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Premier crash d’un F-35 ? Le troisième, plutôt ! (1)

Ah, le F-35, cette enclume volante dont je vous ai déjà beaucoup entretenu ici, tant il est le parangon de la construction aéronautique militaire américaine :  pensé sur un modèle infaisable de trois avions réunis en un seul, équipé d’un système de commandes complexe qui fait de son pilote un porteur de casque de scaphandrier type « pieds lourds », lancé en production sans prototypes véritables, poussé par un lobby guerrier qui voit en lui des heures de travail pour ceux qui le construisent et non nécessairement une arme efficace, relayé et porté à bout de bras par des hommes politiques qui se posent en garant de ceux qui le construisent pour ne pas perdre leurs voix d’électeurs, il a tous les arguments contre lui en effet.  Il ne lui manquait que de s’écraser, pour parfaire l’idée que l’on en a, à savoir celle d’un avion raté.  C’est chose faite depuis hier en Caroline du Sud, ou un modèle du Marine Fighter Attack Training Squadron 501 à décollage vertical, le plus onéreux et le moins abouti des trois versions imaginées au départ, est tombé dans un marais près de Beaufort County.  Le pilote a heureusement pu s’éjecter et serait sain et sauf.  Le hic, c’est que ce n’est en fait pas le premier crash de cet avion… car le premier a été tout simplement dissimulé !

Dès l’annonce connue, un posteur sur Twitter s’était permis une vanne plutôt drôle, se demandant si on allait facilement retrouver les débris, vu que l’avion est réputé invisible (l’avion est tombé près de Beaufortdans les Clarendon Plantations).  En dehors du gag, on se doute de plus en plus qu’il ne l’est déjà plus trop invisible, sa signature thermique, oubliez la façon dont on l’avait présentée, étant démentielle.  C’est un vrai chalumeau volant, détectable qui plus est par des détecteurs infra-rouges apposés sur des missiles coûtant des centaines de fois moins cher que des missiles à détection radar.  Cet engin décrié est pourtant, on le comprend bien, le chouchou du Pentagone, qui n’a de cesse de vanter ses mérites, quand il arrive à en trouver, ou qui émet des tartines de promotion dès qu’il effectue une mission qu’un modèle moins sophistiqué est tout autant capable de faire.  Parfois, cette emphase douteuse a pris des dimensions assez grotesques… deux jours avant ce crash, notamment quand le Pentagone avait annoncé fièrement qu’il avait réussi à lâcher une bombe (ou deux) sur des talibans aux sol équipés de Kalachnikovs.  Chez CNN, c’était devenu le largage fait par un avion « létal et versatile », pas moins, devenu le « favori de Donald Trump ».  Il doit y avoir mieux comme référence, je pense.

A Beaufort, d’où était parti l’avion qui s’est écrasé, Google Earth nous donne une petite idée du déploiement des F-35B en octobre 2016 (ci-dessus).  Deux F-35B sont visibles au ravitaillement, pour pas moins de 29 Hornet déployés sur la base.  Il y a en fait deux escadrilles de Hornet à Beaufort la VMFA (AW) 533 et la VMFA-312, toutes deux des Marine Corps et toutes deux des vétérans d’Irak ou d’Afghanistan.  Les avions, si on les voit en nombre au sol de Google Earth – ce qui est flagrant- c’est tout simplement parce qu’ils ne volent plus !!!  Sur les 276 Hornets dont dispose les Marines seulement 30% sont en état de vol, en effet.  Certains, défectueux, sont cannibalisés, indique le patron d’une escadrille, d’autres empruntent des pièces ailleurs :  un des Hornet de la base possède par exemple une porte de train empruntée à un autre avion célèbre :  c’est celui qui est présenté sur le pont de l’USS Yorktown, devenu un musée de l’aviation de Mount Pleasant (ici à droite) !!!  Le commandant de la VMFA-312 rage en direct chez Fox News et on le comprend  : « nous sommes une escadrille opérationnelle, on est supposé faire voler des avions, pas de les construire » .  Il ajoute « Les FA-18 Hornet  du corps de marine sont censés avoir une durée de vie de 6 000 heures, mais ils sont en cours de rénovation pour porter leur durée de vie à 8 000 heures.  On dit que certains avions pourraient être poussés à 10 000 heures alors que le Corps des marines attendait l’avion de combat interarmées de 5 ème génération, qui devrait remplacer le F-18, mais qui a souffert de dépassements de coûts. «Nous n’avons pas assez d’avions que nous appelons « avions de base prêts à l’emploi ».  Un recoin de la base accueille les vestiges des cellules devenues obsolètes, entièrement vidées de leur contenu, prêtes à servir à des exercices de pompiers.  Bref, à Beaufort, c’est après le F-35, le déluge :  les appareils qui l’ont précédé sont désormais trop vieux ou trop abîmés par rester des armes efficaces !!!  A Beaufort, le F-35 , qui a tout pompé en budget à lui seul, comme on le sait, ne fait donc pas l’unanimité !!!  Loin de là !  On notera que l’avion qui s’est écrasé semblait en phase d’atterrissage se dirigeant vers l’axe de la piste 14 de la base (cf ci-dessous).

L’attaque contre les talibans, dont on sait peu de choses en fait, a été l’occasion rêvée de redorer son blason d’avion d’avion de type « CAS », le support rapproché des troupes au sol... ce pourquoi il n’est absolument pas fait, au contraire de l’A-10.  Au Pentagone, tout est affaire de communication, pour vanter la merveille des merveilles.  Il faut quand même préciser, pour atténuer le propos, que ce F-35 B, s’il sait jouer au Harrier, est comme lui démuni de canon à bord, et que pour mitrailler des adversaires au sol, il emporte sous lui un pod canon encombrant (cf ici à droite).  Les précédents modèles de pods vibraient de partout et faisaient tressauter les avions qui les emportaient, mais là, paraît-il, tout fonctionne parfaitement, enfin selon les airs du Pentagone (le GAU-12U à 5 canons Equalizer de 25 mm des AV-8B Harrier II and AV-8B Harrier II, le F-35 n’a que 4 fûts de tir et ils vibraient moins, étant mieux intégrés à l’avion). En réalité, ce n’est pas tout à fait ça :
Et pire encore, l’avion tire aussi très mal en configuration interne comme sur celui de l’Air Force:  « il y a un autre problème important qui rendra très difficile pour l’Armée de l’Air de prétendre pouvoir remplacer le A-10 par le F-35A: «Le F-35A a systématiquement manqué les cibles terrestres lors des tests de tirs; le programme est toujours en train de résoudre les problèmes. »  Le canon tire« trop long et à droite ».  Les canons F-35C et F-35C de la Marine, qui ne sont pas intégrés, fonctionnent apparemment mieux. Les tests de précision initiaux des pistolets F-35B et F-35C ont donné de meilleurs résultats que ceux du modèle F-35A», écrit Behler. «Les canons F-35B et F-35C présentaient tous les deux le même défaut de visée que le F-35A, mais le tir plus long ne se manifeste pas dans les systèmes en pods. »  L’enthousiasme du Pentagone oubliant de préciser qu’en emportant ce fameux pod à canon Gatling, l’avion perd son invisibilité (cf la photo très parlante à droite).  C’est totalement idiot, mais ce n’est pas la première idiotie dont ont été capables les concepteurs de cet invraisemblable appareil aux trois visages. Ci-dessous un des avions de la base de Beaufort en 2013 :

On notera aussi que le nouvel arrivant sur la base, en 2014, héritera d’un coin isolé et même d’un abri de toile en 2016.  Un abri, ou un endroit pour que l’on ne voit pas trop ce qui se passe, côté réparations :

La bonne cible ?

Bombarder les talibans en motocyclette est donc une de ses capacités, à condition que la cible soit atteinte.  Ce qui n’est pas sûr, d’après un rapport récent.  Dans ce rapport, on affirme que ce n’est pas du tout assuré, la faute à un logiciel qui annonce n’importe quoi dans le casque du pilote, qui choit la plupart du temps: une méthode bien à lui pour charger le plan de vol de sa mission (les fichiers des Mission Data Loads ou MDLs) : « tout cela était censé réduire la charge de travail du pilote. Les résultats du test montrent que dans plusieurs cas, le contraire se produit.  Par exemple, les pilotes sont censés être en mesure de programmer des données de planification spécifiques à une mission dans un poste de travail de support de mission hors-bord.  Ces fichiers de données sont ensuite acheminés vers la ligne de vol pour être chargés sur le F-35 avec un dispositif de mémoire portable.  Les pilotes ont constaté que cela prend trop de temps pour saisir et transférer les plans de mission de cette manière.  Ils choisissent plutôt de saisir manuellement leurs plans lorsqu’ils sont assis dans le cockpit.  Les multiples fausses cibles et / ou fausses menaces créées par l’incapacité apparemment inhérente du logiciel du F-35 à fusionner tous les multiples rapports de position quelque peu imprécis du réseau pour une cible ou une menace unique, représentent une charge égale ou plus lourde pour le pilote.  Cela crée également plus de travail pour les pilotes car ils doivent déterminer quelles sont les cibles réelles et lesquelles, généralement en les confirmant verbalement avec d’autres pilotes, l’action même que le système de fusion de capteurs est censé remplacer » .  Bref, on possède un lien vers un ordinateur pour indiquer les missions, mais les pilotes, lassés par la procédure, font tout à la main.  Pour l’avion révolutionnaire tout informatisé présenté par le Pentagone, ça la fout mal, avouez. Un logiciel qui invente des talibans supplémentaires en moto, en quelque sorte, voila qui ne doit pas vraiment aider au pilotage… et encore moins au bombardement !  (à gauche l’une des deux soutes à bombes du F-35B, limitées à 2 bombes et 2 missiles seulement chacune)…

Propagande évidente

Cette fois, pour mieux « vendre » au grand public la grande offensive de l’avion des merveilles, les militaires US ont fait jouer la fibre sensitive.  Ils n’ont en effet rien trouvé de mieux que de le faire piloter par un… fantôme, le transformant en avion zombie. On a assisté en effet à une belle mise en scène à l’occasion de cette opération.  Du grand art !!!  A en rappeler l’expédition pour supprimer un Ben Laden mythique, tant le vocabulaire vengeur a été le même et les symboles déployés identiques.  Une fable des temps modernes, alors rédigée par un storyteller, Nicholas Schmidle (1).  Les morts servent donc aussi à vendre des enclumes aux USA, il faut croire.  Je m’explique :  on le sait, les pilotes US arborent de leur nom, traditionnellement, les avions qu’ils pilotent.  Or une photo abondamment partagée sur le net et émise par les services de communication des Marines révélait un nom connu de pilote sur le bord de la verrière de cockpit de l’avion choisi pour effectuer « la première mission contre les talibans » :  celui du Lt. Col. C.K. ‘Otis’ Raible.  Apposé en fait sur la trappe de perche de ravitaillement.  Celui d’un commandant de la VMFA-211, décédé en 2012, présenté comme un héros et célébré de cette étrange manière.  Les morts servent aussi à vendre des avions… invendables, aux USA.  Il y a longtemps que l’on n’avait pas vu pareille image de propagande, composée comme un véritable tableau moderne (ici à droite) :  au premier plan le « chien jaune » bien visible, à gauche le « pod » pour montrer qu’il marche, ou que l’on s’en sert désormais, l’inévitable drapeau collé sur la trappe d’alimentation en air de la soufflante à décollage vertical, et sur le flanc de l’avion le nom du héros… Le Lieutenant Colonel Christopher Raible, alias « Otis ».  C’est puant de fausse commisération, dégoulinant de manipulation, tout simplement!

L’histoire du héros (ici à gauche), en prime, présentée comme exemplaire étant plus tragique encore :  il est mort en septembre 2012, avec comme seule arme un pistolet à la main, alors que sa base (le Camp Bastion en Afghanistan) était attaqué un soir par des talibans, désireux de rejouer les attaques suicides Viet-Cong sur les bases vietnamiennes dans les années 70.  L’homme était pilote de Harrier, c’était le commandant de l’escadron des « Avengers » venu de Yuma, la seule unité de ce type déployée en Afghanistan, dont six exemplaires avaient été détruits ce soir-là, deux autres étant endommagés. Le sergent Sgt. Bradley Atwell avait été également tué lors de l’assaut, Raible sera nommé pour recevoir la Silver Star à titre posthume.  Son second, le Maj. Robb McDonald, recevra lui aussi la Silver Star:  il livre ici le récit de la terrifiante attaque.  Il y explique s’être battu avec son pistolet et en caleçon…

Le héros était en fait mort en raison de l’incapacité des Marines à protéger leur base, malgré les exemples historiques qui auraient dû les mettre en garde et en alerte.  En somme, le F-35 célébrait ainsi les manquements cruciaux de la direction des Marines !!!!  Parlez d’un choix pour la presse, l’attaque surprise de Camp Bastion avec 8 avions perdus en un seul jour était la pire depuis le Viet-Nam ! (la VMA-211 n’ayant pas connu pareil désastre depuis le 8 décembre 1941… à Pearl Harbour).  Et comme on a du tact au Pentagone, dans la nécrologie du héros on rappelle que chacun des huit Harriers perdu valait 24 millions de dollars pièce…  Un officier deux étoiles fera quand même remarquer que les talibans l’avaient eu belle, car lors de son extension, le camp Bastion, qui avait déjà été utilisé en 2009 et 2010, n’avait pas d’enceinte encore entièrement fermée.  Et il ajoutait « qu’une piste à 200 millions de dollars de plus de deux milles de long a été installée en 2010, permettant aux forces américaines de débarquer des avions de fret C-5, des 747, des avions de passagers utilisés comme vols de troupes et d’autres avions géants ».  Sidérant de bêtise et d’impréparation !  A gauche, le navire porteur des 6 F-35 destinés à l’attaque en Afghanistan :  c’est le USS Essex (LHD-2), un porte-danseuses, car en plus du F-35B il amenait sur place 9 Osprey, cette autre gabegie à hélices. On peut visionner ici la mise en scène de l’attaque, proposée par le CENTCOM comme un reportage clé en main pour les TV… on peut y distinguer l’insertion manuelle délicate de bombes à l’intérieur du F-35B à l’espace réduit.  On voit une GBU-38 JDAM de 500 kilos.  Une MK-82 classique équipée de système de guidée, rangée dans la catégorie des « bombes légères ».  Au retour , la soute de l’avion semble vide.  On peut toujours se demander pourquoi les placer en interne, puisque l’emport du pod canon externe ruine totalement son invisibilité !

Une suite de déboires récents minimisés

Avant le décollage du F-35B pour cette mission « historique » à aucun risque pour lui (on ne sait pas où il est allé les larguer, ses bombes – en mer ?) et sur quel objectif exactement (des « talibans », c’est plutôt flou comme cible, fallait-t-il « bombarder » en ce cas, les a-t-il ou non « mitraillés  » plutôt ?), on avait pu voir le même avion avec deux rampants à ses côtés, en train de s’afférer autour d’une zone particulière de l’appareil, siglé étrangement d’une signalétique blanche bien visible sur chaque trou de vis à serrer.  Voilà aussi  qui est nouveau.  C’est en fait la trappe d’accès à l’interface de maintenance.  Le fait n’est pas anodin :  elle semble toujours suspecte, depuis que Okinawa, un des F-35 (type A), avait perdu la sienne en vol.  Selon Zone militaire, c’est une autre péripétie due à un manque évident de contrôle de production :  (…) « la découverte, l’automne dernier, de traces corrosion « dépassant les limites techniques » [mais sans affecter la sécurité des vols, selon le F-35 Joint Office Program du Pentagone, ndlr] sur des fixations des panneaux de fuselage entraîna la suspension des livraisons de F-35, le temps de trouver une solution à ce nouveau problème. Ce qui fut fait au bout de 30 jours. Puis, il apparut que le constructeur avait omis d’appliquer un enduit anti-corrosion sur des ajutages de panneaux d’inspection de maintenance.  Seulement, cet oubli n’avait pas été décelé ni par Lockheed-Martin ni par les équipes du Pentagone chargées de réceptionner les F-35 ».

Une énième péripétie, après les deux récentes qu’ont été le repliage du train d’un avion du  58th Fighter Squadron, sur la base d’Eglin le 28 août dernier (ici à droite).  L’incident avait eu lui heureusement après un atterrissage réussi. L’autre incident étant plus récent encore et plus mystérieux.  Celle d’un appareil ayant demandé à la tour de contrôle de Fresno l’autorisation de se poser le plus rapidement possible après la déclaration d’un problème technique resté mal défini à ce jour (le pilote ayant signalé « un ennui moteur » à bord).  La sortie du pilote de la VFA-125 de la Naval Air Station de Lemoore, toute proche de Fresno,  venu expliquer aux pompiers accourus ce qu’il en était pouvait passer pour intrigante, puisqu’il ne semblait lui-même pas touché par un quelconque problème physique, mais il avait vite évacué l’appareil, doté d’une échelle de coupée intégrée (l’avion ayant pu être l’objet d’un problème d’alimentation en oxygène, une plaie récurrente chez les chasseurs US).  L’affaire avait surpris, car ce n’est pas tous les jours en effet qu’un avion militaire se pose en catastrophe au milieu d’un aérodrome civil !!!  La base de Lemoore est celle où le taux de disponibilité des F-35 est plutôt « moyen » chez cet appareil (4 avions disponibles en moyenne sur les 8 qu’elle possède) !!!

Pour ajouter au déboires, le même jour un autre F-35 ingérait un oiseau en plein vol, mais cela arrive à d’autres et ne met pas en cause l’appareil.  Sans oublier également une autre péripétie, un ravitaillement en vol, le 23 août dernier, qui avait mal tourné avec un Super Hornet équipé d’un bidon nourricier. Le F-35C, des »Rough Riders » avait percé le panier récepteur de son ravitailleur (ici à droite), son réacteur avalant alors des débris. Un incident classé « A » chez l’US Navy ce qui signifie pour 2 millions de dollars de frais de réparations.  Le Super Hornet héritant d’une Class-C, des dégâts chiffrés entre 50 000 et 500 000 dollars.  L’avion est nettement plus cher, mais ses réparations aussi, il semble bien !

Ce problème est toujours au goût du jour :  « Le rapport de Behler met en évidence un problème de ravitaillement rencontré par les F-35B et F-35C. Les sondes de ravitaillement brisent trop souvent, ce qui fait que les escadrons imposent des restrictions sur le ravitaillement en vol. Le programme étudie toujours ce problème. »  J’ai entendu dire que le programme se concentre sur une maintenance améliorée du mécanisme du dévidoir, ainsi que sur les modifications de conception de la sonde ». Et le voilà devenu bouffeur de paniers, maintenant !

Mais que faut-il ne pas trop montrer (ici gauche et à droite l’incident de Fresno), si l’on veut toujours imposer ces avions onéreux sur le marché, même si son prix unitaire, plus il est produit, commence à descendre.  Ce que Donald Trump appelle une négociation réussie grâce à lui, alors qu’il n’y a été strictement pour rien !  La veille même du crash, l’agence Reuters avait annoncé que le Pentagone avait signé un accord pour 11, 5 millards de dollars, pour l’achat de 141 avions, ce qui aurait abaissé de 5,4% son coût pour l’amener à 89.2 millions de dollars l’unité.  On est toujours très loin d’une quelconque rentabilité qui tablait sur plus de 1500 appareils à fournir, pour y arriver.  Au départ, ce sont en effet 2443 avions dans les trois versions qui devaient être fabriqués dont 1 763 F-35A pour l’US Air Force, 420 F-35B (STOVL) pour l’US Marines Corps et 260 F-35C pour l’US Navy.  Question mensonge, le fantasque président US se pose là en effet.  Lui, si critique avant d’être élu l’avait décrit comme « formidable » après une brève rencontre avec la PDG de son constructeur, Lockheed-Martin.

Madame Marillyn Lockheed…

Trump sombre facilement dans le grotesque ou le surréaliste.  Ses propos sur le F-35 sont bien dans l’esprit (ou le manque d’esprit qui le caractérise). Récemment encore, il avait clamé lors d’un meeting à Porto-Rico  « Vous aimez le F-35? » Vous ne pouvez pas le voir. Vous ne pouvez littéralement pas le voir. Il est difficile de combattre un avion que vous ne pouvez pas voir ».  Pour expliquer son obscur propos, il avait dit qu’il avait discuté avec «des gars de la force aérienne» qui lui avaient dit que «eh bien, il gagne à chaque fois parce que l’ennemi ne peut pas le voir, même si c’est juste à côté, il ne peut pas le voir ».  Ce qui est aussi un énorme mensonge en plus d’être une ineptie !  En fait de « gars » Trump avait rencontré Marillyn Hewson, la présidente Lockheed-Martin, qui lui avait en effet dit que l’avion était « invisible ».  En l’appelant pour acquiescer à ses propos, il n’avait rien trouvé de mieux que de l’appeler « Marillyn Lockheed ».  Elle-même n’avait pas bronché (de peur de voir la vente s’échapper ?), pas davantage que l’impassible Mike Pence, toujours prêt à tout gober de son mentor (au pays du pire, on trouve facilement pire).  Un président qui ment, certes mais c’est aussi le cas du Pentagone, avec les crashs du F-35.  Ce qu’on verra demain plus en détail si vous le voulez bien… (ci-dessous un F-35B du Marine Fighter Attack Training Squadron 501 en train de faire son arrondi vers la base, direction piste 14) : celui-là a réussi à se poser.

 

 

(1) il a perdu pas mal de sa prestance et de sa superbe, depuis.  Il s’occupe aujourd’hui de décrier les usines à potins comme TMZ.  Pour quelqu’un qui a rédigé les textes de la plus belle manipulation jamais faite, c’est révéler un intérêt certain pour la chose.  Un avis de connaisseur, pour sûr !  Aujourd’hui, il glose surtout sur ses exploits passés et comment trouver la « vraie » information selon lui.  Il évoque ici son père, qui n’était autre que le Mr Internet du Pentagone (Lt. Gen. des Marines Robert Schmidle, choisi en 2014 par Obama pour évaluer les coups de la défense !).  Nicholas Schmidle aura joué un fort mauvais rôle dans l’information… ou plutôt dans la désinformation ces dernières années.  Le storytelling, à la place du journalisme, voilà son credo.  Le plus drôle, c’est qu’on retrouve son père (ici à droite) pour venir lui aussi à l’époque, en 2014, exprimer sa critique du F-35, selon The Hill :  « il a également exercé les fonctions de commandant adjoint du Cyber ​​Command aux États-Unis et a occupé plusieurs autres postes de direction dans la planification et la budgétisation du Corps des marines et du Pentagone. Par coïncidence, Schmidle est apparu dans une pièce « 60 Minutes » de CBS diffusée dimanche en défense du F-35 Joint Strike Fighter, le système d’armement le plus coûteux du Pentagone. L’avion, qui est encore en développement et en phase de test, a été confronté à un certain nombre de problèmes et de problèmes techniques qui ont considérablement retardé le programme et dépassé son budget. Mais selon « 60 Minutes », Schmidle a été un peu un exécutant de la version du Corps des Marines. Après avoir découvert que l’un des avions livrés par Lockheed présentait des lacunes dans son revêtement furtif, Schmidle a dit qu’il avait immédiatement envoyé des photos des trous à Lockheed et avait dit: «Alors, parlez-moi donc. « J’ai eu l’impression que vous aviez dit plus que simplement  » Parlez-moi « , a déclaré David Martin, correspondant de CBS News. « Avez-vous dit: »  Qu’est-ce que c’est que ça?  « Vous savez que les Marines ont tendance à être relativement directs dans la manière dont nous essayons d’aider les gens à comprendre ce que sont nos préoccupations particulières », a répondu Schmidle « . On retrouve ici un débat d’une heure et demi sur le F-35, lors du choix du budget de 2015, une audition sur les capacités de l’avion présentée par le républicain Michael Turner.  Schmidle apparaît dans la seconde partie, après le général Christopher Bogdan, responsable du projet et bien embarrassé avec son avion déficient à vendre aux élus (son prix fait débat).  Schmidle apparaît vers 1h01 dans la vidéo, c’est lui qui interroge les généraux responsables.  Il débute fort en affirmant d’emblée que « 50% de ceux que l’on possède aujourd’hui ne volent pas, car ils sont soit en train d’être modifiés ou en réparations ». Il insiste sur la « readyness » (disponibilité) trop basse selon lui (et selon, les chiffres) de l’ensemble des avions de la Navy ou des Marines en interpellant le contre amiral Michael Manazir, bien obligé de reconnaître qu’elle est alors au plus mal (ce dernier propose l’achat de 22 F-18 Growlers en attendant l’arrivée du F-35 :  chaque Growler coûte 68,2 millions de dollars, l’année suivante on en commandera 160…).  Le taux d’attrition atteint des limites insupportables.  Le bilan est alors désastreux, celui toujours dénoncé aujourd’hui, trois ans plus tard par les leaders de la base de Beaufort, équipé de Hornets à la dérive.

Nota : sur les déficiences criantes du F-35 on peut examiner ce rapport complet de 2017 :

un autre bon article sur le sujet datant de 2013 déjà :

https://www.vanityfair.com/news/2013/09/joint-strike-fighter-lockheed-martin

 

un bon article de DSI :

F-35 Lightning II : les déboires d’un rêve aéronautique

 

on peut relire:

https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/aviation-4-les-boulets-a-trainer-l-69242

https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/aviation-14-l-avion-qui-devorera-159481

https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/aviation-14-l-avion-qui-devorera-159518

https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/la-guerre-comme-idiotie-10-la-150710

Trump et l’armée : une promesse déjà enterrée !

 

L’enterrement du F-35 par le Pentagone lui-même : Trump n’aura même pas à le faire !

 

L’avion qui ne décolle plus

 

 

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    Le spécialiste a mis un peu de temps pour le découvrir cette fois…

    https://theaviationist.com/2018/10/03/details-emerge-about-first-u-s-marine-corps-f-35b-combat-mission-in-history/

    ce n’est pas mais David Cenciotti mais le dénommé Tom Demerly qui a retrouvé le cas de Raible…
    https://tomdemerly.com/about/
    peut-être que ce week-end là il était parti faire du vélo, plutôt, qui sait…

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