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Porte bonheur en 5 lettres

Ce mot de 5 lettres, devenu célèbre grâce à un général napoléonien, serait en passe d’être une solution radicale pour soigner des maladies inflammatoires chroniques du système digestif, comme par exemple la maladie de Crohn…

On a entendu parler des mérites de l’urinothérapie, appelée aussi « amaroli » dont le principe consiste à boire sa propre urine afin de soigner diverses affections, même s’il faut rester prudent, car, à ce jour, aucune étude sérieuse ne permet d’approuver cette thérapie. lien

Quoi qu’il en soit, les adeptes de cette méthode sont catégoriques, et affirment qu’elle peut aider l’organisme à combattre l’asthme, la dépression, la migraine, certains troubles digestifs, les rhumatismes, mais aussi la grippe, voire, en application locale, le mal de dos.

De fait, si notre urine est composée à 95% d’eau, les 5% restants sont des hormones, de l’urée, et autres métabolites actifs auxquels les adeptes de cette thérapie prêtent des effets bénéfiques.

 

Mais revenons à la merde, puisqu’il s’agit de ça… matière qui a le plus souvent une connotation négative… être dans la merde est rarement vécu d’une façon optimiste… mais pour autant, mettre un pied gauche dans une crotte de chien serait signe d’une chance à venir… ce qui reste à voir, car ce geste ne serait bénéfique que s’il est exécuté par hasard, et non intentionnellement. lien

Ce qui peut faire sourire, car qui aurait l’idée farfelue de le faire exprès ?

Oublions donc cette superstition en restant dubitatif sur la raison de cette croyance, et quittons ce domaine pour celui de la santé.

Nos excréments seraient en effet une solution efficace pour soigner, entre autres, la maladie de Crohn, en rétablissant une flore intestinale dégradée.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, cette thérapie révolutionnaire était déjà pratiquée dans la Chine du 4ème siècle, où l’on administrait déjà des excréments pour soigner des empoisonnements alimentaires…

Plus tard, au 16ème siècle, le médecin herboriste Li Shizhen faisait avaler à ses patients une « soupe jaune »…lien

En 1958 ce traitement avait été appliqué dans le cas d’une colite extra-membraneuse, puis des études suivirent démontrant de façon spectaculaire l’efficacité de cette pratique pour le traitement des CDI (Clostridium Difficile).

Rappelons pour l’anecdote que lors de la seconde guerre mondiale, des soldats allemands installés en Afrique du Nord, s’étaient inspirés de pratiques bédouines similaires pour se soigner.

Récemment on s’est remis à parler de cette thérapie.

En effet, Daniel Fiévet, l’animateur de l’émission « du vent dans les synapses », de France Inter, sous le titre « les fabuleux pouvoirs du ventre », nous faisait découvrir la méthode mise au point par des chercheurs américains, lesquels utilisent des excréments humains pour redynamiser la flore intestinale de ceux qui, à coup d’antibiotiques, l’ont grandement dévasté. lien

On connaissait bien sûr les façons rudimentaires qui permettent de tenter d’améliorer le microbiote de la flore intestinale, par l’alimentation…

Il s’agit de changer son alimentation, grâce à un régime enrichi en végétaux, permettant en quelques jours de modifier notre microbiote de manière très importante.

Puis il y a les probiotiques, qui sont des bactéries, ou levures, que l’on ingère vivantes, dont le yaourt est l’exemple type.

Mais une autre solution vient de revoir le jour : la transplantation fécale.

Il ne s’agit pas bien sûr de manger directement ses propres excréments, et c’est tout de même un peu plus complexe.

En effet, les excréments de personnes au microbiote riche et sain deviennent intéressants pour les médecins à tel point qu’un microbiologiste, Mark Smith en l’occurrence, a créé aux États-Unis une start-up d’un genre nouveau : une banque d’excréments, appelée OpenBiome.

Mark Smith, ce post-doctorant de l’institut MIT, teste et fournit ensuite des échantillons d’’excréments à 122 hôpitaux, dans 33 états différents, afin de permettre une transplantation fécale qui va restaurer la flore intestinale. lien

Au début, tout ça a ressemblé à un jeu, les chercheurs ayant lancé une campagne « GiveAShit », qui à l’aide d’un smartphone permettait au donneur d’envoyer une photo de son étron, indiquant le moment de la journée ou le donneur défèque habituellement, avant de recevoir un rendez-vous. lien

La start-up propose aujourd’hui 40 $ à ceux qui vont leur envoyer leur propre déjection, à condition toutes fois qu’elle soit recevable, et que l’expéditeur ait une flore intestinale en bon état, c’est-à-dire qu’il n’ait pas subi d’agression antibiotique… ce qui est de plus en plus rare.

Pour chaque médecin, dans les locaux d’OpenBiome, c’est un peu la « valse des donneurs » et à 40 $ la crotte, ces donneurs peuvent récolter jusqu’à 1000 $ annuels pour les plus assidus.

Comme l’explique Harry Sokol, gastro-entérologue à l’hôpital Saint Antoine de Paris, les candidats doivent en effet répondre à plus de 200 critères, surveillés par des médecins de l’équipe et leurs selles sont soumises à 30 analyses scientifiques avant d’être acceptées.

La transplantation fécale est une réussite dans 90 % des cas

Il s’agit donc de remplacer un microbiote anormal par le microbiote d’un sujet sain.

Les selles du donneur sont homogénéisées, mélangées à du sérum physiologique, c’est-à-dire de l’eau salée pour faire simple.

Ensuite on va filtrer le tout pour retirer des résidus alimentaires, et puis on va mettre cette préparation au congélateur, avec une substance cryio-protectante, enfin d’empêcher la mort des bactéries lors de la congélation.

Lorsque les résultats des examens seront connus et positifs, on introduit ce produit au patient par les voies naturelles, par le bas, en pratiquant une coloscopie, ou tout simplement par un lavement, et si c’est par le haut, ça peut être par un petit tuyau que l’on passe du nez jusqu’à l’estomac.

Il reste la possibilité d’utiliser des gélules que l’on va tout simplement avaler.

Aujourd’hui, ces gélules ne sont pour l’instant pas disponibles puisqu’on ne peut pas les acheter en pharmacie.

En revanche, il y a un certain nombre de centres hospitaliers qui se sont organisés pour produire localement des préparations fécales, lesquelles sont réalisées de manière quotidienne aux patients atteints de ces maladies, notamment la maladie de Chrohn.

Il s’agit donc de reconstruire l’éco-système des patients avec un taux de réussite plus qu’étonnant.

Hélas, à ce jour, de nombreux médecins ignorent encore cette solution, et nous ne sommes pas au point d’organiser partout cette thérapie, contrairement aux médecins d’outre-Atlantiquelien

C’est par exemple au CHU de Clermont-Ferrand que cette pratique s’est mise en place, avec des résultats plus que probants, si l’on en croit la patiente Ghislaine Grenet, qui assure que ça lui a sauvé la vie : « au début, ça perturbe, parce qu’on se dit que c’est quand même des excréments que l’on nous injecte, mais on est tellement mal, qu’il faut faire quelque chose  »…

Elle souffrait d’une infection récidivante à Clostridium difficile, une bactérie responsable de l’inflammation du gros intestin.

Le docteur Julien Scanzi est catégorique : « après une TMF (transplantation de matière fécale), il y a plus de 90% de guérisons sans récidive (…) c’est vraiment un traitement qui marche bien », assure-t-il. lien

Laissons la conclusion au Docteur Alexis Mosca qui affirme : « à l’heure actuelle, la TMF est le seul traitement qui permet de restaurer un microbiote sain et diversifié en cas de dysbiose. (déséquilibre de l’écosystème bactérien. ndlr) Son efficacité en cas de CDI n’est plus à démontrer… ». lien

L’avenir nous dira si cette pratique se généralisera, car comme dit mon vieil ami africain : « celui qui avale une noix de coco fait confiance à son anus ».

L’image illustrant l’article vient de actu.fr

Merci aux internautes de leur aide précieuse

Olivier Cabanel

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