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Qu’est-ce que l’argent en 2015 ?

Saint Louis

L’argent n’est qu’un moyen de paiement. Du reste, tout médium généralement accepté en tant que paiement pour des marchandises et pour des services est, par définition, assimilable à de l’argent. Cette qualification de l’argent autorise en conséquence de constater plusieurs types d’argent en circulation et en usage dans nos sociétés et économies. En effet, les billets de banque et transactions électroniques affectant nos comptes bancaires sont loin d’être la seule forme de monnaie d’échange utilisée.

Certes, la monnaie scripturale (comptes) et fiduciaire (espèces) est incontestablement un déterminant majeur de notre identité nationale. Ainsi, il va de soi que le dollar américain, le yen japonais et même l’euro invoquent – et évoquent – chacun à sa manière un contexte politique et social très différent. De même, le contrôle de sa monnaie par une nation est-elle un des attributs fondamentaux de sa souveraineté. Le corollaire étant qu’un pays qui indexe sa monnaie nationale à une monnaie étrangère (dollarisation de certains pays en développement), ou qui délègue sa politique monétaire à une banque centrale supra nationale (comme les membres de l’euro) est un pays qui perd sa souveraineté monétaire et qui ne parvient plus à contrôler ou à réguler l’argent en circulation sur son territoire. A cet égard, un pays comme le Liban ayant indexé sa monnaie au dollar, et un pays comme la France (qui n’a aucun contrôle sur la BCE) ont perdu leur souveraineté en matière de politique économique.

Ceci étant dit, si les espèces constituent le premier medium de paiement au sein des pays en développement et des émergents, c’est les paiements par comptes et par cartes bancaires qui prédominent de très loin au sein des sociétés économiquement développées. Les transactions électroniques sont donc de facto devenues de l’argent! Comme ces comptes et autres cartes de paiement sont émises et contrôlées par le système bancaire, il est possible d’en déduire que c’est les banques et que c’est les crédits bancaires qui, au sein des économies modernes, créent désormais l’argent. Il en est autrement des pays en développement où, du fait de l’utilisation toujours massive de cash, la création monétaire du système bancaire privé a nettement moins d’importance.

Pour autant, l’usage des espèces tend également à disparaître dans certaines nations émergentes pionnières, comme au Kenya, où elles sont progressivement remplacées par les paiements via téléphone mobile et « e-credit ». Comme ces moyens de paiement sont échangeables à tout moment avec la devise du pays à un cours déterminé par le prestataire de services, le e-credit devient donc du coup une alternative viable à la monnaie nationale. Du coup, il est possible de conclure que plusieurs monnaies d’échange sont admises dans un pays comme le Kenya. Pour autant, ces nouveaux moyens de paiement ne sont pas les seuls à être admis dans nos sociétés car ils coexistent à côté d’autre formes d’argent qui ne sont pas directement convertibles contre la monnaie nationale.

Ainsi, les cartes émises par certains commerces, comme les cartes émises par les compagnies aériennes offrant des « miles » à leurs utilisateurs, permettent pour les unes de faire ses achats dans les magasins concernés et pour les autres de les échanger contre des billets d’avion, voire d’acheter des biens et marchandises dans certains commerces affiliés. Si ces moyens de paiement ont un usage par définition restreint, ils peuvent néanmoins être qualifiés d’argent car ils sont aussi un medium d’échange. Il en va de même des monnaies électroniques internationales, comme le Bitcoin ou Paypal, qui disposent de leur propre réseau et qui sont désormais accessibles pour paiement sur téléphone portable. Par ailleurs, la dette publique est une ultime forme d’argent très couramment employée parmi les intervenants des marchés financiers. La dette publique de certains Etats fiables (Etats-Unis, Allemagne, France, etc.) est en effet abondamment utilisée comme moyen de garantie et comme pourvoyeuse de liquidités dans l’ensemble du circuit tentaculaire de la finance mondiale.

En dépit de toutes ces représentations et de toutes ces formes variées, l’argent n’a pourtant aucune valeur intrinsèque. Sa seule utilité est de quantifier des denrées et des services, sinon impossibles à comparer l’un à l’autre. Voilà pourquoi l’argent est très souvent confondu avec ce qu’il nous permet de nous payer, et voilà pourquoi l’importance accordée à ce medium d’échanges n’est en réalité qu’une projection – souvent une obsession- de ce que l’on voudrait acquérir. L’argent a donc totalement perdu sa fonction originelle neutre et relative, car la valeur d’un bien qu’il permet d’acheter diffère considérablement d’un usager à l’autre. L’argent n’est par exemple d’aucune utilité en cas de famine si je ne parviens pas à l’échanger contre du pain. Il est vrai, à l’inverse, que les biens même les plus tangibles, comme par exemple l’immobilier, n’ont de la valeur que parce qu’il est possible de les échanger contre une forme d’argent. S’il n’est pas surprenant que l’on opère une confusion entre l’argent et ce qu’il nous permet d’acheter, il est pourtant crucial – économiquement et philosophiquement – d’opérer une distinction claire entre médium d’échanges et objet de nos désirs.

En effet, si l’or représente une valeur souvent refuge, il n’est en aucun cas assimilable à l’argent car il ne peut plus être échangé comme moyen de paiement depuis l’abolition de l’étalon or. Tout sujet de fixation d’angoisses primaires voire barbares qu’il fût, l’or est donc bien distinct de l’argent. Il dispose certes d’un pouvoir d’attraction pour les obsédés de l’inflation et ceux qui ont perdu confiance en une monnaie dont ils n’ont plus confiance du fait de la création monétaire intensive des banques centrales, mais l’or n’est pas de l’argent. En définitive, l’argent doit impérativement circuler et il perd toute son utilité pour la société s’il est conservé, épargné, caché. Son usage, sa dépense et son investissement doivent être encouragés car il permettent de promouvoir la croissance, tandis que l’interruption de son utilisation paralyse la société, et rend l’argent aussi inutile que des lingots d’or. Pour autant, la prolifération actuelle des différents médiums d’échanges fausse la donne. En effet, comment prétendre définir ou contrôler l’argent, et comment l’utiliser de manière optimale pour la société, en présence de tant de nouveaux moyens de paiement? Un Bretton Woods entièrement dédié à redéfinir l’argent s’impose donc.

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