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Rapport Montmarquette, Facal et Lachapelle : la poubelle

« Les tarifs constituent un outil essentiel pour g?rer nos comportements collectifs de la fa?on la plus efficace possible », ?crit le Groupe de travail sur la tarification des services publics dans le rapport qu’il a remis aujourd’hui ? la ministre des Finances du Qu?bec. Tout ?tait dit. Les Qu?b?cois seraient des insouciants et des irresponsables. Ce rapport est vraiment de la m?me eau que celui du Groupe Castonguay sur le financement du syst?me de sant?.

Que nous reproche au juste le Groupe dirig? par Montmarquette ? D’?tre pervertis par une culture de la gratuit?. Les pires seraient les plus d?munis : « bien ?videmment, cette perception de la gratuit? est encore plus forte pour les citoyens qui ne paient pas d’imp?t. » C’est pour leur bien que le Groupe propose de hausser les tarifs : « le fait qu’ils ne contribuent pas au service qu’ils utilisent peut leur faire oublier que ce service a un prix, et que quelqu’un en acquitte le montant ? leur place. »

J’ai honte d’avoir contribu?, par mes imp?ts, ? retrouver un m?pris aussi crasse ?crit noir sur blanc dans un rapport officiel. Venant de Montmarquette, cela ne m’?tonne pas. Il est tout ? fait du genre « casse-toi pauvre con ». Mais que Joseph Facal ait laiss? passer un tel jugement de valeur, cela me sid?re.

Ce n’est pas tout.

Le Groupe nous reproche aussi de tirer moins de revenu des tarifs que les autres provinces canadiennes. So what !

L’autre reproche qui nous est fait est de surconsommer les biens et services ainsi sous-tarif?s. Or, le seul exemple de surconsommation que le Groupe peut donner est celui de l’eau. Et encore, le jupon d?passe :

La mise sur pied de ces organismes ind?pendants de gestion et d’exploitation du service de l’eau, avec une base de revenus autonomes et pr?visibles d?coulant de sa franchise et de son assujettissement ? la r?gulation de la R?gie de l’eau, facilitera la formation de PPP (partenariats public-priv?) et ?ventuellement la privatisation si cela devenait un objectif souhaitable.

Nous y voici. Le Groupe n’a pas un seule fois ?voqu? la possibilit? de privatiser l’eau, ou l’?lectricit?, ou quelqu’autre bien ou service tarif? que ce soit, lors de la conf?rence de presse pr?sentant le rapport — ce n’?tait pas dans leur mandat et aucun journaliste n’a abord? la question —, mais toute la logique de leur argumentaire va en ce sens.

Nous connaissons d?j? les id?es de Messieurs Montmarquette et Facal sur la privatisation et les PPP. La troisi?me membre du groupe, Madame Lise Lachapelle (curieusement aussi absente de la conf?rence de presse que le Secr?taire de l’ONU le sera de Beijing ? la c?r?monie d’ouverture des JO), vient du secteur priv?.

Bref, c’?tait cousu de fil blanc.

En compl?ment : La hausse des tarifs pour les biens publics m?ne ? l’exclusion sociale.

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8 Commentaire

  1. avatar

    Excellent texte, vous résumez entièrement ma pensée. Ils méprisent totalement le peuple dans ce rapport. Ça m’a choqué. Ainsi d’après nos dirigeants, nous sommes paresseux, improductifs, gâtés pourris, ingrats.

    On nous traite quasiment de mendiants !
    On dirait que ces services sont un trop grand cadeau , comme si on ne se payait pas ces services !

    L’arrogance de cette étude est scandaleuse.

    Merci de l’avoir si bien souligné.

  2. avatar

    Le plus choquant est qu’aucun média n’a relevé ce mépris. J’ai l’impression que nos collègues journalistes professionnels sont contaminés par l’idée que ceux qui ne paient pas d’impôt abusent du système et qu’il vaudrait pas conséquent mieux que chacun paie directement le plus de services publics possibles, plutôt qu’indirectement par leurs impôts. La PFJQ devrait organiser régulièrement des débats sur le traitement médiatique de questions complexes, du genre « Sommes-nous en mesure de bien couvrir le sujet X ou Y ou Z, (par exemple la question des revenus de l’État) et quels sont les pièges à éviter ». Ou alors, il faudrait que le beat [journaliste spécialisé affecté à la couverture d’un sujet ou qui fnit par bien connaître son sujet parce qu’on lui donne la possibilité et les moyens de se spécialiser] revienne en force. Trop de journalistes se rendent aux conférences de presse très peu au courant du sujet qu’il couvrent, avec en tête pleins de lieux communs qui transparaissent dans le traitement de la nouvelle.

  3. avatar

    À propos de Joseph Facal, il aborde « la défense » de sa position dans deux commentaires (ici et ici) sur son blogue qui font partie d’un billet qui porte sur les liens entre le niveau des droits de scolarité et l’accessibilité aux études universitaires, « L’éternel recommencement ». La discussion sous le billet exprime la variété des points de vue possibles sur ces questions entourant les problématiques de « l’utilisateur payeur » et du gaspillage potentiel des ressources
    et des services publics. On peut critiquer le rapport, mais donnons-lui le mérite d’ouvrir le débat sur ces questions qui doivent être débattues.

    Occasion pour le parti libéral de montrer qu’il est au centre de l’échiquier en positionnant qu’il ne comtpe pas aller de l’avant avec ces recommandations dites « de droite » ou réel désir de chercher comment « mieux tarifer pour mieux vivre ensemble » ? Je veux dire comment interpréter que le gouvernement ait mis en place ce « Groupe de travail sur la tarification des services publics » alors que les conclusions étaient prévisibles ?

  4. avatar

    Je fais parti de ces contribuables qui pourraient être très sensibles aux arguments du Groupe de travail sur la tarification des services publics parce que mes impôts viennent d’être diminués par Québec et Ottawa et que je serais tout à fait en mesure d’absorber une hausse des tarifs. Je n’en continue pas moins de croire qu’aller de l’avant avec leur approche serait donner dans l’erreur tarifaire. Il y a tout un monde entre un ajustement périodique des frais pour tenir compte de l’augmentation des coûts de certains biens et services qu’on a choisi de tarifer comme société, et une approche idéologique qui propose de transférer leur financement vers la tarification. Pour ma part, j’ai pris la peine de lire le rapport et je suis en profond désaccord avec l’idéologie qui le sous-tend, sans compter le mépris dont je fais mention dans cette chronique et qui m’apparaît passablement maladroit de la part de ses auteurs.

  5. avatar

    Bravo Michel, en plein dans le mille. Je crois également que toutes ces mesures ne servent qu’à préparer le terrain pour une éventuelle privatisation. On demande de hausser les tarifs maintenant ce qui rend la vie plus facile au PPP qui pourrait être considéré comme le « diable » s’il haussait les prix après la privatisation. L’IEDM demande à l’État de moderniser le système d’aqueduc, ce qui serait tout à l’avantage du PPP qui mettrait la main là-dessus. Suez, ça vous dit quelque chose ?

    J’ai également publié un billet concernant le traitement révolutionnaire contre le cancer de la prostate offert par la clinique privée Rockland MD. Je me demande bien pourquoi La Presse traite cette clinique comme un chouchou et pourquoi un blogueur perdu peut diffuser plus d’informations sur le sujet qu’un journaliste professionnel… Le billet est publié sur Cent Papiers depuis hier…

  6. avatar

    Je suis 100% d’acord avec une partie de ce que vous dites … et férocement contre le reste. À moins que ce ne soit le contraire, comme dirait Coluche. Je vais faire un article la-dessus la semaine prochaine et nous aurons, je l’espère, une de ces conversation courtoises mais musclées qui justifient l’existence de ces blogues 🙂

    Cordialement

    Pierre JC Allard

  7. avatar

    J’espère que vous prendrez la peine de lire aussi L’erreur tarifaire. Ça va me faire plaisir d’en discuter 😉

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    J’ai lu l’ »ereur tarifaire ». Comme je ne pourrai sans doute pas écrire un article la semaine prochaine, je vous invite, pour que vous voyiez bien nos divergences, à lire l’article que j’écrivais ici l’an dernier.

    Pour le fond de ma pensée – mais je ne retiens pas mon souffle – je crois que toute autre forme de fiscalité devrait être remplacée par un impot sur la richesse (bilan)….