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Les nombreuses innovations technologiques li?es ? l'informatique et ? l'internet entra?nent des bouleversements si profonds qu'ils ont donn? naissance ? un tout nouveau monde du livre.

Qu’est-ce que le nouveau monde du livre?

Photo : Flickr Elvire.R.
Photo : Flickr Elvire.R.

Les nombreuses innovations technologiques li?es ? l’informatique et ? l’internet entra?nent des bouleversements si profonds qu’ils ont donn? naissance ? un tout nouveau monde du livre.

L’ancien monde du livre, celui-l? n? de l’invention de l’imprimerie, demeure et poursuit son petit bonhomme de chemin. Il s’agit non seulement de la plus ancienne mais aussi la plus grosse plan?te de la galaxie du livre. Au fil des ans, son noyau est devenu une industrie ? part enti?re. Son avenir n’est pas menac? par le nouveau monde du livre, m?me si comme toute autre industrie elle doit s’adapter ? son ?poque pour assurer sa p?rennit?.

Cette m?taphore permet d’insister sur le fait que l’ancien et le nouveau monde du livre sont deux plan?tes distinctes. Chacune suit sa propre orbite avec ses propres caract?ristiques et ses propres objectifs. Le nouveau monde du livre n’est pas une copie de l’ancien en version ?lectronique. Il n’est pas non plus une adaptation de l’ancien monde du livre au num?rique et ? l’internet. Bref, nous sommes aujourd’hui en pr?sence de deux mondes du livre, l’un et l’autre compl?mentaires.

Alors, qu’est-ce que le nouveau monde du livre?

C’est d’abord et avant tout une affaire d’auteurs confront?s ? un taux de refus de plus de 90 % de leurs oeuvres par les ?diteurs de l’ancien monde du livre. Dans ce contexte, le seul et unique conseil donn? ? l’auteur en mal d’un ?diteur est de pers?v?rer en ne se laissant pas abattre par les premi?res lettres de refus de son manuscrit. On raconte que le premier livre ? Bouillon de poulet pour l’?me ? fut refus? 300 fois avant d’?tre retenu par un ?diteur. Une telle pers?v?rance fait figure d’exception car la tr?s grande majorit? des auteurs abandonnent rapidement leur recherche d’un ?diteur. Quelques lettres de refus suffisent pour d?courager l’auteur, d’autant plus que leur similitude laisse croire ? une reproduction en cha?ne. Ce droit de vie ou de mort sur une oeuvre exerc? par l’?diteur dans l’ancien monde du livre a commenc? ? ?tre s?rieusement contest? lorsque des crit?res de s?lections relevant davantage du potentiel commercial que de la qualit? de l’oeuvre ont fait leur apparition. Mais rares sont ceux et celles qui contestaient publiquement le jugement et l’autorit? des ?diteurs, une seule critique pouvant ruiner toutes vos chances de trouver un jour un ?diteur.

Quand l’Internet est arriv? dans les foyers, bon nombre d’auteurs mis de c?t? par l’ancien monde du livre s’y sont engouffr?s comme l’eau lib?r?e dans un nouveau canal d’irrigation. Certains ont publi? leurs oeuvres sur leurs propres sites Internet. D’autres se sont regroup?s pour cr?er leur maison d’?dition en ligne. On a aussi vu des gens abandonner l’ancien monde du livre pour se convertir ? ce nouveau monde du livre ? titre d’?diteurs, de libraires voire de biblioth?caires d’un nouveau genre en ligne sur Internet. Enfin, des ?trangers au monde du livre se sont joints au mouvement avec une foule d’id?es fra?ches en t?te pour renouveler la diversit? ?ditoriale et la litt?rature. Le tout pour une petite fraction des co?ts de l’?dition traditionnelle. Bref, l’Internet a d?mocratis? l’acc?s ? l’?dition et ainsi donn? naissance ? un tout nouveau monde du livre avec ses nouveaux auteurs et ses oeuvres in?dites, ses propres ?diteurs et libraires, ses propres magazines, etc.

Au commencement, ce nouveau monde du livre offrait uniquement l’?dition num?rique. Le livre se pr?sentait alors sous la forme d’un fichier PDF t?l?chargeable en ligne ou de pages web ? lire ? l’?cran. ? la fin des ann?es 90, l’impression ? la demande fait son entr?e et permet alors de jumeler l’?dition num?rique ? l’?dition papier. L’impression ? la demande permet de produire un seul exemplaire ? la fois ? la demande expresse de chaque lecteur. On imprime un exemplaire que s’il y a vente. Autrement dit, chaque exemplaire imprim? est un exemplaire vendu d’avance. Il n’y a donc aucune perte, aucun entreposage, aucun retour d’invendus, aucun pilonnage, contrairement ? l’ancien monde du livre.

Plus encore, la dur?e de vie d’un livre en tablette chez le libraire, qui d?passe rarement les trois mois dans l’ancien monde du livre, s’allonge quasiment ? l’infinie dans le nouveau monde du livre. La librairie en ligne n’a pas ? retourner les livres qui se vendent moins pour faire de la place aux nouveaut?s. Elle peut s’agrandir ? virtuellement ? pour une infime fraction du prix de l’agrandissement d’une librairie de l’ancien monde du livre.

Les diff?rences fondamentales entre l’ancien et le nouveau monde du livre ne manquent pas. Ce qu’il faut retenir, c’est que le nouveau monde du livre n’est pas la transformation de l’ancien. Les deux mondes coexistent, ind?pendamment l’un de l’autre. Rien n’emp?che cependant les ?changes. Un auteur peut faire le saut de l’un ? l’autre. Par exemple, l’?dition en ligne peut ?tre un tremplin vers l’?dition traditionnelle. En effet, l’ancien monde du livre recrute parfois des auteurs publi?s uniquement sur Internet. Ces auteurs peuvent ainsi r?aliser leur r?ve de voir enfin leurs livres en vitrine des librairies traditionnelles. Malheureusement, ce r?ve tourne parfois au cauchemar compte tenu de la dur?e de vie ?court?e des nouveaut?s dans l’ancien monde du livre. Mais qu’? cela ne tienne, on veut tenter sa chance. ? l’oppos?, il y a des auteurs qui pr?f?rent le nouveau ? l’ancien monde du livre. Ils ne soumettent plus leurs manuscrits aux ?diteurs traditionnels et s’adressent d’embl?e ? des ?diteurs en ligne ou s’auto?ditent eux-m?mes sur un site Internet ou un blogue.

Il ne faut pas croire que tout ce qui se passe par Internet rel?ve du nouveau monde du livre. L’ancien monde du livre s’adapte au num?rique et ? l’Internet. Cependant, il ?volue g?n?ralement sur Internet avec sa rigidit? l?gendaire et le m?me taux de refus de plus de 90 %. L’ancien monde du livre per?oit souvent l’Internet comme une simple vitrine de plus pour ses publications, en version papier et, depuis peu, en version num?rique. L’ancien monde du livre, c’est une grosse plan?te, une plan?te industrielle, toute adaptation lui co?te une fortune, d’o? le prix ?lev? des versions num?riques de ses publications. Le nouveau monde du livre, c’est une petite plan?te, une petite vite tr?s ?conomique, d?mocratique, d’o? le libre choix du lecteur qui en d?coule. Dans l’ancien monde du livre, c’est plut?t le libre choix de l’?diteur qui prime. Mais, dans les deux cas, il n’en demeure pas moins que le dernier mot revient aux lecteurs. Deux plan?tes, un seul univers, celui des lecteurs, d’o? la perception d’une comp?tition entre l’une et l’autre.

En r?alit?, l’ancien et le nouveau monde du livre se compl?tent. Ils r?pondent chacun ? des aspirations diff?rentes des auteurs et des lecteurs. On peut m?me soutenir que les lecteurs de l’ancien monde du livre ne sont pas les m?mes que ceux du nouveau monde du livre. En fait, les lecteurs du nouveau monde du livre sont souvent de nouveaux lecteurs, des gens qui ne liraient pas si ce n’?tait de l’invitation de l’un de leurs proches publi?s en ligne sur Internet. Bref, le nouveau monde du livre engendre une augmentation des lecteurs et cette derni?re profite aussi ? l’ancien monde du livre.

Placer l’ancien et le nouveau monde du livre en comp?tition l’un avec l’autre, dire que le bon vieux livre papier va dispara?tre, demeure des fabulations excentriques, d’autant plus que le nouveau monde du livre doit une part importante de son succ?s ? l’impression papier ? la demande. Le livre papier est l? pour rester. Ce qui doit dispara?tre, c’est le gaspillage que l’on conna?t dans l’ancien monde du livre; l’impression d’exemplaires en nombre exc?dant la demande. L’impression ? la demande directement en librairies pourrait r?soudre une part importante du probl?me des invendus. Le lecteur commande un exemplaire au comptoir, le libraire l’imprime et le remet ? son client dans les 15 ou 20 minutes suivantes, le temps prendre un caf?. Ce dernier exemple d?montre une fois de plus que l’ancien monde du livre peut tirer parti des pratiques technologiques du nouveau monde du livre. La technologie et l’Internet sont l? ? la fois pour l’ancien et le nouveau monde du livre. Il n’y a aucune comp?tition ? diagnostiquer entre l’un et l’autre.

Dommage que l’ancien monde du livre ait d?fendu son monopole ?ditorial en accusant le nouveau monde du livre d’offrir aux lecteurs ? de tout et n’importe quoi ?, y compris le pire. Il a pouss? sa d?fense jusqu’? demander si un livre publi? sur Internet ?tait r?ellement un livre. On a m?me ?crit ? (…) et que seul Internet acceptait d?sormais de publier, (…) ?, comme si l’?dition en ligne ?tait un refuge bas de gamme pour les auteurs rejet?s par l’ancien monde du livre. Cette attitude n?gative de l’ancien monde du livre face au nouveau monde du livre a passablement nui au dialogue entre les deux mondes.

Heureusement, le nouveau monde du livre a poursuivi son d?veloppement et impose de plus en plus le respect, du moins aupr?s de ceux et celles qui saisissent les tenants et les aboutissants de la d?mocratisation de l’acc?s ? l’?dition, de la diversit? ?ditoriale et culturelle, de la protection du patrimoine litt?raire, de l’?criture au sein des populations, qu’elle soit l’oeuvre d’un amateur ou d’un professionnel.

Serge-Andr? Guay, pr?sident ?diteur

Fondation litt?raire Fleur de Lys

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