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Présidentielles algériennes : L’impertinence de trois arguments contre le Général major Ali Ghediri.

1- Premières précisions.

Les contre-arguments ci-dessus ne s’adressent pas à ceux qui s’expriment ou agissent contre la candidature du Général major Ali Ghediri, par adhésion à la thèse selon laquelle l’Algérie aurait vitalement besoin d’être dirigée, durant un cinquième quinquennat, par le Président Abdelaziz Bouteflika. Ils ne s’y adressent pas, et il importe peu de savoir, ici, si ladite adhésion est sincère et non marchande, ou, ce qui est le plus souvent le cas, singulièrement intéressée. Pour nous adresser à ces partisans, il nous faudrait, même si nous décidons de faire abstraction des soucis liés à la Constitution et de l’état de santé du Président, discuter du bilan de ce dernier et de l’Algérie qui en est sortie. Or, ceci, même si nous ne faisons que le survoler, occupera tout l’espace ci-dessous et, par conséquent, nous éloignera de notre présent objet. En outre, en cette matière, il nous est déjà arrivé de nous exprimer, ce que nous avons fait en nous attaquant à des secteurs essentiels et à certains des Responsables les plus intégrés dans le clan présidentiel.

Autrement-dit, le présent article n’a rien à dire –ou plutôt, rien d’explicite et de direct (1)- ni sur l’extrême virulence avec laquelle le Vice-ministre de la Défense nationale et chef d’Etat-major de l’Armée (ANP), le Général de corps d’armée Ahmed Gaïd Salah, a répondu à l’interview accordée par Mr Ghediri au journal El Watan (2) et parue le 25 décembre 2018, ni sur la façon dont le parlementaire Tliba consacre toute une interview à ne faire qu’attaquer le même candidat. Ceci étant, les contre-arguments ci-dessous s’adressent à ceux qui, d’une part, tout au contraire, poussent l’opposition au projet du cinquième mandat jusqu’à le qualifier de ‘mascarade’, et, d’autre part, soutiennent que Mr Ghediri ne pourrait pas faire un bon Chef d’Etat.

2- Sur l’âge du futur Président.

A la candidature de Mr Ghediri, et étant donné certaines caractéristiques qui singularisent le système politique régnant en Algérie, il serait aisé d’opposer qu’on a déjà assez avancé dans l’âge lorsqu’on a 65 ans –avant d’ajouter que l’Algérie a surtout besoin de se libérer de ces vieux, dans le choix de celui qui, après le 18 avril 2019, méritera de présider à sa destinée. Une telle opposition serait des plus compréhensibles si elle venait à caractériser la position de la jeunesse algérienne. Mais ceci ne suffit pas à dire qu’elle consiste en autre chose qu’à faire siéger un détail à la place de l’essentiel, et, par conséquent, ne prouve pas qu’elle va dans le sens de l’intérêt de ladite jeunesse, laquelle constitue certainement l’avenir de ce dernier.

Par ailleurs, en plus du fait qu’il se montre en parfaite possession de toutes ses capacités cognitives, et qu’il montre une forme physique bonne jusqu’au point de le faire paraître plus jeune que ce qu’il est, le Général-major Ghediri n’a pas manqué de prouver qu’il possède, tout à la fois, un quotient intellectuel qui ne laisse point indifférent, et une culture qui ne saurait ne pas être un grand plus pour celui qui pourrait avoir la charge de diriger un Etat.

D’autre part, outre le fait qu’il est hautement utile de ne pas oublier que le jeune âge du Président Emmanuel Macron reste un fait d’exception y compris dans les Etats les plus démocratiques et les pays les plus développés, remarquons que rien ne dit qu’on ne peut pas être un bon –et même un grand !- chef d’Etat à 65 ans, et que l’histoire des Etats a de quoi démentir tout défenseur de la thèse inverse.

Enfin, il est essentiel de nous compléter par ceci : Dans les raisons que la Raison se doit d’opposer à l’octroi d’un cinquième quinquennat au Président Bouteflika, l’âge de ce dernier est un détail, et un détail presque insignifiant …tellement certaines desdites raisons sont profondes –et aussi profondes que rationnellement indiscutables.

3- L’usage du « Je ».

D’un article qu’il nous a été donné de lire parmi ceux écrits en défaveur du candidat Ghediri, il est aisé de sortir (ou de retenir) que si ce dernier était élu, en avril prochain, il présiderait l’Algérie en autocrate, si ce n’est en dictateur. L’argument, ou plutôt le symptôme, en est l’usage du « Je », éventuellement fréquent, et les propos comme « Je n’ai peur de rien » ou « Ce système ne me fait pas peur, ça sera lui ou moi ». Ce vocabulaire dévoilerait un candidat excessivement imbu de sa propre personne et trop sûr d’être supérieur à tous les autres ; il en sortirait, donc, un dirigeant pathologiquement dépourvu de capacité d’écoute, et un Chef d’Etat dangereusement empli de mépris pour l’opposition et le principe de la liberté d’expression

Cependant, réflexion une fois faite, il est difficile d’éviter la question de savoir si le si inattendu candidat ne pouvait pas s’exprimer sous une autre forme, et dire la même chose que ce qu’il a dit, absolument, tout en évitant, tout aussi absolument, ces problématiques détails de langage. Or, force est d’y répondre que pour ce faire, il aurait suffi, tout au plus, d’utiliser les services d’un conseiller en communication. En fait, fondamentalement, ici, nous ne sommes pas à des milliers de lieux de la situation dans laquelle le Président Chirac –à la veille d’une campagne électorale pour les Présidentielles, et face à l’insistance de sa fille Claude- a dû accepter d’’’améliorer’’ son look, sa pure apparence, et de rajeunir sa monture de lunettes.

Ceci étant, l’article en question pourrait très bien –à quelques milles lieux de sa visée première- nous avoir surtout appris que Mr Ghediri s’est lancé dans les Présidentielles sans avoir fait l’effort de s’initier, ou sans l’avoir assez fait, au marketing, cet Art du marché, de la marchandisation et du marchandage. Le cas échéant, remarquons-le en passant, nous y aurions aussi appris que l’Algérie –pays encore situé (maintenu ?) dans l’âge de la pré-modernité- pourrait déjà être face à l’exigence d’intégrer une norme produite par la postmodernité.

Finalement, pour nous exprimer de façon plus abstraite, disons que s’il était aussi facile -aux heures où il faut se préparer à opter pour un candidat à la magistrature suprême- de déceler les autocrates (et autres dangers) en puissance, il en aurait certainement résulté, outre ce qui relève du pur bonheur des peuples, ceci : Le grand livre de l’histoire universelle, dans certains de ses plus gros chapitres, se serait écrit bien différemment.

3 bis- Une réplique à la virulente réaction du Vice-ministre de la défense ?

Pour le dire encore autrement : dans ce qui est reproché au candidat Ghediri ici, il pourrait n’y avoir que de la spontanéité. Or, comme cette dernière est une denrée rare dans le discours des politiques, et comme on pourrait reconnaitre qu’elle est un des fonds qui manquent le plus à cette matière, il serait plus juste, tout au contraire, d’en accréditer le concerné en la lui reconnaissant comme qualité.

Par ailleurs, il serait légitime de se poser la question de savoir si cette manière de s’exprimer est – tout au moins, dans une certaine proportion- autre chose qu’une réaction du Général-major à la publication dans laquelle le Vice-ministre de la défense, tout en le visant sans le citer, et au-delà des menaces de poursuites judiciaires, s’attaque à « ces individus aigris et sans envergure » et qui, « démesurément ambitieux » et poussant le manque de « scrupules » jusqu’à « l’indécence », « s’accordent une vocation et une dimension qui ne sont pas les leurs » ; une violence verbale que le Général de corps d’armée ne se prive pas de pousser jusqu’à attribuer à sa cible –ces « apprentis analystes » et « experts pluridisciplinaires » « improvisés »- un « narcissisme maladif » (3).

Et quand Mr Ghediri réplique : « Je suis le seul général major de l’institution militaire qui possède tous les diplômes militaires et universitaires. Mon nom est gravé dans la fresque murale de l’Académie militaire de Moscou avec d’autres officiers du monde entier » (4) et qu’il poursuit en précisant qu’il possède, en ce qui le concerne, un parcours académique et un Doctorat (en Etudes stratégiques), peut-on ne pas y voir un rappel (ou une mise au point) directement adressé à son ex patron ?

4- « La main de l’étranger ».

Quant à l’éventualité d’attaquer Mr Ghediri en affirmant qu’il serait soutenu et voulu par telle (s) ou telle (s) capitale (s) étrangère (s), laquelle éventualité s’est effectivement réalisée, il y a énormément à dire dessus et à dire dans l’objectif d’en faire ressortir l’impertinence, conformément à ce que le titre du présent article annonce. Mais, dans le souci de ne pas augmenter plus le volume de ce dernier, nous y répondrons de façon assez brève et en nous contentant de ce qu’il y a de plus flagrant dans l’impertinence en question.

D’abord, n’omettons pas de relever que cet argument se devait d’être attendu par tout connaisseur de la façon dont les questions politiques se discutent en Algérie. Le fait est, d’une part, que se référer à « la main étrangère » pour réagir à toute critique ou opposition qui excèderaient certaines limites (tolérées), est une tradition inscrite au sein ce qu’il y a de plus authentique et de plus ancré dans la culture politique algérienne. Si on nous permet l’image, « la main de l’étranger » ressemble à une arme qui aurait fini, en Algérie, par faire partie du patrimoine national. Le fait est, d’autre part, que la candidature de Mr Ghediri semble avoir troublé un plan qui semblait des plus naturels et dont la réalisation paraissait des plus évidentes.

Ceci étant précisé, il est intéressant de souligner le fait qu’aucun Président algérien n’a bénéficié du soutien, du silence et de la tolérance, le tout à la fois, de l’étranger, autant que le Président Bouteflika. La plus récente preuve en est le silence observé par les grandes capitales face au projet du cinquième mandat. En même temps, sans l’assurance de cette amitié, jamais le très ex Ministre des affaires étrangères –d’un temps où être algérien était si fier- n’aurait accepté de se présenter à un nouveau quinquennat …après avoir passé cinq années à être le Président d’un peuple auquel il n’a pas réussi, ne serait-ce qu’une seule fois en cinq ans, à s’adresser directement. Mr Bouteflika fait partie de ceux qui savent, et absolument pas de ceux qui ignorent, et, en tant quel, il sait qu’une telle oralité constitue un moment et un moyen des plus forts et des plus imprescriptibles dans les liens qui doivent unir un peuple à son chef élu.

Par ailleurs, ni l’annonce du projet du troisième mandat ni la révision de la Constitution de 1996, qui l’a précédé et préparée, n’auraient pu se faire d’une façon aussi aisée que celle qu’on a pu observer, si on n’était pas plus ou moins certain qu’il n’y avait aucun risque de voir l’au-delà des frontières nationales froncer les sourcils. Enfin, d’une façon semblable, s’il n’avait pas préalablement été rassuré quant à un tel froncement de sourcils, le Président sortant ne se serait jamais déclaré candidat pour, encore, un nouveau quinquennat, après son célèbre accident vasculaire cérébral (AVC) d’avril 2013. Le souci est que cet AVC, après lui avoir imposé une longue hospitalisation, ne s’est pas contenté de lui interdire, désormais, de se montrer autrement qu’en position assise ou sur un fauteuil roulant. Concrètement, ledit AVC a poussé le Président à se présenter à des élections présentielles dont il était incapable, avec ou sans chaise roulante (5), de faire la compagne électorale, sa propre compagne.

 

Remaoun

Notes :
1- Ce qui sera dit ne le sera qu’en rapport direct avec notre objet.
2-
https://www.google.com/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=1&cad=rja&uact=8&ved=2ahUKEwidtPDe19zgAhXK34UKHZeXCvEQFjAAegQIABAB&url=https%3A%2F%2Fwww.elwatan.com%2Fedition%2Factualite%2Fgaid-salah-face-a-une-responsabilite-historique-25-12-2018&usg=AOvVaw33qWdQdkUpPXn9fPgO8l_H
3-
https://www.google.com/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=1&cad=rja&uact=8&ved=2ahUKEwjW08Xs29zgAhU7D2MBHWqHBusQFjAAegQIABAB&url=https%3A%2F%2Fwww.liberte-algerie.com%2Factualite%2Fviolente-charge-de-gaid-salah-contre-ali-ghediri-306589&usg=AOvVaw2olxzgbCeTiDXVp2-Rft3Y
4-https://www.google.com/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=1&cad=rja&uact=8&ved=2ahUKEwjShqre9dzgAhUEQBoKHbqQC6YQFjAAegQIABAB&url=https%3A%2F%2Fwww.tsa-algerie.com%2Fali-ghediri-je-suis-le-seul-general-major-de-linstitution-militaire-qui-possede-tous-les-diplomes%2F&usg=AOvVaw2DoyrVU1RHneoA9QoDP9Sd
5- La chaise roulante n’avait pas de quoi empêcher le Président de faire sa compagne électorale, de s’adresser régulièrement à la nation, de rencontrer les chefs d’Etat et autres représentants de l’étranger, et, y compris, de se déplacer à l’étranger et de participer à des rencontres internationales.

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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