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Pour Trump, un soldat peut assassiner sans vergogne !

La petitesse d’esprit du dirigeant de la plus forte armée au monde n’est pas une nouveauté.  Cet inepte président ne comprend rien à rien, il n’est pas fait pour le métier (« unfit » (1)) et il l’a encore montré dernièrement, en évoquant en meeting ce qu’il pensait du cas d’un militaire américain, Mathew Golsteyn, qui devait bientôt en fin d’année passer en jugement pour avoir tué de sang-froid un prisonnier afghan, puis d’avoir enterré son corps… et avoir dissimulé cela pendant des mois.  En 2018, déjà, Trump avait laissé envisager que quelle que soit la décision future du tribunal, il le gracierait !!!  Avant-hier, en meeting, il a récidivé (faisant ainsi pression sur le procès à venir) avec un argument à la hauteur de sa pensée :  selon lui, c’est normal, en quelque sorte, cet assassinat, car « on entraîne nos hommes à devenir des machines à tuer ». Selon Trump, un soldat peut donc tout se permettre !!!  Preuve qu’il ne connaît pas l’armée et encore moins ses règles, mais on s’en doute un peu de cela, car il a soigneusement fui l’incorporation en pleine guerre du Viet-Nam en prétextant être doté de pieds déformés (2)… car là aussi il a menti, ce menteur invétéré !!!

L’histoire a démarré en 2011 dans les locaux de la CIA.  Mathew Golsteyn, venu pour postuler à un emploi dans la maison, alors qu’on lui appliquait comme à chaque recrue le test du détecteur de mensonges (« polygraph » aux USA) et qu’on le questionnait sur ce qu’il avait fait d’un prisonnier, avait benoîtement avoué l’avoir froidement abattu et après d’avoir dissimulés son corps.  Surprise du recruteur, qui ne s’attendait pas à ce genre de réponse. La potentielle recrue, certaine que le détecteur ne laisserait pas passer une autre réponse, se croyait en effet immunisé par ses médailles obtenues au combat, dont la prestigieuse Silver Star, obtenue à Marjah dans la province de Helmand en Afghanistan.  Une médaille pas vraiment volée à vrai dire :  pris en 2010 sous le feu de tirs de snipers utilisant des Dragunov, il avait commandé une attaque contre le nid des tireurs talibans.  Un de ces hommes, un afghan, blessé, avait alors abandonné son bazooka Carl Gustav Recoilless (M3E1 aux USA), que Golsteyn est allé rechercher sous les tirs de Kalachnikov pour le retourner contre les attaquants ennemis.  Il a ensuite coordonné le bombardement à la GBU-38 larguée de chasseurs-bombardiers Hornet, tout en surveillant l’évacuation de son homme blessé.  Un tir de Carl Gustav bien ajusté, et employé par lui, avait servi de pointage de tir pour les bombardiers, les derniers talibans étant anéantis par un tir d’ AGM-114N Hellfire de Predator venu à la rescousse, précise sa citation.

Prisonnier abattu 

Que c’était-il passé avec ce fameux prisonnier, c’est là tout le problème.  Le 20 février 2010, une bombe improvisée explose (roadside bomb) et tue deux jeunes Marines, le Sgt. Jeremy R. McQueary et Lance Cpl. Larry M. Johnson (ici à droite), tous deux de la 3rd Special Forces Group, des bérets vers de l’unité de Golsteyn.  Aussitôt celui-ci fait fouiller et fouille lui-même les maisons des alentours et déniche des éléments pouvant servir à fabriquer ce genre de bombe (en fait il y en a partout, elles sont à base de… fertilisant), et embarque avec lui un suspect pour le ramener à la base.  L’homme, appelé « Rasoul » présenté aux autorités afghanes, est rapidement libéré par celles-ci, faute de preuves.  Ce jour-là, Golsteyn a affirmé que « ça arrivait souvent et que le lendemain les libérés recommençaient à tirer sur ses hommes ». Bref, notre héros supportant mal la mort de ces deux jeunes collègues, à l’évidence, pour lui le crime restait impuni.  Chargé de ramener le suspect chez lui avec un autre soldat, il lui a alors tiré dessus sans autre forme de procès et a enterré son corps à la va-vite, pour ne pas laisser de traces, et les deux hommes étant rentrés tranquillement à leur base, en affirmant avoir fait ce qu’on leur avait demandé de faire… pire encore, car craignant que ça ne s’ébruite, les deux assassins étaient revenus le lendemain à l’endroit où ils avaient enterré sommairement l’afghan soupçonné d’avoir fabriqué la bombe, l’avaient déterré et avaient brûlé cette fois son corps et des « éléments classés » selon l’enquête ultérieure de l’armée (à gauche un des trous examinés par les enquêteurs où rien n’a été retrouvé). Lesquels, d’éléments, on ne le sait pas : les « preuves » de la fabrication de la roadside bomb ? on l’ignore. Golsteyn craignait-il que l’on découvre qu’elles étaient insuffisantes ? Informée par la CIA, l’Armée US avait en effet effectué après coup sa propre enquête, mais elle n’aboutira qu’à peu de chose sur place.  En avril 2014, Golsteyn se voyait néanmoins retirer sa Golden Star pour ce comportement honteux, mais simplement réprimandé, vu que l’on n’avait pu retrouver aucune preuve des faits… Deux ans plus tard, toujours aussi inconscient semble-t-il, Golsteyn apparaissait dans l’émission de Fox News Special Report dans une interview  sur « comment fait-on vraiment la guerre », pour raconter au grand public la même histoire, jusque-là restée confinée au sein de l’armée, en se ventant devant les caméras d’avoir tué selon lui le poseur de bombes !!! Tollé général et le lendemain même, il se retrouvait notifié sous l’Article 32, un article du code militaire US, similaire à l’établissement d’un procès civil ultérieur, annoncé ici pour décembre prochain.  Cette fois, c’est la peine de mort qui peut être requise pour ce comportement déshonorant pour l’institution de l’armée US. A la télévision, sa femme, les parents de Golsteyn, mais aussi ceux des deux victimes de la bombe, étaient venus crier à l’injustice, bien entendu… surtout sur FoxNews, bien sûr… que Donald appréciait alors beaucoup : c’était avant que la chaîne ne délivre des sondages négatifs le concernant !

Pas un cas isolé, hélas…

L’histoire de Golsteyn est en fait aussi l’histoire d’un autre Marines de l’Oklahoma, Michel Behenna et, fait troublant, elle survenue dans les mêmes circonstances à peu près, raconte ici Le SoLeil : « Le lieutenant Behenna avait été condamné en 2009 par une cour martiale à 25 ans de prison pour le meurtre d’un prisonnier, Ali Mansour, commis un an plus tôt près de Baïji, dans le nord de l’Irak. Soupçonné d’être l’auteur d’une attaque à la bombe ayant tué deux soldats américains, l’Irakien avait été arrêté début mai 2008 par l’armée américaine qui, n’ayant pu prouver son implication, avait ordonné de le remettre en liberté après une dizaine de jours en détention. Michael Behenna, qui connaissait les deux victimes, devait le ramener dans son village avec son peloton, mais il avait décidé de l’interroger sur une route isolée. Le corps nu de l’Irakien avait été retrouvé le lendemain criblé de deux balles et en partie brûlé. Lors de son procès, le lieutenant Behenna avait plaidé la légitime défense ».  Sa peine de 25 ans de prison ayant été ramenée à 15 ans par le bureau des grâces de l’armée, Behenna avait hérité d’une liberté conditionnelle dès 2014, six ans seulement après le meurtre. Or le 7 mai dernier, Trump l’a complètement gracié !!! Trump avait été poussé à cette décision par la Gouverneure de l’Oklahoma, Mary Fallin, républicaine bon teint (celle qui a autorisé l’extraction du gaz de schiste qui secoue tout l’Etat) et l’avocat de l’Etat Mike Hunter (Oklahoma lui aussi, nommé en remplaçant de l’Attorney General Scott Pruitt, arrivé chez Trump). Le propre père du soldat, Scott Behenna, avait travaillé pour le FBI et la police de l’Oklahoma (dans le Bureau of Investigation de l’Etat).

Un psychopathe parmi les Navy Seals

Un autre cas récent n’avait pas eu besoin de l’intervention présidentielle : un Navy Seals, Edward Gallagher, qui avait été accusé d’avoir poignardé à mort un autre prisonnier, irakien cette fois, âgé à peine d’une quinzaine d’années, alors qu’un médecin était en train de le soigner, et également d’avoir abattu au fusil à lunette de sniper une jeune fille et un vieillard mais aussi également d’avoir tiré à la mitrailleuse lourde des zones résidentielles, comme au « bon vieux temps » de l’invasion du pays et des actions des milices déjantées de Blackwater, a été jugé le 28 mai dernier devant un tribunal militaire à San Diego en Californie.  Il avait posé fièrement à côté du cadavre d’un de ceux qu’il avait tué, en l’exhibant comme trophée, en compagnie d’autres soldats.  Arrêté le 11 septembre 2018, il a lui été tout simplement acquitté de toutes les charges contre lui, un autre scandale évident.  Le procès avait montré qu’on avait affaire à un véritable psychopathe pourtant « D’après des déclarations lues lors d’une audience préliminaire en novembre 2018, certains membres du peloton «Alpha» commandé par Edward Gallagher étaient si horrifiés par son comportement qu’ils avaient trafiqué son fusil de sniper pour le rendre moins précis et tiraient des coups de semonce pour faire fuir les civils avant que leur chef n’ait le temps d’ouvrir le feu sur eux. » Lors du procès, grotesque, un autre Navy Seals était venu s’accuser du meurtre de l’adolescent, après avoir négocié une immunité due à son appartenance aux Navy Seals ! Là encore, Trump lui avait promis sa grâce s’il était condamné !!! Sidérant !!! Pour le cas de Gallagher, c’est un intense lobbying de la part de Pete Hegseth chez Fox (ici à droite en grande admiration…) qui avait poussé à son élargissement, influençant ainsi ceux qui devaient le juger.  Selon le site Task and Purpose, un site pro-armée, trois membres de l’équipe de soutien de Gallagher avaient des liens étroits avec Trump.

Des comportements inacceptables récurrents

Tout cela avait rappelé hélas ce que j’ai trop souvent décrit, ailleurs comme ici, à savoir le comportement innommable de certains soldats US, plus ou moins couverts par leur hiérarchie ou aujourd’hui par leur président.  On se souvient des trois Marines qui s’étaient faits filmer en train d’uriner en 2011 sur les cadavres de talibans tués au combat, ou de Nicholas Slatten, 35 ans, société de sécurité privée Blackwater (3), jugé coupable en définitive de la mort d’un civil irakien en 2007 (l’incident de Nisoor), onze ans après un carnage à un carrefour de Bagdad qui avait eu une énorme répercussion médiatique. En juin 2019, à la fin des recours en appel, Slatten attendait toujours.. avec ses trois co-accusés (Dustin Heard, Evan Liberty et Paul Slough) la grâce de Trump, qui était disposé paraît-il à la leur accorder.  A ce jour, il hésite encore semble-t-il.  En acceptant de pardonner, Trump déshonore l’armée, car ceux qui ont commis ces crimes sont tous allés à l’encore des ordres donnés, ceux de l’engagement de tir ou du respect des prisonniers. Les vétérans l’ont bien compris, eux qui n’apprécient pas que l’on se moque ainsi de l’institution militaire, en la rendant inacceptable aux yeux du public qui la respecte, car elle garantit aussi la loi (comme la police).  Selon Chris Stevenson, « un ancien marine ayant servi entre 1990 et 1994, a déclaré à Quartz qu’il n’était pas étonné que Trump, un homme sans expérience militaire et qui a différé le service en se fondant sur une «fausse» réclamation médicale, enfreint de manière flagrante la loi et l’ordre, concepts critiques dans les forces armées et essentielles à leur légitimité. « Un meurtre aveugle est un meurtre aveugle, que vous portiez un uniforme ou non », a-t-il écrit dans un courrier électronique. « Pardonner ces personnes enverrait un message que votre armée n’a pas de code et est juste un groupe d’individus sans loi qui n’a aucune considération pour aider les gens. » On ne saurait mieux décrire l’imbécilité chronique de Trump !

Gracier des criminels de guerre, c’est accepter une armée sans honneur : « l’ancien commandant des forces de l’Otan, l’ex-amiral James Stavridis (ici à droite), qui s’est élevé dans les colonnes du magazine Time contre l’idée de gracier des militaires soupçonnés ou reconnus coupables de crimes de guerre. « J’ai commandé plusieurs des militaires que Trump veut gracier. Les libérer affaiblira l’armée », écrit l’amiral Stavridis, aujourd’hui à la retraite. Ce genre de grâces « renforce la propagande ennemie, car ils pourront dire que nous ne respectons pas nos propres principes » et les conduira « à se comporter de façon encore plus barbare », a-t-il noté. »  On ne peut mieux conclure !

(1) ici la longue (très longue) tirade le déclarant fou à lier (et dangereux) mais aussi incompétent.  Cela fait 30 page A4 bien tassées et c’est signé GEORGE T. CONWAY III, un avocat qui est aussi le mari de Kelyanne Conway, qui est  » conseillère du président des États-Unis  » !!! Drôle de couple !

(2) un médecin compatissant lui a trouvé un « éperon osseux au talon ». « En 1968, après une fac de commerce, le jeune homme de 22 ans avait déjà bénéficié de quatre sursis accordés par l’armée, afin de terminer ses études. En bonne condition physique, fraîchement diplômé, il aurait dû accomplir son service militaire. Mais voilà. En 2011, lors d’un entretien télévisé, le milliardaire s’est vanté « d’avoir tiré un numéro très élevé » lors d’un tirage au sort, ce qui lui aurait évité un départ au Vietnam et lui aurait permis de vivre « une période incroyable de sa vie ». Un gros mensonge de plus pour Donald le menteur.

(3) on notera que l’ex-patron de Blackwater, Erik Prince qui s’occupe des émirats aujourd’hui n’est autre que le frère de Betsy Devos, l’inculte ministre de l’éducation de Donald Trump, favorable aux écoles privées en priorité. Ici son accueil par des étudiants noirs qui ne l’apprécient pas vraiment

on peut relire :

https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/je-pensais-que-les-irakiens-n-86228

Ecrit en 2010 sur le cas de Steven Dale Green et le viol et le meurtre en 2006 de la petite Abeer Qassim Al-Janabi.

On notera ceci qui adoube ce qui a été dit par James Stavridis sur le cas d’exemples de soldats ne respectant pas les populations, ce qui engendre une spirale de violence chez l’adversaire  : « le 11 juillet 2006, on retrouvait les corps décapités, horriblement torturés et reliés à des IEDs, de deux soldats US, Thomas Lowell Tucker et Kristian Menchaca, de la même unité que celle de Dale Green. Ils avaient été enlevés, les insurgés ayant clamé partout qu’ils vengeraient Abeer (qui signifie « parfum de fleur »), sa petite sœur, et ses parents. En avril, trois soldats avaient déjà subi le même sort, dont Charles Babineau, toujours de la même unité. Le Pentagone avait vigoureusement nié le lien de cause à effet pour les cinq décès. Il ne pouvait y avoir de vengeance pour un crime alors non avoué, ce devait être ça, sans doute. Le cycle infernal de représailles pouvait recommencer. »

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/l-eau-noire-qui-attend-obama-en-50101

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/l-eau-noire-qui-attend-obama-en-50099

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/propagande-et-censure-42792

https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/le-merdier-afghan-maj3-61180

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/les-nouveaux-missionnaires-de-32942

le cas étonnant d’un jugement a rappelé que les gens de Blackwater pouvaient hélas massacrer qui ils voulaient…par contrat

https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/non-cet-homme-n-est-pas-ce-que-67522

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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