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Pourquoi avons-nous oubli? le capitalisme d?antan ?

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MIICHEL SANTI:

Pourquoi avons-nous oubli? Henry Ford et sa sagesse alors que notre contexte actuel de croissance irr?guli?re ? voire inexistante ? impose d?appliquer ses recettes ? Souvenons-nous en effet de sa d?cision r?volutionnaire de 1914 qui consistait ? payer ses ouvriers le salaire sans pr?c?dent de 5 dollars par jour. Il n??tait certes pas (seulement) m? par une volont? de justice sociale car, et de l?aveu m?me de Ford, des revenus ?lev?s garantiraient une croissance stable et ?taient, en cons?quence, bons pour les affaires.

C?est ainsi que des salaires modiques sont promoteurs d?incertitude et de ralentissement ?conomique tandis que l?inverse stabilise les entreprises qui fid?lisent ainsi leurs salari?s devenant ? leur tour de bons clients? Henry Ford fut ainsi un pionnier de ce ??cercle vertueux de la croissance?? qui devait pr?sider ? l?av?nement de la gigantesque classe moyenne am?ricaine constitu?e de travailleurs tr?s correctement r?mun?r?s. C?est-?-dire de consommateurs en puissance avec, ? la cl?, des effets b?n?fiques pour l?ensemble des acteurs ?conomiques, et donc de l?emploi.

Apr?s la longue parenth?se de la Grande D?pression et du second conflit mondial, cette g?n?rosit? int?ress?e put ainsi essaimer ? travers toute l??conomie US. Et ce, particuli?rement gr?ce ? des syndicats puissants qui purent n?gocier avec succ?s des hausses de salaires et des avantages sociaux int?ressants, dans un contexte de patrons jouant volontiers le jeu. Ce qui devait donner le signal de d?part d?une p?riode ??vertueuse?? de croissance faste ? soit entre 1945 et le d?but des ann?es 1970 ? en d?pit d?une fiscalit? encore plus lourde que celle en vigueur actuellement. Car il n?est pas de croissance p?renne sans ?quit?, laquelle ?tait unanimement ressentie ? travers toute la classe des salari?s et des ouvriers, contrairement ? l?injustice et au m?pris qui lui sont prodigu?s de nos jours.

Ce capitalisme de papa avait effectivement pour pr?alable incontournable d?associer ?troitement patrons et travailleurs qui partageaient une m?me destin?e et qui ?taient tous constitutifs de cette m?me famille entrepreneuriale. Voil? pourquoi un homme comme Frank Abrams, Pr?sident de la Standard Oil du New Jersey pouvait affirmer que ??le travail de direction est de maintenir un ?quilibre juste entre les demandes des diff?rents groupes d?int?r?t??, autrement dit entre les ??actionnaires, les employ?s, les clients et le grand public??.

Cette mentalit? capitaliste bienveillante partait donc du principe selon lequel un salari? productif est n?cessairement un homme (ou une femme) en mesure de pr?voir sereinement son avenir ?conomique et financier. Le fait ? incontestable ? est que la productivit? des travailleurs am?ricains put doubler entre 1948 et 1973, en tandem avec les salaires?jusqu?? ce qu?un changement insidieux et mal?fique bouleverse la donne vers le milieu des ann?es 70. La productivit? des entreprises US put ainsi jouir d?une augmentation de l?ordre de 80% entre 1973 et 2010 et, ce, tandis que les salaires augment?rent de seulement 10% sur cette m?me p?riode et que, comme on ne le sait que trop, les b?n?fices des actionnaires connurent une explosion tout aussi hyperbolique qu?irrationnelle.

Une des raisons fondamentales de la r?cession subie depuis 2007 consiste ainsi en une combinaison de profits sans pr?c?dents pour l?actionnariat pendant que l?immense masse des salari?s subissait une stagnation de ses revenus. D?o? la lente disparition de la classe moyenne d?plor?e par nombre de politiques, d??conomistes et d?observateurs, qui n?est en r?alit? que la cons?quence directe de cette pr?f?rence absolue accord?e au petit monde des actionnaires.

Ne cherchons pas ailleurs?: le d?classement, c?est quand, par exemple, une entreprise comme Caterpillar g?le ses salaires et avantages sociaux pendant qu?elle enregistre des b?n?fices records? N?est-il pas temps aujourd?hui de rendre un peu ? cette classe moyenne ce qui lui revient, ne serait-ce que pour des motifs ?go?stes et int?ress?s, car c?est de son seul r?tablissement que les entreprises ? et donc l??conomie ? pourront b?n?ficier de prosp?rit? sur le long terme?? L?urgence serait de red?finir aujourd?hui un nouveau contrat social.

MICHEL SANTI

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