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Qu?est-il arriv? aux victimes de l?agent orange du Vietnam?

L?agent orange: un poison ind?libile

Isabelle Larose Dossier M?dia, Stage au Vietnam

agent-orange-dioxine-vietnam Toan n??tait m?me pas n? quand le cauchemar a commenc?. Ses parents ne l??taient probablement pas non plus. Il faut remonter en 1961 pour arriver ? l?origine du probl?me.

Le 11 mai, le pr?sident am?ricain John F. Kennedy lance l?op?ration Ranch Hand pour appuyer les efforts de l?arm?e du sud du Vi?t-Nam et contrer la pouss?e des Vi?t-Cong soutenus par le nord du Vi?t-Nam communiste. L?op?ration consiste ? r?pandre, par la voie des airs, des herbicides afin de d?truire la luxuriante v?g?tation aux abords des bases militaires am?ricaines et des pistes de ravitaillement. En plus d?augmenter la visibilit? et de permettre un meilleur contr?le de l?ennemi, l?utilisation des d?foliants d?vaste les r?coltes et force les paysans ? se regrouper dans les zones contr?l?es par les Am?ricains pour survivre.

Jusqu?en 1971, on estime que 80 millions de litres de d?foliants ont ?t? d?vers?s sur 3,3 millions d?hectares de terre et de for?ts. Plus de 3000 villages ont ?t? contamin?s par l??pandage a?rien. Avec plus de 40 millions de litres largu?s, l?agent orange a ?t? le d?foliant le plus utilis? durant l?op?ration Ranch Hand, malgr? sa dangerosit?.? ?L?agent orange contient de la dioxine, la substance la plus toxique qui n?ait jamais ?t? cr??e par l?humain?, explique le vice-pr?sident de l?Association vietnamienne des victimes de l?agent orange (VAVA), Nguyen Trong Nhan. Selon une ?tude de l?Universit? Columbia publi?e en 2003, la dissolution de 80 grammes de dioxine dans un r?seau d?eau potable pourrait ?liminer une ville de huit millions d?habitants. Or, plus de 400 kilos de dioxine pure ont ?t? vers?s au Vi?t-Nam durant la guerre.

Un mal en h?ritage

Selon la VAVA, 4,8 millions de Vietnamiens ont ?t? directement en contact avec l?agent orange, sans parler des dizaines de milliers de soldats de plusieurs nationalit?s qui prenaient part aux combats. Ce qui ?tait sens? ?tre un herbicide inoffensif est rapidement devenu un poison ind?l?bile.

Les ?pandages ne sont m?me pas termin?s que d?j?, les soldats? am?ricains et alli?s ainsi que la population locale souffrent de maux ?tranges, de maladie de peau, de cancers, de diab?te, de c?cit? ou encore de troubles cardio-vasculaires, neurologiques et psychiatriques pour ne nommer que ceux-l?.

Les Vietnamiennes accouchent de b?b?s mort-n?s ou monstrueusement malform?s. Il faut avoir vu quelques-uns de ces f?tus conserv?s dans le formol pour constater l?horreur engendr?e par la dioxine. P?nis au milieu du front, tronc ? deux t?tes, masse de chair sans membres apparents: les difformit?s sont aberrantes. C?est alors qu?on s?aper?oit que la dioxine est un mal qui se transmet.

En ao?t 1970, le s?nateur Nelson anticipe la situation en d?clarant au Congr?s am?ricain: ?Il n?est pas impossible que notre pays ait d?clench? une bombe ? retardement qui retentira sur les populations avec des incidences qui ne pourront ?tre ?valu?es que dans un futur lointain.?

Aujourd?hui, c?est la troisi?me g?n?ration de personnes affect?es par l?agent orange qui voit le jour. De composition chimique tr?s stable, la dioxine est rest?e dans l?environnement vietnamien. En plus de 30 ans, elle s?est immisc?e dans les sols, les s?diments ainsi que dans les graisses animales, contaminant ainsi la cha?ne alimentaire.

La substance toxique s?attaque aux syst?mes nerveux, reproducteur et immunitaire. Un b?b? ?pargn? durant la grossesse peut ?galement ?tre contamin? par le lait maternel, car la dioxine accumul?e dans les tissus adipeux de la m?re y est ?vacu?e. ?M?me apr?s la fin de la guerre, apr?s presque 40 ans, de nouvelles victimes voient le jour. Au moment o? l?on se parle, aucun scientifique ne peut dire quand la dioxine cessera de faire des victimes?, soutient Nguyen Trong Nhan.

D?ni, secret et justice

Le gouvernement des ?tats-Unis avait pourtant assur? que les d?foliants ne constituaient pas un danger pour les humains. D?j? utilis? ? des fins agricoles avant la guerre du Vi?t-Nam, l?agent orange ?tait toutefois jusqu?? 30 fois moins concentr? lorsqu?il ?tait d?vers? dans les champs am?ricains que lors de son utilisation militaire. Le gouvernement des ?tats-Unis niera vigoureusement, pendant de nombreuses ann?es, que des produits chimiques utilis?s dans la guerre aient pu avoir des effets nocifs sur la sant? humaine en affirmant que les herbicides avaient seulement un effet ? court terme sur la nature et ne provoqueraient aucune maladie. Ils n?avaient rien ? craindre, car la Constitution du pays interdit formellement de poursuivre le gouvernement pour des actes commis au cours des op?rations militaires.

? la fin des ann?es 70, plus de 70 000 v?t?rans am?ricains atteints par l?agent orange se tournent donc vers les compagnies qui approvisionnent l?arm?e am?ricaine? en produit chimiques, Monsanto et Dow Chemicals, entre autres, et entament des poursuites judiciaires contre elles.

Le 7 mai 1984, la cour f?d?rale de Brooklin annon?e un r?glement ? l?amiable par lequel les soci?t?s chimiques accepte de payer 180 millions de dollars pour cr?er un fonds de compensation pour les anciens combattants. En 1996, sur 68 000 demandes d?aide, environ 40 000 v?t?rans se sont vu octroyer des subventions de 256$ ? 12 800$.

Gentils les fabricants de d?foliants? Pas du tout: des documents prouvent que les firmes chimiques savaient que leurs produits avaient des cons?quences n?fastes sur la sant?. En 1965, Dow Chemicals avait en main une ?tude interne qui d?montrait que des lapins expos?s ? la dioxine avaient d?velopp? des l?sions s?v?res au foie. Les compagnies n?ont pourtant pas averti les autorit?s et se sont tues. Avec l?op?ration Ranch Hand, ils empochaient le plus gros contrat de leur histoire?

Les grands oubli?s

Et les victimes vietnamiennes? De grands oubli?s. ?Longtemps, le Vi?t-Nam a voulu utiliser la voie diplomatique pour recevoir de l?aide des ?tats-Unis. Nous avons attendu plusieurs ann?es et jamais nous avons obtenu de r?ponses?, soutient le vice-pr?sident de la VAVA. ?galement pr?sident de la Croix-Rouge vietnamienne durant 16 ans, Nguyen Trong Nhan a rencontr? Bill Clinton en 2000 au sujet des victimes de l?agent orange: ?Je voulais le rencontrer pour discuter des probl?mes humanitaires au Vi?t-Nam. J?ai ?t? en sa pr?sence durant 10 ou 15 minutes. Comme mon anglais n?est pas tr?s bon, je n?ai dit que quelques phrases. Il ?tait d?accord pour une coop?ration humanitaire avec le Vi?t-Nam. Quelques mois apr?s cette rencontre, il a quitt? son poste. Il a maintenant mis sur pied une fondation qui lutte contre le sida. Rien pour les victimes de l?agent orange?.

Malgr? l?aide des organismes non-gouvernementaux, l?aide ne suffit pas ? la demande. Depuis les dix derni?res ann?es, la Croix-Rouge vietnamienne a amass? l??quivalent de 21 millions de dollars am?ricains. Cela repr?sente ? peine une aide de trois dollars par victime.

En 2004, la VAVA s?est finalement tourn?e vers la justice en pr?sentant un recours collectif contre onze fabricants d?herbicide. En 2005, la plainte est rejet?e, car le juge conclut que l?agent orange n?est pas un poison au regard du droit international. La cause est port?e en appel, mais en f?vrier 2008, les victimes de l?agent orange sont de nouveau d?bout?es. Seule option encore possible: la cour Supr?me. Malgr? les ?checs judiciaires, Nguyen Trong Nhan garde espoir: ?Nous devons ?tre optimistes et continuer notre bataille.? L?homme mise beaucoup sur l?arriv?e de Barack Obama ? la Maison-Blanche pour changer les choses. D?j?, le nouveau pr?sident a ajout? trois millions aux trois d?j? promis pour nettoyer les hot spots vietnamiens, des zones hautement contamin?es par l?agent orange, souvent aux abords des anciennes bases militaires am?ricaines o? le d?foliant ?tait stock?.

L?opinion internationale constitue ?galement une arme consid?rable. ?Faire conna?tre la r?alit? des victimes de l?agent orange ? la population mondiale et recevoir leur support? peut influencer les d?cisions?, croit Nguyen Trong Nhan. Ce dernier fait entre autres r?f?rence au Tribunal international d?opinion qui s?est d?roul? ? Paris en mai dernier. Devant public, des victimes et des experts ont d?fil? devant des juges des quatre coins du globe. Au terme des auditions, le Tribunal a reconnu que l?usage de la dioxine ?tait un crime de guerre et un crime contre l?humanit?. Plusieurs recommandations ont ?t? ?mises, mais celles-ci ne trouveront jamais ?cho tant et aussi longtemps que les ?tats-Unis nieront leurs responsabilit?s.

Pendant ce temps, loin de se soucier des avocats, des tribunaux et de la politique, Toan bouge difficilement son corps tordu par la dioxine. Un corps hant? par une guerre qu?il n?a jamais connu. Affal? sur un gros ballon th?rapeutique, Toan re?oit l?aide d?une physioth?rapeute du Village de l?Amiti?. Ses jambes tordus et ses bras atrophi?s l?emp?chent de se mouvoir comme le ferait n?importe quel adolescent de 14 ans. En fait, il est incapable de se tenir debout.? Affaibli physiquement, mais aussi mentalement, Toan est une victime de la guerre du Vi?t-Nam, et ce, m?me si les combats ont pris fin depuis pr?s de 35 ans. Comme trois autres millions de Vietnamiens, il souffre des cons?quences de l?agent orange, un puissant herbicide d?vers? sur le Vi?t-Nam par l?arm?e am?ricaine entre 1961 et 1971. Comme trois autres millions de Vietnamiens, Toan est un innocent qui souffre des erreurs du pass?.

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6 Commentaire

  1. avatar

    Toan est une victime innocente; ceux qui font les guerres sont des coupables innocents.

    André Lefebvre

    • avatar

      « Coupables innocents » pour ceux qui se battent, oui sans aucun doute, mais il en est tout autrement pour ceux qui commandent ces guerres et en tirent un profit.

      Bush père est un de ceux-là car actionnaire d’Union Carbide,la société productrice de ce défoliant, il refusé toute indemnité aux victimes en demandant à celles-ci de se tourner vers la société en question qui s’est mise bizarrement en faillite quelques mois avant le procès.

      Pour connaître quelque peu ce pays où je vais souvent, il est aisé de voir les dégâts que font encore ces tonnes d’agent orange, et ce tant sur la population que sur l’environnement.

      Si vous visitez certaines parties de ce pays, vous constaterez en effet des zones de plusieurs hectares ou pas un brin d’herbe ne pousse.

      Hiroshima et Nagasaki ont été reconstruits, mais au Vietnam rien ne peut exister encore durant des décennies.

      Tout cela a été fait au nom des droits de l’homme et du bienfait de l’humanité, permettez moi donc parfois d’être dubitatif sur ce système qui s’octroie tous les droits et est un grand donneur de leçons.

  2. avatar

    Quand je disais « coupables innocents », j’employais « innicent » comme on le fait parfois chez nous, c’est à dire « imbécile ».

    Chez Bush, il ne faut pas se surprendre, cela semble génétique.

    André Lefebvre

  3. avatar

    Mais où cela se corse c’est quand on mentione John F Kennedy.

    L’innocence (celle comme chez nous) se généralise drôlement; « l’intérêt à ses raisons que la raison n’a pas ».

    – Il me semblait q

  4. avatar

    – Il me semblait que c’était l’amour???

    – Ouais! Tu es « passé date » depuis un bon moment.

    André Lefebvre

  5. avatar

    Pourquoi les États-Unis refusent-ils d’être membre des grands Tribunaux pénaux internationaux? Cet article en est une réponse éclatante.