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Quand le Mexique donnait un coup de main à la CIA, ou l’histoire du satellite « emprunté » (1)

La mine de documents de la CIA récemment rendue publique dissimule encore bien des surprises, pour sûr.  Avant de dépouiller tout ça, on peut en attendant revenir sur des informations certes déjà éditées, mais il y a quelque temps déjà mais oubliées depuis.  L’une d’entre elles, sortie pour la première fois en 1995 (et rééditée depuis à plusieurs reprises), m’a fait à la fois sourire et m’a rappelé un autre exemple… français, raconté dans un livre sur les activités des barbouzes françaises de la DGSE.  Figurez-vous qu’au seuil des années soixante semble-t-il, la CIA a réussi à détourner un satellite russe d’une manière assez amusante et surprenante, comme on va le voir, afin de le photographier sous tous les bords, de le désosser et d’apprendre – après-coup-  ce qui avait fait la réussite des débuts spatiaux de l’URSS, qui avait rendu ridicule les américains.  Et sans en savoir l’origine, j’avais aperçu en fait le résultat de leurs découvertes… dans mes lectures d’adolescent !!!

Les américains et leurs fusées bricolées

Les agents de la CIA véritables ressemblent effectivement parfois à leurs doubles romancés. L’histoire du jour aurait en effet pu être écrite par Ian Fleming ou par Tom Clancy, tant elle paraît à la fois incroyable et si proche de la réalité (elle a été bien réelle).  Revenons un peu en arrière, dès les années 50, où l’on commence de plus en plus à parler de fusées, voire de satellites avec l’arrivée prochaine de l’année géophysique internationale (AGI), créée en 1952, que beaucoup d’experts voyaient comme susceptibles d’être le moment historique des débuts de l’ère spatiale !  C’est lors de celle de 1955 que les russes comme les américains avaient promis de lancer au plus tôt un satellite autour de la Terre, et depuis lors, à cette époque, tous les magazines bruissaient de projets plus ou moins fous.  On vit par exemple des couvertures avec des fusées montées en altitude par un ballon, en réalité un projet réel, tenté par les américains dont les fusées n’étaient pas assez puissantes.  L’idée qui paraissait saugrenue émanait des commandants Lee Lewis, Cmdr. et G. Halvorson, de SF Singer et d’un bonhomme qui laissera sa trace dans l’histoire spatiale puisqu’il s’agissait de  James A. Van Allen, testant de petites fusées appelées Aerobee, dont la première ne faisait que 68 kilos, dès 1949.  Des engins du Naval Research Laboratory.  Les premiers essais ayant eu  lieu en mars à bord du ravitailleur U.S.S. Norton Sound.  Ils développeront le procédé avec le modèle Loki 1, fabriqué par l’Army Ordonnance, ses engins économiques étant surnommés des « Rockoon ».  Longues de deux mètres et faisant 76 mm de diamètre elles contraignaient à des prouesses de réduction pour y loger des équipements électroniques, comme des transmetteurs.  Elles étaient en revanche fort économiques, car en réalité, elles étaient faites de fusées JATO d’aide au décollage réincorporées et empilées dans des cylindres plus longs (ici un Mirage IV équipé de ses fusées).  L’océan arctique aux cieux plus clairs fut choisi en 1952 pour le lancement du « Deacon Rockoon« , mais le premier vol fut un échec (ici un projet plus ambitieux).  Le ballon et sa fusée étaient partis du brise-glace Eastwind rencontré ici, déjà et là plus là également (ici la fusée empaquetée est sur son pont).  L’année suivante, le projet réussit; mais dans l’Atlantique cette fois.  En 1957, ce sont 36 fusées Rockoons qui seront lancées pour l’Année Géophysique sous la direction de James A. Van Allen et Lawrence J. Cahill, de l’University de l’Iowa, en Antarctique cette fois.  Les ballons étant des Skyhook de 55 pieds de diamètre (16,5 mètres) fabriqués par la General Mills Aeronautical Research Division de Minneapolis, dans le Minnesota.  C’est avec ces petites fusées à poudre (plus haut à droite un chapelet de ballons emportant le cadre dans lequel était insérée la fusée) que le rayonnement cosmique fut mesuré pour la première fois, ainsi que le rôle des rayons X dans la création des aurores boréales, plus les premières mesures des champs magnétiques terrestres à très haute altitude. L’altitude maximum atteinte avait été de 126 miles, 220 km, un joli record !!!   Le détail des lancements figure chez Astronautix.  Signalons que pas mal d’observation de ballons de ce type, aux USA, se verront taxées de phénomène d’OVNI… une abondante littérature a été écrite à ce sujet, je n’y reviens pas.  A Roswell, des mannequins tombés de ces ballons font toujours les une chez les complotistes.  En résumé, en octobre 1957, les fusées américaines les plus efficaces sont filiformes et pèsent moins de cent kilos !!!

L’Amérique ridiculisée

Après, on sait ce qui s’est passé.  La Marine, forte de son laboratoire de recherche, a voulu se lancer dans l’aventure spatiale avec une fusée filiforme aussi, mais beaucoup plus grande . La Viking imaginée par Milton Rosen (ici en casquette) qui lui sert de base, fait la moitié de la taille d’un V2.  L’armée elle, préoccupée par la mise au point de missiles balistiques militaires (Redstone, Jupiter, Atlas, puis Titan), ne s’est pas vraiment déclarée dans la course.  General Electric et Aerojet proposent une fusée avec un premier étage de Viking agrandie, une fusée de chez Glenn L. Martin Company. le second étage ressemblant à une… Aerobee, (cela deviendra en fait le second étage des missiles Able et Delta; un engin très fiable);  le troisième étant à propulsion solide.  L’engin est nettement plus grand, et fait 23 mètres de haut et pèse 10 tonnes (en comparaison la V2 en faisait 12 !).  Elle n’aura pas la primeur de lancer le premier satellite au monde, qui n’est pas plus gros qu’un… pamplemousse, le surnom que lui a donné la presse.  Le satellite prévu ne fait que 152 mm (6 pouces) de diamètre et pèse seulement 1,4 kg.  Le 23 octobre 1957, elle réussit son premier vol avec un second étage et un troisième inertes.  On pense alors que les américains sont au pied du podium.  Mais le 4 octobre 1957, un « bip-bip » énervant se fait entendre… c’est la stupeur : les russes ont lancé le leur, ils sont sur la première marche avec un gros, très gros bébé (1).  Il pèse 60 fois celui qu’avaient prévu les américains !!!  Quel monstre de fusée a-t-il pu mettre un tel objet sur orbite ?  La suite, cette fois sera un cauchemar supplémentaire pour les USA.  Alors que la Vanguard va se démantibuler toute seule sur son pas de tir, en direct à la télévision (le 6 décembre 1957), les russes vont narguer les américains en envoyant des charges consécutives de plus en plus lourdes… dès le 2 novembre qui suit, c’est Spoutnik 2, qui pèse déjà une demi-tonne qui est envoyé dans l’espace, avec à bord une petite chienne, Laïka.  Rien n’a été prévu pour la récupérer vivante.  Le 3eme Spoutnik du nom lancé le 15 mai 1958 fait lui 1,3 tonne (ici à droite) Le Spoutnik 4 va se satelliser le 15 mai 1960, mais rater sa rentrée dans l’atmosphère, et un de ses morceaux va aller s’écraser dans le Wisconsin : mais il fait fait lui aussi 1,4 tonne et c’est surtout la préfiguration du vaisseau spatial Vostok (ci-dessus à gauche) !!!  Cela tourne à l’humiliation pour les américains, qui ignorent encore que derrière cela il n’y a depuis le début qu’un seul type de fusée (à droite ce qui les attendait comme surprise avec la R-7 comparée aux fusées américaine).  Les américains, morfondus, ont depuis appelé Von Braun à la rescousse.  Avec une équipe restreinte, il bâtit en temps record un bricolage de génie, fait d’un missile de l’armée (a Jupiter-C) et d’un lot de fusées de 94 kg disposées en faisceau pour le second étage (avec 11 fusées) entourant un deuxième faisceau de trois autres (pour le troisième étage). L’ensemble constitue la fusée Juno.  Explorer, premier satellite US sera tenu à bout de bras par Von Braun… et par Van Allen, celui qui avait déjà tant fait pour l’espace.  Explorer ne pèse que 14 kilos !  Fin du rappel historique.  Question bricolage, il faut savoir aussi que le lourd Sputnik III était en fait le PREMIER projet de satellite de Korolev, appelé « Objet D » dans les rapports, et que ses deux prédécesseurs avaient effectivement construits à la hâte, Sputnik 1 comme Sputnik 2.  Leur nom exact étant « Prosteichyi Spoutnik » : « satellite plus simple ».

La Lune comme objectif, très vite, côté russe

Fin, ou presque.  Les russes écœurent les américains, en s’en prenant très vite à la Lune. Pour ça il faut vaincre l’attraction terrestre et atteindre 11,2 km/s et donc posséder une énorme puissance supplémentaire pour quitter l’attraction terrestre et pour ça avoir un gros premier étage.  Il l’ont déjà !!!  C’est donc chose faite, dès le 2 janvier 1959, avec le lancement de Luna 1, (appelé à l’époque Lunik1 ou Ye-1), qui visant la Lune la rate de  5000 km, c’est un galop d’essai pour Luna II (Ye-2)  qui dès le 12 septembre 1959 arrive à s’écraser sur le satellite de la Terre.  Le 4 octobre 1959, date symbolique pour les soviétiques, c’est un autre formidable exploit que réalisent les russes en prenant via Luna III un cliché affiché le 6 octobre dans les journaux : la première photo de la face cachée de la Lune.  Les américains ont à peine réussi à glisser entre deux Pioneer 4, un cône de 50 cm de haut et 16,86 kg qui a survolé aussi la Lune le 4 mars 1959 (à 60 000 km d’altitude).  En s’écrasant, Luna II a déposé une sphère qui était prévue pour se briser en de nombreux hexagones portant des inscriptions russes.  Le satellite américain Pioneer a été lancé par une Juno, une fusée qui fait 1,78 m de diamètre.  Les américains, effarés par le poids des satellites russes, se doutent bien qu’ils possèdent une fusée de bien plus grande taille que les leurs.  Mais il ne savent toujours pas laquelle.  Ils en ont cependant une petite idée : leur avion espion, le 5 août 1957 a réussi à prendre un cliché de la base secrète russe de Tyuratam.  Et l’embase de béton laissée libre au sol pour laisser passer les tuyères de l’engin laissent entrevoir en effet une très, très, large fusée.  L’historique des documents de la CIA sur la conquête spatiale soviétique, résumé ici, est très éclairant sur le manque de connaissances précises qu’ils en avaient, quoique très tôt ils aient su que les russes ne s’embarquaient pas prochainement sur une mission lunaire humaine, ce dont Kennedy a eu connaissance tôt, de manière à ce que cela lui facilite la tâche pour convaincre ses concitoyens de s’y lancer.  Les russes retourneront casaque plus tard, en élaborant bel et bien un programme lunaire mais sans trop de conviction semble-t-il, malgré la construction accélérée d’une gigantesque fusée équivalente de la Saturn V pour y arriver.  L’action de la CIA a été faite AVANT 1962, car un rapport secret signé Albert D.Wheelon et Sydney. D Graybeal  intitulé « Intelligence for the Space Race » contient un graphique qui est celui de la coiffe exposée.  C’est après les vols de Gagarine et Titov, décrits dans le texte.  Ce qui signifie qu’en 1962, les américains n’avaient toujours pas d’idée précise sur ce qu’était la fameuse fusée.  Le document insiste sur ce que la CIA cherche alors à savoir en priorité : la « determination of payload capability », autrement dit jusqu’où peur aller cette fameuse fusée, passée de 83 kg a plus de 1, 5 tonnes en aussi peu de temps (4 mois seulement !).  Et ce n’est pas faute d’avoir cherché à le savoir (2).  On connait les vols de l’U-2 au dessus de l’Urss, on oublie ceux qu’ont menés les anglais avec leurs Canberra.

Ce qu’ils savaient avant les vols espions

Les américains surveillaient pourtant les russes sur leur progrès en fusées depuis la seconde guerre mondiale, sachant que des chercheurs nazis avaient été capturés (les leurs l’ayant été lors de la razzia de l’Opération PaperClip, bien documentée, celle dans laquelle figurait Von Braun).  En 1945, 150 spécialistes allemands avaient été pris en main par les ingénieurs Chertok, Isayev à Bleicherode.  Ils seront bientôt 234.  Le 5 octobre 1954, un rapport secret de la CIA explique que les experts allemands travaillent depuis 1951 sur des missiles balistiques appelés R-1 (une copie exacte du V2 construite en 1948 seulement, voir photo ci-dessus), R-2, au rayon d’action doublé, et le R-3, ce dernier destiné à emporter une bombe atomique (il sera abandonné, remplacé par la G-4/R-14 de Groettrup, l’ancien responsable de Von Braun, visible en schéma ici à droite, dont il faut retenir la forme si on veut comprendre la suite !) et surtout le R-11 Zemlya, qui est en fait déjà le Scud, et il décrit ces derniers avec précision.  Pour le R-11, dérivé du Wasserfall allemand, ils savent le nom de son inventeur, Victor Makeev, le nom de l’usine où il est fabriqué (l’OKB-1, et le nom de l’ingénieur chapeautant les recherches, « Sergey Korolyov » (Korolev).  Ils savent aussi que le missile pesant 5,5 tonnes fonctionne au kérosène mais aussi à l’acide nitrique et que son maniement est l’objet d’accidents sérieux (le pire sera celui de du , avec le prototype de la fusée R-16, à Nedelin, et ses images dantesques).  Le premier tir réussi de la R-11 a lieu le 18 avril 1953, le missile atteignant 78 km d’altitude lors d’autres tests.  La zone d’essais choisie par les russes dès 1946 est à Kaspoutin Yar, en plein désert; entre Volgograd et Astrakhan, sur les bords de la Volga, à 55 km à l’Est exactement de Volgograd (cf Stalingrad).  Un site à l’abri des intrusions aériennes américaines.  Là où ont déjà été testés les V-2 saisis aux allemands (11 exemplaires avaient été lancés, à l’imitation de ce que faisaient les américains… près de la base de White Sands.  Ce qui les inquiète le plus c’est le fait que le missile puisse être monté sur une base de char Staline (IS Tank) et qu’il puisse devenir ainsi une arme mobile difficile à détecter. L’engin a une faible portée (130 km seulement), mais celle-ci devrait vite s’améliorer.  Selon leurs calculs, ils estiment la mise en place d’un ICBM (missile balistique intercontinental) basé sur un moteur de poussée de 90 tonnes comme probable avant dix ans en URSS.  En 1958 une version plus poussée du R-11 atteindra 160 km, emportant une charge sphérique gyro-stabilisée.  La R-5M Pobeda (mono-étage; ici à gauche) sera le premier missile nucléaire russe totalement indigène, à abandonner la technologie allemande, capable d’emporter une bombe de 80 à 300 kilotonnes ou une mégatonne à 1200 km de portée : son premier essai de lancement et d’explosion a lieu a Semiplatinsk le 12 août 1953.  L’engin deviendra opérationnel en 1956.  Son installation hors d’URSS sera mal perçue aux USA : il sera installé à Vogelsang – aujourd’hui abandonnée depuis 1959 et à Fürstenberg/Havel en Allemagne de l’Est.  Vogelsang n’est qu’à 1000 km de Londres et la base secrète soviétique bien dissimulée en forêt, au point d’avoir été ignorée par la CIA, qui pensait qu’il n’y avait là que des lanceurs mobiles !  La CIA a aussi découvert de nombreuses informations un programme de l’ingénieur Chelomei pour copier et améliorer le missile de croisière V-1, et pense qu’il pourrait être mis en production.  Mais ils notent aussi avec précision qu’un missile dérivé de l’avion MiG-15 serait beaucoup plus capable… ce sera en effet le KS-1 Kernel, missile Air-Surface anti-navire, ou premier missile de croisière, qui est effectivement un Mig sans roues et sans cockpit qui entrera en service en 1955 (ici à gauche).  En 1955, un second rapport de la CIA retient que les missiles R-2 et R-3 ont déjà été déployés, que des IRBM (missile balistique à portée intermédiaire) devraient apparaître vers 1960 et qu’un nouveau missile ICBM R-7 est en préparation pour la même date, mais sans plus de précisions.  La CIA prophétise aussi un lancement de satellite en 1958… mais ne sait pas par quel vecteur.

L’échec de la surveillance de Kasputin Yar

Ce qui intrigue donc de 1951 à 1957, c’est ce qui se passe exactement à Kasputin Yar. la localisation du centre de  tirs est un casse-tête pour sa surveillance et son survol.  Les anglais sont donc mis à contribution, bénéficiant d’un très bon appareil de surveillance, le biréacteur Canberra, sorti 4 ans seulement après la fin de la guerre (supérieur au B-45 Tornado, que les anglais utilisent aussi à l’époque).  Dès le 4 août 1951,  3 pilotes de la RAF étaient venus s’entraîner à Barksdale, aux USA, au 91st Strategic Reconnaissance Wing pour préparer des vols à haute altitude sur les RB-45 Tornado américains. « Robert Amory, Jr., qui à cette époque était le directeur adjoint de la CIA pour le renseignement, a déclaré plus tard dans l’interview our  Oral History que la CIA avait demandé la couverture photographique du site, mais que le général Nathan F. Twining, le chef du personnel de l’US Air Force que Kapustin Yar qui était en dehors de reconnaissance portée effective (en d’autres termes, au-delà de la portée de caméras venues en dehors de l’espace aérien soviétique, comme les survols étaient encore interdits) et que l’US air Force ne pouvait pas entreprendre la mission. Un des PR Canberra de la RAF, cependant, a été capable de faire une sortie à Kapustin Yar à la lumière du jour, et le scénario ultérieur s’est présenté comme suit. La CIA, probablement par la voie diplomatique clandestine (qui signifie probablement Secret Intelligence Service) a approché la RAF leur a demandé de faire le travail. Un Canberra a été spécialement modifié avec une caméra désignée par les américains avec un objectif d’une longueur de foyer de 100 pouces et doté d’un réservoir de carburant supplémentaire – en photo ici à droite dans la soute du Canberra – et au début de l’été 1953, il a décollé de Giebelstadt en Allemagne, et a volé au-dessus Europe de l’Est à en altitude, vers le sud le long de la Volga, pour atterrir en Iran. Quelque part le long du trajet il a été intercepté, on lui a tiré dessus mais sans l’endommager » (le Lieutenant Mikail Shulga décrira plus tard cette interception ratée sur son Mi-15). « Sur l’ensemble du brouillard qui entoure cette opération, a qui a été donné le nom code « Robin » une précision semble émerger. L’avion n’était pas à un Canberra PR.3, mais un B.2 spécialement modifié pour le travail. Selon certaines sources, il s’agissait du B.2  portant l’immatriculation WH726, attribuée au(PR) Squadron 540  D’autres ont indiqué pourrait-il avoir été le WD952, le Canberra à moteurs Olympus qui avait une altitude record de 63 668 pieds, le 4 mai 1953, mais la première semble théorie plus plausible. Le WH726 ensuite servi avec n ° 58 (PR) Squadron et a été vendu au Pérou en septembre 1966 comme B.72. »  Suite aux renseignements obtenus, le 12 mars 1957 la CIA émet un nouveau rapport sur les missiles russes : R-1, R-2, R-5 et R-12 y sont décrits avec précision.  Il note bien l’apparition du missile ICBM R-7, mais rien n’a filtré de ce à quoi il ressemble (c’est à ça, ici à droite (3)  !).  Dans son rapport, la CIA se trompe, manifestement, en minimisant les charges qu’il est capable d’emporter ainsi que sur sa précision en tant que vecteur nucléaire, qui elle, est surestimée (son guidage est celui emprunté au R-5M).  Son lancement est « prévu pour 1957« , signale le rapport.  En réalité, focalisée sur le site de Kasputin Yar, la CIA n’avait pas réussi à détecter les échecs des deux premiers essais en vol de la R-7, (ici en photo à gauche) qui avaient eu lieu le 15 mai et le 12 juillet 1957;  mais à un autre endroit.  Le premier vol réussi également, survenu le 12 août, suivi du 4eme et dernier avant Spoutnik, survenu le 7 septembre.  On peut parler, à ce stade d’échec d’espionnage: en 1955, c’est en effet déjà Baïkonour, au  Kazakhstan, que sont déjà testés les nouveaux missiles.  C’est au bout de la voie ferrée de Tyuratam plus exactement sur le trajet de la ligne Moscou-Tachkent. Et ce site, la CIA ne l’a pas décelé à temps.  La tour de maintenance et le pad de tir de Kasputin Yar sont bien trop petits pour soutenir le monstre ici à droite.  La fameuse R-7 !

L’échec complet de la CIA

Les premiers vols de l’U-2 vers l’URSS on démarré tardivement, le 4 juillet 1956, à partir de Wiesbaden en allemagne, pour 5 incursions en territoire russe à l’altitude record de 20 kilomètres  (66 000 pieds).   La CIA n’a pas compris que les russes avaient besoin d’une autre base s’ils voulaient tester un missile de 1500 km de portée sans être détecté.   Eux si adroits à recueillir sur place des renseignements avait raté le fait que le projet Tyuratam (plus connue sous le nom de Baikonour, en fait une ville à 320 km de là !) avait été confié à l’Institut de design central de la construction spéciale du ministère de la Défense (TsIPSS MO) à Moscou.  S’ils avaient un peu cherché, ils se seraient aperçus en effet qu’on avait confié à un vétéran de l’institut, Alexei Nitochkin, l’ingénieur en chef, déjà, de la mise en place des bâtiments de Kapustin Yar.  La construction de la base de Tyuratam, caractérisée par une énorme excavation pour dévier les flammes de la R7 au décollage, a été décrite parfois comme étant un vestige d’activité minière alors que ce n’est pas le cas, elle est d’origine pour la construction du pas de tir.  C’est le ministère de la Défense (GUSS MO), qui était en charge des fournitures de béton dans ce désert !  Les américains ne découvriront cette gigantesque excavation que le 5 août 1957, lors du survol d’un U-2, qui ramènera le cliché saisissant ici à droite : on est alors 3 mois seulement avant le tir réussi de Spoutnik.  Trop tard, en quelque sorte.  Le 12 août, une semaine seulement après, la R-7 se qualifiait pour l’espace en partant de ce site de décollage !!!

La CIA en délire

Après les lancements, la CIA émet une énième analyse le 17 décembre 1957, sa première évaluation après les lancements des Spoutniks au cours des mois précédents.  Un rapport affligeant, qui indique l’absence d’informations détaillées sur le programme russe.  Le renseignement US  est à la ramasse en 1957 !  Le rapport révèle étonnamment que les américains avaient pourtant eu connaissance des travaux de construction à Tyuratam,« à la mi-1955 » dit le rapport.  En 1958, le 19 août, cette même CIA semble s’emballer, en annonçant un programme dantesque à venir de la part des russes : elle prédit en effet que les russes auront 100 unités d’ICBM (la R-7) d’ici à 1959 et 500 d’ici 1962.  Or à ce moment là, il n’y en aura qu’une seule de fusée, de disponible !!!  Devenue prophète de mauvaises nouvelles, la CIA prévoit aussi des  « sondes russes sur Mars et Vénus dès 1958« , mais aussi « un vol habité et des atterrissages de robot sur la lune à partir de 1960 »!!!.  Et ce n’est pas fini, puisqu’elle annonce également « des vols circumlunaires habités en 1962 », un « atterrissage lunaire soviétique avec équipage en 1965″ puis des « expéditions interplanétaires ».  Tout cela a largement dépassé même les rêves toujours optimistes de Korolev … » peut-on lire comme commentaire !!!  la CIA aurait-elle alors servi de tambour de résonance à des militaires désireux d’avoir plus de missiles à disposition ?  Il n’y a qu’une chose que la CIA semblait avoir compris, à l’examen des ombres portées sur le pas de tir de la R-7 : selon elle, l’engin qui avait lancé Spoutnik n’avait pas de troisième étage « conventionnel ».  Les renseignements selon le rapport, « ne peuvent pas éliminer la possibilité» que le R-7 soit une sorte de véhicule intermédiaire et parallèle« .  C’est sa seule bonne analyse des faits !

L’avalanche de décollages russes les mortifiant, ils n’auront toujours pas d’indications précises sur les caractéristiques de la fusée ou des fusées selon eux ayant permis ces succès à répétition.  Pendant deux ans au moins (on verra que ce sera pendant plus de temps encore) ils ignoreront la forme même de la fameuse Semyorka.  Aussi essaieront-ils par tous les moyens de le savoir, y compris par le moyen qui nous tient à cœur aujourd’hui : le vol quelques heures d’un de ses éléments.  Mais ça, nous le verrons demain, si vous le voulez bien…

 

(1) Sputnik III aurait pu encore faire mieux et ajouter une autre exploit aux russes.  A bord, il avait été équipé d’un détecteur de rayonnements qui avait indiqué de très fortes doses de radiations à certains endroits de l’espace.  Six semaines plus tôt, le 26 mars, aux USA, Explorer III avait été lancé et il emportait le premier magnétophone jamais lancé sur un satellite, pour enregistrer aussi ces radiations.  Autant celui d’Explorer 3 avait emmagasiné de données, autant cela de Lunik III… resta en panne durant toute l’activité du satellite russe, équipé pourtant d’énormes batteries.  Il aurait donc pu fournir encore plus de renseignements, mais c’est au final ceux transmis par le petit Explorer III qui permit de définir que la Terre était bien protégée par une ceinture de rayonnements et c’est le concepteur de l’appareil et passionné d’astronomie qui vit son nom associé à sa découverte : Van Allen !!!  Si Lunik avait réussi, on les aurait appelé  « radiations de Sergei Vernov » du nom du physicien russe qui était arrivé aux mêmes conclusions que son collègue US sur la fameuse ceinture de radiations de la Terre.  Le russes avaient demandé à Van Allen d’associer les recherches de Vernov à la découvert de la ceinture de radiatif, celui-ci, il faut le savoir le leur avait refusé.

(2) dans le rapport de la CIA de 1961, on peut lire ceci comme calcul : « C’était là la pièce manquante du puzzle. Sans le stade de l’allumage de l’étage du Lunik, ce dernier serait allé à 3 800 miles avec l’ICBM vide. Comme le poids du Lunik a été fixé à 18 000 livres à pleine charge (8,1 tonnes), on pouvait prédire avec une grande confiance que l’ICBM avait la capacité de lancer 18 000 livres sur une distance de 3 800 miles (6100 km). D’après les chiffres,  Nous pourrions calculer la poussée et le poids pour la fusée (le booster) de base ». Plus loin les calculateurs de la CIA reviennent sur ces « 9 000 livres en orbite à 500 km » ou « 520 livres pour une orbite lunaire ».  Plus loin dans cette enquête, on verra quelle était cette fameuse « pièce manquante »qui leur avait permis de telles conclusions.
(3) à noter que les russes, qui avaient donc toujours deux programmes en même temps, avaient aussi un double de prévu pour leur Spoutnik avec le lanceur 631S, – copie du Vanguard.  Il avait même été lancé avant, ou plutôt avait été l’objet d’une tentative avortée de lancement (on le retrouvera sous le nom de Kosmos 1 le 27 octobre 1961).  On ne le découvrira que bien après, avec ce qu’on pensait être une maquette et qui s’est révélé être un véritable satellite, tombé de sa fusée : or c’était une copie parfaite du « Pamplemousse US« , dont toutes les photos s’étaient étalées dans les magazines US… ici la série des Cosmos, fourre-tout total (ils retombent tous progressivement), notamment pour les essais d’appareils comme le Cosmos 57, testeur du Voskhod de sortie dans l’espace ! Nota : les satellites russes sont tous hermétiques car pressurisés, d’où souvent leurs formes résistant à la pression.

 

quelques pistes à suivre :

http://www.jpaerospace.com/rockoons.html

http://europe.newsweek.com/dirty-secrets-behind-race-put-man-moon-271158?rm=eu

http://io9.gizmodo.com/that-time-the-cia-kidnapped-a-soviet-spacecraft-1609583039

sur les essais de Van Allen :

http://ourairports.biz/?p=5225

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