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Centpapiers

  • Raptus

    7 octobre 2011 | 0 commentaire(s) | vu 45 fois

    Suis-je aphone ou est-ce le monde qui est devenu sourd ?

    ColèreLa pire
    chose qui pouvait m’arriver, finalement, c’est d’avoir eu raison sur toute la
    ligne
    .
    Chaque fois que la monstruosité de la médiocrité ambiante me tétanise, chaque
    fois que j’ai envie de m’épancher dans un grand jet brûlant et enragé, je me
    rends compte que cette
    indignation-là, je l’ai déjà eue
    , que cette situation-là, je l’ai déjà
    dénoncée, que toute cette merde-là, dans laquelle nous nous enfonçons chaque
    jour un peu plus franchement avec la belle détermination frénétique du lemming
    en fin de course qui sent approcher le bord de la falaise, je l’ai déjà prévue,
    décrite, annoncée, décortiquée… et rien.

    Nous sommes dix. Nous sommes 100, nous sommes la foule, nous sommes la rue, la
    déferlante d’indignation, nous
    sommes 99 %
    à n’en plus pouvoir, à n’en plus vouloir.
    Et puis rien.
    La course du lemming.
    Le
    cobaye dans sa roue
    .

    Bon, là ça y est, ça se voit, on le sait : ça se casse la gueule.
    Complètement.
    Totalement.
    Implosion du système et effondrement intérieur, jusqu’à la masse critique, même
    pas la naine blanche, juste le grand trou noir qui nous aspire tous.

    Ah putain, qu’est-ce qu’on peut bien être indignés, tous autant que nous
    sommes ! On est tous pétris d’indignation bien légitime et… rien.
    Pourtant, on a compris. Faut vraiment être le dernier des décérébrés qui se
    shoote au JT de TF1 en IV pour ne pas encore avoir compris qu’on arrive
    au bout de la logique
    capitaliste
     : un seul pour les dominer tous. Une poignée de
    charognards qui ont décidé de la liquidation totale de tout ce qui ne leur
    était pas directement utile et profitable. Donc nous.
    Ceci n’est décidément pas
    une crise
    , c’est juste l’aboutissement d’un processus de concentration des
    richesses qui n’est rien d’autre que l’essence même du système capitaliste.
    Celui-ci ne s’en est d’ailleurs jamais caché. Mais on a fait semblant de ne pas
    comprendre quelle était la logique intrinsèque du principe d’accumulation du
    capital : tout prendre, ne rien laisser. Probablement parce que, dans un
    premier temps, on a le droit aux miettes du processus, le coup du ruissellement
    de la pyramide de champagne. Mais le coup de la crise, c’était juste, pour ceux
    qui détiennent le capital, une formidable opportunité
    de prendre totalement le pouvoir et d’aller jusqu’au bout de leur
    logique.

    Ce qui me chagrine le plus, c’est que même si nous avons les moyens de voir la
    réalité du processus de transfert total des ressources actuellement appliqué à
    l’ensemble des peuples de la planète, le fait même d’énoncer cette réalité a
    l’air fou, irréaliste, insensé. Comme l’ami François Ruffin le démontre dans son dernier
    bébé
    (je parle de Fakir, bien sûr, pas de sa petite Ambre à laquelle
    j’aurais bien du mal à souhaiter la bienvenue tant ce monde me déprime),
    ils ne vont pas
    s’arrêter
    . Ils vont tout ravager, tout confisquer, tout anéantir parce
    qu’ils n’ont qu’un seul Dieu, qu’un seul avenir, qu’une seule pensée, un seul
    but, un seul désir, une seule histoire : le profit. Le profit pour le
    profit, tout le temps, partout, par-dessus tout. Mais ce sont ceux qui
    dénoncent cette folie qui passent pour des hystériques.

    On s’indigne, alors qu’on devrait juste être fous de rage. Chaque matin, je
    me demande pourquoi nous ne sommes pas encore
    complètement fous de rage
    . Qu’est-ce que l’on peut bien encore
    attendre ? Qu’est-ce que l’on peut bien encore espérer ?

    Ou alors on fait semblant. Semblant de rien. Semblant de ne pas voir qu’on est
    au bord du gouffre. Non, même pas, qu’on est déjà en train de se casser la
    gueule. Parce que jusqu’ici, on arrive encore à faire semblant. Semblant de ne
    pas voir que depuis 30 ans, chaque décision politico-économique d’une classe
    dominante complètement corrompue n’a jamais eu d’autre but que de nous appauvrir tous encore un
    petit peu plus
    pour les enrichir monstrueusement. Semblant de ne plus
    savoir compter, de ne pas voir que les salaires ne bougent plus que vers le bas
    depuis des années et des années et que tout le reste flambe. Malgré les
    chiffres. Grâce aux chiffres. Ils ont même réussi à faire mentir les chiffres.
    Semblant de ne pas voir qu’on a beau cravacher comme des malades pour que notre
    appauvrissement généralisé ne se voie pas, on va quand même se faire rattraper.
    Semblant de ne pas voir que ce qu’ils font aux
    Grecs
    , ils l’ont déjà fait aux
    Argentins
    et qu’on est les suivants sur la liste.

    On garde l’espoir.
    Que les choses vont aller mieux. Comme ça, d’elles-mêmes. Juste parce que
    sinon, ce serait trop injuste, non ?
    Alors qu’il faudrait que nous extirpions de chaque fibre de notre corps la
    moindre parcelle d’espoir, le moindre soupçon d’illusion, afin de voir enfin le
    monde tel qu’il est et d’en devenir totalement fous de rage.

    Vous voyez, finalement, c’est mieux quand je ne dis rien.

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