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Quand Hollande prend les Français pour des naïfs

L’ex-président, écarté du pouvoir par l’actuel locataire de l’Élysée, n’a évidemment rien exprimé de tel. Mais il l’a pensé si fort, dans son désir de reconquête, que nombre de lecteurs d’Ouest-France l’ont ressenti de cette manière en prenant connaissance de l’interview qu’il a donné le vendredi 28 août à deux journalistes du quotidien régional*.

Il a l’air plutôt insignifiant, l’ancien président de la République, avec son profil replet et son faciès repu de conseiller départemental de retour d’un banquet de comice agricole. Une apparence trompeuse : Hollande persiste à se pousser du col en se croyant encore un destin national, malgré une évidence que son ego lui cache : l’interlocuteur de Leonarda est bel et bien devenu un has been de la politique. Comment pourrait-il en être autrement ? Hollande n’a dû sa victoire de 2012 qu’au rejet du chef de clan Sarkozy et, dans le sillage du velléitaire neuilléen, s’est montré aussi inconsistant dans l’exercice de son mandat qu’un marshmallow dans une friteuse. Boubouroche après Matamore**.

Certes, notre has been reste capable, de temps à autre, de nous sortir l’une de ces petites blagues dont il s’est fait une spécialité. Capable également d’asséner, au gré de ses prises de parole à finalité existentielle, une vacherie à ce Macron qui, sans vergogne, lui a piqué son jouet présidentiel ou à l’outrecuidant Faure qui envisage de subordonner les vestiges ruinés du Parti Socialiste à des écologistes dont les chevilles et la tête ont si fortement enflé ces derniers temps qu’on en vient à craindre pour leur équilibre.

Hollande parle. Mais ce ne sont là que des miettes pour les piafs, de la roupie de sansonnet qui ne rassasie personne chez les observateurs. Pire : il délivre une parole qui est largement ignorée par les vautours politiques et snobée par les carnassiers médiatiques, les premiers se drapant dans une indifférence humiliante, et les seconds servant sans enthousiasme une soupe sans la moindre saveur. Et pour cause : les propos de Hollande ne sont porteurs ni de sang, ni de sueur, ni de larmes. Ni surtout de promesses politiques crédibles. Ils sortent tout droit de la Bibliothèque rose et n’inspirent guère plus qu’une curiosité de circonstance, vite balayée par les péripéties de la commedia dell’arte covidienne masquée et par cette grave question qui taraude les chroniqueurs : combien de jours Alaphilippe pourra-t-il conserver le maillot jaune ?

Le pire est qu’il a l’air sincère, ce pauvre Hollande. Y compris lorsqu’il affirme sans rire que « [Le PS] doit s’emparer de l’écologie ». Autrement dit, faire siennes les préoccupations croissantes de nos compatriotes dans ce domaine que les socialistes à la sauce hollandaise ont pourtant très largement snobées durant leurs années de pouvoir. Cela dit, nous sommes priés de croire que l’ex-président ne « cherche rien pour [lui]-même ». Il n’entend pas moins, même s’il n’en revendique le leadership qu’en filigrane, « créer une force centrale qui proposera aux Français des talents correspondant aux diverses composantes de la société. »

Hollande à la manœuvre ? Qui peut croire qu’il aurait la moindre chance d’y parvenir ? Rappelons que c’est ce même homme qui, en 2012, a disposé quasiment de tous les pouvoirs. Pour mémoire : l’Élysée et Matignon, la majorité à l’Assemblée Nationale, la majorité au Sénat, la majorité des régions et des départements, sans oublier la majeure partie des mairies de grandes villes, capitale comprise. Du jamais vu ! Et cela pour arriver à quoi, 5 ans, un CICE, une Loi Travail et Leonarda plus tard ? À une bérézina sans précédent du vieux parti hérité de Jaurès dont les osselets doivent s’entrechoquer d’indignation. Encore bravo à Hollande l’alchimiste : il a réussi l’exploit de transformer l’or en plomb !

« En politique, rien n’est jamais fini », a-t-on coutume de dire. Certes, mais le passif est là ! À cet égard, on ne saurait trop conseiller à l’ex-président d’y regarder à deux fois avant de tenter un come-back périlleux. Malgré ses nombreuses groupies énamourées et de flatteuses ventes de livres, Sarkozy s’est bel et bien ramassé un cuisant camouflet lors de la primaire de 2016, humilié par ceux qu’il nommait, sans doute pour leur montrer son affection et son respect, « Ducon » et « Durien ». Hollande – alias « Pèpère » ou « Flanby » – ferait bien de méditer cet exemple. Et de prendre en compte l’avertissement des cieux : une fois de plus, l’ancien président, dont le mandat a été marqué par de mémorables saucées, a reçu des seaux d’eau à Saint-Malo en venant prêcher sa cause. Et comme si cela ne suffisait pas, Hollande s’est pris un gadin au retour d’une sortie en mer avec le navigateur Thibaut Vauchel-Camus. Résultat : quelques points de suture à la tête.

Gageons que cette blessure guérira beaucoup plus vite que celle qu’il a, tant par sa pusillanimité que par sa dérive libérale, infligée au Parti Socialiste !

Yves-Marie Robin et Stéphane Vernay

** Cf. Rentrée théâtrale : Sarkozy dans « L’illusion comique »

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A propos de Fergus

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Autodidacte retraité au terme d'une carrière qui m'a vu exercer des métiers très différents allant d'informaticien à responsable de formation, je vis à Dinan (Côtes d'Armor). Depuis toujours, je suis un observateur (et de temps à autre un modeste acteur) de la vie politique et sociale de mon pays. Je n'ai toutefois jamais appartenu à une quelconque chapelle politique ou syndicale, préférant le rôle d'électron libre. Ancien membre d'Amnesty International. Sur le plan sportif, j'ai encadré durant de longues années des jeunes footballeurs en région parisienne. Grand amateur de randonnée pédestre, et occasionnellement de ski (fond et alpin), j'ai également pratiqué le football durant... 32 ans au poste de gardien de but. J'aime la lecture et j'écoute chaque jour au moins une heure de musique, avec une prédilection pour le classique. Peintre amateur occasionnel, j'ai moi-même réalisé mon avatar.

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