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Pour l’Europe, la croissance est une malédiction!

maurice-schumann

Inspirons nous, à cet égard, du contre exemple britannique ayant, contre toutes attentes, vu la ré élection de Cameron. Ayant imposé à ses concitoyens et à son économie une rigueur impitoyable, celui-ci n’a pu être réélu qu’à la faveur d’une pause dans cette austérité ayant autorisé un rétablissement in extremis de la croissance et, ce, quelques mois avant les élections ! Eu égard aux fondamentaux déprimés de l’économie britannique, il y a fort à parier – et hélas à craindre – que le reprise de l’austérité, par un gouvernement qui se complaira désormais dans un conservatisme forcené, contribuera à achever de décimer la classe moyenne de ce pays.

Mais ne nous réjouissons pas trop de ce déclin britannique car nos propres dirigeants continentaux en Europe adoptent une attitude similaire. En effet, chez nous aussi la croissance repart, mais pour les mauvaises raisons. Pourquoi la climat de confiance s’améliore-t-il ? Et qu’est-ce qui permet à la Commission Européenne de prévoir une croissance de l’Union de l’ordre de 1.3% cette année ? Ce n’est assurément pas les réformes vitales qui tirent l’Europe de sa stagnation…car l’Europe n’est – après plus de cinq ans de crise aigüe – toujours pas une Union digne de ce nom. Ces lueurs d’espoir sont effectivement redevables à l’activisme de la Banque Centrale Européenne et à son programme courageux de baisses de taux quantitatives ayant enfin envoyé aux acteurs de l’économie un signal clair attestant qu’une institution européenne – fût-elle non élue! – se préoccupait quand même de leur sort. L’effet collatéral de ces « QE » étant l’amélioration de la compétitivité de nos produits par baisse de l’euro interposée. Pour autant, ne nous réjouissons pas trop vite car, outre sa progression récente sur le marché des Changes, la chute de l’euro ne déploiera des effets concrets que sur le long terme. L’exemple japonais – tant sur le plan des « QE » que pour la chute du Yen- indique clairement que les retombées favorables d’une dépréciation de la monnaie nationale ne sont répercutées sur l’économie qu’au bout de deux ans.

En réalité, l’embellie de la conjoncture, comme le rétablissement du moral des consommateurs et des investisseurs, proviennent de la pause dans l’austérité budgétaire et dans la mise en veilleuse de la consolidation fiscale de nos Etats. Ce n’est donc pas la chute de l’euro que l’on doit remercier pour les performances économiques positives actuelles. C’est l’amoindrissement des intolérables pressions exercées sur nos citoyens – ruinés par l’augmentation des impôts, désemparés par l’accélération du chômage et abasourdis par la diminution des dépenses publiques – qui autorise aujourd’hui un rétablissement mécanique de la barre économique. Voilà précisément pourquoi la reprise est une très mauvaise nouvelle pour l’Europe, condamnée dès lors à se complaire dans sa torpeur, qui ressentira à l’évidence nettement moins l’urgence de modifier en profondeur et sa posture autodestructrice et l’adoption de mesures qui lui sont pourtant vitales.

L’Union n’a effectivement plus aucun motif de se montrer clémente, ni même compréhensive, envers la Grèce à présent qu’elle renoue avec la croissance. Désormais sous une pression moindre de la part de leurs concitoyens respectifs soulagés par un allègement de l’austérité, les dirigeants de l’Union ont jusque là fait preuve d’un tel manque de clairvoyance que leur posture vis-à-vis de la Grèce est désormais susceptible de se montrer sans concession. La conséquence étant une sortie grecque de l’Union aux effets désastreux et pour l’économie mondiale et pour le projet humaniste européen. Sans même évoquer l’Union politique et budgétaire qui serait naturellement remise aux calendes…grecques à la faveur de l’accalmie de la tempête économique et financière.

Quand et comment comprendront-ils – nos dirigeants actuels – que notre continent sera nécessairement exposé à d’autres crises dont il ne se tirera que si et grâce à la finalisation d’une Union en bonne et due forme ? S’il y a un enseignement à tirer des élections britanniques, il est que la conjoncture économique et que le moral de ses acteurs s’améliorent six à neuf mois après la mise entre parenthèse de la rigueur budgétaire. Pour autant, à l’instar de Cameron qui ne fléchira pas et qui intensifiera inévitablement la pression sur les 99% à présent qu’il a été réélu, les austériens européens s’attribuent déjà le mérite de la reprise de la croissance actuelle. Ils ne comprennent décidément pas que c’est leur consolidation fiscale débile qui a contraint Mario Draghi à mettre en place son programme de baisses de taux quantitatives. Exactement comme ils refuseront l’instauration d’une authentique solidarité européenne sous le prétexte fallacieux, et intellectuellement malhonnête, que c’est leur austérité qui a relancé la croissance.

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