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Quand le supercapitalisme menace la d?mocratie

Approximativement entre 1945 et 1975, l’Am?rique avait trouv?, selon Reich, un compromis remarquable entre capitalisme et d?mocratie. Il combinait un syst?me ?conomique tr?s productif et un syst?me politique qui r?pondait dans une grande mesure aux besoins des citoyens. Cette ?poque ?tait caract?ris?e par une production de masse (avec ?conomies d’?chelle et entreprises g?antes), un partage des profits entre les parties prenantes (entreprise, fournisseurs, distributeurs, salari?s), et un gouvernement qui prot?geait la capacit? de n?gociation de ces parties prenantes et qui r?glementait l’acc?s aux biens communs (chemins de fer, t?l?phone, gaz et ?lectricit? et plus largement ?nergie).

Depuis la fin des ann?es 1970 un changement fondamental s’est produit dans le capitalisme d?mocratique am?ricain. Ce changement s’est propag? par ondes successives au reste du monde. La structure de l’?conomie a ?volu? vers des march?s infiniment plus concurrentiels. « Le pouvoir est pass? aux consommateurs et aux investisseurs ». Les nouvelles technologies, issues de la guerre froides sont ? l’origine de ce changement ? travers :

• le d?veloppement de la mondialisation avec la cr?ation de cha?nes d’approvisionnement mondialis?es rendues possibles par l’utilisation des conteneurs, tankers et des nouvelles techniques d’informations et de communication). Cela a aussi permis ? la grande distribution d’agr?ger le pouvoir de n?gociation des consommateurs et de pressurer les fabricants pour en obtenir des prix toujours plus bas. Enfin le lien entre performance des entreprises am?ricaines (de plus en plus mondialis?es) et le bien-?tre des citoyens am?ricains s’est rompu.

• Le d?veloppement de nouveaux processus de production de plus en plus informatis?s , avec la fin des ?conomies d’?chelles, l’apparition de vendeurs multiples et la concurrence des oligopoles par des producteurs sp?cialis?s.

• Le d?veloppement de la d?r?glementation dans les domaines des t?l?communications, du transport a?rien, de l’?nergie mettant fin aux p?r?quations et aux subventions crois?es. Enfin la d?r?glementation financi?re s’est accompagn?e de l’agr?gation par les fonds de pension et mutuels des investisseurs individuels qui ont contraint les entreprises ? des rendements de plus en plus importants.

L’?conomie am?ricaine est maintenant caract?ris?e par ce que Reich appelle « le grand ?cart ». Avec une ?conomie devenue de en plus productive (triplement du PIB, un Dow-Jones multipli? par 13) et un revenu m?dian qui a stagn? (si il avait progress? au m?me rythme que la productivit?, ce revenu serait sup?rieur de 20 000 dollars par an ? celui constat? aujourd’hui). Avec un d?sengagement des entreprises dans le domaine de la protection sociale (18% offrent une couverture sociale compl?te ? leurs salari?s en 2006 contre 74% en 1980) et de leurs retrait?s (un tiers des entreprises de plus de 200 salari?s offrent une assurance sociale ? leurs retrait?s en 2006 contre deux tiers en 1980). Avec une captation accrue de la richesse par les couches sup?rieures. En 2004, 16% du revenu int?rieur b?n?ficie ? 1% des contribuables (deux fois plus qu’en 1980) et 7% de ce m?me revenu ?0,1% des contribuables (trois fois plus qu’en 1980). Enfin, l? o? un PDG d’une grande entreprise gagnait en 1980 40 fois le salaire moyen de ses salari?s, il gagne en 2001 350 fois ce salaire moyen et m?me, en 2006, pour le PDG de General Motors 900 fois.

La d?mocratie am?ricaine est elle malade. Les march?s r?pondent avec une efficacit? redoutable aux d?sirs individuels, ils ne r?pondent pas aux objectifs collectifs. Les citoyens sont devenus inaudibles. Ne b?n?ficiant plus des institutions qui agr?geaient leurs pouvoirs de n?gociation, leur voix est couverte par le vacarme des entreprises et lobbies de toute sorte. Le processus politique est devenu une extension du champ de bataille qu’est le march?. Les entreprises sont entr?es dans une concurrence de plus en plus farouche pour arracher des d?cisions politiques leur conf?rant un avantage concurrentiel conduisant ? une v?ritable OPA du monde de l’entreprise sur celui de la politique. Avec un r?le croissant de l’argent des grandes entreprises dans la politique. Avec des entreprises et coalitions qui se pr?sentent volontiers comme d?fenseurs de l’int?r?t g?n?ral, qui d?finissent ce que sont les « grands probl?mes du moment » et qui financent des experts pour parer d’une apparence rationnelle des arrangements confortables (conduisant ? une v?ritable « corruption du savoir »). Avec des politiques publiques jug?es ? la seule aune d’un calcul utilitaire permettant de d?terminer si elles sont susceptibles d’am?liorer la productivit? de l’?conomie. Avec des responsables politiques qui s’int?ressent de moins en moins aux questions de justice et d’?quit? sociale, alors que les in?galit?s se creusent, qui « repr?sentent » les consommateurs et investisseurs, et de moins en moins les citoyens.

Pour Reich il est devenu indispensable de s?parer capitalisme et d?mocratie et de monter une garde attentive sur la fronti?re entre les deux. L’enjeu est d’?tablir de nouvelles r?gles susceptibles de prot?ger et promouvoir le bien commun et d’emp?cher le supercapitalisme de prendre la politique en otage, ?tablissant un juste ?quilibre entre les int?r?ts des consommateurs, des investisseurs, des citoyens, de la soci?t?. Pour lui, le supercapitalisme a d?finitivement rendu illusoire la promesse jamais tenue de la d?mocratie d’entreprise. L’entreprise r?siste ? tout ce qui pourrait avoir un impact n?gatif sur ses r?sultats, accorde peu de priorit? ? tout ce qui ne les conforte pas. L’entreprise ne peut pas faire de social sans imposer un co?t suppl?mentaire aux consommateurs (prix) et investisseurs (rendements) qui iront voir ailleurs. L’entreprise a pour obsession de cr?er de la valeur pour l’actionnaire et non de pratiquer la vertu sociale. L’entreprise voit ses r?sultats attendus mesur?s par le niveau du cours de l’action alors qu’aucun ?talon ne mesure la fa?on dont elle sert les autres parties prenantes.

Robert Reich conclut son livre par un « guide du supercapitalisme ? l’usage du citoyen » et par une derni?re phrase digne d’Hannah Arendt. « La premi?re ?tape, et souvent la plus difficile, est de penser juste ».
Consid?rant que la concurrence d?brid?e, m?re du supercapitalisme, s’est propag?e ? la sph?re politique et que les entreprises ne sont pas des personnes mais des « collections d’accords contractuels », Robert Reich pr?conise de mettre en place une cloison ?tanche entre le capitalisme, qui optimise la satisfaction du consommateur et de l’investisseur et la d?mocratie qui permet d’atteindre collectivement des objectifs inatteignables individuellement. Si on veut que les entreprises jouent autrement, il faut modifier le jeu qu’elles jouent en en changeant les r?gles. La d?mocratie est le meilleur outil pour changer ces r?gles et pallier aux cons?quences sociales d?sastreuses : enrichissement des plus riches, appauvrissement des plus pauvres, pr?carisation de l’emploi et des communaut?s locales, d?gradation de l’environnement, violation des droits de l’homme, produits et services flattant nos instincts les plus bas. Loin de l’ang?lisme des technocrates et politiques europ?ens, Reich consid?re que les entreprises ne sont pas faites pour d?cider de ce qui est socialement vertueux, et qu’elles sont incapables de d?livrer efficacement des services qui par leur nature m?me sont publics. Pour lui, les l?gislations am?ricaines et europ?ennes peuvent contr?ler une partie importante du comportement des entreprises mondiales, plus efficacement que les appels ? la responsabilit? sociale.

Puissent nos eurocrates « lib?raux b?lant » lire cet ouvrage.

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    François Marginean

    En fait, on ne peut parler sincèrement de fascime sans parler de capitalisme, car la fascisme est le capitalisme poussé à l’extrême. C’est ce qu’on compris les gens en Europe après la dernière grande guerre.