenir, toutefois, que souvent les tentatives pour instrumentaliser une force religieuse sinc?re pour en faire une solidarit? ? effective ? se sont sold?es, au contraire, par la suj?tion ? cette force religieuse de ceux qui croyaient pouvoir la manipuler !

Croyances et dictatures

? quoi s?attendre si se cr?e en Afrique subsaharienne une solidarit? s?appuyant sur une religion ? Il faut s?attendre l?un ou l?autre de deux mauvais sc?narios. Le premier, c?est que la solidarit? n?est instrumentalis?e par personne et reste au palier religion, s?inf?odant ceux qui voudraient en orienter l?action. L?Histoire a un d?veloppement et une conclusion uniques pour ce genre de situations.

Les ? croyants ?, d?abord en position de faiblesse, se d?veloppent, sont per?us comme une menace par le pouvoir en place, sont pers?cut?s, se multiplient dans l?abn?gation, puis finalement arrivent au pouvoir o? ils font preuve d?une parfaite intol?rance. Encourag?s par ce succ?s, ils se rendent odieux par leur pros?lytisme ? leurs voisins, qu?ils convertissent jusqu?? ce qu?ils n?aient plus de rivaux, soient eux-m?mes ?cras?s ou n?acceptent une paix instable doubl?e d?une attitude hostile avec les ?infid?les ?

Que les Africains solidaires qui ne demandent qu?? ?merger dans les soci?t?s africaines actuelles trouvent leur appartenance comme Chr?tiens ou Islamistes, il est difficile de voir comment il en sortira un raccourci vers une solidarit? pour le d?veloppement s?ils sont les protagonistes de ce premier sc?nario. Il est bien probable qu?il ne s?agira plus alors de lutter contre la pauvret? et l?in?galit?, seulement d?apprendre ? les aimer.

Pire, si ces deux forces religieuses se d?veloppent simultan?ment, il y a une possibilit? bien r?elle, si Dieu ou le diable s?en m?le, qu?ils s?opposeront avec fanatisme et que leur ?mulation ? ? un euph?misme ! ? ? non seulement ne r?glera rien, mais pourrait m?me prolonger ind?finiment le marasme en Afrique. L?Afrique pourrait vivre l??quivalent de notre Moyen-?ge, de nos guerres de religion? Ne faut-il pas que jeunesse se passe ?

Il y a un deuxi?me sc?nario. Instrumentalisant cette solidarit? nouvelle qu?apporte la ferveur religieuse et voulant en tirer les avantages, un Mahdi ou un Osagyefo (R?dempteur) veut s?attaquer au d?veloppement. Il veut le faire dans le cadre d?une planification coh?rente et d?un conditionnement intensif. Une vraie d?mocratie ?tant tout ? fait impossible avant que ce d?veloppement m?me n?ait eu lieu, il impose donc sa dictature.

Que cette dictature soit brutale ou, au contraire, altruiste et ?clair?e, m?me si elle est la parfaite R?publique de Platon, elle sera imm?diatement en butte aux attaques ouvertes et occultes du monde d?velopp?. Officiellement, ce sera par respect pour la d?mocratie que le reste du monde refusera la l?gitimit? de cette dictature. La vraie raison de cette opposition, cependant, sera que ce d?veloppement est simplement contraire aux int?r?ts ?go?stes de la civilisation occidentale et des pays d?velopp?s.

Les pays qui, au moment de leur ind?pendance ou plus tard, ont pens? capitaliser sur l?enthousiasme ? la ferveur religieuse n??tant que la manifestation aujourd?hui la plus probable en Afrique de cet enthousiasme ? ont vite d? rentrer dans le rang. Voir les exemples de la Guin?e, du Ghana, etc. En fait, dans le monde entier, avec la notable exception de Cuba, il y en a peu qui soient parvenus ? suivre cette voie bien longtemps et leurs efforts, toujours contrecarr?s dans toute la mesure du possible par le syst?me capitaliste, n?ont jamais pu donner que des r?sultats d?risoires.

Dans la situation actuelle, la gen?se en Afrique d?une solidarit? d?identification et d?appartenance ne peut passer que par un mouvement religieux ; or les cons?quences de cette approche ne semblent pas b?n?fiques. Y a-t-il une autre solution pour l?Afrique ?

Recoloniser l?Afrique ?

Il y a une autre solution. Il faudrait que puisse se d?velopper en Afrique une culture de solidarit? par int?r?t, bas?e sur une rationalisation de l?altruisme. Quand tout le monde se donne la peine de ne pas faire chavirer la barque. C?est la solidarit? que nous avons dans les pays d?velopp?s. C?est la solidarit? qui s?installe d?elle-m?me quand appara?t une certaine aisance et elle conduit toujours ? une certaine d?mocratie.

Cette solidarit? n?a rien de spectaculaire et elle n?inspire pas de po?mes ni d??pop?es. Elle est, nous l?avons dit plus haut, le type d?attachement qu??prouve le charognard pour son charnier. Elle se situe tout de m?me cent coud?es au-dessus de ce qu?on peut trouver aujourd?hui en Afrique et elle est le seul le seul objectif raisonnable qu?on puisse fixer ? un pays, disons, comme le Nigeria.

Une solidarit? par int?r?t, bas?e sur une rationalisation de l?altruisme, est une bonne solution. Le probl?me, c?est qu?il n?est pas possible que cette solidarit? naisse spontan?ment de l?Afrique elle-m?me. En aucun pays de l?Afrique subsaharienne.

Le d?veloppement de ce mod?le exige une relative aisance. Pas la richesse boursoufl?e pour quelques-uns, ceci ne fait que fournir ? ceux-ci un visa de sortie hors de leur culture, laissant les autres un peu plus pauvres, mais une aisance largement r?partie dans une classe moyenne. L?aisance minimale qui fait qu?il ne soit pas h?ro?que et incongru de ne pas prendre pour soi et seulement pour soi, absolument TOUT ce qu?on peut prendre du tronc commun.

Cette aisance minimale n?est possible que si d?bute en Afrique un partage de la richesse. Or, la scission ?conomico sociale dans les pays subsahariens emp?che un consensus sur toute redistribution de la richesse. Cela cr?e un dilemme insoluble. Une richesse minimale et une forme de redistribution de cette richesse sont n?cessaires ? l??closion d?une solidarit? d?int?r?ts alors qu?une solidarit? d?int?r?ts doit venir AVANT le d?veloppement qui produit la richesse.

Aucune gouvernance issue d?une soci?t? d?Afrique subsaharienne ne peut sortir de ce dilemme. En l?absence de consensus effectif pour une forme au moins rudimentaire de partage, il est impossible qu?une gouvernance issue d?un pays africain ait la moindre chance de vouloir et de pouvoir am?liorer le sort de ses habitants. Une gouvernance pour le bien du peuple n?est possible en Afrique, que si elle se situe au-dessus des enjeux et des jeux de pouvoir locaux. Pour que soit fait en Afrique ce qui doit y ?tre fait, il faut donc que la gouvernance en Afrique soit externalis?e.

Ce qui m?ne ? la conclusion politiquement incorrecte, mais vraie, que l?Afrique ne peut retrouver le chemin du d?veloppement que si, pour un temps, elle est gouvern?e sans les Africains. Le temps que s?y mettent en place des structures de cr?ation de richesse et de distribution minimalement ?quitable de distribution de la richesse cr??e.

Ceci m?ne aussi ? la conclusion, tout aussi politiquement incorrecte, mais tout aussi vraie, qu?il faudrait reprendre l?Afrique au point o? nous l?avons laiss?e. Il faut donner ? l?Afrique ce que la colonisation aurait d? lui apporter, si la colonisation avait ?t? la mission civilisatrice qu?on a pr?tendu qu?elle ?tait au lieu de l?entreprise d?exploitation et parfois de simple brigandage qu?elle a ?t?.

Est-ce ? dire qu?il faille recoloniser l?Afrique ? Non, le temps du viol est bien fini. Mais il faut chercher la solution ? la situation actuelle en s?inspirant du mod?le colonial. Quand on en regarde la r?alit? plut?t que les intentions, comment se pr?sentait le mod?le colonial dans sa r?alit? quotidienne ? Une pr?sence polici?re et militaire qui venait r?pondre ? un besoin pressant d?assurer l?ordre et la s?curit?, au soutien d?une pr?sence administrative visant ? g?rer honn?tement, l? o? la corruption et le n?potisme avaient toujours r?gn?. C?est ce dont l?Afrique avait besoin, il y a 100 ans et c?est exactement ce dont elle a encore besoin aujourd?hui.

Le mod?le colonial ?tait efficace ; il n?y a pas un pays d?Afrique subsaharienne o? les structures administratives ne se soient pas d?t?rior?es depuis son ind?pendance. Les grands torts du mod?le colonial ?taient, d?une part, qu?il avait ?t? impos? et non librement consenti et, d?autre part, qu?il ne fonctionnait pas pour le bien des pays colonis?s mais pour celui des colonisateurs. Est-il possible de recr?er une structure externalis?e de gouvernance qui ait les avantages de la colonisation sans en avoir les torts ?

Le protectorat

C?est tout ? fait possible et on l?a d?j? tent?. C?est le mod?le du ? protectorat ?. Le concept du protectorat est qu?un pays, ayant la comp?tence administrative requise, administre un pays qui n?a pas cette comp?tence, pour le bien du pays administr? et non du pays administrateur.

Sous sa premi?re forme, le protectorat supposait que le pays administr? consentait ? ?tre prot?g?, en fait, r?clamait cette protection. La France, par exemple, a ?t? appel?e ? ? prot?ger ? le Maroc. Il est vite devenu clair, cependant, que le protectorat avait souvent un autre agenda que la protection et que les pays protecteurs, France en t?te, n??taient pas toujours d?un parfait altruisme.

Pour y ramener une certaine abn?gation, la notion de protectorat a donc ?volu? pour devenir, dans un deuxi?me temps, un mandat confi? ? une Puissance par la Soci?t? des Nations, de prendre sous son aile un pays sans d?fense et sans ressources. Par la m?me occasion, on a renonc? ? la fiction que le pays prot?g? y avait consenti. Il ?tait mineur, incapable, on allait penser pour lui. Agir pour son bien.

Il est vite devenu tout aussi clair, h?las, que l?intention des pays mandat?s n??tait pas toujours pure et que si, dans le meilleur des cas, une b?nigne tutelle s?appliquait sans massacres ni scandales, c?est que le pays sous mandat n?offrait vraiment aucun int?r?t et que celui ? qui on l?avait confi? n?accordait qu?une attention distraite ? son prot?g?.

Apr?s la deuxi?me guerre mondiale, est arriv?e la strat?gie, innovatrice pour l?Europe, mais d?j? test?e avec succ?s en Am?rique latine par les USA., de retirer des colonies tout ce qui leur servait et donc co?tait bien cher, leur donnant l?ind?pendance et s?en remettant ? des satrapes locaux pour en g?rer l?exploitation. Les crit?res ayant ainsi chang?, le mod?le du protectorat est apparemment tomb? en d?su?tude.

En apparence seulement. En r?alit?, il a continu? sous un autre nom. Ce que la France a offert aux pays d?Afrique au moment de leur ind?pendance ?tait une forme de protectorat, Marianne se r?servant les affaires ?trang?res, incluant la d?fense et le contr?le des finances incluant, la monnaie de ses ci-devant colonies. Quelques fonctionnaires saupoudr?s sur l?administration des jeunes nations suffiraient ? ?viter les b?tises et ? garantir que les choses suivent bien leur cours normal, toutes les ressources int?ressantes comme les contrats juteux trouvant toujours leur chemin vers Paris.

C?est un r?gime de protectorat de fait, qu?on pourrait appeler d??ind?pendance assist?e ?, et qui fonctionne depuis pr?s de 50 ans. Il a ?pargn? depuis ? la France bien des critiques, ainsi que la vie de moult l?gionnaires et de quelques missionnaires. Dans la colonne des d?bits, cependant, il faut se rappeler qu?il n?a rien donn? de plus aux pays d?Afrique que ce qu?un protectorat de mod?le classique leur aurait apport?, ?vitant seulement ? leurs dirigeants, comme ? la France l?ennui d?une reddition de comptes occasionnelle.

L??ind?pendance assist?e ? n?a rien donn? de plus qu?un protectorat traditionnel aux pays d?colonis?s. Surtout, elle leur a apport? infiniment moins que ce que leur apportait le r?gime colonial, la diff?rence ?tant un gain net pour l?ex-colonisateur. Il a fallu une gestion bien astucieuse de la propagande, concert?e entre tous les pays coloniaux, pour que le jour de l?ind?pendance, ne soit pas c?l?br?, dans chaque pays subsaharien, comme un jour de deuil et en en br?lant quelques vestiges du on vieux temps.

Aujourd?hui, tout se passe comme si les pays de la communaut? fran?aise d?Afrique ?taient des d?partements qui ?lisent leurs pr?fets en les appelant pr?sidents, mais qui ne sont pas repr?sent?s ? l?Assembl? Nationale et dont on n?a donc ? s?occuper qui si on a quelque chose ? en tirer. Est-ce qu?on ne pourrait pas faire mieux pour l?Afrique que l?ind?pendance assist?e ?

Quand on regarde la situation en toute lucidit?, on comprend que les pays sous-d?velopp?s et surtout les pays ex-colonis?s d?Afrique, ont aujourd?hui besoin d??tre prot?g?s. Ils ont besoin d?un r?gime de protectorat. Ils ont besoin d?externaliser leur gouvernance, parce que dans la situation o? on les a laiss?s, aucune gouvernance endog?ne ne peut s?y installer qui ait la moindre chance d?am?liorer le sort de leurs habitants.

Les pays sous-d?velopp?s ont indubitablement besoin d??tre prot?g?s, surtout contre ceux qui se pr?tendent leurs protecteurs. Si le monde d?velopp? n?accepte pas de leur accorder une forme de protection ?quitable, un statut de v?ritables protectorats, nous porterons tous la culpabilit? de la mis?re croissante et des injustices infinies qui seront le lot quotidien des pays sous-d?velopp?s d?Afrique. Demain et ind?finiment.

Les conditions du partenariat

Comment concilier l?id?e de protectorat avec celle de la libert? et de la dignit? humaine de ceux qu?on veut prot?ger ? En revenant d?abord au principe initial du protectorat, d?une relation librement consentie entre un ?tat administrateur et une soci?t? administr?e, mais en s?assurant qu?il ne s?agisse plus simplement d?sormais d?un principe ceux, mais d?une r?alit?. Il ne faut pas que le consentement de l?administr? ait ?t? arrach? sous la menace d?une canonni?re, batteries braqu?es sur le palais pr?sidentiel.

Ne parlons donc plus de protectorat, mais de ? partenariat int?gral ?. Le partenariat int?gral met compl?tement la soci?t? administr?e sous la gouverne de l??tat administrateur. Deux choses le distinguent d?un protectorat. La premi?re, c?est qu?il n?est pas impos? par la force, mais voulu par la soci?t? administr?e ; la seconde, c?est qu?il est soumis ? des r?gles de droit strictes. L?administr? n?est pas laiss? ? la merci de son administrateur qui deviendrait son occupant.

Soumettre un partenariat ? des r?gles de droit est possible, si deux conditions sont remplies. D?abord, si la communaut? internationale, au palier des Nations Unies, se dote des organismes de contr?le n?cessaires pour v?rifier que les accords de partenariat soient respect?s et, ensuite,si un ?quilibre des forces s??tablit sur la plan?te, qui permette que soit mise au besoin ? la disposition des Nations Unies une force d?intervention cr?dible.

Si une structure de contr?le est cr??e, la propension de tout fonctionnaire ? vouloir se rendre utile, ou au moins int?ressant, la rendra vigilante. Si un ?quilibre des forces s??tablit dans le monde, respecter le bon droit y deviendra la meilleure solution de compromis et les Nations Unies deviendront une source respect?e d?arbitrage. Nous parlons ailleurs de cette ?volution vers un ? monde de droit ?. (713F2)

Dans ce cadre de l?galit? internationale, le partenariat int?gral peut ?tre une solution efficace. Il peut l??tre si ces partenariats ne sont pas de simples subterfuges pour mieux exploiter les pays du tiers-monde, mais s?ils ne sont pas non plus pr?sum?s conclus uniquement pour aider les indigents. La g?n?rosit? n?est pas une hypoth?se forte en relations internationales. L?ang?lisme n?a pas d?avenir.

Ceux qui aident et prot?gent veulent ?tre pay?s pour aider et prot?ger. Ils veulent en tirer eux aussi un profit. Il faut donc que les interventions de partenariat soient mutuellement profitables, aussi bien pour celui qui prot?ge que pour celui qui est prot?g?. On peut r?aliser des exp?riences pilotes de prise en charge totalement altruiste de tout petits pays, pour en faire des exemples et roder les m?canismes de partenariat, mais on ne peut pas institutionnaliser ? grande ?chelle un type de relations qui ne serve qu?? l?une des parties.

Celui qui administre doit en tirer un avantage raisonnable, selon des crit?res dont les normes internationales pourraient ?tablir les param?tres. L??tat administr? doit en tirer l?assurance d?un d?veloppement correctement planifi?, dans l?ordre et la paix. Le monde entier va aussi y trouver son int?r?t, dans la solution du probl?me du sous-d?veloppement qui autrement appara?t insoluble.

La logistique du partenariat

Le partenariat int?gral commence par un accord entre deux ?tats. Un ?tat ? administrateur ? qui offre de prendre en charge la gouvernance et l?administration compl?tes d?une autre soci?t? et l??tat de cette soci?t? ? administrer, qui accepte que se substituent ? sa gouvernance et ? son administration celles du pays administrateur.

C?est une substitution totalement consensuelle, une prise en charge dont les deux parties pr?cisent ce qu?elles en attendent et ce qu?elles y apporteront. Cet accord doit ?tre pour un terme d?fini d?au moins 20 ans, pouvant ?tre prolong? ou renouvel? ? son ?ch?ance. Il doit ?tre un contrat ex?cutoire, ?tant soumis par les parties ? la juridiction d?une instance tierce, une organisation internationale comme les Nations unies ou la cour de justice de La Haye, par exemple, qui garantisse la validit? du contrat lui-m?me et la validit? de toutes et chacune de ses clauses

Ce contrat est ex?cutoire et contraignant, parce que les deux parties acceptent l?intervention, au besoin militaire, d?une force internationale des Nations unies pour faire respecter ce contrat. Leur acceptation ? tous deux de cette condition doit aller de paire avec un engagement des Nations Unies d?apporter au besoin cette force qui donne sa valeur contraignante au contrat.

Quand l??tat d?un pays administrateur et l??tat d?un pays ? administrer ont accept? le principe d?un tel partenariat int?gral, il faut en d?terminer les modalit?s, les conditions, les stipulations, les clauses p?nales. Il faut surtout en d?terminer les param?tres quantitatifs, car il ne s?agit pas ici de vux pieux.

La performance r?alis?e par l??tat administrateur pour le d?veloppement du pays administr? sera ?valu?e par une tierce partie impartiale que les parties auront d?sign?e. Dans la plupart des cas, ce sera un organisme international comme l?Unesco, n??tant pas exclu que les Nations Unies cr?ent une instance ad hoc dont le suivi et l??valuation de ces partenariats seraient les seules fonctions.

Dans tous les cas, toutes les donn?es pertinentes ? l?ex?cution d?une entente de partenariat int?gral seront compl?tement transparentes et donc soumises au jugement de valeur de la communaut? internationale. Il ne manquera pas d?autres pays, concurrents ?ventuels du pays administrateur, pour scruter et au besoin d?noncer son action.

Typiquement, le pays administrateur s?engage d?abord, sur une p?riode de 20 ans, ? apporter au pays administr?, dont il assumera le contr?le total, une augmentation de son niveau de vie d?un pourcentage dont administrateur et administr? auront ensemble convenu. Disons 10 % par ann?e, par exemple, ce qui n?est pas absurde, puisque la Chine a d?j? r?alis? cette performance et maintient sa croissance autour de cet ordre de grandeur.

Le pays administrateur s?engage aussi ? atteindre certains objectifs plus sp?cifiques et ? mettre en place, en respectant un ?ch?ancier pr?cis, certaines infrastructures parfaitement identifi?es. Il s?engage, par exemple, dans le secteur de la sant?, sujet au contr?le par l?OMS des r?sultats concrets obtenus, ? atteindre des objectifs v?rifiables et quantifiables selon les normes de l??pid?miologie. Quant ? l?esp?rance de vie, ? la mortalit? infantile et ? l??radication des maladies infectieuses et end?miques, par exemples.

Il s?engage ?galement ? la mise en place d?un syst?me d??ducation dont les programmes r?pondront ? des crit?res ?tablis au d?part qui auront fait consensus, de m?me qu?? prendre des mesures efficaces pour assurer la diffusion de cette ?ducation au sein de la population, selon l??ch?ancier et les normes qui auront aussi ?t? d?finies et accept?es au d?part.

L?accord pr?voira le d?veloppement et la rationalisation de l?agriculture du pays administr?, ainsi que la mise en place d?une structure industrielle, indiquant les objectifs ? atteindre et les politiques d?import-export qui seront appliqu?es. La mise en place, aussi, d?une structure de services, tenant compte du niveau de vie atteint. Si des circonstances exceptionnelles exigent qu?en cours de partenariat, une aide ponctuelle impr?vue soit apport?e au pays administr?, cette aide sera trait?e comme un pr?t et rembours?e, mais les organismes internationaux de contr?le du partenariat seront vigilants pour que ce cas fortuit ne biaise pas plus qu?il ne le faut le d?veloppement pr?vu par l?entente.

Le pays administrateur, enfin, doit bien s?r s?engager ? remettre ? l??tat du pays administr?, ? la fin de la dur?e pr?vue du contrat, tous les pouvoir dont il a assum? la responsabilit?. Si certaines clauses pr?vues ? l?entente de partenariat n?ont pas ?t? respect?es, une compensation, dont le montant aura ?t? fix? au d?part pour chacune d?entre elles devra alors ?tre pay?e au pays administr?, sous la forme d?un d?dommagement imm?diat (lump sum?) ou de versements p?riodiques qui pourront se prolonger longtemps apr?s la fin du contrat.

Si le contrat est accept?, son entr?e en vigueur doit ?tre conditionnelle ? sa ratification par un r?f?rendum, organis? sous surveillance des Nations Unies dans le pays administr?. Il peut ?tre pr?vu que 50, 55, 60, 66 % de la population devra ?tre d?accord pour que l?entente soit ratifi?e.

Suite ? ce r?f?rendum et ? la signature formelle de l?entente de partenariat int?gral, le pays administrateur, ? la date fix?e, prend totalement charge du pays ? administrer. Il y d?barque avec ses troupes, sa police, ses administrateurs.

Le d?roulement du partenariAT

Le pays administrateur d?barque avec armes et bagages. Surtout, avec ses experts qui viendront occuper tous les postes clefs de l?administration. Le probl?me du pays africain n?est pas, en effet, que le Ministre africain form? en Sorbonne soit moins dou? que son homologue europ?en ; il l?est souvent davantage ! Le probl?me est que l?impact de ses id?es et de ses directives ne va pas beaucoup plus loin que la porte de son cabinet.

L?infrastructure de cadres interm?diaires et de professionnels qualifi?s qui permet que l??tat soit une v?ritable machine ? administrer et ? contr?ler n?existe pas dans les pays sous-d?velopp?s. La masse de ceux qui pr?tendent en ?tre aujourd?hui les rouages ? de la secr?taire qui tape les lettres au surveillant de chantier dans la brousse ? n?ont ni la comp?tence ni surtout la motivation pour remplir cette fonction.

Une gouvernance venant de l?ext?rieur ne peut ?tre efficace qui si elle s?appuie sur une structure administrative elle-m?me import?e. Import?e compl?te, sans m?me un hiatus o? pourrait na?tre et grandir le d?sordre et la corruption. Le pays administrateur arrive avec toutes les ressources requises. Les lois du pays administrateur, sauf quelques exceptions dont on a pu convenir, se substituent aussi enti?rement aux lois du pays administr?, lesquelles pour la dur?e de l?entente n?ont plus valeur juridique.

Les fronti?res sont totalement ouvertes, dans les deux sens, au commerce entre le pays administrateurs et le pays administr?. Dans toute la mesure du possible, le pays administrateur verra ? ce que le pays administr? puisse jouir des m?mes avantages d?import-export dont jouit le pays administrateur dans toutes ses ententes commerciales avec des tiers.

Si ses partenaires ne sont pas d?accord pour cette extension, dans ce domaine et dans ce domaine seulement, les produits du pays administr? seront soumis ? des conditions diff?rentes, mais le pays administrateur fera les ajustements n?cessaires ? sa politique ?conomique afin que ces emp?chements soient supprim?s le plus rapidement possible, ou il en d?dommagera le pays administr?.

Le gouvernement en place dans le pays administr?, au moment de la signature de l?entente de partenariat int?gral, devient un conseil consultatif ; tous ceux qui font partie du gouvernement font partie du nouveau conseil consultatif et re?oivent des avantages salariaux et autres significativement augment?s, pour les compenser du manque ? gagner qu?ils pourraient subir du fait qu?ils ne gouvernent plus le pays administr?.

Il n?y a pas ? ?tre mesquin sur ce point, car il n?y a pas de conditions si on?reuses qu?elle ne le soient moins que ce que la corruption aurait co?t?. Toutes conditions qui sont transparentes sont acceptables et, ne l?oublions pas, seront ratifi?es par r?f?rendum populaire.

Toutes les instances locales sont ?galement transform?es en conseils consultatifs, chacune sur le territoire et dans les domaines que recouvrait sa comp?tence avant l?arriv?e de l??tat administrateur. En parall?le ? ces conseils consultatifs qui sont d?j? en place, se cr?eront d?autres conseils consultatifs sectoriels, ? la convenance l??tat administrateur, qui permettront ? ce dernier selon les besoins de prendre le pouls de la population.

L??tat administrateur, par exemple, a tout int?r?t ? consulter les professeurs sur l??volution de l??ducation, les professionnels de la sant? sur l??volution de la m?decine, les commer?ants sur l?ensemble du d?veloppement ?conomique, de m?me, bien s?r, que les structures syndicales en place qui seront maintenues et consult?es sur les conditions de travail.

Aucune de ces structures consultatives, toutefois, ne doit avoir quelque pouvoir de d?cision, ni ?tre autoris?e ? utiliser quelques moyens de pression que ce soit pour influer sur la politique de l??tat administrateur. Il serait inadmissible que ces structures consultatives s?arrogent le droit de discuter a posteriori les conditions de partenariat auquel l??tat administr? ? initialement consenti et auxquelles le peuple a donn? son aval par r?f?rendum.

Il serait impensable, par exemple, que l?organisation repr?sentative des travailleurs vienne discuter l??volution de la structure des salaires et s?immiscer donc dans la politique de redistribution de la richesse, puisqu?une telle politique de redistribution parfaitement transparente aura ?t? ins?r?e dans l?accord initial. Si on parle d?une augmentation de 10 % du niveau de vie par ann?e, il faut penser ? une augmentation des salaires qui soit compatible avec cet objectif, mais ceci n?exclut pas que certains salaires soient augment?s plus que d?autres.

Il est possible que les salaires les plus bas soient augment?s davantage, par exemple, et que les salaires plus ?lev?s ne le soient que dans une moindre mesure. Ces diff?rences sont justifi?es. Elles devront, cependant, se situer ? l?int?rieur de la fourchette qui pourra avoir ?t? d?fini dans le contrat initial qui aura ?t? conclu et ratifi? par r?f?rendum.

De 5 ans en 5 ans, des ?lections locales, r?gionales et nationales dans le pays administr? d?signeront de nouveaux repr?sentants aux divers conseils consultatifs. Ces repr?sentants seront ?lus selon les principes de la d?mocratie contractuelle, chacun ?tant choisi comme repr?sentant ind?pendant par ceux qu?il va repr?senter et non sous la banni?re de partis regroupant en factions ceux qui ont des visions diff?rentes de l??volution de la soci?t?. Ces vues diff?rentes doivent ?tre mises en veilleuse pour la dur?e du partenariat int?gral, pendant laquelle les politiques sont la responsabilit? exclusive de l??tat administrateur.

Le gouvernement qui ?tait en place dans le pays administr? au d?part le demeure donc ? titre de conseil consultatif pendant cinq ans, puis peut ?tre remplac?e par un autre, et ainsi it?rativement jusqu?? la fin de la dix-huiti?me ann?e du mandat du pays administrateur. Une campagne de sensibilisation politique s?engage alors et, un an avant la fin du mandat du pays administrateur, des ?lections ont lieu auxquelles participent cette fois-ci des partis dont chacun doit pr?senter son projet de soci?t?.

Ces ?lections ont lieu sous le contr?le des Nations Unies et autres repr?sentants internationaux, pour en assurer la l?gitimit? incontestable. C?est ? celui de ces partis qui aura ?t? ?lu que le pays administrateur transmettra les pouvoirs ? la fin de son mandat. Le gouvernement ainsi ?lu pourra, s?il le souhaite, n?gocier avec le pays administrateur une prolongation du partenariat, mais, si une telle entente intervient, elle devra aussi ?tre soumise ? un r?f?rendum.

Durant la derni?re ann?e du mandat, les futurs gouvernants ?lus seront int?gr?s progressivement, comme stagiaires, dans la structure gouvernementale et administrative du pays administr?, avant d?en prendre compl?tement le contr?le ? la date pr?vue au d?but.

Parmi les changements que le pays administrateur pourrait introduire, il en est un dont il n?assumera sous aucun pr?texte la responsabilit? : la rationalisation de la gouvernance entre les sous-ensembles constituant le pays administr? et le partage des comp?tences entre ces sous-ensembles.

Quand les dissensions internes dans un ensemble sont telles qu?il est impossible d?y mettre en place un processus cr?dible de justice et encore moins un mod?le de d?veloppement efficace qui fasse consensus, la premi?re solution est de scinder cet ensemble disparate en composantes plus homog?nes. C?est la parcellisation de la gouvernance qui se produira partout sur la plan?te au rythme de la rationalisation qui nous conduira ? l??tat global, tel que nous en avons discut? au texte 714b

Suivant cette tendance universelle, on pourrait scinder l?Afrique en composantes plus homog?nes, ? ?chelle ethnique, voire tribale, et il serait sans doute opportun de le faire, en Afrique encore plus qu?ailleurs. Cette action, cependant, en cours de partenariat int?gral, serait pr?matur?e.

Une fragmentation de la gouvernance n?est salutaire, pour ?viter les dissensions, que si un consensus peut ?tre atteint quant aux pouvoirs qui doivent ?tre confi?s aux instances sup?rieures, celles qui r?pondent aux besoins communs et viennent coiffer les autres. Il serait illusoire de penser ? un tel consensus en Afrique, alors que les besoins communs sont des besoins essentiels qui, globalement, ne sont m?me pas minimalement satisfaits.

Cette fragmentation de la gouvernance pr?suppose ?galement une abondance de ressources administratives qualifi?es, permettant que des paliers de d?cisions interm?diaires soient cr??s, non pas toujours parce que l?efficacit? objective l?exige, mais parce qu?on ajoute ainsi une dimension subjective de satisfaction. Cette satisfaction est un ?l?ment crucial du fonctionnement optimal d?une soci?t?, mais il est pr?matur? de s?y int?resser et de chercher l?optimisation par ce raffinement, avant que les m?canismes administratif essentiels n?aient m?me commenc? ? fonctionner correctement.

Avant que l?on puisse r?pondre ? la diversit? culturelle de l?Afrique par une gouvernance distribu?e, il faut d?abord que l?Afrique soit simplement gouvern?e et administr?e, ce qu?elle n?est pas et ce que seuls des partenariats du type ici d?crit pourront lui apporter. Le pays administrateur ne redistribuera pas la gouvernance du pays administr?. Aucune assurance, d?ailleurs, ne garantirait qu?il le fasse sans arri?re-pens?es.

Si ceci n??tait limpide au d?part, aucun pays n?accepterait de se laisser administrer. C?est UN ?tat qui lui a donn? UNE soci?t? ? administrer et c?est UNE soci?t? que doit rendre le pays administrateur ? UN ?tat ? la fin de son mandat de partenariat.

L?offre et la demande de partenarciat int?gral.

Comment vont se n?gocier les accords de partenariat int?gral ? Dans un premier temps, il suffit que le concept en soit largement divulgu? et diffus?. Dans un deuxi?me temps, les pays qui veulent agir comme pays administrateurs, ou qui souhaiteraient ?tre administr?s dans le cadre d?un tel partenariat int?gral, doivent se manifester.

Quand se sont fait conna?tre tous ceux qui ont un int?r?t ? ce genre d?entente, les n?gociations peuvent simplement s?engager entre les parties. Simultan?ment, le principe doit en ?tre accept? au niveau des Nations unies, puisque celles-ci devront ?ventuellement accepter la juridiction sur les ententes qui pourraient intervenir, avec les cons?quences qui en d?coulent, dont celle de devoir peut-?tre un jour intervenir militairement pour les faire respecter.

Quels pays peuvent avoir int?r?t ? agir comme ?tats administrateurs ? D?abord, tous les pays qui aujourd?hui ont des programmes importants d?assistance technique aux pays sous-d?velopp?s et qui non seulement n?en retirent aucun avantage, mais sont bien conscients qu?il ne d?coule m?me pas de leurs interventions un r?sultat concret qui justifierait, aupr?s de leur propre population, cette assistance dont celle-ci fait les frais. On peut penser au Canada, ? la Su?de, ? la Norv?ge, aux Pays-Bas, ? la Suisse? etc.

Ensuite, d?s que le mod?le aura ?t? test?, d?autres pays suivront la m?me voie, parce qu?il para?tra plus correct, aux yeux de leur propre population, d?avoir ce genre d?ententes sous contr?le international, plut?t que de g?rer des protectorats occultes qui ne servent que les int?r?ts de quelque compagnie. Ainsi, la France au Gabon aurait meilleure image, si elle ne semblait pas servir les seuls int?r?ts d?Elf Aquitaine

Quels pays voudront ?tre administr?s ? Dans un premier temps, les pays dont les gouvernants y verront une bonne affaire, ce genre d?entente leur garantissant une r?mun?ration int?ressante pendant un certain temps, tout en passant l??ponge sur leurs transgressions pass?es qui pourraient un jour leur cr?er des ennuis. Ils seront certains que les accords de partenariat int?gral qu?ils auront pass?s seront respect?s et qu?ils ne seront plus ? la merci d?une r?volution qui, parfois, peut venir plus vite qu?on ne le pense.

Des dictateurs vieillissants et qui ont fait leur bl? peuvent trouver attrayante cette sortie ?l?gante qui leur assure aussi dans l?Histoire la place du visionnaire par qui le progr?s a commenc?.

Dans un deuxi?me temps, se mettront sur les rangs les pays o? la situation est tellement d?sesp?rante qu?on peut pr?voir qu?il s?y formera des partis politiques dont le programme consistera ? signer ce genre d?entente. Aussit?t qu?une issue d?mocratique sera ainsi donn?e aux populations pour qu?elles s?expriment sur ce sujet, une grande partie du tiers-monde va choisir cette voix avec enthousiasme.

Dans beaucoup de pays, le parti qui offrira de n?gocier une telle entente sera port? au pouvoir avec enthousiasme contre ceux qui offriront simplement de faire pour le mieux avec les comp?tences dont eux-m?mes disposent, approche traditionnelle qui est d?j? un peu partout discr?dit?e.

Les partis qui veulent proposer cette approche pourront trouver assez facilement ? se financer aupr?s des pays qui souhaiteront devenir les futurs administrateurs. Il est clair que ceux qui proposeront cette approche seront trait?s de tra?tres et de quislings par leurs adversaires politiques mais, en bout de piste, c?est un r?f?rendum populaire sous contr?le des Nations Unies qui tranchera.Une d?marche bien plus d?mocratique que la plupart des consultations ?lectorales actuelles.

Quel est le r?sultat pratique d?un partenariat int?gral ? Pour le pays administr?, une v?ritable hausse de son niveau de vie, un v?ritable d?veloppement que l?immense majorit? des pays ex-colonis?s du tiers-monde n?ont pas connu depuis le d?part de la puissance coloniale. Une augmentation du PNB de 10% par ann?e n?est pas illusoire; nous r?p?tons que la Chine y parvient. Ce taux de croissance quintuple en 20 ans le niveau de vie de la population. Chacun peut calculer l?effet de ce bond en avant sur l?un ou l?autre des pays de l?Afrique subsaharienne dont la plupart, depuis 20 ans, n?ont au contraire pas cess? de s?appauvrir.

Ce r?sultat est possible, parce que les investissements que requiert le pays et que, vu son instabilit? politique et l?absence d?infrastructures valables, nul ne lui accorderait sans prendre le contr?le effectif occulte du pays ? ce qui est co?teux et p?rilleux ? vont devenir accessibles comme s?ils ?taient r?alis?s dans le pays administrateur lui-m?me.

Le pays administrateur, pour sa part, a trouv? un d?bouch? pour de nombreuses cohortes d?experts dont les salaires seront pris en charge par le pays administr?. Il effectue une vente de services dans des conditions tr?s favorables. Il s?est aussi fait un march? captif du pays administr?, ? la seule condition ne plus penser seulement ? son propre profit, mais aussi aux v?ritables int?r?ts ? long terme du pays administr?.

C?est un march? qui restera captif, d?ailleurs, longtemps apr?s la fin du contrat de partenariat, ? cause des techniques siennes ou compl?mentaires aux siennes que le pays administrateur y aura introduites et de l??norme march? pour les pi?ces de rechange et les produits de consommation qui continueront d??tre n?cessaires pour les ?quipements qu?il y aura install?s. Ces avantages sont les m?mes que ceux d?avoir une colonie ; il n?est pas n?cessaire d?en reprendre ici tous les d?tails.

Je ne peux penser ? une meilleure fa?on de r?soudre le probl?me du sous-d?veloppement. Je ne vois pas d?autre fa?on de sauver l?Afrique. C?est ainsi qu?on proc?dera d?s qu?on y aura r?fl?chi.

C?est ainsi que proc?dera une Nouvelle Soci?t?.

Pierre JC Allard

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