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Segolene Royal, France's Ecology, Sustainable Development and Energy Minister, arrives to attend first cabinet meeting at the Elysee Palace in Paris, April 4, 2014. REUTERS/Charles Platiau (FRANCE - Tags: POLITICS)

Portiques de sécurité : Ségolène Royal fait de la com’

L’attentat du Thalys a fortement marqué les esprits et suscité de très nombreux commentaires et analyses dans les médias. Il a également posé la légitime question de la sécurité des voyageurs dans les trains. Pour y répondre, Ségolène Royal pense disposer de la solution : installer des portiques de contrôle des bagages dans les gares pour les trains transfrontaliers. Une telle initiative répond-elle au défi ?

Lundi dernier, la ministre de l’Écologie Ségolène Royal s’est exprimée sur l’attentat commis le vendredi 21 août dans le Thalys reliant Amsterdam à Paris. Non pour se substituer à son collègue ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, en charge de l’enquête et de la sûreté du territoire, mais – au titre de la tutelle qu’elle exerce sur le secrétariat d’État aux Transports – pour envisager des mesures visant à améliorer la sécurité des voyageurs dans les trains. Les mesures qu’elle propose sont au nombre de deux :

1) « L’installation de portiques de sécurité » comme il en existe déjà pour accéder à l’Eurostar. Une disposition qui, selon la ministre, pourrait être envisagée dans un premier temps pour « les trains qui franchissent les frontières ».

2) L’instauration de « contrôles aléatoires dans les gares », ces derniers pouvant, suggère la ministre, être effectués, soit par des agents de la SNCF, soit par du personnel appartenant à des entreprises de sécurité. Ségolène Royal n’est est toutefois pas restée à l’énoncé brut de cette possible mesure ; elle a en effet tenu à préciser la pensée des pouvoirs publics, et accessoirement venir en aide à son secrétaire d’État aux Transports Alain Vidalies, mis en cause dans une polémique ces derniers jours : « Un contrôle aléatoire n’est pas un contrôle discriminatoire », a affirmé la ministre afin de couper court aux interprétations négatives.

Il est probable que de tels contrôles aléatoires des personnes et des bagages seront rapidement mis en place dans les grandes gares, sans doute dans les jours ou les semaines à venir. Les modalités n’en restent pas moins à définir pour déterminer qui exercera ces contrôles et sur quels critères ils seront effectués afin de ne pas donner prise à des soupçons de contrôle au faciès.

Nettement plus difficiles à mettre en place, les portiques de sécurité posent de nombreux problèmes, notamment financiers, entre le coût des installations et celui, très onéreux, du personnel qui devrait être nécessairement affecté à ces contrôles et à l’entretien des équipements. Des dépenses auxquelles il conviendrait d’ajouter le coût d’isolement physique des voies concernées par une paroi vitrée s’il était envisagé des infrastructures du même type que celles de l’Eurostar à la Gare de Paris-Nord.

Mais surtout, il faut se rendre à cette évidence : une telle mesure ne servirait strictement à rien pour déjouer des attentats terroristes en milieu ferroviaire. Il circule en effet chaque jour plus de 14 000 trains de voyageurs sur les lignes de la SNCF. Et si quelques-uns d’entre eux ne peuvent plus être frappés – ce qui serait le cas des trains internationaux protégés par les portiques –, tous les autres trains resteraient des cibles possibles pour les terroristes, qu’il s’agisse de TGV, d’Intercités ou de TER.

Autres cibles potentielles : les rames de métro et de RER bondées aux heures de pointe ! On se souvient à cet égard avec horreur de l’attentat commis le 25 juillet 1995 à la station Saint-Michel sur le RER B par le GIA algérien. Or, il est impossible de pratiquer un contrôle d’accès aux rames du métro et du RER. Celles-ci sont en effet très majoritairement utilisées par des personnes en déplacement domicile-travail, et les voyageurs n’accepteraient pas de subir d’importants retards matin et soir pour accéder à leur moyen de transport.

Faute de pouvoir agir dans les transports en commun, les terroristes pourraient d’ailleurs changer d’objectif et se tourner vers les cinémas, les théâtres, les stades, les carnavals, les fêtes foraines ou même les trottoirs de la capitale, bondés d’une foule compacte aux abords des grands magasins au moment des fêtes de fin d’année. Malheureusement, les cibles ne manquent pas, et ce ne sont pas quelques dérisoires portiques implantés ici ou là qui pourront donner aux Français l’assurance d’un avenir sans attentats.

Dans cette affaire, Ségolène Royal fait de la communication politique, et rien d’autre. La ministre n’en est pas moins dans son rôle : tenter de rassurer la population, fut-ce par des annonces illusoires. Les Français ne sont pas dupes pour autant : ils savent que ce n’est pas sur quelques portiques qu’ils devront compter dans les années à venir, mais sur une action renforcée de la DGSI, alliée à leur vigilance collective et leur détermination à affronter le défi lancé par les « djihadistes ».

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A propos de Fergus

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Autodidacte retraité au terme d'une carrière qui m'a vu exercer des métiers très différents allant d'informaticien à responsable de formation, je vis à Dinan (Côtes d'Armor). Depuis toujours, je suis un observateur (et de temps à autre un modeste acteur) de la vie politique et sociale de mon pays. Je n'ai toutefois jamais appartenu à une quelconque chapelle politique ou syndicale, préférant le rôle d'électron libre. Ancien membre d'Amnesty International. Sur le plan sportif, j'ai encadré durant de longues années des jeunes footballeurs en région parisienne. Grand amateur de randonnée pédestre, et occasionnellement de ski (fond et alpin), j'ai également pratiqué le football durant... 32 ans au poste de gardien de but. J'aime la lecture et j'écoute chaque jour au moins une heure de musique, avec une prédilection pour le classique. Peintre amateur occasionnel, j'ai moi-même réalisé mon avatar.

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