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Quand le Mexique donnait un coup de main à la CIA, ou l’histoire du satellite « emprunté » (6)

Toute cette étude de vol de satellite m’a fait croiser d’autres sources encore, que je n’avais à ce jour utilisées.  Voici donc un autre chapitre encore sur la recherche spatiale soviétique, qui va nous replonger à la fois dans l’excitation qui a précédé l’alunissage de l’homme, un américain, et non un russe comme on pouvait s’y attendre au vu du « show » soviétique des débuts de l’ère spatiale.  Beaucoup se sont demandés comment donc ces russes si performants de 1957 à 1965 ont-ils pu autant rater le coche pour mettre le pied sur le satellite de la Terre, qui aurait été leur consécration ultime, après un sans faute de près de dix années (le programme de mise en orbite ayant démarré dès 1955). Pour l’expliquer, il faudra à la fois s’intéresser à la technique, devenue défaillante, mais aussi à la politique, les deux étant intimement mêlés dans l’échec lunaire russe.

Je ne reviendrai pas longtemps sur le programme « officieux » russe de la conquête lunaire, longtemps caché et désastreux.  En deux articles, visibles ici et là, je vous ai expliqué pourquoi les américains en s’envolant en 1969 pour poser le pied sur la Lune ne pouvaient être que confiants : ils savaient qu’ils ne pouvaient plus être précédés par Leonov, celui choisi pour piloter (seul !) l’improbable L1, l‘équivalent solitaire du LEM américain (son collègue d’infortune étant Oleg Makarov, qui échappera à la mort le  (9 équipes de 2 cosmonautes se sont entraînés pour l’aventure).  Tout au plus pouvaient-il craindre de se faire doubler par une machine automatique programmée pour ramener quelques grammes de poussière lunaire avant qu’ils ne remettent le pied sur la Terre.  Mais l’engin (Luna XV) s’écrasera, pendant qu’il arpentait sa surface.  Il avait  été lancé le , trois jours avant le lancement de la mission Apollo 11… et, s’il avait réussi à se poser, il serait de toute façon revenu après le trio de cosmonautes US.  Ils savaient, grâce à leurs satellites Gambit KH-8A, dont l’une des missions du 25 octobre au 5 novembre  était tombée les 2 et 3  novembre 1967 exactement,  sur les trois premiers étages d’une énorme fusée baptisée alors « modèle J » chez les américains et N1 chez les russes (ici vu du sol).  L’engin, sur le papier, figurait dans les documents russes depuis 1964.
Mais personne dans le grand public, sauf la CIA, ne le savait, même si des journalistes en 1966 avaient brisé le tabou et évoqué la construction d’un tel engin : « en septembre 1966, des histoires parues dans le Washington Post et le New York Times affirmaient que les Etats-Unis disposaient d’informations comme quoi l’Union soviétique était en train d’élaborer une fusée plus grande et plus puissante que leur propre gargantuesque fusée lunaire Saturne-V ».  Il savaient aussi que les russes envisageaient une autre technique qu’eux, à savoir celle d’un rendez-vous spatial à partir de deux lancements, donc, puis une sortie dans l’espace pour passer d’un véhicule à l’autre avant de prendre la route sur la Lune, pour y orbiter avec le Soyouz 7K-LOK,   LOK signifiant : Lunniy Orbitalny Korabl ou y atterrir avec un véhicule étrange à cosmonaute unique, équivalent mono poste du LEM biplace, le LK (le LK sera testé en orbite sous le nom de « T2K », lancé une première fois par une fusée Soyouz le 24 novembre 1970, déguisée en Cosmos 379.  Le 2 décembre c’est Cosmos 382, et le 26 février 1971, Cosmos 398.  Un quatrième envoi a lieu le 12 août 1970 sous le nom de Cosmos 434):

La N1 en échec…

Un « train spatial » de deux vaisseaux, leur était nécessaire à partir de leur nouveau vaisseau Soyouz, allongé pour la circonstance.  Une complexité propre aux décisions russes, alors empêtrés dans une bataille politique dont ils avaient le secret, et à de sérieuses difficultés techniques depuis 1967.  Un rapport depuis déclassifié montre en effet comment les USA avaient appris, 12 jours avant le décollage de Saturn V-Apollo XI (qui avait décollé le 16 Juillet 1969 à 14 h32-heure française), qu’ils ne pouvaient plus être rejoints.  L’immense fusée russe N1, équivalente de la Saturn 5, venait en effet de partir en morceaux pour la 2eme fois, emportant un vaisseau de type Soyouz L1 Zond, éjecté (voir ici à droite) et retrouvé intact à deux kilomètres du pad de départ, ils seraient donc obligatoirement  les gagnants de la course à la Lune… si tout se passait bien pour le trio Armstrong-Aldin-Collins.  C’était en tout cas la fin de la « fusée la plus secrète au monde« .  A part que les américains connaissaient son existence : le 28 février 1966 un « brief » matinal avait été fait au président Johnson par la CIA sur les avancées de l’immense fusée russe, avec un croquis de sa taille, bien évaluée (ici à gauche) par son ombre portée détectée par un satellite espion »Gambit 3″.

…mais un survol inquiétant de la Lune

Le rapport de 1967 de la CIA était proche de la réalité, on l’a vu, et il avait inquiété fortement les responsables gouvernementaux US.  Ils avaient des raisons d’être inquiets : le 10 mars 1967, un satellite-écran de type Cosmos (ceux qui dissimulaient d’autres vaisseaux ou expériences), le N°146,  avait fortement intrigué les observateurs de la CIA : c’était en fait Le Soyouz 7K-L, appelé  » Zond »  lancé par une fusée Proton UR-500 dont l’ingénieur en chef était Chelomei, le grand rival de Korolev.  L’engin avait surpris surtout par sa trajectoire fortement elliptique translunaire… les russes essayaient déjà, il semble bien, d’approcher un vaisseau spatial assez grand pour contenir un homme de la Lune, et en « frappe directe », sans rendez-vous préalable en orbite !!!  Mais l’assurance russe ne durera pas : dès le 8 avril, Cosmos 154 ratait son envol lunaire, se satellisait très bas en orbite et retombait deux jours après.  Cosmos 159, lancé le 16 mai, devant lui aussi être injecté sur une très longue trajectoire et servir à tester les communications, lui aussi, se satellisait trop bas encore, et retombait le 11 novembre dans l’atmosphère.  Quatre autres tentatives ont échoué ensuite, avec en prime le Zond 4 qui s’est mis en orbite héliocentrique (attendu dans le golfe de Guinée, il s’était détruit en vol automatiquement quelques minutes avant de plonger).  Et il faut attendre Zond 5, le 15 septembre 1968, pour voir une mise en orbite autour de la Lune suivie le 10 novembre par Zond 6.  Pire encore avec l’erreur du radiotélescope de l’observatoire de Jodrell Bank, situé en Angleterre qui dans la nuit du 18 au 19 septembre 1968 avait crû recevoir de Zond 5 une conversation entre les cosmonautes Pavel Popovich et Vitali Sevastianov, tous deux sélectionnés pour le programme lunaire, ce dont les américains étaient au courant: Jodrell Bank se trompait, pourtant, c’était une captation (par réfraction certainement) de conversation purement terrestre… !!!  Ou un enregistrement, plutôt, envoyé par les russes vers Zond 5 pour vérifier s’il le recevait !  Mais le mal avait été  fait : dans la journée du 19, les USA avaient fortement craint un atterrissage soviétique possible sur la Lune !!!  Zond 5, comme Apollo, sera en prime récupéré en mer, fait inhabituel chez les russes.  A bord, il y a des mouches… et des tortues et non des cosmonautes !   Des tortues résistantes : elles avaient subi 16 g !!!  L’engin était rentré à 40 000 km/h dans l’atmosphère, il avait bien souffert mais son
intérieur était intact !  Un autre échec encore, plus ceux, intermédiaires, de la N1, et c’est Zond 7 qui réussit à nouveau le 8 août 1969 à survoler la Lune et tourner autour lui aussi (et ramène aussi ce genre de photo).  Quatre autres lancements de Proton (ici à gauche) échouent ensuite avant que le 20 octobre 1970 ce soit Zond 8 qui retrouve à nouveau l’orbite lunaire.  Mais il est trop tard.  Les russes semblent alors carrément abandonner l’idée d’un tir direct lunaire, après avoir raté celui du train lunaire avec la N1… un double échec, au total !

Une réponse trop tardive à Kennedy

Les russes, qui fonctionnent par plans quinquennaux trop figés, dans lesquels personne n’ose remettre en cause quoi que ce soit, ont mis un temps fou à répondre à l’annonce de Kennedy du  à vouloir viser la Lune (alors que le programme spatial US est totalement dans les choux !).  Mais l’armée russe, celle qui supervise le programme civil qui n’est que son épiphénomène, ne s’intéresse en rien à la Lune et ne jure plutôt que par les satellites armés ou les stations spatiales d’observation comme l’Almaz (voir ici sa particularité).  La Semiorka était au départ un missile intercontinental à tête nucléaire et rien d’autre (ici à droite le cône de rentrée de la charge) !!!  Des sondes automatiques, certes (les Lunik ou Luna), mais pas la peine d’envoyer des cosmonautes !!!  On s’en aperçoit, de ce surprenant désintérêt de départ jusque dans le actes administratifs soviétiques.  Le premier décret gouvernemental sur les programmes soviétiques vers la conquête de la lune par l’homme (décret 655-268, «Sur le travail sur l’exploration de la lune et la maîtrise de l’espace»), n’a en effet été adopté qu’en août 1964.  Ce n’est en effet pas avant cette date que ça s’était joué en plus haut lieu :  Chelomei avait été chargé primitivement par Khroutchev de développer un programme de survol de la lune, fusée et cabine spatiale compris (l‘UR-500 ou Proton, ici à gauche), pour un vol prévu en 1966, et Korolev celui d’un programme d’atterrissage sur la lune avec un premier vol vers la fin de 1967.  Selon le principe de la pratique des deux programmes en même temps chère aux russes !  Mais la politique va tout remettre à plat.  Brejnev à peine nommé à la place d’un Khroutchev promptement évincé, il favorise ouvertement son protégé Korolev, et met de la même façon au placard son rival.  Comme le dit CapCom, « en 1964, Khroutchev est remplacé par Brejnev et la chasse aux sorcières commence ».  En septembre 1965 le programme de survol passe donc chez Korolev, avec son propre vais
seau L1 « Zond« , un Korolev qui prépare aussi en même temps les vols de la N1, dessinée trop tard, à la va-vite, et qui ne dispose pas des moteurs adéquats.

La catastrophe du premier Soyouz 

Le programme Zond étant basé sur la cabine de rentrée du Soyouz, les russes subiront en plus de plein fouet l’énorme échec du premier Soyouz, le ancé dans la hâte pour satisfaire un Brejnev colérique et impatient.   Le pauvre Komarov, qui avait critiqué le projet avant de se retrouver le premier à l’essayer, contraint et forcé, meurt dans des conditions atroces en s’écrasant au sol après une mission qui n’a connu que des problèmes (1).  On ne verra que tardivement ses restes calcinés, recroquevillé et devenu minuscule, dans un cercueil ouvert, veillé par des généraux dépités ou certains meurtris.  Soyouz, la nouvelle cabine spatiale russe n’aurait jamais dû décoller : lancé à partir de ce vaisseau spatial, il ne reviendrait probablement pas vivant« .  Le programme de cabine spatiale nouvelle, emportant réellement trois cosmonautes à la place du Voskhod créé en 2+1 seulement, va prendre ensuite un retard irrattrapable. Près de deux années, en fait, avec le vol à vide du Soyouz 2 le du 25 au 28 octobre 1968, puis celui de Gueorgui Beregovoï , le « plusieurs techniciens ont inspecté Soyouz 1 avant son lancement et ont trouvé 203 problèmes structurels; clairement, la mission devrait être reportée, car tout cosmonaute qui serait laSoit à peine 10 mois seulement avant l’atterrissage lunaire des américains, mis en orbite lunaire dans un cabine construite depuis 1964 (en  version « block II »), mais fort retardée elle aussi par l’accident du 21 février 1967.  Zond 6, qui semblait avoir tant effrayé les américains avait en fait aussi montré de grandes faiblesses en communications, indispensables en mission lunaire humaine.  Et à son retour, il avait aussi failli s’écraser, en ouvrant ses parachutes trop tôt et en les libérant de la même façon à son retour d’orbite lunaire.  En image, un article de La  Liberté du Morbihan du 15 novembre 1968 relatant le « tour de Lune » de Zond 6.  Apollo 8 du 15 novembre 1968 relatant le « tour de Lune » de Zond 6.  C’est Apollo 8 qui sera la première mission à amener des hommes en orbite lunaire quelques jours après son lancement du 

Les handicaps du programme soviétique

La N1, toute imposante qu’elle soit, n’avait en fait pas encore la puissance de la Saturn V.  La charge utile d’injection sur orbite d’Apollo était de 45 tonnes métriques.  La charge utile nominale de la N1, pour la même mission était de 30 tonnes métriques.  La raison était le handicap de son propre poids : sa masse de décollage brute était proche de celle d’une Saturne V, mais les masses à sec de ses étages étaient jusqu’à 3,5 fois plus grandes (la faute à ses réservoirs sphériques) !!!  Conscient de son erreur, Korolev tentera avant de mourir sur la table d’opération d’augmenter la charge utile de la N1 et de faire monter à 92-93 tonnes, en passant enfin à l’hydrogène liquide (LOX/LH2) pour l’étage supérieur et en augmentant le nombre de moteurs pour le premier étage (passant de 24 à 30).  A la mort de Korolev, c’est Vasily Mishin qui reprend ses projets : or pour beaucoup l’homme est jugé incompétent (mais pas par James Harford, dans son livre ‘‘Korolev: How One Man Masterminded the Soviet Drive to Beat America to the Moon » (sorti chez Wiley en 1997).. Selon lui, les russes, pressurés par leurs hommes politiques, avaient manqué de temps (et d’argent, le programme spatial russe coûtant à peine la moitié de l’américain) : «Nos dirigeants ne voulaient pas nous écouter», a-t-il déclaré au Times Magazine.  «Quand nous avons dit que nous étions prêts à le faire mieux – plus tard, mais mieux – que les Américains, ils ont dit non » avait ajouté Mishin.

Des moteurs plus petits

Autre point de débat, le fait que Brejnev ait imposé Kuznetsov comme responsable des moteurs; alors que c’était un concepteur de bons moteurs de turbines pour avions, mais sans aucune expérience dans la technologie des fusées.  Selon Glushko, plutôt amer, lui, l’héritier direct de Korolev, les moteurs Kuznetsov de le N1 au  LOX/RP-1 étaient tout simplement « pourris »… ce qui semble excessif, car on peut signaler qu’ils ont pourtant été rachetés par les américains, après la fin du programme N-1, pour devenir ceux du programme Antares d’Orbital.  Des NK-33, devenus AJ26-58 !  Les RD-180 et 181 prévus pour Energya ont été également achetés pour équiper l’Atlas V américaine.  Mais le 13 mai, 2014, Dmitry Rogozin a mis fin à la vente, à la suite des événements en Ukraine, avec une formule dont il a le secret, appelant ces moteurs des « balais pour la sorcière américaine »... chaque moteur de type « staged combustion cycle » était vendu 10 millions de dollars pièce.  Cela n’avait pas suffi, en tout cas, au temps de la catastrophique N1, dont les moteurs n’étaient pas en cause mais l’électronique défaillante pour les gérer tous (on y revient aux transistors !) d’où l’idée de faire confiance au plan B qu’ont toujours activé les russes, et le plan B c’était Chelomei et sa fusée Proton, encore appelée UR-500.  Si pour envoyer une sonde vide autour de la Lune elle était suffisante, il fallait une plus puissance pour amener deux cosmonautes sur son sol : ce devrait être l’UR-700.  Et comme il s’agît bien de deux programmes distincts, Chelomei avait aussi son vaisseau spatial de prévu, à la place des « Zond ».

Un plan B qui aurait pu marcher

Et ce vaisseau on aura mis du temps pour nous le montrer, comme pour la N1 resté cachée pendant une vingtaine d’années.  Et  ce qu’on découvre assez vite en le voyant c’est qu’il ressemble assez à un des tous premiers projets américains, vers 1961 ou 1962, à l’époque où était privilégiée la thèse du « direct ascent » (ou « direct landing« ), à savoir une expédition lunaire sans aucun rendez-vous lunaire, l’engin se posant directement et entièrement après quelque révolutions, et repartant en laissant sur place son embase. La fusée prévue par Chelomei est plus massive au sol, et moins haute que la N1 ou Saturn V mais n’est pas moins puissante, car c’est un assemblage incroyable de faisceaux de corps de fusées à la base.


Une Semiorka puissance 10 en quelque sorte.  Un véritable « Leviathan » indique le combien précieux russianspaceweb.com, dans sa version définitive d’UR-700, la première étant l’UR-700A (ici à gauche) ; les deux étant les successeurs de l’UR-500.  En dehors de sa taille ramassée c’est aussi une fusée russe possédant à la base de gros moteurs, les RD-270, les seuls à s’approcher de la taille desF-1 de Saturn V.  Ceux qui auraient permis un tir direct, justement.

 

De meilleurs moteurs que ceux de la N1

Des moteurs puissants, fonctionnant au mélange N2O4/UDMH ( du peroxyde d’azote ou NTOet du diméthylhydrazine asymétrique, deux produits hautement toxiques qui embarrassent les personnes avoisinantes en cas d’échec et de retombée aléatoire comme ici en 2013) – ici le moteur d’une UR-500- .  Des moteurs comme ceux des RD-170 de la fusée Energia/Zenit, le dernier monstre russe (l’association N2O4/UDMH étant particulière à tous les lanceurs de type Proton, les lanceurs des satellites armés Almaz).  Le carburant également de la fusée Diamant, en France.  Ou celui du projet d’atterrissage lunaire du module Gemini (étudié comme module de sauvetage pour Apollo) avant que la NASA ne commence à dessiner autre chose !!!  La fusée, mais aussi la cabine spatiale, appellée LK-700 qui, oh, surprise à des airs de forte ressemblance avec le module… Apollo.  Mais en réduction, car la cabine est prévue pour deux cosmonautes seulement : elle pèse 3 130kg contre 5 809kg pour Apollo et offre un espace de 4 mètres cubes au lieu de 6,17.  Et l’on retrouve aussi une forme bien connue, celle du… Spoutnik III de 1959 !!

Dommage pour les russes

Les russes auraient-ils pu mettre le pied sur la Lune avec cet engin ?  Très certainement, mais trop tard de toute façon, précise ici l’excellent site False Steps« ce qui était nécessaire pour réussir : le LK-700 / UR-700 était une tentative très honorable de faire une mission lunaire et aurait certainement réussi, si seules les compétences techniques avaient été nécessaires.  Vladimir Chelomei aura des succès notables dans l’avenir, et le moteur de la fusée UR-700 de Valentin Glushko était sans doute le meilleur jamais imaginé ».  Ci-dessous le module avec son étage de satellisation et freinage lunaire (de survol, sans atterrissage, ici avec sa tour de sauvetage) et ci-dessous à droite son embase, laissée sur la Lune comme le fera le LEM dans la version atterrissage.

Mais ça n’a pas eu lieu : « au lieu de ça, ça ne s’est jamais vraiment fait, en raison de la politique vénéneuse du programme spatial soviétique de 1964 à 1975 (…)  Ce qui devient à un moment donné la question de l’attitude de la direction russe à propos de l’atterrissage sur la Lune après avoir perdu la course.  Il est probable que le LK-700, combiné à l’ UR-700 qui aurait été moins sujette aux accidents que la N1-L3 (on peut difficilement imaginer pire), et il semble donc que le Kremlin aurait pu avoir une plus grande tolérance pour elle, si elle était arrivée plus tardivement.  Finalement, le succès du programme est retombé en raison d’un choc entre le rêve de Chelomei et l’annulation, par le désir d’économiser de l’argent ou (comme dans la vie réelle), ou la réorientation du programme spatial de l’URSS vers les objectifs militaires. Si le rêve avait remporté la partie, le cosmonaute russe aurait mis le pied sur la Lune aux alentours de 1975 à 1980, avec une base lunaire soviétique probable qui aurait suivi »…

Komarov, martyr du système Brejnev

Une base lunaire ? La Russie de Poutine y songe à nouveau, paraît-il.  Pour 2033, il paraît, pas avant.  Mais elle en a encore moins les moyens qu’au seuil de l’implosion de l’empire soviétique, totalement ruiné, en 1990… Chelomei est mort en 1984, et il n’existe plus que sur des timbres…  Komarov aussi est mort, en 1967, et la mémoire de son épouvantable tragédie, ainsi que de son formidable courage, hante toujours, pour sûr, l’aéronautique russe : elle a aussi empêché ces derniers de planter le drapeau rouge sur la Lune, alors que tout le monde s’attendait à ce qu’elle le fasse haut la main en premier.
(1) Selon Robert Krulwich cité par Gizmodo : » Il y a donc un cosmonaute dans l’espace, qui tourne autour du globe, convaincu qu’il ne reviendra jamais sur Terre;  Il est au téléphone avec Alexei  Kossyguine- alors haut fonctionnaire de l’Union soviétique – qui pleure parce qu’il pense aussi que le cosmonaute va mourir.  Le véhicule spatial est mal construit, dangereusement pauvre en carburant; ses parachutes – bien que personne ne le sache – ne fonctionneront pas et le cosmonaute, Vladimir Komarov, est sur le point de littéralement s’écraser à pleine vitesse dans la Terre, son corps ayant littéralement fondu à l’impact.  Alors qu’il se dirige vers son destin, des postes d’écoute américains l’entendent pleurer de rage, « maudissant les gens qui l’avaient mis dans un vaisseau spatial bâclé ».  Dans Gizmodo toujours on raconte ceci : « Doran et Bizony, dans Starman, disent que Gagarine a effectué plusieurs visites à son contact du KGB Russayev, après la mort de Komarov: à un moment donné, Gagarine a dit: «Je dois aller voir l’homme principal [Brejnev],  personnellement.  Il était profondément déprimé qu’il n’avait pas été capable de persuader Brejnev d’annuler le lancement de Komarov.  Peu de temps avant que Gagarine ne parte, l’intensité de sa colère est devenue évidente.  « Je vais lui parler [à Brejnev] d’une façon ou d’une autre, et si je découvre qu’il savait la situation et que tout s’est quand même passé, alors je sais exactement ce que je vais faire. »  Russayev poursuit: «Je ne sais pas exactement ce que Yuri avait à l’esprit.  Peut-être un bon coup de poing dans le visage. » Russayev a averti Gagarine d’être prudent en ce qui concerne Breznev. « Je lui ai dit: ‘Parlez-moi d’abord avant que vous ne fassiez quelque chose. Je vous préviens, soyez très prudent. »

 

 

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