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Quelques r?flexions sur les r?sultats de l??lection municipale anticip?e de Moscou

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Alexandre Latsa :

Moscou a donc vot? et les r?sultats sont sans doute mi figue mi raisin, tant pour le kremlin que pour l??quipe de campagne d?Alexe? Navalny. Les r?sultats d?finitifs sont d?sormais connus, le maire actuel a remport? l??lection au premier tour avec 51,37% des voix, l?opposant blogueur Alexe? Navalny a lui r?colt? 27.24%, le candidat communiste 10,69%, le candidat de l?opposition lib?rale Iabloko 3,51% des voix, le candidat du parti nationaliste LDPR 2,86% et enfin le candidat du parti Russie Juste 2,79%.

Plusieurs enseignements peuvent ?tre tir?s de ce scrutin.

Tout d?abord la tr?s faible participation (32%) qui a fortement avantag? le candidat Navalny dont les ?lecteurs, plus militants et motiv?s, se sont fortement mobilis?s. Malgr? l?enjeu et une excellente campagne de terrain, ce dernier n?a pour autant r?ussi ? mobiliser que 630.000 ?lecteurs, bien loin du r?servoir de 868.000 voix que le Candidat Prokhorov avait obtenu ? Moscou lors de l??lection pr?sidentielle de 2012. Ce Ghetto quantitatif / ?lectoral de l?opposition dite lib?rale reste stable a Moscou depuis 1999 si l?on pense par exemple aux 510.0000 voix de Serguey Kirienko (ex-Premier ministre) ou les quelques 500.000 voix d?Alexandre Lebedev en 2003.

Le pouvoir central peut lui savourer une nouvelle victoire au premier tour d?un de ses candidats mais cette fois il s?en est fallu de peu qu?un second tour ne soit n?cessaire. Le maire ?lu aura donc peu mobilis? et obtenu dans la capitale 1.193.178 voix, ? comparer aux 1.994.300 voix obtenu par Vladimir Poutine ? l??lection pr?sidentielle de 2012.

Cette faible participation affaiblit la l?gitimit? de l??lection, moins du tiers des ?lecteurs inscrits est all? voter. Dans cette confrontation ?lectorale, si on rapporte les r?sultats des deux premiers candidats au nombre d?inscrits, 17% ont donn? leur voix au maire contre 9% ? Alexe? Navalny. Les russes montrent qu?ils sont de moins en moins passionn?s par la vie politique, mais tout de m?me sensibles ? une authentique campagne de terrain comme celle qu?a men? l??quipe de Navalny.

A contrario l?absence totale de campagne politique du maire actuel semble avoir pes? lourd sur la mobilisation des ?lecteurs. Est-ce du ? la certitude et ? l?id?e commun?ment admise que de toute fa?on, il serait forc?ment ?lu? Ou que ce dernier n?a pas su faire preuve de suffisamment de charisme pour motiver des ?lecteurs? Pour le pouvoir russe le message semble clair: la p?riode o? il suffisait de pr?senter un candidat pour qu?il soit adoub? par le coll?ge ?lectoral est plausiblement termin?e. Une ?quation probl?matique alors que le pr?sident russe Vladimir Poutine vient justement d?affirmer que les villes devaient ?tre dirig?es non par des politiques mais des techniciens capables.

Le pouvoir central a tout fait pour que Alexe? Navalny puisse se pr?senter: attribution des signatures n?cessaires, intervention clairement politique contre son incarc?ration imm?diate suite ? sa condamnation ou encore les nombreuses phrases du maire actuel pour qu?aucun candidat ne soit ?limin? de la course ? l??lection et ce malgr? les nombreux scandales de financement ayant entach? la campagne d?Alexe? Navalny. Le calcul du Kremlin ?tait visiblement de pousser ce dernier vers une d?faite ?lectorale qui aurait pu ?tre encore plus symbolique si la participation avait ?t? plus importante. Au passage, Serguey Sobianine, le maire ?lu, voyait sans doute dans ce scrutin un moyen de l?gitimer sa prise de contr?le de la capitale via une ?lection r?ussie, sans fraudes (m?me d?apr?s?l?opposition) et face ? de vrais opposants.

Or ce calcul a en partie ?chou? et Alexe? Navalny peut d?sormais affirmer avoir transform? l?essai de sa candidature, en ayant obtenu un r?sultat bien meilleur que celui des autres t?nors de l?opposition. Dans l?opinion publique, le candidat Navalny est pass? du statut de blogueur ? celui de politicien. Pourtant, pour l?opposition lib?rale repr?sent?e par le candidat Navalny, le bilan est malgr? tout amer. Son r?servoir de voix, issu des manifestations de 2011 ne fait pas seulement face ? un plafond quantitatif comme expliqu? plus haut mais souffre ?galement de se retrouver dans un ghetto g?ographique tout comme le candidat milliardaire Prokhorov en 2012 lors de la pr?sidentielle.

Il suffit pour s?en convaincre de regarder les correspondances territoriales et g?ographiques entre les zones ou le vote pour Navalny est ?lev?, et celles celui ou le vote Prokhorov ?tait ?lev? en mai 2012 au moment de la pr?sidentielle: Ces zones sont?les m?mes, le d?tail des r?sultats par rayons de la capitale permet de?confirmer?cette ?vidence: les quartiers populaires, dans le sud et l?est? de la capitale ont le moins vot? Navalny pendant que les quartiers les plus ais?s (du centre et du sud ouest) ont eux vot?s le plus pour lui, et m?me plus que pour Serguey Sobianine, notamment dans le tr?s hupp? quartier Gagarinskii. On pourrait presque parler de ??vote lib?ral bourgeois??

Il reste que malgr? une intense campagne de terrain r?alis?e par le candidat Navalny la majorit? des moscovites n?ont pas souhait? voir leur ville basculer dans l?opposition, ? contrario par exemple de villes comme Iekaterinbourg ou Petrozavodsk qui dimanche, lors des ?lections,?ont vu?des candidats d?opposition au Kremlin et ? Russie-Unie arriver largement en t?te.

Les m?dias fran?ais ont curieusement ?t? tr?s discrets sur l?autre ?lection clef de ce dimanche 8 septembre, ? savoir l??lection du gouverneur du district de Moscou. Elle y opposait ?galement un t?nor du Kremlin, Andrei Vorobiev, et un t?nor de l?opposition tr?s pr?sent lors des manifestations des marais de fin 2011, Guennadi Gudkov. L??lection ?tait importante ?galement d?un point de vue symbolique car le candidat de Russie Unie, Andrei Vorobiev, remplace Serguey Cho?gou nomm? fin 2012 ministre de la d?fense suite au limogeage d?Anatoli Serdioukov pour de lourdes suspicions de corruption. L??lection a vu la large victoire du candidat de Russie Unie avec 79% des voix devant le candidat communiste (7,7%), le candidat de l?opposition des marais n?obtenant lui que 4,41%.

Ce scrutin municipal Moscovite permet cependant de tirer des conclusions politiques plus larges

Tout d?abord le th?me de la corruption a rapport? des voix ? Alexe? Navalny. C?est surement l?attitude de divers apparatchiks et fonctionnaires? de diverses institutions qui? a contribu? ? sensibiliser l??lectorat? ? cette rh?torique. Il y a pr?s d?un an, j??crivais que la lutte contre la corruption, vitale, avait sans doute?commenc??en Russie sous l?impulsion du chef de l??tat. Le r?sultat des ?lections ? Moscou traduit sans doute un lourd avertissement: Sur ce sujet, dans cette lutte, il y a urgence et le pouvoir f?d?ral doit maintenant passer ? la vitesse sup?rieure.

Ensuite le score incroyablement bas des diff?rents partis politiques d?opposition classique (Parti Communiste, LDPR et Russie Juste) est l?illustration certaine de ce que devrait ?tre leur avenir politique et ?lectoral, sans leurs charismatiques leaders respectifs. La facilit? avec laquelle un novice en politique, avec l?aide de centaines d?autres novices et des r?seaux sociaux a pu se hisser en seconde position devant le Parti Communiste de la f?d?ration de Russie en dit long sur la coupure totale entre les russes et leurs repr?sentants politiques. Les partis politiques russes fonctionnent encore ??? l?ancienne?? et ne sont vraisemblablement plus capables de communiquer directement avec leurs ?lecteurs.

L?affaiblissement des grands partis de l?ancienne ?poque en Russie devrait accompagner la baisse de Russie-Unie et par cons?quent laisser un vide id?ologique sur l??chiquier politique. La p?riode politique des ann?es 90 avait vu la sc?ne politique russe d?chir?e entre des partis radicaux : lib?raux, nationalistes et communistes. La p?riode des ann?es 2000 ? elle vu la sc?ne politique russe fonctionner selon l??quation suivante: un parti centriste et conservateur de gouvernance et un parti communiste d?opposition.

On peut se demander quelle sera la prochaine ?tape et il y a de nouvelles hypoth?ses. En janvier 2012 j?avais envisag? l?apparition d?une nouvelle id?ologie qui ?manerait des manifestations de fin 2011. Je l?imaginais ??Nationale-d?mocrate??, r?ussissant l?alliance improbable entre les d?mocrates/lib?raux et les courants plus nationalistes.

L??lection de Moscou du 08 septembre 2013 a peut ?tre confirm? cette pr?diction et laisse?envisager?que dans l?avenir la sc?ne politique russe soit partag?e entre un bloc centriste/Etatiste (concentr? autour du Front populaire Russe?) et un bloc lib?ral/nationaliste.

L?opinion exprim?e dans cet article ne co?ncide pas forc?ment avec la position de la r?daction, l?auteur ?tant ext?rieur ? RIA Novosti.

Alexandre Latsa?est un journaliste fran?ais qui vit en Russie et anime le site DISSONANCE, destin? ? donner un ??autre regard sur la Russie??.

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