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http://www.centpapiers.com/ Le journal citoyen du Québec pour la francophonie
7 octobre 2011 |
2 commentaire(s) |
vu 401 fois Suis-je aphone ou est-ce le monde qui est devenu sourd ?
La pire
chose qui pouvait m’arriver, finalement, c’est d’avoir eu raison sur toute la
ligne.
Chaque fois que la monstruosité de la médiocrité ambiante me tétanise, chaque
fois que j’ai envie de m’épancher dans un grand jet brûlant et enragé, je me
rends compte que cette
indignation-là, je l’ai déjà eu, que cette situation-là, je l’ai déjà
dénoncée, que toute cette merde-là, dans laquelle nous nous enfonçons chaque
jour un plus franchement avec la belle détermination frénétique du lemming en
fin de course qui sent approcher le bord de la falaise, je l’ai déjà prévue,
décrite, annoncée, décortiquée… et rien.
Nous sommes dix. Nous sommes 100, nous sommes la foule, nous sommes la rue, la
déferlante d’indignation, nous
sommes 99 % à n’en plus pouvoir, à n’en plus vouloir.
Et puis rien.
La course du lemming.
Le
cobaye dans sa roue.
Bon, là ça y est, ça se voit, on le sait : ça se casse la gueule.
Complètement.
Totalement.
Implosion du système et effondrement intérieur, jusqu’à la masse critique, même
pas la naine blanche, juste le grand trou noir qui nous aspire tous.
Ah putain, qu’est-ce qu’on peut bien être indignés, tous autant que nous
sommes ! On est tous pétris d’indignation bien légitime et… rien.
Pourtant, on a compris. Faut vraiment être le dernier des décérébrés qui se
shoote au JT de TF1 en IV pour ne pas encore avoir compris qu’on arrive
au bout de la logique
capitaliste : un seul pour les dominer tous. Une poignée de
charognards qui ont décidé de la liquidation totale de tout ce qui ne leur
était pas directement utile et profitable. Donc nous.
Ceci n’est décidément pas
une crise, c’est juste l’aboutissement d’un processus de concentration des
richesses qui n’est rien d’autre que l’essence même du système capitaliste.
Celui-ci ne s’en est d’ailleurs jamais caché. Mais on a fait semblant de ne pas
comprendre quelle était la logique intrinsèque du principe d’accumulation du
capital : tout prendre, ne rien laisser. Probablement parce que, dans un
premier temps, on a le droit aux miettes du processus, le coup du ruissellement
de la pyramide de champagne. Mais le coup de la crise, c’était juste, pour ceux
qui détiennent le capital, une formidable opportunité
de prendre totalement le pouvoir et d’aller jusqu’au bout de leur
logique.
Ce qui me chagrine le plus, c’est que même si nous avons les moyens de voir la
réalité du processus de transfert total des ressources actuellement appliqué à
l’ensemble des peuples de la planète, le fait même d’énoncer cette réalité a
l’air fou, irréaliste, insensé. Comme l’ami François Ruffin le démontre dans son dernier
bébé (je parle de Fakir, bien sûr, pas de sa petite Ambre à laquelle
j’aurais bien du mal à souhaiter la bienvenue tant ce monde me déprime),
ils ne vont pas
s’arrêter. Ils vont tout ravager, tout confisquer, tout anéantir parce
qu’ils n’ont qu’un seul Dieu, qu’un seul avenir, qu’une seule pensée, un seul
but, un seul désir, une seule histoire : le profit. Le profit pour le
profit, tout le temps, partout, par-dessus tout. Mais ce sont ceux qui
dénoncent cette folie qui passent pour des hystériques.
On s’indigne, alors qu’on devrait juste être fous de rage. Chaque matin, je
me demande pourquoi nous ne sommes pas encore
complètement fous de rage. Qu’est-ce que l’on peut bien encore
attendre ? Qu’est-ce que l’on peut bien encore espérer ?
Ou alors on fait semblant. Semblant de rien. Semblant de ne pas voir qu’on est
au bord du gouffre. Non, même pas, qu’on est déjà en train de se casser la
gueule. Parce que jusqu’ici, on arrive encore à faire semblant. Semblant de ne
pas voir que depuis 30 ans, chaque décision politico-économique d’une classe
dominante complètement corrompue n’a jamais eu d’autre but que de nous appauvrir tous encore un
petit peu plus pour les enrichir monstrueusement. Semblant de ne plus
savoir compter, de ne pas voir que les salaires ne bougent plus que vers le bas
depuis des années et des années et que tout le reste flambe. Malgré les
chiffres. Grâce aux chiffres. Ils ont même réussi à faire mentir les chiffres.
Semblant de ne pas voir qu’on a beau cravacher comme des malades pour que notre
appauvrissement généralisé ne se voie pas, on va quand même se faire rattraper.
Semblant de ne pas voir que ce qu’ils font aux
Grecs, ils l’ont déjà fait aux
Argentins et qu’on est les suivants sur la liste.
On garde l’espoir.
Que les choses vont aller mieux. Comme ça, d’elles-mêmes. Juste parce que
sinon, ce serait trop injuste, non ?
Alors qu’il faudrait que nous extirpions de chaque fibre de notre corps la
moindre parcelle d’espoir, le moindre soupçon d’illusion, afin de voir enfin le
monde tel qu’il est et d’en devenir totalement fous de rage.
Vous voyez, finalement, c’est mieux quand je ne dis rien.

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J’enrage, vous enragez et nous enrageons.
Comme nous, vous lisez les trois groupes de la toile:
Des auteurs en sont venus à dire ‘société de merde…’
Des commentateurs qui abondent dans le même sens.
Des activistes qui s’organisent et qui agissent.
Des attentistes qui désespèrent la venue d’un messie.
Des pleutres qui se veulent sages et qui recommandent de rester chez soi autour de son BBQ.
Et des agents rémunérés qui se frottent les mains à constater l’immobilisme.
Vous voyez, finalement, vous n’êtes et nous ne sommes pas seuls.
DG
13:27, le Dimanche 9 octobre 2011Vous devez être connecté pour publier un commentaire.
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Denis Gélinas a répondu:
octobre 9th, 2011 à 13:35
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DG