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Quand le Mexique donnait un coup de main à la CIA, ou l’histoire du satellite « emprunté » (3)

Pendant longtemps, on ignorera l’endroit où les américains avaient pu se saisir du satellite russe placé en exposition à travers le monde.  On finira par découvrir que ce n’était pas en France que ça s’était passé, mais au Mexique, pourtant alors officiellement supporter de Cuba. Officiellement, car la réalité était tout autre, comme on va le voir.  A Mexico même, la CIA était en fait omniprésente.  Au point qu’on va y croiser un individu qui a laissé son nom dans l’histoire pour une toute autre affaire : il s’appelle Lee Harvey Oswald.  Mais revenons d’abord à cette fameuse double exposition… et à ses mensonges…

La cuisine de Science-Fiction au cœur d’une joute politique

En marge de l’exposition new-yorkaise de l’URSS, on peut aussi revenir rapidement sur un bel exemple de manipulation américaine, une double manipulation faudrait-il préciser. L’exposition en Russie avait été marquée par la visite de Richard Nixon, en présence de Nikita Khrouchtchev.  Les deux auront une discussion plutôt tendue, qui va devenir un peu plus tard « l’affaire de la cuisine », qui va devenir un des épisodes les plus grotesques de la seconde guerre mondiale.  En résumé, pour esbaudir les russes, les américains avaient mis le paquet sur une cuisine de science-fiction, censée représenter la cuisine américaine d’une famille moyenne.  C’est vrai qu’on y voyait du grand n’importe quoi, avec force meubles automatisés qui bougent tout seul, des écrans de télévision et même… un bidule qui ne sera inventé que plus de cinquante ans plus tard (ici à droite) !!!  Whirlpool y était allé un peu fort en effet en montrant un aspirateur-robot qui n’existait même pas à l’époque qui ne le sera qu’avec le Roomba, lancé en… 2002 !!!  Khrouchtchev, en voyant cette mise en scène, fit remarquer à Nixon qu’il ne fallait pas trop le prendre lui-même et son peuple pour des billes, et que tout ça n’existait pas dans les cuisines de l’américain moyen… ce dont il avait entièrement raison.  Piqué au vif, Nixon partit dans une tirade comme il en avait l’habitude, pointant à un moment du doigt un Khrouchtchev dubitatif et resté goguenard, à qui on ne le la lui faisait pas.  Très malin, Nixon, qui avait ce jour-là passé pour un bonimenteur, rattrapera au vol cet épisode lors de sa campagne électorale contre Kennedy, affirmant que cette photo, devenue depuis célèbre, prise par chance par Elliott Erwitt, montrait qu’il n se laisserait pas manipuler par les soviétiques !!!  De l’art de la récupération en politique !!!  En réalité, un autre cliché montrait en effet l’inverse (ci-dessous) : Khrouchtchev faisant la leçon à Nixon (à droite on reconnaît Brejnev) !!!

Les russes aussi savaient pour sûr remettre les américains à leur place; comme le raconte ici Gizmodo, le toujours drôle: « une des pièces les plus populaires de l’expo était l’IBM Ramac 305 (lancé en 1956; ici tenu à bout de bras un de ses disques de mémoire (1)  !). « Il pouvait répondre à plus de 4000 questions dans un large éventail de sujets, dont certains mettent trop mal à l’aise pour que des Américains répondent eux-mêmes.  Non seulement les questions communes, comme « Quel est le prix des cigarettes américaines? » et « Qu’est-ce que la musique de jazz? »  Des questions traitées avec une impression en seulement 90 secondes.  Mais les questions épineuses  sur les relations raciales et le lynchage avaient également été pré-programmées pour donner des réponses diplomatiques.  « Combien de Noirs ont été lynchés dans le États-Unis depuis 1950″ était l’une des questions difficiles souvent demandées à l’ordinateur.  En comparaison de celles provenant de la machine, on ne sait pas si les Soviétiques aurait eu davantage confiance dans la réponse d’un humain ».  Le Ramac, un des premiers ordinateurs à disque dur (de 5 mégas, grand comme deux réfrigérateurs et pesant une tonne à lui seul), les balbutiements des machines qui seront nécessaires sinon indispensables pour calculer les trajectoires des fusées (les russes faisant tout à la règle à calcul, avec droite une règle comme celle utilisée par Korolev, réputée comme étant d’une extrême dextérité dans son maniement).

A l’ombre… des sombreros

Revenons non pas à notre célèbre show à New-York ou Moscou, mais à notre fameux morceau de satellite emprunté lors d’un passage de l’expo itinérante russe, entre aspirateurs et télévisions « made in Moscow ».  Il faudra attendre le 22 septembre 2014 pour qu’on sache dans quel pays exactement le détournement de morceau de fusée s’était fait.  C’est Dwayne A. Day qui nous l’a expliqué, et c’est aussi là où ça se complique sérieusement, car ça implique des services secrets étrangers et une personne inattendue : « après avoir écrit au sujet de l’incident au milieu des années 1990, au fil des ans, j’ai recueilli des morceaux d’informations supplémentaires. Bien que Finer n’ait jamais mentionné où cette opération de renseignement s’est produite, j’ai appris que l’examen CIA de l’engin spatial s’est produit au Mexique après que l’enveloppe de l’engin spatial, moins son moteur, a été exposé à Mexico.  La CIA avait effectué une évaluation antérieure lors de sa visite à Paris et c’est ainsi qu’elle savait qu’elle était authentique, et elle a commencé à planifier un examen plus détaillé.  Bien que le moteur ait manqué, la CIA a essuyé les entrailles de l’engin spatial pour obtenir les résidus du propulseur.  Il y a plusieurs années, l’un des agents de renseignement mexicains impliqué dans l’opération a donné une interview à un journal télévisé local en Californie où il vit maintenant.  J’ai contacté sa famille pour voir s’il était disposé à donner une entrevue plus étendue, mais a été informé qu’il essayait de vendre un livre au sujet de ses exploits et n’était pas disposé à me parler. »  La CIA avait donc suivi les pérégrinations de l’exposition de Paris à Mexico (on suppose que d’autres villes aussi avaient été « observées »).  L’homme dont parle Dwayne A. Day est mexicain, il s’appelle Eduardo Diaz Silveti, et aurait été le beau-frère du fameux camionneur « baladé » par la CIA. Ironie ultime, ou confusion supplémentaire, un roman publié en 1986 et écrit par Francisco J. Perea, le met en scène comme héros de l’histoire, il décrit en détails croustillants les vicissitudes des services secrets mexicains qui auraient donc bien effectivement été mêlés à l’affaire, une histoire mêlant à la fois espionnage international, agents doubles, la CIA, le KGB, et même la NASA, alors tout juste créée (le .  Le livre, longtemps réputé introuvable, se trouve (parfois) par contre aujourd’hui sur Amazon.  Voilà qui devrait quelque peu déplaire à Donald Trump, donc:  dans les années 60, les services secrets mexicains auraient sérieusement aidé les américains !!!

Or jusqu’en 2000, le pays a été aux mains du PRI, parti membre de l’internationale socialiste, qui aurait donc trahi ses convictions et ses amitiés plutôt pro-soviétiques !!!  Selon UPI et l’expert Jim Oberg, Silveti aurait « emprunté » la coiffe du Luna « en décembre 1959 ». «La beauté de l’opération est que les Russes ne savaient pas qu’ils avaient été feintés ou même où cela s’était produit, dit Silveti.  Il dit qu’il est a rendu public le secret enfin parce qu’il était temps que le peuple des États-Unis et le Mexique se rendent compte de ce que le calendrier spatial américain a obtenu du coup de pouce de ce détournement.  Oberg a dit qu’il  ne connaissait pas Silveti, mais qu’il avait eu connaissance des aspects spécifiques d’une opération similaire à celle de Mexico.  Oberg a affirmé que probablement le satellite a donné beaucoup d’informations précieuses, car on connaissait fort peu de choses sur le programme spatial soviétique. «Rappelez-vous qu’en ’58 et ’59, personne ne savait rien au sujet de la conception, des boosters, des propulseurs, des combustibles liquides, rien», dit Oberg.  «Nous n’avions aucune idée sur les aspects fondamentaux de leur programme.  Dire que nous étions concernés aurait été peu dire ».  On ignorait aussi qu’à l’autre bout du programme il y a avait aussi un « calculateur »:  l’Ural (ici à droite, à comparer au modèle américain Ramac).  « Le premier système balistique utilisé par le centre de contrôle, pour les calculs et les analyses de trajectoire, fut l’ordinateur Ural-1. Cette machine contenait 800 tubes à vide, près de mille diodes de germanium magnétiques et une mémoire à disque magnétique de 1024 bits de data.  Le contrôle en temps réel de vol de la fusée a été réalisé par un autre probable ordinateur spécialisé »...  il y avait bien deux courses engagées en même temps : celle des fusées… et celle des ordinateurs !  Il était donc aussi vital de connaître les avancées russes dans le domaine des transistors pour pouvoir assurer de les dépasser !!

Le Mexique, alors allié plutôt zèlé des USA ?

Les mexicains furent en effet les surprenant alliés des USA pendant cette période, contre Fidel Castro, contre toute attente, ce qu’affirme ici dans son livre Renata Keller dans « Mexico’s Cold War: Cuba, the United States, and the Legacy of the Mexican Revolution »  .. « l’étreinte  à la Révolution cubaine, de Lopez Mateos, alors cruciale pour la politique internationale et nationale du Mexique, était superficielle. En plus de la répression des manifestations populaires de soutien à Castro, le gouvernement mexicain a coopéré avec les efforts américains pour espionner secrètement le gouvernement de Castro. Cuba est officiellement devenu la priorité absolue de la station de renseignements de Mexico de la CIA, lorsque le chef de la station Winston Scott, est revenu d’une réunion à la Maison Blanche sur une conférence régionale en mai i960. La CIA s’est branchée sur chaque ligne de  téléphone dans l’ambassade de Cuba et dans les résidences officielles de ses diplomates, pendant qu’elle enregistrait toute surveillance photographique sur qui entrait et qui sortait de l’ambassade. Les agents triaient les poubelles et le courrier des Cubains pour information. Des microphones cachés étaient installés dans toute l’ambassade, y compris à l’intérieur des murs, des sièges, et même sur un pied de la table basse dans le bureau de l’ambassadeur.  La CIA coordonnait nombre de ses opérations avec des fonctionnaires anti-cubains mexicains, en particulier ceux du Département de la sécurité fédérale. »  Avec ces liens plutôt particuliers, disons, avouez que d’avoir choisi le Mexique pour « voler » quelques heures la fameuse fusée à l’exposition était le choix idéal (en photo Anastase Mikoyan, vice-premier ministre russe (le frère du créateur des Migs) en train d’inaugurer l’expo sous le regard à gauche de Lopez Mateos !!!

Un autre homme connu, à Mexico…

A Mexico, toute cette affaire ?  Oui, car ce n’est peut-être pas un hasard, en fait. Rappelons-le aussi, d’autres personnes de la CIA étaient présentes sur place à la même époque, ou presque, dont un certain … Lee Harvey Oswald.  Peu de temps après l’attentat contre Kennedy, l’ambassadeur US dans la capitale mexicaine avait même affirmé qu’il « n’avait certainement pas agi seul »…  Sur quelles preuves appuyait-il son propos ?  Pourquoi Mexico, en effet ?  Pour une raison simple : c’est que la CIA y était fort efficace, aidée par des gens comme Oswald, justement approché des gens de l’autre monde, dont des espions du KGB, dont on essayait alors de savoir… ce qu’eux mêmes savaient (l’éternel jeu du chat et de la souris, du double ou voire du triple agent).  L’ambassade au Mexique de l’URSS avait été en fait truffée de micros par les américains, on vient de le voir.  Et tout ce qui s’y passait y été enregistré jour et nuit, ce que Hoover savait et n’a jamais voulu révéler : « le fait que la CIA ait enregistré l’ambassade soviétique à Mexico était bien sûr un secret ultra-secret, un endroit parfait pour accrocher une intrigue et être sûr qu’il n’aurait jamais une diffusion publique complète.  La Commission Warren a eu beaucoup d’incertitudes quant à la façon dont la CIA savait ce qu’elle leur disait au cours des premiers mois de 1964, jusqu’à ce qu’en avril, trois agents de la Commission aient été envoyés par la Commission à Mexico pour tenter d’obtenir des renseignements plus précis.  Mais même le rapport interne de soixante-dix pages de ce voyage, écrit par David Slawson en avril 1964 mais non publié jusqu’en 1996, ne dit jamais directement que les bandes avaient été écoutées » nous explique ici History-matters.

Oswald, le « tireur de Mexico » ?

« Oswald avait visité la ville de Mexico quelques semaines plus tôt, apparemment pour obtenir un visa qui permettrait à l’autoproclamé marxiste de défier Cuba, et Mann, un diplomate vétéran, soupçonnait qu’un complot pour tuer Kennedy avait été préparé sur le sol mexicain, lorsque Oswald avait des rencontres avec des diplomates cubains et des mexicains qui soutenaient la révolution de Fidel Castro.  Comment Mann avait-il appris ces réunions ?  Il s’est avéré que la CIA avait Oswald sous surveillance dans la capitale mexicaine après qu’il se soit présenté là-bas aux ambassades cubaines et soviétiques.  De retour au département d’Etat, cependant, un Mann déconcerté avait frappé un mur de brique.  Personne à Washington ne semblait s’intéresser à ses soupçons, ce dont il se plaindra plus tard à ses collègues.  Et quelques jours après l’assassinat, l’ambassadeur a reçu un étonnant message hautement secret directement du secrétaire d’État Dean Rusk.  Selon le témoignage de Mann, des années plus tard, à des enquêteurs du Congrès, Rusk a ordonné à l’ambassade de fermer toute enquête au Mexique qui pourrait « confirmer ou réfuter les rumeurs de l’implication cubaine dans l’assassinat ».  Mann a dit aux enquêteurs du Congrès qu’il avait l’impression que le même « incroyable » ordre d’arrêt avait été donné par la CIA au chef de la station de l’agence d’espionnage au Mexique, Winston Scott.  Dans ses mémoires discrètement découvertes dans les années 1990, après sa mort, Scott a confirmé qu’il soupçonnait également qu’Oswald était un «agent» d’une puissance étrangère qui aurait participé à une conspiration pour tuer Kennedy (bien que Scott n’ait pas suggéré que l’enquête de la CIA ait été arrêtée). »  Les bandes d’écoutes enregistrées de Mexico présentent une autre énigme : les coups de téléphone faits par « Oswald » n’ont pas tous sa voix : à un moment, un autre homme s’est fait passer pour lui !!!  A quelques pas en face de l’ambassade, un appartement, servait de planque à la CIA pour observer les allées et venues.  Chez la Mary Farell Foundation qui regroupe tous les renseignements possibles sur l’assassinat il est codé LILYRIC.  Il appartenait à Ramon Joseph Alvarez alias Raymond Gerende, qui en tenait deux autres à Mexico (codé LIEMPTY).   Dans JFK Facts, selon Ann Goodpasture,  qui a été chargée de scanner les photos faites à LILYRIC, certaines ont bien été détruites (et n’avait rien précisé sur les négatifs, restés à la CIA).  Selon certains, ces documents auraient bien contenu des clichés d’Oswald visitant l’ambassade soviétique.  Un autre « Oswald » a souvent été montré sortant de l’ambassade.  Pour brouiller un peu plus les pistes sans hésitation !  Ne pas révéler les visites d’Oswald à l’ambassade russe deux mois avant l’assassinat est un aveu de complicité, en réalité !

Oswald et sa rencontre avec un agent du KGB  !!!

Le doute existe donc sur ces enregistrements, que le président Johnson avait rapidement rejetés en raison de la différence de son de la voix, mais pas sur tous les appels (mais on sait aussi à quel point il pouvait lui-même être impliqué dans l’affaire)..  « Aujourd’hui, ceux qui ont vu les relevés de notes des appels « Oswald » disent qu’ils sont assez inoffensifs, même s’ils sont un peu confus, et sont interprétés plausiblement à propos de la demande de visa d’Oswald.  Mais l’appel du 28 septembre a un commentaire plutôt inquiétant: «Je suis allé à l’ambassade de Cuba pour leur demander mon adresse parce qu’ils l’ont», ce qui serait la cause de beaucoup de préoccupations de la CIA après l’assassinat, car il semblait impliquer un Oswald en relation avec l’ambassade cubaine.  L’appel du 1er octobre avait quelque chose de pire encore, avec une référence « d’Oswald » et une rencontre précédente avec un homme dont le nom sera donné par le garde soviétique au téléphone: Kostikov (les transcriptions des deux conversations sont à MEXI 7025, au RIF n ° 104- 10413-10159).  Qui était Kostikov ?  Le document 347 de la Commission Warren, un des documents retenus jusqu’aux années 1990, un rapport de la CIA sur le voyage d’Oswald à Mexico, écrit le 31 janvier 1964, le dit. Il contient ce qui suit: « Kostikov est censé travailler pour le département treize de la première direction principale du KGB.  C’est le service responsable de l’action exécutive, y compris le sabotage et l’assassinat.  Ces fonctions du KGB sont connues dans le Service lui-même comme « Wet Affairs » (mokryye dela).  Le treizième état-major, selon des informations très fiables, mène des entretiens ou, selon le cas, procède à l’examen de tous les transfuges militaires étrangers en URSS pour étudier et déterminer la possibilité d’utiliser le transfuge dans son pays d’origine » [Warren Commission Document 347, p. dix] ».

FBI et CIA, une autre guerre très, très froide :

Quelque chose avait foiré, avec Oswald à Mexico.  Mais quoi donc ???  Une solution apparaît vite  : dans « FBI: L’histoire du Bureau par ses agents »  de Fabrizio Calvi et David Carr-Brown, on apprend que la rivalité FBI-CIA existait déjà en 1963, et que les quiproquos étaient nombreux.  James Hosty, du FBI, chargé d’enquêter sur Lee Harvey Oswald à son retour d’URSS en 1962, en avait fait les frais treize ans plus tard, en 1975, lors de la commission Church car il avait interrogé Oswald le 20 novembre 1963 et Kennedy a été assassiné deux jours après seulement !!!  Les enquêteurs avaient aussi trouvé le nom d’Hosty dans le carnet d’adresses d’Oswald mais son nom n’était pas apparu dans l’enquête !!!  Le raté du siècle, en quelque sorte !!!  Hosty avait pris aussi des notes que ses supérieurs ont demandé de détruire après l’assassinat, ainsi qu’une lettre que lui avait envoyé Oswald quinze jours avant  ! Selon Calvi et Carr-Brown, dans leur livre, « en 1975, dans la foulée du scandale du Watergate et d’une série de révélations sur les douteuses pratiques des services de renseignement américains, le Sénat crée une commission chargée d’« étudier les opérations du gouvernement en matière de renseignement » (United States Senate Select Committee to Study Governmental Operations with Respect to Intelligence Activities), dite commission Church, du nom de son président.  La Commision s’empare du dossier Kennedy.  Dotés de pouvoir judiciaire, les sénateurs entendent tous les hommes de l’ombre du pays.  C’est au tour de James Hosty  (mort en 2011) d’être interrogé le 12 décembre 1975 par deux des enquêteurs les plus talentueux de la Commission, Paul Wallach et Mike Epstein.  L’interrogatoire de James Hosty commence mal.  L’agent se plaint de la manière dont le FBI a été maltraité par la commission Warren.  Il se fait renvoyer dans les cordes par Mike Epstein, qui est convaincu que Hosty a quelque chose à cacher.  « Comment osez-vous dire que la commission Warren vous a maltraité, dit Epstein, alors que le FBI était au courant des contacts de Lee Harvey Oswald avec l’agent du KGB Kostikov, du département 13 chargé du terrorisme et des exécutions, avant l’assassinat du président Kennedy ? »  James Hosty tombe des nues.  À ce jour, il ignorait l’appartenance de Kostikov au département le plus redoutable du KGB.  C’était donc cela, le secret que le FBI voulait à tout prix l’empêcher de découvrir ?  Si on lui avait dit la vérité sur Kostikov dès le retour de Lee Harvey Oswald à Dallas, en octobre 1963, il aurait consacré toute son énergie à enquêter sur le futur assassin du président Kennedy, au lieu de prendre son temps ! »  « J’ignorais l’appartenance de Kostikov au KGB en 1963, répond James Hosty.- Bien sûr que si, vous étiez au courant ! » rétorque Paul Wallach en lui tendant une feuille de papier. »Hosty reconnaît sans mal le mémo du FBI daté du 18 octobre 1963 faisant état de la rencontre entre Oswald et Kostikov.  Hosty ne leur dit pas qu’il a eu beaucoup de mal à obtenir ce document et qu’il ne l’a reçu qu’à la fin du mois d’octobre.  En revanche, il souligne que, dans ce document, Kostikov est présenté comme un vice-consul, et non comme un des responsables des tueurs du département 13 du KGB. Normalement, les rapports du FBI signalent toujours l’appartenance des diplomates soviétiques au KGB, quand c’est le cas.  Hosty en a donc déduit que Kostikov n’était qu’un simple diplomate ». « Jusqu’à ce jour, James Hosty croyait que la CIA était à l’origine de la rétention d’informations concernant Kostikov.  Or, les deux enquêteurs lui révèlent que c’est le FBI lui-même qui lui a caché la vérité. Wallach et Epstein lui communiquent une autre information que le Bureau lui a dissimulée : Lee Harvey Oswald était en contact à Washington avec un autre diplomate, agent secret soviétique, Vitaly Gerassimov, trésorier-payeur du KGB et un des responsables des « agents dormants » soviétiques aux États-Unis (il est également cité dans « Brothers in Arms: The Kennedys, the Castros, and the Politics of Murder » de Gus Russo, Stephen Molton et dans « Cultural Exchange and the Cold War: Raising the Iron Certain » de Yale Richmond).  Certains membres de la commission Warren étaient convaincus que Hosty était au courant, avant l’assassinat de Kennedy, des contacts d’Oswald avec Kostikov et Gerassimov. Quelqu’un à l’intérieur du Bureau le leur avait dit.  Hosty prend alors conscience qu’il a été piégé »…

Lee Harvey et Marina en « agents dormants » ?

Un autre ouvrage enfonce le même clou. Dans « Act Of Rétribution : The Military-Industrial-Intelligence Establishment And The Conspiracy To Assassinate President John F. Kennedy »  de J P. Philips on y ajoute une couche supplémentaire en faisant du couple Oswald des agents dormants, pas moins :  » en août 2005, un agent actuel du FSB nommé «Nikolai», basé sur des informations de première main provenant des archives du KGB, a révélé aux auteurs Gus Russo et Stephen Molton que «les agents du KGB avaient rencontré directement Marina (Oswald) au moins une fois Avant d’émigrer, d’après Nikolai.  Elle a été autorisée à émigrer « seulement si elle acceptait leur plan de l’utiliser comme un agent dormant. »  Une fois installée aux USA, le KGB  « l’activerait après quelques années ». »  Si jamais le besoin s’en faisait sentir ». «Elle fournirait des informations ou mènerait une action de l’étranger.»  L’agent spécial du FBI, James Hosty, le contact d’Oswlad à Dallas, corrobore le «compte de Nicholai», et «tout ce qu’il avait appris dans sa formation», dit Russo et Molton.  Oswald et Marina n’aurait jamais été autorisés à quitter (la Russie) sans faire un accord avec le KGB.  » De plus, on nous a dit que «presque aussitôt après son arrivée aux États-Unis, Marina a dûment adressé sa nouvelle adresse à l’officier du KGB (à l’ambassade soviétique à Washington DC), Vitaly A. Gerasimov« dont les responsabilités comprenaient le paiement des contacts américains pour les données de renseignement. « Guss Russo et Stephen Molton, Brothers in Arms: The Kennedys, the Castros, and the Politics of Murder (New York: Bloomsbury, 2008), 163, Archadc, 1996), 113, CE 986, Jay Epstein, Assassinat Chronicles (New York: Carroll & Graff 1992), 447 ».

Parti travailler en russie… dans une usine de transistors ?

Des agents dormants, dont un qui revenait de mission en URSS !  Souvenez-vous en effet de l’étrange séjour d’Oswald en Russie.  Il était atterri curieusement à Minsk, employé comme « machiniste » (travaillant sur un tour) mais pas dans n’importe quelle entreprise.  Voici ce qu’une de ses lettres envoyées de là-bas dit sur le lieu de son travail  : « cette usine fabrique 87 000 grandes et puissantes radios et 60 000 téléviseurs dans différentes tailles et gammes, à l’exclusion des radios de poche, qui ne sont pas produites en masse partout en URSS.  Cette firme fabrique plusieurs ensembles des combinaison de console radio, de phonographe et des modèles de télévision qui ont été présentés comme des articles produits en masse devant des centaines de milliers d’Américains à l’Exposition soviétique de New York en 1959.  Après l’exposition, ces ensembles ont dûment été réexpédiés à Minsk et sont maintenant stockés dans une salle de stockage spéciale au premier étage du bâtiment administratif – dans cette usine, prêts pour la prochaine exposition internationale.  J’ai travaillé pendant 23 mois [une faute de frappe. Oswald a travaillé 28 mois] à cette usine, en tentant en moyenne de faire légèrement mieux que la moyenne des conditions de travail.  L’usine couvre 25 acres dans la zone de l’année du district, à un bloc au nord de la voie principale et à seulement deux miles du centre de la ville avec tous les équipements pour la production de masse des radios et télévisions. Elle emploie 5 000 personnes à temps plein et 300 travailleurs à temps partiel, 58% de femmes et de filles ».  Oswald est ici en photo à droite avec des amis ouvriers de son usine.  Il en avait un autre, appelé Ernst Titovets).  En somme il avait atterri dans une entreprise qui suivait la trace de la même fameuse expo new-yorkaise, doublée à  Moscou.  Etrange coïncidence, je trouve  !!!  Maintenant, rappelons-nous ce que les espions de la CIA avaient trouvé d’intéressant en désossant le fameux Lunik-Luna exposé au Mexique : « l’identification des trois producteurs électriques qui avaient fourni des composants » pour le satellite.  Difficile aujourd’hui d’y voir un hasard, au moment où l’on vient de rappeler que les transistors devenaient vitaux dans la recherche spatiale !!!  Le satellite avait été certes dépecé lors de l’expo mexicaine, qui s’était tenue du 21 novembre au 15 décembre 1959, mais il avait déjà subi une visite avant sans démontage (à Paris ?), qui avait permis de constater que c’était bien un modèle réel et non une maquette : l’occasion déjà de noter des noms de fabricants ???  Et de remonter leur trace sur place jusqu’en Russie ?  Oswald est arrivé à Moscou le 16 octobre 1959, Luna III a été lancé le 4, et a transmis des photos de la lune deux jours après, ajoutant encore à l’humiliation US, avant l’ultime de 1961 et l’envoi de Gagarine dans l’Espace le  Il rentrera aux Etats-Unis avec sa femme russe le 1er juin 1962.  Le lendemain, les américains envoyaient dans l’espace leur cinquième exemplaire de satellite espion à récupération de films.  Les premiers d’une très longue série de télescopes détournés pour filmer l’URSS : plus besoin d’espion sur place, ou presque !!!  Oswald se retrouvera lui l’année suivante à Mexico pour s’y faire doubler par une personne restée inconnue à ce jour.  Oswald y avait été envoyé par qui, en Russie, sinon par la CIA ?  Et qui donc avait tenté de prendre sa place et pourquoi donc ?  Un Oswald par la suite totalement manipulé, à la fois par le KGB et la CIA, pour en faire le parfait pigeon qu’il a été dans l’assassinat de Kennedy !  En tout cas sa présence à cet endroit, obligatoirement, excluait le fait qu’il puisse avoir été un « loup solitaire » (2) à Dallas !!!

Ah oui, j’oubliais le pendant français à cette méthode, que je vous ai promis au premier épisode.  Nous le verrons bientôt, après une dernière précision, comme nous verrons comment, par hasard, j’étais tombé tout jeune dans cette drôle d’histoire, à 12 ans exactement !!!

(1) « Avec sa capacité de 5 Mega Octets, le RAMAC 305 offrait une capacité de stockage énorme pour l’époque !  Il  était équipé de 50 plateaux d’un diamètre de 24 pouces (environ 60 cm) tournant à la vitesse de 1.200 tours par minute. Et du côté des débits, en croisant les doigts on pouvait espérer atteindre la vitesse phénoménale (pour l’époque) de 8,8 Ko/s. A titre de comparaison, en 2011 la plupart des SSD de dernière génération offre des débits de 300 à 400 Mo/s (voire plus…). »

 

(2) Philip Shenon, dans Politico, le 18 mars 2015, est très clair et très précis sur le sujet :  « Durant le demi-siècle depuis la commission nommée par le juge en chef Earl Warren qui a conclu que Oswald était le seul tireur à Dallas et qu’il n’y avait aucune preuve d’un complot, étranger ou national, il est surprenant de découvrir combien la crédibilité des fonctionnaires du gouvernement – en commençant par l’ambassadeur Mann et le chef de la CIA Scott – a raté l’évidence au Mexique de réécrire l’histoire de l’assassinat.  La liste comprend l’ancien directeur du FBI Clarence Kelley et l’ancien directeur adjoint du FBI William Sullivan, ainsi que David Belin, un ancien avocat à la Commission Warren.  Le mois dernier, David Slawson, a rejoint leurs rangs, un universitaire, professeur de droit à la retraite de Californie du Sud , âgé de 51 ans qui, chercheur en chef de la commission à la recherche d’éléments de preuve qui pourraient mener à un complot étranger dans l’assassinat de JFK. Dans les interviews pour une nouvelle édition de mon histoire de l’assassinat, de 2013, Slawson dit qu’il est maintenant convaincu que la Commission a été la victime d’un « cover-up massif» par la CIA et d’autres agences pour cacher des preuves qui pourraient avoir identifié les personnes à Mexico qui savaient et ont encouragé Oswald à exécuter se menace quand il est retourné aux États-Unis ».

« Les documents gouvernementaux déclassifiés font écho aux soupçons de Slawson avec la quantité d’informations qui a été retenue en 1964, au moment où les fonctionnaires supérieurs de la CIA et le FBI ont assuré à la Commission qu’il n’y avait aucune preuve au Mexique ou ailleurs pour suggérer qu’Oswald était tout autre qu’un loup solitaire délirant.  Dans un témoignage sous serment devant la commission, le directeur du FBI J. Edgar Hoover a insisté pour que « Il n’y a rien à l’époque de l’assassinat qui a donné une indication que c’était un homme au caractère dangereux qui pourrait faire du mal au président. »

« Des décennies plus tard les dossiers déclassifiés racontent une histoire très différente, et montrent à quel point la preuve au sujet du voyage au Mexique d’Oswald -y compris les enregistrements sur place des écoutes téléphoniques d’appels téléphoniques au Mexique, n’ont jamais atteint la commission d’Oswald. Bien que l’agence d’espionnage a assuré la Commission en 1964 qu’il n’y avait pas de photos de surveillance d’Oswald au Mexique, la station de la CIA en chef Scott dans ses mémoires, fortement suggéré qu’il y avait des photos, et d’autres fonctionnaires de la CIA plus tard ont dit aux enquêteurs du Congrès dans les années 1970 qu’ils se sont rappelé avoir vu les photos. Des dossiers de la CIA et du FBI, quant à eux, montrent que les agences n’ont jamais essayé de traquer ou d’interroger des témoins clés qui avaient rencontré Oswald au Mexique. »

« Slawson est convaincu également que quelqu’un l’a empêché de voir une lettre top-secrète de juin 1964 à la commission Hoover dans laquelle Oswald révélait qu’il s’était ouvertement vanté de son plan – « Je vais tuer Kennedy » – au Mexique, apparemment à l’ambassade de Cuba.  Slawson croît que la CIA avait tenté désespérément d’arrêter toute enquête à Mexico par crainte que la Commission Warren puisse tomber sur des preuves des activités de longue durée de l’agence d’espionnage, comme par exemple pour assassiner Fidel Castro. (Mexico City avait été la zone de transit pour certains de ces complots.) »

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