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Psychiatrie et criminalit

RAYMOND VIGER

De Pinel ? Louis H. Lafontaine

Jean-Simon est d?pendant affectif. Cliniquement, il est schyzo-affectif. Lorsqu?il a des crises, il entre dans un univers imaginaire qui le rend violent. Sa maladie l?a emmen? ? l?institut Philippe Pinel et ? l?h?pital psychiatrique Louis-H. Lafontaine.
Dominic Desmarais Dossier Sant? mentale, Criminalit?

Jean-Simon aimerait bien oublier son d?but d?ann?e 2011. Ses probl?mes mentaux, qu?il tra?ne depuis pr?s de 15 ans, ont bouscul? sa vie comme jamais. Tout commence par ce qu?il esp?rait ?tre un nouveau d?part: le lancement de son 5e recueil de po?sie dans un bar avec un groupe de musique qui chante ses textes. Jean-Simon tombe dans la parano?a. Son enfer se d?cha?ne. ?J?avais des probl?mes de droits d?auteur avec un coll?gue de longue date. Ma vie a bascul?. Je vivais de d?ceptions en d?ceptions.? Pensant s?rieusement qu?on veut lui voler ses textes, Jean-Simon se met ? dos ses amis.

La violence gronde

Depuis 1997, Jean-Simon suit des th?rapies sur la violence. ?J??tais quelqu?un de violent. Selon mon m?decin, la violence est reli?e ? ma maladie. Je per?ois des mondes ? moi. Je ne suis pas dans le pr?sent.?

Le jeune auteur a des troubles sociaux affectifs. Il a peur du rejet, de l?abandon. Ce qu?il provoque ? chacune de ses crises. Pendant qu?il broie du noir et s?imagine que ses amis veulent abuser de lui, il rencontre une femme. ?Je n?ai pas voulu m?embarquer avec elle. J?avais peur de l?engagement. Je suis d?pendant affectif. Mais, je l?ai fait. Et j?ai beaucoup appris. M?me si ma maladie m?a emmen? en prison et ? l?h?pital psychiatrique.?

Jean-Simon est amoureux. Il s?engage totalement et intens?ment dans sa relation. Malgr? ses troubles mentaux, sa conjointe l?aide du mieux qu?elle peut. Consciente qu?il a des ?pisodes violents, elle le pousse ? suivre une th?rapie ? l?h?pital psychiatrique Louis-H. Lafontaine. Les choses s?am?liorent, Jean-Simon prend du mieux. Pour un temps. ?Je pensais qu?elle avait vol? ma cam?ra. Je lui ai prof?r? des menaces de mort. J?ai saccag? son appartement. J??tais dans un autre univers. Je prenais mes m?dicaments mais pas de la bonne fa?on. Il fallait que je les prenne en mangeant mais je les ingurgitais le soir, le ventre vide? Elle a appel? la police. Elle a eu peur. Elle a vu un autre Jean-Simon.?

Sa conjointe ne? porte pas plainte mais la police, oui. ?J?ai ?t? emmen? au poste. J?ai pass? la nuit l?. Le lendemain, on m?a emmen? ? la prison de Rivi?re-des-Prairies. Comme c??tait le cong? f?ri? de P?ques, j?y suis rest? 4 jours.?

? la m?me p?riode, Jean-Simon s?en prend ? son propri?taire. R?sident en centre d?h?bergement pour adultes, Jean-Simon supporte mal le refus de son propri?taire d?h?berger sa conjointe. ? la suite d?une altercation avec d?autres pensionnaires, il menace son propri?taire. ?Je lui ai dit: tu vas voir comment les Italiens s?arrangent.? Jean-Simon est renvoy? du centre et appel? ? compara?tre pour menace de mort. Il doit se pr?senter deux fois au tribunal pour deux menaces de mort distinctes. ?L?, je suis tomb? en d?pression et les probl?mes ont commenc?. J??tais d?j? malade. Mes troubles ?motifs ont pris beaucoup de place.?

S?jour ? Pinel

Au sortir de prison, Jean-Simon compara?t devant le tribunal ? la chambre criminelle. On lui interdit de voir sa conjointe contre qui il a prof?r? des menaces. Le juge l?envoie pour un mois ? l?institut Pinel pour qu?il soit ?valu?. Il est reconnu criminellement non responsable. ?Je n?ai pas fait comme le docteur Guy Turcotte. Mais j?en aurais ?t? capable, sans l?aide de mon ex-conjointe. ?

Jean-Simon passe un mois ? l?institut Pinel. La nuit, il est enferm? dans sa chambre. Il a droit ? deux sorties par jour pour humer l?air dans une cour ceintur?e de gros murs de brique. ?C?est peut-?tre un institut psychiatrique, mais ?a reste une prison.? Jean-Simon cohabite avec 7 autres d?tenus comme lui dans son unit?. Il y a des gardes de s?curit? et des intervenants sur le plancher. Les portes de sa chambre ouvrent ? 9h le matin. ?Tu as le droit de rester dans ta chambre si tu veux. Mais vaut mieux pas si tu veux te r?tablir.? Le quotidien de Jean-Simon est fait de jeux de soci?t?, de t?l?vision et d?attente pour les deux sorties de la journ?e.

?Les journ?es sont tr?s longues. Et on a le droit ? seulement 4 appels par jour. Deux le matin, deux le soir. Et les appels doivent ?tre accept?s par l??tablissement.? ? Pinel, Jean-Simon a droit ? des visites d?une heure les samedis et dimanches. Tous les jours, on prend sa pression, on lui donne ses m?dicaments. Jean-Simon et ses colocataires sont oblig?s de se laver 2-3 fois par semaine. Tous les v?tements appartiennent ? l?institut. ?Ce ne sont pas les tiens. M?me les sous-v?tements.?

Durant son s?jour d?un mois, Jean-Simon rencontre un psychiatre ? 2 ou 3 reprises. Ces s?ances et les observations sur sa vie quotidienne sont utilis?es pour d?terminer s?il ?tait sain d?esprit lorsqu?il a prof?r? des menaces de mort ? l?endroit de sa conjointe.

Consid?r? criminellement non responsable, Jean-Simon n?a pas ? ?tre jug? au criminel. ?Le proc?s va avoir lieu mais devant le tribunal administratif. Comme il aura lieu dans 3 mois, en attendant je dois ?tre ? Louis-H., l?h?pital psychiatrique.?

De la prison ? l?h?pital

Bien qu?en attente d?un jugement, Jean-Simon n?est pas remis en totale libert?. Pour ?viter que sa violence explose, il est soign? ? l?h?pital psychiatrique Louis-H. Lafontaine.

Il est en quarantaine forc?e jusqu?au jour de son proc?s. Il a besoin d?une autre ?valuation psychiatrique quant ? sa deuxi?me inculpation, toujours pour menace de mort.

Jean-Simon se sent moins ? l??troit ? Louis-H. ?Disons que c?est particulier. J?ai une entente avec la cour pour travailler et sortir. Je passe 3 jours par semaine au Caf? Graffiti pour travailler sur le lancement de mon 6i?me livre, L??veil des ?motions. Je peux sortir du vendredi soir au dimanche soir. Il faut que je dise o? je vais et que ce soit prescrit par le m?decin que je rencontre 2 fois par semaine. ? l?h?pital, ils ont un pouvoir sur moi. Je ne suis pas libre. M?me au Caf? Graffiti, je ne le suis pas non plus. J?ai des horaires ? respecter. M?me si j?ai une journ?e tranquille, il faut que je reste. Mais, j?aime mieux ?a que de rester ? l?h?pital!

La diff?rence d?avec Pinel, c?est que ce n?est pas une prison. Il n?y a pas de gardiens de s?curit? mais des infirmi?res, des travailleurs sociaux, des psychiatres. Et des patients!?

? Louis-H., les patients sont 2 par chambre. ?Contrairement ? Pinel, c?est mixte. Et il n?y a pas d?intimit? dans la chambre. ? l?h?pital, j?ai mon propre linge. Je peux le laver sur place. Je le mets dans des armoires dont les tiroirs sont ferm?s ? cl?. Je dois demander ? un pr?pos? pour les d?barrer, m?me pour les articles d?hygi?ne corporelle. Mais, il y a un point en commun: t?as h?te d?en sortir! Tu sais quand tu rentres, pas quand tu sors.?

L?amour s??teint

Jean-Simon est incapable de vivre s?par? de sa petite amie. Par l?entremise de sa m?re, il garde contact avec elle. En sortant de Pinel, il repasse devant le tribunal pour faire enlever la condition de ne pas s?approcher d?elle. ?J?ai eu le droit de la voir avec son consentement. On a donc continu? de se fr?quenter. Mais, la d?pendance affective a pris plus de place. On a rompu.?

? l?h?pital, Jean-Simon prend du recul. ??a me donne le temps pour r?fl?chir ? ma situation amoureuse avec mon ex. On a tous les deux des choses ? r?gler. La rupture, je l?ai mal pris. Mais, j?ai d?cid? de passer ? autre chose. ?tait-ce le grand amour ou ma d?pendance affective? Tout ce que je sais, c?est que mon orgueil en a pris un sale coup.?

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