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POLITIQUE CANADIENNE DU M?DICAMENT

Image Flickr par Len Payne

Chronique?: La m?decine du professeur Biron

POLITIQUE CANADIENNE DU M?DICAMENT

Une politique d?sastreuse r?v?l?e au grand jour par l?argumentaire ?conomique de Marc-Andr? Gagnon [1]

Des d?penses excessives, inutiles, ?vitables

Q ? Combien le pays a-t-il d?pens? en m?dicaments ordonnanc?s en 2008?

R ? $25,141 milliards. Les m?dicaments prescrits repr?sentaient 9,5% des d?penses en sant? en 1985 et 17,4% en 2008. Les Canadiens paient 30% plus cher que la moyenne de l?Organisation de coop?ration et d?veloppement ?conomique (OCDE). Les prix de d?tail sont tr?s ?lev?s puisqu?on cherche ? cr?er un environnement favorable pour l?investissement pharmaceutique.

Q ? Ces prix augmentent-ils beaucoup annuellement?

R ? Le Canada est le pays o? ils augmentent le plus rapidement dans l?OCDE, d?passant m?me les ?tats-Unis. La croissance annuelle est en moyenne de 10,5% depuis 1985

Q ? Quelle portion provient des fonds publics?

R ? Seulement 45%. $11,177 milliards en fonds publics pour 2008 et $13,963 milliards en fonds priv?s.? Cette proportion est tr?s faible par comparaison aux autres pays de l?OCDE. Les fonds priv?s sont r?partis en $9,3 milliards pour les assureurs priv?s et $4,6 milliards en d?penses personnelles. Nous sommes le second pays au monde quant ? l?importance des assureurs priv?s.

Pourtant 24% des Canadiens n?ont pas d?assurance-m?dicaments et 8% admettent s??tre pass?s d?une ordonnance au cours de la derni?re ann?e pour des raisons ?conomiques, surtout des ch?meurs et travailleurs autonomes. Le syst?me actuel est in?quitable.

Le seul pays dont les prix de d?tail sont plus chers est la Suisse. Mais en Suisse, 94% des couts des m?dicaments sont pay?s par l??tat, donc ce syst?me est moins in?quitable pour les particuliers. De plus ce pays b?n?ficie de retomb?es ?normes de l?industrie qui y d?pense 120% de son chiffre de vente, en recherche et d?veloppement, au lieu des maigres 7,5% d?pens?s au Canada.

Les prix de d?tail sont moindres, de 16% ? 40% moins chers, en Australie, Nouvelle Z?lande, Royaume-Uni et en France, alors que ces pays ont tous des r?gimes universels d?assurance-m?dicaments. La croissance annuelle des d?penses y est aussi de 40% ? 70% moindre qu?au Canada.

Q ? Peut-on rapporter ces chiffres en d?penses annuelles pour chaque habitant?

R ? Bien s?r. Pour 2009 l?estim? est de $756, dont $340 du secteur public et $416 du secteur priv?

Q ? Les r?gimes priv?s sont-ils moins efficients que les r?gimes publics?

R – Les r?gimes priv?s en sant? sont inefficaces par d?finition puisque le meilleur r?gime inclura le maximum de personnes. Les r?gimes priv?s, ?tant donn? leur moindre pouvoir de marchandage, paient normalement 7% plus chers pour les g?n?riques, et 10% plus chers pour les m?dicaments de marque.

De plus, les r?gimes priv?s sont offerts par les employeurs et administr?s par les compagnies d?assurance qui sont pay?es en pourcentage des co?ts. Les incitatifs financiers font en sorte que les assureurs cherchent ? maximiser les co?ts plut?t que les r?duire.

Par exemple, les assureurs priv?s acceptent normalement de couvrir tout nouveau m?dicament, sans analyse pharmaco-?conomique pr?alable pour d?terminer si le m?dicament vaut son co?t.

Finalement, les assureurs priv?s ont des frais administratifs beaucoup plus ?lev?s que les r?gimes priv?s, sans compter les co?ts des courtiers et de la publicit?. On peut estimer de mani?re conservatrice qu?au moins 6% des d?penses des couvertures priv?es d?assurance-m?dicaments pourraient ?tre ?conomis?es uniquement sur les frais administratifs si ces couvertures ?taient offertes par un r?gime public universel d?assurance-m?dicaments pour tout le pays.

Q ? Comment arrivez-vous ? cet estim??.

R – Dans les ann?es 1990, on estimait que les frais administratifs des r?gimes publics d?assurance-m?dicaments du Qu?bec et de l?Ontario ?taient de l?ordre de 2% alors que ceux des r?gimes priv?s ?taient de 8%, un rapport de 4 contre 1. Pour l?ensemble des d?penses de sant?, le r?gime public au Canada avait des co?ts administratifs de 1,3% alors que les co?ts des r?gimes priv?s ?taient de 13.2%, soit une proportion 10 fois plus grande que pour les r?gimes publics.

Q ? Comment le Conseil d?examen du prix des m?dicaments brevet?s (CEPMB) choisit-il le prix de lancement des nouveaux produits?

R ? En plafonnant sur le prix m?dian de sept pays de r?f?rences, sauf que ceux-ci en comprennent les quatre dont les prix sont les plus ?lev?s au monde?: ?tats-Unis, Suisse, Su?de, Allemagne. ? cause de ce syst?me, le Canada est syst?matiquement le troisi?me ou quatri?me pays le plus cher au monde. En choisissant plus rationnellement les pays comparateurs, afin de passer au septi?me rang des pays les plus chers, on pourrait sauver $2 milliards.

Q ? Peut-on se d?barrasser de politiques industrielles qui gonflent artificiellement les co?ts?

R ? Attention, les politiques industrielles peuvent ?tre utiles si elles apportent des retomb?es int?ressantes. Mais le probl?me est l?. L?ensemble des investissements en recherche et d?veloppement (R&D) pharmaceutique au Canada est de $1.2 milliard, mais 60% de ce montant est r?cup?r? par les firmes gr?ce ? des subventions ? caract?re fiscal. Par exemple, si le Canada choisissait de devenir le septi?me pays le plus cher au monde plut?t que troisi?me, il pourrait ?conomiser $2 milliards.

Inversement, on accepte actuellement de payer des prix artificiellement gonfl?s pour $2 milliards afin de g?n?rer des d?penses nettes de R&D de $533 millions. C?est un non-sens ?conomique. En implantant l?achat concurrentiel comme le fait la Nouvelle-Z?lande par exemple, on pourrait ?pargner plus de $10 milliards sur le co?t des m?dicaments d?ordonnance

Q ? Avez-vous compar? les d?penses en R&D des entreprises par rapport ? leurs ventes domestiques ?

R ? La Canada a vot? une g?n?reuse loi sur les brevets en 1987, mais en contrepartie l?industrie pharmaceutique canadienne s?engageait ? d?penser 10% de ses ventes en d?penses de R&D. Depuis 2001, les firmes ne respectent pas leur engagement. Les d?penses en R&D repr?sentaient seulement 7,5% en 2009 au Canada. Alors qu?elles ?taient de 120% en Suisse, 42,3% au Royaume Uni, 25,6% en Su?de et 18,3% en Allemagne.

La comparaison des ratios des d?penses en R&D par rapport aux ventes dans chaque pays montre que la politique du CEPMB d?utiliser uniquement des pays comparateurs avec une forte pr?sence pharmaceutique dans l??conomie domestique est un ?chec. Il faudrait choisir plus rationnellement les pays comparateurs.

Q ? Est-ce vrai que les g?n?riques sont moins chers aux ?tats-Unis qu?au Canada

R ? Le prix des g?n?riques reste de loin plus ?lev? au Canada, en d?pit des baisses de prix importantes annonc?es l?ann?e derni?re en Ontario et au Qu?bec. De plus, aux ?tats-Unis, environ 80% des prescriptions sont g?n?riques, alors que c?est seulement 55% au Canada. Au bout du compte, en moyenne, le prix de d?tail d?une prescription reste plus ch?re au Canada qu?aux ?tats-Unis puisque nous recourrons moins aux g?n?riques et que leurs prix restent plus chers.

Q ? Un programme public universel permettrait-il de r?duire le cout des g?n?riques?

R ? En ?tablissant un syst?me d?approvisionnement comme celui des h?pitaux et en s?attaquant au syst?me de ristournes accord?es aux pharmaciens, on pourrait ?viter au moins $1,31 milliard

en d?penses, sans r?duire les b?n?fices des firmes g?n?riques. Il importe de prendre des mesures pour ?liminer le syst?me de ristournes.

Q ? Comment notre pays se comparait-il avec d?autres au niveau des d?penses annuelles par habitant?

R ? Pour les m?dicaments d?ordonnance, en 2007, les Am?ricains d?pensaient $754 par ann?e par habitant, le Canada $578, la France $487, l?Australie $358 et la Su?de $321.

Q ? Et quelle est la proportion du financement public de ces d?penses?

R ? Par ordre d?croissant, la Suisse avec 94,1%, l?Australie avec 82,3%, la France avec 81,6%, le Canada avec 45,5% et les ?tats-Unis avec 35,5%.

Q ? Que pensez-vous des politiques pharmaceutiques du Canada?

R ? Des politiques pharmaceutiques efficaces devraient assurer un acc?s ?quitable aux meilleurs traitements disponibles ? un co?t soutenable pour le r?gime. Au Canada, l?acc?s aux m?dicaments de chacun reste d?termin? selon l? o? la personne vit ou travaille, et non pas selon ses besoins m?dicaux.

De plus le fort prix des m?dicaments et la forte croissance des co?ts rend le r?gime compl?tement insoutenable ? long terme. ? cet ?gard, les politiques pharmaceutiques canadiennes sont un ?chec total, contrairement aux pays qui ont des r?gimes publics universels d?assurance-m?dicaments comme la France, la Su?de, le Royaume-Uni, l?Australie ou la Nouvelle-Z?lande

Q ? Que proposez-vous?

R ? L?alternative est pourtant simple, le Canada devrait se doter d?un r?gime public universel d?assurance-m?dicaments avec un programme ferme et proactif d??valuation pharmaco-?conomique.

Les crit?res d?inscription au formulaire seraient rigoureux en exigeant une am?lioration du service m?dical rendu, tout comme les directives cliniques concernant les indications en exigeant qu?elles soient scientifiquement fond?es. Ce dernier objectif rencontrera des difficult?s car si on se fie aux chiffres am?ricains, les pharmaceutiques consacrent quelque $61?000 par m?decin ? la promotion.

M?me sans toucher aux politiques industrielles (compl?tement inefficaces), un r?gime public universel permettrait d??conomiser pr?s de $3 milliards, soit 12% des co?ts actuels en m?dicaments prescrits.

Q – ?conomiserait-on en frais administratifs et en avantages fiscaux?

R ? Comme les r?gimes priv?s d?assurance-m?dicaments ont des frais d?administration sup?rieurs d?environ 6% ? ceux des r?gimes publics, on ?conomiserait $560 M ?

Les r?gimes priv?s d?assurance re?oivent des subventions ? caract?re fiscal de l?ordre de 10% de leurs d?penses. On pourrait r?cup?rer quelque $933 M en subventions ? caract?re fiscal en instaurant un programme universel.

Q ? ?conomiserait-on en frais d?ordonnance?

R- Oui, d?environ 2% des d?penses actuelles. Les frais d?ordonnance repr?sentent environ 20% du prix de d?tail des m?dicaments. Toutefois, une bonne partie du temps d?ordonnance du pharmacien est li? aux tracasseries administratives li?es ? la diversit? des r?gimes (v?rifier si le m?dicament est couvert, collecter la quote-part de l?individu, etc.) Un r?gime universel permettrait d??liminer une bonne partie de ces tracasseries en standardisant les formulaires et les remboursements.

Q ? Y aurait-il augmentation de la consommation?

R- Oui, de mani?re g?n?reuse on peut estimer que la consommation augmenterait d?environ 10% puisqu?on aurait plus le probl?me de ceux qui ne peuvent remplir leur ordonnance pour des raisons des co?ts.

Q ? Combien ?conomiserait-on par une s?lection plus rigoureuse des m?dicaments ? rembourser?

R ? Avec un exigeant m?canisme d??valuation des m?dicaments comme celui de la Colombie-Britannique[2], le pays pourrait ?conomiser au moins 8% du cout des m?dicaments prescrits, soit $2?milliards.

Cela enverrait un incitatif financier clair pour l?industrie afin qu?elle produise davantage de m?dicaments v?ritablement novateurs, plut?t que de produire des imitations de m?dicaments d?j? existants qui connaissent des ventes importantes davantage en raison de l?efficacit? des campagnes promotionnelles qu?en raison de leurs avantages th?rapeutiques.

Q ? Quelles seraient les ?conomies nettes pour les m?dicaments prescrits?

R ? Tenant compte de tous les d?terminants pr?sent?s ci-avant, elles seraient d?environ $3?milliards.

Q ? Seraient-ces les seules ?conomies?

R ? D?autres ?conomies seraient possibles si on mettait fin aux politiques industrielles tr?s co?teuses qui g?n?rent que tr?s peu de retomb?es. On pourrait alors ?conomiser jusqu?? $10,7 milliards, soit 43% des co?ts

Q ? Peut-on se procurer gratuitement la version compl?te de l?Argumentaire ?conomique pour un r?gime universel d?assurance-m?dicaments ?

R ? Bien s?r, par le Centre canadien de politiques alternatives (CCPS)[3], par l?Institut de recherche et d?informations socio-?conomiques (IRIS)[4] ou encore sur le site pharmacarenow.ca

Q ? Merci Marc-Andr? Gagnon

Pierre Biron

31 janvier, 2011


[1] Professeur adjoint ? la School of Public Policy and Administration ? l?Universit? Carleton. Ses travaux actuels incluent l??conomie politique du secteur pharmaceutique. Aussi associ? au Centre d??tudes sur l?int?gration et la mondialisation (CEIM), chercheur pour le Edmond J. Safra Center for Ethics de l?Universit? Harvard, ainsi que pour le Pharmaceutical Policy Research Collaboration. Il d?tient un doctorat de science politique de l?Universit? York (Toronto), un Dipl?me d??tudes Approfondies (3e cycle) en Histoire de la Pens?e ?conomique de l??cole Normale Sup?rieure Fontenay/St-Cloud et de l?Universit? Paris-I (Sorbonne) ainsi qu?une ma?trise de science politique de l?UQAM.

[2] Ce comit? d??valuation appel? Therapeutics Initiative, est le mouton noir de l?industrie dont les d?marcheurs exercent maintenant de dangereuses pressions aupr?s des d?cideurs politico-pharmaceutiques dans le but de mettre fin ? son support financier pour le remplacer par un comit? ??mixte?? qui d?ciderait en partenariat avec les entreprises, du choix des nouveaux produits ? rembourser?Relire l?article Scandales ? l?Ouest au Canada sur http://www.centpapiers.com/scandales-a-l%e2%80%99ouest-au-canada/49449

[3] ? l?adresse http://www.policyalternatives.ca/search/node/gagnon

[4] Dont le site est http://www.iris-recherche.qc.ca

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    Cet article éclaire un peu plus la situation.

    Merci beaucoup M. Biron

    Amicalement

    Elie l’Artiste