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Principes ?l?mentaires de propagande de guerre

Source: Alter Info

Principes ?l?mentaires de propagande de guerre, (utilisables en cas de guerre froide, chaude ou ti?de…) est un livre de Anne Morelli paru en 2001. Les dix ? commandements ? sont avant tout une grille d?analyse qui se veut p?dagogique et critique. Elle n?a pas pour but de prendre parti, ou de prendre la d?fense des ? dictateurs ?, mais de constater la r?gularit? de ces principes dans le champ m?diatique et social. Au ban des accus?s, on retrouve tant les vaincus que les vainqueurs.

? Je ne tenterais pas de sonder la puret? des intentions des uns ou des
autres. Je ne cherche pas ici ? savoir qui ment et qui dit la v?rit?, qui est
de bonne foi et qui ne l?est pas. Mon seul propos est d?illustrer les
principes de propagande, unanimement utilis?s, et d?en d?crire les
m?canismes. ?[1] 

Il est n?anmoins ind?niable que depuis les derni?res guerres qui ont marqu?
notre ?poque (Kosovo, guerre du Golfe, Afghanistan, Irak) ce sont nos
d?mocraties occidentales et le champ m?diatique qui leur correspond qui sont
mis en question.

Anne Morelli r?actualise, gr?ce ? ce petit manuel du citoyen critique, des
formes invariables pour des contenus divers. La propagande s?exerce toujours
via les m?mes invariants quelle que soit la guerre, d?o? la grande
pertinence de la grille propos?e. Il semble ?galement essentiel dans cette
introduction de citer Lord Ponsonby qu?Anne Morelli remercie d?s les
premi?res pages de son ouvrage. En effet, Ponsonby a largement contribu? ?
l??laboration des principes. Lord Ponsonby ?tait un travailliste anglais qui
s??tait radicalement oppos? ? la guerre. D?j? durant la Premi?re Guerre
mondiale, il s?illustre par divers pamphlets et finit par ?crire un livre sur
ces m?canismes de propagande. Livre qu?Anne Morelli reprend, r?actualise et
syst?matise en dix principes ?l?mentaires.

Nous ne voulons pas la guerre

? Arthur Ponsonby avait d?j? remarqu? que les hommes d’?tat de tous les
pays, avant de d?clarer la guerre ou au moment m?me de cette d?claration,
assuraient toujours solennellement en pr?liminaire qu’ils ne voulaient pas la
guerre . ?[2]

La guerre n?est jamais d?sir?e, elle n?est que rarement vue comme
positive par la population. Avec l?av?nement de nos d?mocraties, le
consentement de la population devient essentiel, il ne faut donc pas vouloir la
guerre et ?tre un pacifiste dans l??me. ? la diff?rence du Moyen ?ge, o?
l?avis de la population n?avait que peu d?importance et la question
sociale n??tait pas substantielle.

? Ainsi d?j? le gouvernement fran?ais mobilise tout en proclamant que la
mobilisation n?est pas la guerre mais, au contraire, le meilleur moyen
d?assurer la paix. ?[3]

? Si tous les chefs d’?tat et de gouvernements sont anim?s de semblables
volont?s de paix, on peut ?videmment se demander innocemment pourquoi, parfois
(et m?me souvent), des guerres ?clatent tout de m?me ? ?[4] Mais le second
principe r?pond ? cette question.

Le camp adverse est le seul responsable de la guerre

Ce deuxi?me principe ?mane du fait que chaque camp assure avoir ?t?
contraint de d?clarer la guerre pour emp?cher l?autre de d?truire nos
valeurs, mettre en p?ril nos libert?s, ou m?me nous d?truire totalement.
C?est donc l?aporie d?une guerre pour mettre fin aux guerres [5]. On en
arrive presque ? la mythique phrase de George Orwell ? War is Peace ?.

Ainsi, les ?tats-Unis ont ?t? ? contraints ? de faire la guerre contre
l?Irak qui ne leur a pas laiss? le choix. Nous ne faisons donc que ? r?agir
?, nous d?fendre des provocations de l?ennemi qui est enti?rement
responsable de la guerre ? venir.

? Ainsi d?j?, Daladier dans son ? appel ? la nation ? – faisant
l?impasse sur les responsabilit?s fran?aises dans la situation cr??e par
le trait? de Versailles ? assure le 3 septembre 1939 : l?Allemagne avait
d?j? refus? de r?pondre ? tous les hommes de c?ur dont la voix s??tait
?lev?e ces temps derniers en faveur de la paix du monde. [?] Nous faisons la
guerre parce qu?on nous l?a impos?e. ? [6]

Ribbentrop justifie la guerre contre la Pologne en ces termes :

? Le F?hrer ne veut pas la guerre. Il ne s?y r?soudra qu?a contrec?ur.
Mais ce n?est pas de lui que d?pend la d?cision en faveur de la guerre ou de
la paix. Elle d?pend de la Pologne. Sur certaines questions d?un int?r?t
vital pour le Reich, la Pologne doit c?der et faire droit ? des revendications
auxquelles nous ne pouvons renoncer. Si elle s?y refuse, c?est sur elle que
retombera la responsabilit? d?un conflit, et non sur l?Allemagne. ?[7]

On a pu ?galement lire lors de la Guerre du golfe dans Le Soir du 9 janvier
1991 :

? La paix que tout le monde d?sire plus que tout, ne peut pas se b?tir sur
de simples concessions ? un acte de piraterie. (?) La balle ?tant
essentiellement, faut-il le dire dans le camp de l?Irak. ?[8]

Idem pour la guerre en Irak, ainsi avant que la guerre ne commence, Le Parisien
titrait le 12 septembre 2002 : ? Comment Saddam se pr?pare ? la guerre ?.

Le chef du camp adverse a le visage du diable (ou ? l’affreux de service ?)

? On ne peut ha?r un groupe humain dans son ensemble, m?me pr?sent? comme
ennemi. Il est donc plus efficace de concentrer cette haine de l?ennemi sur le
leader adverse. L?ennemi aura ainsi un visage et ce visage sera bien
?videmment odieux. ?[9]

? Le vainqueur se pr?sentera toujours (voir Bush ou Blair r?cemment) comme
un pacifiste ?pris de conciliation mais accul? par le camp adverse ? la
guerre. Ce camp adverse est bien s?r dirig? par un fou, un monstre (Milosevic,
Ben Laden, Saddam Hussein, …) qui nous d?fie et dont il convient de
d?barrasser l’humanit?. ?[10]

La premi?re op?ration d?une campagne de d?monisation consiste donc ?
r?duire un pays ? un seul homme. ? faire donc comme si personne ne vivait en
Irak, que seul Saddam Hussein, sa ? redoutable ? garde r?publicaine et ses ?
terribles ? armes de destruction massive vivent l?-bas[11].

Personnaliser ainsi le conflit est tr?s typique d?une certaine conception de
l?histoire, qui serait faite par des ? h?ros ?, l??uvre des grands
personnages[12]. Conception de l?histoire qu?Anne Morelli refuse en
?crivant inlassablement sur les ? laiss?s pour compte ? de l?histoire
l?gitime. Cette vison est particuli?rement id?aliste et m?taphysique en que
l?histoire est le fruit des id?es de ses ? grand ? hommes. ? cette
conception de l?histoire s?oppose un conception dialectique et mat?rialiste
qui d?finit l?histoire en termes de rapports et de mouvements sociaux.

Ainsi l?adversaire est qualifi? de tous les maux possibles. Il en va de son
physique ? ses m?urs sexuelles. Ainsi, Le Vif-L’Express du 2 au 8 avril 1999
pr?sente ? L?effroyable Milosevic ?. ? Le Vif-L?Express ne site aucun
discours aucun ?crit du ? ma?tre de Belgrade ? mais par contre rel?ve ses
sautes d?humeur anormales, ses explosions de col?re, maladives et brutales :
Quand il ?tait en col?re, son visage se tordait. Puis, instantan?ment, il
recouvrait son sang-froid. ?[13] Ce type de d?monisation n?est d?ailleurs
pas utilis? uniquement pour la propagande de guerre (comme tous les autres
principes d?ailleurs.)

Ainsi, Pierre Bourdieu rapportait qu?aux ?tats-Unis, nombre d?enseignants
universitaires, exc?d?s de la popularit? de Michel Foucault dans leurs
coll?ges, ?crivaient bon nombre de livres sur la vie intime de l?auteur.
Ainsi, Michel Foucault, ? l?homosexuel masochiste et fou ? avait des
pratiques ? contre-nature ?, ? scandaleuses ? et ? inacceptables. ?. Par
ce biais, il n?y a donc pas besoin de d?battre la pens?e de l?auteur ou
les discours d?un homme politique, mais le r?futer sur des jugements moraux
relatifs aux soi-disant pratiques de l?individu.

C’est une cause noble que nous d?fendons et non des int?r?ts particuliers

Les buts ?conomiques et g?opolitiques de la guerre doivent ?tre masqu?s
sous un id?al, des valeurs moralement justes et l?gitimes. Ainsi on pouvait
d?j? entendre George Bush p?re d?clarer

? Il y a des gens qui ne comprennent jamais. Le combat ne concerne pas le
p?trole, le combat concerne une agression brutale ?[14]

ou Le Monde le 22 janvier 1991 : ? Les buts de guerre am?ricains et fran?ais
sont d?abord les buts du Conseil de s?curit?. Nous sommes l? en raison des
d?cisions prises par Conseil de s?curit? et l?objectif essentiel, c?est
la lib?ration du Kowe?t. ?[15]

En fait, dans nos soci?t?s modernes, ? la diff?rence de Louis XIV, une
guerre ne peut se r?aliser qu?avec un certain consentement de la population.
Gramsci avait d?j? montr? ? quel point l?h?g?monie culturelle et le
consentement sont indispensables au pouvoir. Ce consentement sera facilement
acquis si la population pense que de cette guerre d?pendent leur libert?, leur
vie, leur honneur[16].

Les buts de la Premi?re Guerre mondiale par exemple se r?sument en trois
points :

? -?craser le militarisme

– d?fendre les petites nations

– pr?parer le monde ? la d?mocratie.

Ces objectifs, tr?s honorables, sont depuis recopi?s quasi textuellement ?
la veille de chaque conflit, m?me s’ils ne cadrent que tr?s peu ou absolument
pas avec ses objectifs r?els. ?[17]

? Il faut persuader l?opinion publique que nous ? au contraire de nos
ennemis ? faisons la guerre pour des motifs infiniment honorables. ?[18]

? Pour la guerre de l’OTAN contre la Yougoslavie, on retrouve le m?me
d?calage entre buts officiels et inavou?s du conflit. Officiellement l’OTAN
intervient pour pr?server le caract?re multi-ethnique du Kosovo, pour
emp?cher que les minorit?s y soient maltrait?es, pour y imposer la
d?mocratie et pour en finir avec le dictateur. Il s’agit de d?fendre la cause
sacr?e des droits de l’homme. Non seulement ? la fin de la guerre, on peut
constater qu’aucun de ces objectifs n’a ?t? atteint, qu’on est notamment
loin d’une soci?t? multi-ethnique et que les violences contre les minorit?s
? serbes et roms cette fois – sont quotidiennes, mais encore on se rend compte
que les buts ?conomiques et g?opolitiques de la guerre, dont on n’avait
jamais parl?, sont -eux- atteints. ?[19]

Ce principe implique son corollaire, l?ennemi lui est un monstre sanguinaire
qui repr?sente la soci?t? de la barbarie.

L’ennemi provoque sciemment des atrocit?s, et si nous commettons des bavures
c’est involontairement

Les r?cits des atrocit?s commises par l?ennemi constituent un ?l?ment
essentiel de la propagande de guerre. Cela ne veut ?videmment pas dire que des
atrocit?s n?ont pas lieu pendant les guerres. Tout au contraire, les
assassinats, les vols ? main arm?e, les incendies, les pillages et les viols
semblent plut?t ? malheureusement – r?currents dans l?histoire des
guerres. Mais le fait de faire croire que seul l?ennemi commet de telles
atrocit?s, et que notre arm?e est aim?e de la population, c?est une arm?e
? humanitaire ?.

Mais la propagande de guerre s?arr?te rarement l?, non contente des viols
et pillages existants, il lui faut le plus souvent cr?er des atrocit?s ?
inhumaines ? pour incarner en l?ennemi l?alter-ego d?Hitler
(Hitlerosevic, ?). Nous pouvons ainsi mettre c?te ? c?te plusieurs passages
ayant trait ? des guerres diff?rentes sans y trouver de grandes diff?rences.

Durant la Premi?re Guerre mondiale, Ponsonby rapporte cette histoire :

? Trente ou trente-cinq soldats allemands ?taient entr?s dans la maison de
David Tordens, charretier ? Sempst (aujourd?hui Zempst). Ils ligot?rent
l?homme puis cinq ou six d?entre eux se jet?rent sous ses yeux sur la fille
?g?e de treize ans et lui firent violence, ensuite ils l?embroch?rent sur
leurs ba?onnettes. Apr?s cette action horrible ils lard?rent de coups de
ba?onnettes son fils ?g? de neuf ans et fusill?rent sa femme. ?

On n’oubliera pas non plus l??pisode des enfants aux mains coup?es, qui
s?apparente plus ? une rumeur infond?e qu?? un fait historique[20].

Pour la Guerre du Golfe dans Le Monde du 3 mars 1990 : ? S?ils ne prouvent
rien quant au nombre, les corps mutil?s de la morgue de l?h?pital Moubarak
plaident pour la certitude de la cruaut? des sept mois d?occupation
irakienne. Yeux arrach?s, gorges tranch?es, t?tes ?cras?es, cr?nes coup?s
dont la cervelle s??chappe, corps ? moiti?s carbonis?s, br?lures de
cigarettes? ?

Sans oublier ?galement l??pisode des couveuses vol?es et des b?b?s tu?s
atrocement? Qui se r?v?la ?tre une mystification.

Pour l?Afghanistan dans le Herald Tribune du 7 ao?t 1999 : ? Certains ont
?t? tu?s dans les rues. Beaucoup ont ?t? ex?cut?s chez eux, apr?s
blocage et perquisition des zones r?put?es pour ?tre habit?es en majorit?
par certains groupes ethniques. Certains ont ?t? ?bouillant?s ? mort ou
asphyxi?s dans des conteneurs m?talliques scell?s, plac?s en plein soleil.
Dans un h?pital au moins, 30 patients ont ?t? tu?s par balle dans leur lit.
Les corps des victimes ont ?t? abandonn?s dans les rues ou dans les maisons,
pour intimider le reste des habitants. Des t?moins affol?s ont pu voir des
chiens s’acharner sur les cadavres, mais on leur a impos? par m?gaphone ou
par radio de ne pas y toucher et de ne pas les enterrer. ?

Les talibans, ici responsables de ses atrocit?s n?ont pour la plupart pas
?t? arr?t?s, et aucune nouvelle de Ben Laden?

Pour la guerre en Irak, les r?cits furent encore une fois similaires, et les
mensonges sur les armes de destruction massive aussi. On peut donc facilement
d?gager certaines tendances dans ces histoires. Il s?agit avant tout de
toucher la corde ? sentimentale ? du lecteur, il faut avant tout de ? bonnes
histoires ? et si on ne les trouve pas, on les invente. Les d?tails ?
croustillants ? totalement inutiles au vu des r?elles cons?quences au point
de vue humain dans les guerres sont pourtant monnaie courante dans ces r?cits,
et fait de l?ennemi un monstre plus horrible que jamais, qui tue avant tout
par plaisir ou vice.

Pour le Kosovo, ? il y a ?videmment eu, au printemps 1999, meurtres,
pillages, tortures et incendies de maisons albanaises, mais on « oublie » de
mettre en ?vidence avec la m?me acuit? les m?mes atrocit?s commises ?
partir de l’?t? sur des Serbes, Bosniaques, Roms et autres personnes non
Albanaises[21]. Leur exode sera pass? sous silence alors que les images de
r?fugi?s albanais du Kosovo et leur accueil ? l’?tranger avaient fait
l’objet d’?missions compl?tes ? la t?l?vision. C’est que ce cinqui?me
principe de la propagande de guerre veut que seul l’ennemi commette des
atrocit?s, notre camp ne peut commettre que des « erreurs ». La propagande de
l’OTAN popularisera ? l’occasion de la guerre contre la Yougoslavie le terme
de « d?g?ts collat?raux » et pr?sentera comme tels les bombardements de
populations civiles et d’h?pitaux, qui auraient fait, selon les sources, entre
1 200 et 5 000 victimes. « Erreur » donc que le bombardement de l’ambassade
chinoise[22], d’un convoi de r?fugi?s albanais, ou d’un train passant sur un
pont. L’ennemi, lui, ne commet pas d’erreurs, mais commet le mal sciemment.
?[23]

Pour conclure sur une citation de Jean-Claude Guillebaud :

? Nous ?tions devenus, nous journalistes, ? notre corps d?fendant, des
esp?ces de marchands d?horreur et l?on attendait de nos articles qu?ils
?meuvent, rarement qu?ils expliquent ?.

L’ennemi utilise des armes non autoris?es

Ce principe est le corollaire du pr?c?dent.

? Non seulement nous ne commettons pas d?atrocit?s, mais nous faisons la
guerre de mani?re chevaleresque, en respectant ? comme s?il s?agissait
d?un jeu, certes dur mais viril ! ? les r?gles. ? [24]

Ainsi d?j? pendant la Premi?re Guerre mondiale, la pol?mique fit rage ?
propos de l?usage des gaz asphyxiants. Chaque camp accusait l?autre
d?avoir commencer ? les utiliser [25]. Bien que les deux camps avaient fait
usage du gaz et qu?ils avaient effectu? tous des recherches dans le domaine,
cette arme ?tait le reflet symbolique de la guerre ? inhumaine ?. Il convient
ainsi de l?imputer ? l?ennemi. C?est en quelque sorte l?arme ?
malhonn?te ?, l?arme du fourbe.

Nous subissons tr?s peu de pertes, les pertes de l’ennemi sont ?normes

? ? de rares exceptions pr?s, les ?tres humains pr?f?rent g?n?ralement
adh?rer ? des causes victorieuses. En cas de guerre l?adh?sion de
l?opinion publique d?pend donc des r?sultats apparents du conflit. Si les
r?sultats ne sont pas bons, la propagande devra cacher nos pertes et exag?rer
celles l?ennemi. ?

[26]

D?j? durant la Premi?re Guerre mondiale, apr?s un mois du d?but des
op?rations, les pertes s??levaient d?j? ? 313 000 tu?s. Mais l??tat
major fran?ais n?a jamais avou? la perte d?un cheval et ne publiait pas la
liste nominative des morts [27].

Derni?rement, la guerre en Irak nous fournit un exemple du genre, o? on a
interdit la publication des photos des cercueils de soldats am?ricains dans la
presse. Les pertes de l?ennemi sont elles, par contre, ?normes, leur arm?e
ne r?siste pas. ? Dans les deux camps ces informations remontent le moral des
troupes et persuadent l?opinion publique de l?utilit? du conflit. ?[28]

Les artistes et intellectuels soutiennent notre cause

Lors de la Premi?re Guerre mondiale, sauf quelques rares exceptions, les
intellectuels soutinrent massivement leur propre camp. Chaque bellig?rant
pouvait largement compter sur l’appui des peintres, des po?tes, des musiciens
qui soutenaient, par des initiatives dans leur domaine, la cause de leur
pays[29].

Les caricaturistes sont largement mis au travail, pour justifier la guerre et
d?peindre le « boucher » et ses atrocit?s, tandis que d’autres artistes vont
travailler, cam?ra au poing, pour produire des documents ?difiants sur les
r?fugi?s, toujours soigneusement pris dans les rangs albanais, et choisis les
plus ressemblants possible par rapport au public auquel ils s’adressent, comme
ce bel enfant blond au regard nostalgique, cens? ?voquer les victimes
albanaises.

On peut voir ainsi les ? manifestes ? se d?velopper partout. Le manifeste
des cent, pour soutenir la France pendant la Premi?re Guerre mondiale (Andr?
Gide, Claude Monet, Claude Debussy, Paul Claudel). Plus r?cemment le ?
manifeste des 12 ? contre le ? nouveau totalitarisme[30] ? qu?est
l?islamisme. Ces ? collectifs ? d?intellectuels, artistes et hommes
notables se mettent donc ? l?gitimer l?action du pouvoir politique en place.

Notre cause a un caract?re sacr?

Ce crit?re peut ?tre pris dans deux sens, soit litt?ral, soit au sens
g?n?ral. Dans le sens litt?ral, la guerre se pr?sente donc comme une
croisade, donc la volont? est divine. On ne peut donc se soustraire de la
volont? de Dieu, mais seulement l?accomplir. Ce discours a repris une grande
importance depuis l?arriv?e de George Bush fils au pouvoir et avec lui toute
une s?rie d?ultra-conservateurs int?gristes. Ainsi la guerre en Irak s?est
manifest?e comme une croisade contre ? l?Axe du Mal ? une lutte du ? bien
? contre le ? mal ?. Il ?tait de notre devoir de ? donner ? la d?mocratie
? l?Irak, la d?mocratie ?tant un don issu tout droit de la volont? divine.
Ainsi faire la guerre c?est r?aliser la volont? divine. Des choix politiques
prennent un caract?re biblique qui efface toute r?alit? sociale et
?conomique. Les r?f?rences ? Dieu on toujours ?t? nombreuses (In God We
Trust, God Save the Queen, Gott mit Uns, ?) et servent ? l?gitimer sans
appel les actions du souverain.

Ceux (et celles) qui mettent en doute notre propagande sont des tra?tres

Ce dernier principe est le corollaire de tous les pr?c?dents, tout personne
mettant en doute un seul des principes ?nonc?s ci-dessus est forc?ment un
collaborateur de l?ennemi. Ainsi, la vision m?diatique se limite aux deux
camps cit?s ci-dessus. Le camp du bien, de la volont? divine, et celui du mal,
des dictateurs. Ainsi, on est ? pour ou contre ? le mal. En ce sens, les
opposants ? la guerre du Kosovo se sont vu traiter dans L??v?nement du 29
avril au 5 mai 1999 de ? complices de Milosevic ?. L?hebdomadaire va m?me
jusqu’? syst?matiser plusieurs ? familles ?. On retrouve ainsi la famille
? anti-am?ricaine ? avec Pierre Bourdieu, R?gis Debray, Serge Halimi, Noam
Chomsky ou Harold Pinter. La famille ? pacifiste int?griste ? avec Gis?le
Halimi, Renaud, l?abb? Pierre? et leur organes respectifs, le Monde
diplomatique, le PCF.

Il devient donc impossible de faire surgir une opinion dissidente sans subir un
lynchage m?diatique. Le pluralisme des avis n?existe plus, il est r?duit ?
n?ant, toute opposition au gouvernement est r?duite au silence et au
discr?dit par des arguments bidon.

Ce m?me argumentaire a ?t? de nouveau en application lors de la guerre en
Irak, bien que l?opinion internationale ?tant plus partag?e, cela c?est
moins ressenti. Mais ?tre contre la guerre c?est ?tre pour Saddam Hussein?
Le m?me sch?ma fut appliqu? dans un tout autre contexte qu??tait le
r?f?rendum sur la constitution europ?enne : ? ?tre contre la constitution
c?est ?tre contre l?Europe ! ?

Notes et r?f?rences

1.

Morelli, Anne, ? Principes ?l?mentaires de propagande de guerre ?,
Bruxelles, Labor, 2001, p. 6.
2.

Ibid, p. 7.
3.

Ibidem
4.

Ibid, p. 10
5.

Ibid, p. 11.
6.

Ibid, p. 14.
7.

Ibid, p. 16.
8.

Collon, Michel, ? attention m?dias ! ?, Bruxelles, ?ditions EPO, 1992,
p. 34.
9.

Morelli, Anne, op. cit., p. 21.
10.

Morelli, Anne, ? L’histoire selon les vainqueurs, l’histoire selon les
vaincus. ?, 8 d?cembre 2003 in :
http://www.brusselstribunal.org/8de…;;[archive].
11.

Collon, Michel, op. cit., p. 60.
12.

Ibidem.
13.

Morelli, Anne, op. cit., p. 25.
14.

Collon, Michel, op. cit., p. 32.
15.

Ibidem.
16.

Morelli, Anne, op. cit., p. 27.
17.

Ibid, p. 28.
18.

Ibid, p. 28.
19.

Ibid, p. 34.
20.

L’enfant aux mains coup?es [archive]1914, nouvelle guerre entre les deux
pays. On se racontait avec insistance, c?t? fran?ais, que les soldats
allemands ?taient d’ignobles brutes qui coupaient les mains des enfants.
21.

Serbie : Apr?s l??chec des n?gociations sur le Kosovo, la parole est ?
l?ONU [archive]Le Kosovo consid?r? par Belgrade comme le berceau de sa
culture et de sa religion compte 5 % de Serbes apr?s l?exode de plus de
200000 d?entre eux.
22.

R?v?lation : l’Otan a bombard? volontairement l’ambassade de Chine ?
Belgrade [archive] Selon une enqu?te de l’hebdomadaire britannique The
Observer, conduite avec le journal danois Politiken, l’Otan aurait bombard?
sciemment l’ambassade chinoise de Belgrade le 7 mai dernier (voir aussi notre
article du 10/05/99). Des responsables militaires et des renseignements auraient
d?clar? que l’ambassade chinoise abritait un syst?me de retransmission des
?missions de l’arm?e yougoslave. Du coup, elle aurait ?t? ray?e de la
liste des « cibles interdites », et bombard?e.
23.

Ibid, pp. 37-47.
24.

Ibid, p. 48.
25.

Ibid, p. 49.
26.

Ibid, p. 54.
27.

Ibidem.
28.

Ibid, p. 56.
29.

Morelli, Anne, ? les 10 commandements de Ponsonby ?, sur le site de Zal?a
TV : [1] [archive].
30.

Son usage envers le terrorisme par Jack Straw semble en ce sens impropre. Le
« terrorisme » en g?n?ral ne peut ?tre consid?r? comme un « totalitarisme »
au sens originaire du terme. Il ne remplit pas les crit?res n?cessaires.
L’usage du concept requiert une analyse approfondie de la soci?t? ou de la
structure du groupe ?tudi?, il faut en faire ressortir les cat?gories
essentielles et les processus de d?-diff?renciation propres au totalitarisme.
Il ne semble pourtant pas que Jack Straw ait r?alis? une telle analyse pour
pouvoir donner une vraie assise th?orique ? son assertion. L’usage du terme a
dans ce cas un but politique ou de propagande de guerre.

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10 Commentaire

  1. avatar

    Dès qu’une menace plane, ils n’hésitent pas prennent les armes « this is your job my héro »
    Dans leurs habits de lumière il mènent l’art de la guerre avec talent, avec brio

    Christine :
    Investis d’une mission divine ils lâchent des bombes plantent des mines et sèment le chao
    Raté de 100 mètres… ha c’est trop bête !
    Mais on ne fait pas d’omelette sans dégâts collatéraux

    Ref :
    Le conquérant de l’univers, vont sauver le monde
    Dans leurs beaux vaisseaux en fer , quand la menace gronde
    Le conquérant de l’univers, au nom de la liberté, mènent une croisade fiers
    De leur bannière étoilée.

    http://www.jamendo.com/fr/track/10567

  2. avatar

    Je disais il y a un mois, quand le spectacle a vraiment commencé en Egypte; que nous entrions dans la phase terminale de la désinformation. Tout est allé bien plus vite que je ne m’y attendais.

    Avec la razzia occidentale sur la Libye qui ne cherche même plus a garder un minimum de vraisemblance, il ne reste plus assez de verité dans les médias pour que l’on se donne la peine de vouloir en tirer une vision cohérente de le realité.

    Pierre JC Allard

    • avatar

      afrique , amérique du sud

      Franchement comment ca va se passer avec la chine

      et n’est ce pas un autre ennemi imaginaire, le mode de pensé des classes n’est pas vraiment antagoniste, mais apparemment ils ne s’aiment pas , va savoir

      C’est un ennemi imaginaire
      qui pourrait permettre d’imposer des choses

      ou de faire des choses

    • avatar

      on s’attaque aux pays pour garantir du pétroles a la machine de guerre

      et on continue la route

      tous s’accèlére

      en théorie la chine, si elle se sent vraiment menacé
      devrait réagir

      avant de se faire dégommer

    • avatar

      la route est tracé pour un débarquement

      va savoir si israel va s’amuser avec l’iran au passage

  3. avatar

    La Russie retourne sa veste par la voix de Poutine qui constate que la coalition marque des points mais reprend ses esprits avec MEDVEDEV qui tance Poutine.
    Idem pour la Chine qui constate non pas l’enlisement de la coalition mais tout le contraire.
    Les pays du golfe sont déstabilisés par l’iran des mollahs qui bâillonne et enchaîne l’opposition.
    La ligue Arabe n’est pas fiable (comme d’hab) et les dictateurs Africains sont redevables à kadhafi…
    il s’agirait de grandir !

  4. avatar

    rappelons que ce sont les insurgés Libyens qui ont pleuré l’intervention de la coalition et que chine et russie ont joué kadhafi…
    quant à la ligue arabe et l’union africaine…ils ne sont capables de rien, empêtrés dans la corruption, la dictature et le moyen âge. Ils en sont encore aux tribus, à l’excision et aux gourous pour gouverner.