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Pourquoi se battre ? la guerre ?

La Grande Guerre se d?marque des conflits pr?c?dents par son ampleur et son intensit?. L’industrie lourde, la logistique moderne et l’implication totale des soci?t?s seront mis en marche pour se d?fendre face ? l’ennemi.

Avec un recul, il peut ?tre difficile de cerner la volont? qui animait les combattants. Se battre par contrainte ou avec consentement ? Il appara?t que le sujet a aliment? la recherche acad?mique au point d’en d?gager de grandes th?ories. Deux grandes tendances sont observables dans l’historiographie : la th?se de la soci?t? tourn?e vers le progr?s (l’individu civilis? a ?t? contraint de se battre) ainsi que la th?se de la soci?t? perm?able (l’individu peut consentir ? se battre). Les concepts de « dynamisme europ?en/civilisation des mœurs » et de « brutalisation des soci?t?/culture de guerre » ?tant diam?tralement oppos?s, ils vont proposer des avenues diff?rentes pour expliquer les ph?nom?nes observables dans les rapports sociaux en Europe.

La continuit? du sociologue Norbert Elias

Dans son livre Sur le processus de civilisation, l’auteur ?nonce une tendance lourde qui neutralise le caract?re violent des individus par un processus d’encadrement ext?rieur et une r?gulation interne (auto contention). Sa th?orie ?chelonn?e sur un grand espace temps est orient?e vers l’id?e d’une marche irr?sistible du progr?s. Elle fait abstraction de la Grande Guerre qui semble un accident de parcours fortuit. La « civilisation des mœurs » ?nonce « le lent reflux de la violence sociale dans la civilisation occidentale ? partir des d?bats de l’?poque moderne ». Le progr?s qu’il qualifie de lent processus est porteur d’am?lioration certaine tel qu’une sensibilit? accrue face ? la mort et la violence.

Arguments en faveur de la contrainte (dynamisme europ?en)

Le conflit de la Premi?re Guerre mondiale serait un cas isol? dans la trame du temps. Cette guerre serait l’exception ? la r?gle. Elle ne fait que ralentir la longue marche d?j? en cours de la progression de l’humanit? vers une civilisation d?tach?e des pratiques barbares. Pour faire la d?monstration de cette vision ethnocentrique v?hicul?e par les d?fenseurs du combattant « contraint » de se battre, nous allons ?num?rer les arguments possibles pour d?fendre ce point de vue. Les ?l?ments suivants peuvent influencer la perception des individus concernant une Europe civilis?e qui par sa culture peut illuminer par son exemple.

Tout d’abord, examinons cette repr?sentation mentale et abstraite du concept de « civilisation des mœurs ». Ce terme ?voque en quelque sorte un stade social sup?rieur, un aboutissement ? un long processus d’acquis positifs. La barbarie ?tant l’?l?ment ? proscrire sous toutes ses formes. L’abus de la force, l’intimidation et la soumission sont des gestes que l’on retrouverait moins dans la description d’un corps social europ?en progressiste. Le sociologue Elias fait la d?monstration de l’assouplissement des mœurs et il l’explique par le degr? de sensibilit? des individus au sein de cette « communaut? de la raison ». N?anmoins, se r?soudre ? faire l’emploi de la violence peur devenir n?cessaire, la guerre conna?t aussi un d?veloppement similaire dans lequel des r?gles humanisent les conflits. L’auteur r?f?re ? l’?poque m?di?vale (guerre brutale et sanglante) en comparaison aux conflits modernes (code d’honneur et respect de l’ennemi). Ce terme id?al tel que propos? par l’Allemand Elias admet le mouvement possible, des zones de turbulence. Cependant, d’aucune mani?re il va admettre une cassure et une radicalisation de cette soci?t? qui tend vers un stade de d?veloppement. La th?se s’appui sur les ph?nom?nes de « self control » et de l’augmentation du seuil de sensibilit?.

Pourtant, les individus issus de cette ?volution ont combattus durant la Grande Guerre. Les d?fenseurs de la dynamique europ?enne vont insister sur l’?l?ment de la contrainte. Autrement, il aurait ?t? impossible de persuader et de convaincre les individus d’aller contre leurs valeurs morales. D’autres arguments comme la persistance de syst?me de valeur et le culte des morts viennent affirmer que malgr? la guerre ? grande ?chelle, il reste un fond d’humanit?. Les valeurs morales sup?rieures ont pr?s?ances sur la sauvagerie. En fait, c’est la croyance sinc?re face aux atrocit?s ennemies qui va contraindre le soldat de d?fendre son sol et sa nation. On se sent oblig? de d?fendre les valeurs justes de la civilisation occidentale contre la barbarie. Cependant, il ne faut pas oublier que les antagonistes avaient exactement la m?me croyance, celle de se battre contre l’infamie.

Ensuite, dans l’historiographie suivant l’arr?t du conflit, nous pouvons d?gager une tendance ? faire la promotion du soldat comme victime de la guerre. Celui-ci ayant subi le front et ?tant le d?tenteur de l’exp?rience des tranch?es, il se situe comme l’objet d’une terrible ?preuve. On remarque que le soldat et le civil sont deux entit?s distinctes. Cette diff?rence d?montre que le citoyen civilis? doit se diff?rencier du militaire qui lui doit se salir les mains ? l’occasion. On insiste aussi sur le fait que les pratiques guerri?res tendent ? se civiliser et m?me ? dispara?tre devant l’?mergence de solution r?fl?chie.

Par apr?s, le pacifisme d?ploy? par les anciens combattants , les t?moignages des acteurs du conflit ainsi que le « discours de l’arri?re » servent bien l’argumentation des tenants de la « contrainte ». Tout d’abord, les v?t?rans aspirant ? la paix, qui sont devenus partisans de l’apaisement et du calme vont servir d’instrument pour outiller l’argumentaire en faveur d’une Europe des valeurs. La victimisation et le plaidoyer pour l’harmonie seront les ?l?ments du discours de ces combattants. Ensuite, nous pouvons ?noncer que les r?alit?s v?cues sur le terrain et celle ? l’arri?re peuvent cr?er une distorsion. Les combats peuvent alors para?tre fantastiques ou bien irr?els, donc difficile ? croire. On peut alors se mettre ? douter de ces exploits ou encore ?tre simplement d?pass? par les ?v?nements. La perception du combat vue de l’ext?rieur fait en sorte que la mort peut sembler indolore, propre et abstraite. Elle est trait?e comme une donn?e num?rique.

Comment expliquer que des citoyens tant civilis? est pu accepter de combattre sous le feu nourri de l’ennemi sans broncher ? La r?pression serait la r?ponse ? ce questionnement. Cet outil n?cessaire est l’?l?ment de contrainte ultime pour motiver les troupes ? ne pas se mutiner. Les fraternisations avec l’ennemi, les d?sertions et les mouvements de mutinerie seraient des manifestations humaines prouvant que la soci?t? europ?enne ?tait en proie ? un combat de valeurs morales. Elle se battait contre elle-m?me et seul un appareil r?pressif puissant pouvant contraindre les individus ? combattre.

Ignorant la mont?e des extr?mes, l’Italie fasciste, la crise espagnole, l’Allemagne hitl?rienne et l’URSS, la position du « dynamisme europ?en » met en avant-plan le succ?s des d?mocraties et effectue une p?riodisation du progr?s social qui semble toujours avancer malgr? tout. Comme une esp?ce de force irr?sistible qui va permettre aux individus de se d?gager des tendances et comportements immoraux. L’utilisation de la violence, dans ces conditions, ne peut-?tre que limit?e, encadr?e et elle ne peut surpasser les d?bordements connus lors de conflit pr?c?dent. La vie a une valeur inestimable, le traitement conf?r? aux morts toujours aussi pr?sent sur le champ de bataille o? l’on tente de r?cup?rer les d?pouilles de ses camarades.

La contrainte au combat proviendrait aussi par la diffusion d’atrocit? commise. Elle serait en fait un instrument o? le faux et le vrai se c?toie, ces ?v?nements ?pouvantables auraient servi de motivateur pour biaiser l’opinion. Une propagande efficace pour miner l’esprit remarquable de cette civilisation aux mœurs ?lev?es. Cette guerre une fois termin?, le Bien ayant gagn?, on retourne alors ? un ?tat normal, constructif et tourn? vers la promotion des id?aux civilisationnels. Il s’agit d’une vision sans trop de nuance qui n’admet pas que les nationalismes qui s’entrechoquent appartiennent tous ? cette m?me civilisation.

Ensuite, quelle est la d?finition du meurtre sous l’angle des « contraints » ? Il s’agit d’une abomination. En effet, cet acte est une finalit?, une issue impossible ? entretenir. Le fait de tuer ne semble jamais positif. Dans un sens, le fair-play, les r?gles de combat, le respect des conventions et des lois semblent plus ce qui importe que de tuer son adversaire. Dans cet approche civilis?e, on peut combattre et tuer son ennemi, mais il est possible de le faire dans un cadre raffin? qui est loin des m?thodes barbares.

La guerre termin?, l’esprit de la raison reprend droit de cit?, il est possible de voir les individus reprendre les activit?s telles qu’ils les avaient laiss?s la veille des combats. Cette guerre ayant ?t? rendue possible par la manipulation des esprits et aussi par le d?veloppement d’un sentiment d’obligation, elle est maintenant critiqu?e et vilipend?e par ceux qui se souviennent. La Der des Ders est une dure le?on qui laisse ?merger cette volont? de progr?s si ch?re aux partisans d’une Europe qui illumine par sa sagesse et son avancement.

La rupture selon Georges Mosse

Historien sp?cialis? sur la question de l’extr?me droite en Allemagne, Georges Mosse va faire la d?monstration dans son livre Fallen soldier d’une radicalisation de la violence en quelque sorte souhait?e par les antagonistes du conflit de la Grande Guerre. Cet ?tat de fait serait l’?l?ment d?clencheur d’une mutation sociale. Cette transfiguration serait source d’une d?sint?gration des valeurs morales et d’une croyance irrationnelle dans des motivations destructrices.

Arguments en faveur du consentement (culture de guerre)

En contrepartie de l’explication « contraignante » nous retrouvons une th?se qui met en doute l’essence m?me d’une Europe plus avanc?e aux niveaux des mœurs. Les termes « rupture », « brutalisation des soci?t?s » et finalement « culture de guerre » remettre en question les fondements de cette soci?t? soi-disant progressiste. On d?finit la culture de guerre comme ?tant : « la mani?re dont les contemporains se sont repr?sent?s et ont repr?sent? le conflit » . On parle alors d’une Europe divis?e et tendue, loin de cet id?al social d’un continent partageant des valeurs communes. La tension est immense et elle se pr?sente sous plusieurs formes. La guerre sera retard?e au maximum mais d?s le d?but du conflit, le combat est accept?. La vision lin?aire d’un progr?s social ne tient plus la route. Elle est maintenant rompue et le conflit laissera des cicatrices qui vont marquer longtemps les rapports entre individus et les collectivit?s. L’h?ritage de cette cassure sera porteur des germes destructeurs tel que le nazisme. La guerre met en relief le recul de la soci?t?, elle va tomber avec une ?tonnante rapidit? dans des comportements suppos?ment li?s ? une ?tape ant?rieure de son d?veloppement. Les soldats vont consentir ? se battre et ils vont le faire avec enthousiasme et une agressivit? in?gal?e dans le d?but du conflit. Alors de mani?re spontan?e et soudaine, ces hommes se transforment en soldat adoptant un style de combat nouveau genre. Les m?thodes guerri?res deviennent sophistiqu?es et en m?me temps barbares. La cible devient tout ce qui appartient ? l’autre camp : soldats, civils et prisonniers.

L’aptitude de « self control » est d?mentie. Le viol, l’assassinat, l’ex?cution sommaire ont pour d?nominateur commun la n?gation de la vie. Aucune arm?e n’enseigne ou encourage ces gestes particuliers, ils sont de l’initiative de la soldatesque. Ces actes ne sont pas le fait de tous, mais ils prennent une ampleur in?gal?e. Pour ce qui est des valeurs humaines qui persistent, elles repr?sentent la volont? des individus de vivre normalement dans cette situation anormale. Elle ne d?montre en rien la sup?riorit? d’une civilisation en comparaison ? une autre. La camaraderie et une forme d’empathie pour l’ennemi qui partage les m?mes horreurs vont d?velopper des sentiments forts qui vont transpara?tre dans leur perception de la soci?t? civile.

Le culte des morts est un autre ?l?ment qui subit une red?finition. La haine ethnique touchera autant les vivants que les morts. Les corps ennemis seront sujets ? la profanation et aux sacril?ges. Aucun respect est envisag? ou possible car ces cadavres sont consid?r?s comme des nuisances. Les soldats vont continuer ? r?cup?rer leurs morts mais l’ennemi aura souvent un traitement in?gal. Ce traitement des morts deviendra m?me source de conflit m?me apr?s la guerre. En effet, l’ennemi continu ? occuper la terre, il devient source de malaise et aussi de m?pris. Le choix de couleur des pierres tombales (blanche pour les Fran?ais, noire pour les Allemands est charg? en symbolique.)

La recherche de coh?sion suite au conflit aura comme r?sultat une autre avenue que le pacifisme. La radicalisation de la soci?t? et en particulier dans le champ politique sera le sympt?me d’une Europe ayant choisie de combattre et dans laquelle une partie de cette collectivit? n’est pas satisfaite de l’issue des combats. La rage x?nophobe et l’exclusion sociale des minorit?s d?montre aussi les limites de la th?se d’Elias. La violence a transmis un sentiment d’intol?rance. Elle banalise la violence et le recours ? celle-ci. On peut affirmer que la guerre continue sur plusieurs aspects, le conflit arm? est en veille et il n’attend qu’un d?clencheur. Une preuve de cette d?gradation sociale est l’assouplissement des lois en Allemagne concernant le meurtre politique ainsi que le laisser aller g?n?ralis? laissant le chemin libre au courant extr?miste.

Un autre aspect de la Grande Guerre pouvant infirmer ou confirmer l’une ou l’autre des th?ses serait les mouvements de mutinerie et de d?sertion. Cet ?l?ment semble avoir ?t? mal interpr?t?, il ne s’agirait pas d’une preuve suppl?mentaire appuyant la « contrainte ». Au contraire, les soldats d?siraient en finir rapidement de la guerre mais ils voulaient surtout se battre efficacement. Leur r?bellion contre les ?tats major se voulait avant tout une tentative de faire r?aliser aux commandements la n?cessit? d’adopter des strat?gies gagnantes. Ils consentent toujours de se battre mais dans l’optique de la victoire. Aucun contrainte n’a r?ellement ?t? efficace pour faire combattre ces soldats, ils avaient toujours la volont? de poursuivre les hostilit?s mais de mani?re judicieuse.

Le ph?nom?ne de la violence a ?t? d?terminant dans ce conflit. Il se d?marque des conflits pr?c?dents et on voit une augmentation des comportements agressifs transf?r? sur l’ensemble de la communaut? ennemie. Il n’y a pas vraiment de transition entre la vie civile et l’?preuve militaire. Les citoyens se transforment spontan?ment en combattants usant des techniques de guerre les plus agressives possibles. Le recours ? cette violence semble ?tre commun ? l’ensemble des bellig?rants en cause. Cette nouvelle mani?re de combattre est en quelque sorte une mode, une entente tacite provenant d’une tension immense et accumul?e. La peur de l’Autre, les tensions ethniques et religieuses, les repr?sentations caricaturales et l’incarnation du Mal feront en sorte de motiver d’avantage les soldats au front. Devant cette peur de l’an?antissement, ils choisissent de tenir et de s’imposer. D?truire l’autre ou subir le m?me sort, voil? ce qui motive les soldats.

La vie va perdre de sa valeur. L’indiff?rence et la banalit? devant la mort qui est si quotidienne causera une perte de sensibilit? profonde. L’ennemi en sera la premi?re victime. Georges Mosse parle d’une « d?shumanisation » de l’ennemi qui est cons?quence ? la diff?renciation m?me dans la mort. Pour ce qui est de la mort, elle passe vite d’un ?v?nement tragique ? une notion ?pur?e. La survie ?tant l’objectif du soldat, l’apitoiement n’est pas une strat?gie tr?s utile lorsque la mort semble commune et famili?re. Ajoutons que la propagande concernant ces atrocit?s n’?tait en fait qu’un outil pour confirmer ce que tous savaient d?j?. Une forme de renforcement pour conditionner les esprits certes, mais le choix de d?fendre sa patrie ?tait directement li? ? l’action sur le terrain et non pas les messages v?hicul?s par les ?tats major. Cette ?preuve va marquer les individus, ils vont devenir perm?ables et sensibles ? des tendances et des positions plus radicales.

Analyse du ph?nom?ne de la radicalisation de la soci?t? en Allemagne

La transition difficile vers la paix en Allemagne o? certains individus poursuivent les hostilit?s est l’un des sympt?mes qui peut d?montrer que l’Europe a ?t? atteinte par un mal. La soci?t? id?alis?e est maintenant fragment?e et certain membre de sa famille se radicalise. Nous le constatons dans la partie « La brutalisation du champ politique allemand » contenue dans le livre De la grande guerre au totalitarisme de Georges L. Mosse.

Le combat continue, en Allemagne, m?me suite ? l’arr?t de la premi?re guerre mondiale. L’auteur qualifie ce transfert de « brutalit? politique ». L’?tat allemand s’administre de mani?re grossi?re, il adopte une mani?re d’agir, une strat?gie de plus en plus violente. L’auteur ?nonce que ce processus est subversif, qu’il p?n?tre et persiste dans la vie parlementaire. Les partis respectables comme les ailes radicales utilisent une propagande ax?e sur l’autorepr?sentation et la diff?renciation. Le champ de bataille se trouve maintenant chez les parlementaires et les citoyens allemands. Selon l’auteur, la mort est maintenant un objet de banalit? et une r?alit? abstraite. Les survivants du conflit forme une race d’homme nouveau, on fait l’exaltation d’une humanit? purg?e lors de ces combats permettant d’acc?der ? un ?tat « primaire », on d?laisse le patriotisme pour le substituer par l’envie de destruction compl?te de l’ennemi.

Les fondements de l’extr?me droite perp?tuent l’id?alisation des valeurs d’entraide et de l’effort ultime. La gauche comme la droite va r?cup?rer cette cons?cration des valeurs nouvelles issues de la d?sint?gration du tissu social. Les r?volutionnaires et les r?actionnaires vont propager ces qualit?s. L’extr?me droite va transf?rer le combat dans la tranch?e par une action citoyenne engag?e o? l’id?al de camaraderie devient un outil de domination. Les camarades priment sur la vie des ennemis ext?rieurs tout come int?rieurs.

La violence devient la norme sociale. Le parlement allemand devient souple, nous pouvons constater le consentement g?n?ralis? dans la soci?t?. « La d?shumanisation de l’ennemi fut une des cons?quences les plus terribles du processus de brutalisation ». Il n’y a plus de tabous, les repr?sentations violentes sont banalis?es. Ce syndrome affecte toutes les couches de la soci?t?. Le discours jette un discr?dit sur l’autre et un bl?me des ensembles complet. L’autorepr?sentation et la diff?renciation sont encore plus ?videntes en Allemagne o? le niveau de vie a diminu? drastiquement. Les Juifs deviennent l’exutoire, le bouc ?missaire en r?action ? l’affaiblissement du tissu social. Le besoin de coh?sion dans la soci?t? se b?tit sur l’exclusion et un transfert d’affect commun.

Pour une histoire culturelle, Jean-Pierre Rioux et Jean-Francois Sirinelli

? la vue de l’Europe prosp?re et stable, il est difficile, selon les auteurs, de comprendre exactement la volont? des individus ayant accept?s de se battre en masse. De plus, Versailles aurait fossoy? l’Europe avant m?me qu’elle puisse se remettre de ce conflit douloureux. Elle y perd son rayonnement et se voit maintenant oblig?e de composer avec un g?nant voisin pr?nant des id?es r?volutionnaires. Les cons?quences de Versailles : une mont?e du nationalisme allemand, une radicalisation de sa soci?t?, une n?gation des v?rit?s morales et ultimement la cons?cration du nazisme. La guerre est source de mis?re et de d?tresse. Elle va permettre ? d’autres ensembles ?conomiques d’?merger et elle ralenti l’Europe dans sa qu?te de domination culturelle et technologique. Pour ces chercheurs, la guerre « totale » impliquant toute la soci?t? aura de grandes cons?quences sur les repr?sentations et les mentalit?s.

Il y a moins de diff?rence entre les militaires et les civils car le citoyen s’est engag? massivement au front. Pour ce qui est de la mort, elle appara?t comme une abstraction quasi irr?elle. L’aseptisation de la mort prend sa source dans les gestes anonymes et les grandes vagues d’assaut commune. L’artillerie rend encore plus impersonnel le ph?nom?ne de la mort au combat. On perd le sens de la r?alit? devant le nombre infini de mort s’accumulant, les individus d?veloppent une forme de r?sistance pour ?tre en mesure de d’affronter la dure r?alit?. Le d?tachement n?cessaire pour survivre va affecter la vie apr?s la guerre. La soci?t? va devenir plus tol?rante ? la violence. Les auteurs ?noncent que la violence directe a exist? mais elle sera occult?e. Ils constatent le d?veloppement d’une « culture de guerre » qui est le r?sultat d’une volont? de survivre.

La vision d’Elias n’est pas d?nud?e de sens car effectivement on peut observer une r?gression de certain comportement violent dans les rapports sociaux des soci?t?s en Europe. Cette progression n’est cependant pas l’apanage seul de ce continent et elle ne constitue en rien ? un stade ?volutif dans lequel les Europ?ens auraient une place de choix. La th?orie d’Elias n’explique pas la mont?e des id?ologies irrationnelles et la mutation quasi automatique de simple citoyen en formidable machines de guerre ob?issantes et d?termin?es. Les tenants de la position de la « contrainte » ne parviennent pas ? convaincre que les soldats ?taient tenu en laissent par la peur et par le d?ploiement d’un appareil propagandiste efficace. La r?pression et le conditionnement ?taient au rendez-vous, mais ils n’expliquent pas cette volont? guerri?re qui s’exprime d?s les premiers ?changes. D’autre part, nous retrouvons Mosse et ses successeurs, partant de sa th?orie de la brutalisation des soci?t?s, ceux-ci vont amener une nouvelle interpr?tation de la Premi?re Guerre Mondiale en l’expliquant au travers les principes de la « culture de guerre ». Mosse d?montre la rupture que subie le corps social europ?en, il insiste sur la diffusion certaine de la violence dans les mœurs politiques en Allemagne. Il ?nonce que cette guerre laissera des traces qui vont d?terminer les futures rapports sociaux, d?montrant ainsi la fragilit? de la th?se d’Elias.

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