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Plus noir que noir, tumeur…

Il semble bien que les propos rassurants des autorités aient amené plus de suspicion que de sérénité, et la récente décision d’autoriser la vente du lait provenant de la zone polluée pose problème.

Finalement, nous apprenons que ce ne sont plus 5000 tonnes, mais près du double qui sont partis en fumées, puisque l’entreprise jouxtant Lubrizol a brûlé elle aussi, ainsi que ses stocks de produits polluants. lien

Alors autoriser la vente du lait produit dans le secteur contaminé, ainsi que de tous les produits qui en seront issus, pose un réel problème, et ne répond pas au « principe de précaution » voulu par la République, car l’on sait que la pollution s’est infiltrée plus ou moins profondément dans le sol, pollution qui réapparaitra tôt ou tard dans l’herbe, laquelle herbe sera broutée par les ruminants, et les produits toxiques se retrouveront fatalement un jour ou l’autre dans leur lait… à moins que les producteurs décident de ne nourrir leurs animaux avec de l’herbe d’une autre provenance.

Et puis quid des oeufs, des légumes, des fruits ?…

De plus, les retombées des produits polluants sont allées aussi sur les feuilles des arbres, et l’automne arrivant, elles arriveront bientôt sur le sol.

On pourrait aussi trouver curieux de ne s’intéresser qu’aux 4 ou 5 hectares de Lubrizol, puisque 216 communes ont officiellement subi les retombées de la catastrophe.

Ajoutons que la liste de ces communes ne fait pas l’unanimité, et que nombreux sont ceux qui constatent que leur commune a été oubliée, alors qu’elle a subi des dommages consécutifs à l’incendie. lien

Quant à la possibilité d’une décontamination, elle semble bien illusoire, car si certains parlent d’excaver le sol en profondeur, que faire des milliers de tonnes de terres dangereuses ?

Pour nettoyer cette terre, plusieurs scénarios sont envisagés : le « sparging venting » qui consiste à injecter de l’air dans le sol afin de « volatiliser » les substances chimiques.

Mais où iront-elles ces substances chimiques ?

Une autre méthode, plus respectueuse de l’environnement, consisterait à utiliser des végétaux capables de stocker les polluants…voire de les dégrader… et ça prendra beaucoup de temps…

La dernière solution étant le « confinement » des terres polluées…ce qui implique de trouver un site pour ce stockage, site qui devrait être couvert. lien

Comme le dit catégoriquement Jacky Bonnemains, responsable de l’association Robin des Bois : « nous sommes face à un problème majeur de décontamination qui pourra durer plusieurs mois, voire plusieurs années à partir du moment où cela débutera réellement ». lien

On peut en déduire facilement que cette pollution toujours présente sera ingérée par les ruminants pendant les mois à venir… et si on comprend aisément que les autorités aient annoncé que des mesures seront faites en continu dans le secteur pollué…on comprend difficilement que l’autorisation de lever l’interdiction concernant le lait…et le reste ait été décidée.

Ajoutons pour la bonne bouche que les sols aux environs de Lubrizol étaient pollués bien avant la catastrophe, touchés par une pollution chronique, et régulière.

Et puis quid de la nappe phréatique ? Cette pollution s’est déjà probablement enfoncée profondément dans le sol, et rejoindra tôt ou tard, les nappes phréatiques et pourrait bientôt se retrouver dans nos verres.

Comme l’écrit Manon Fossat dans les colonnes de l’Express : « comment ne pas avoir en tête le cas de la fonderie Metaleurop (…) classée Seveso (…) un site qui 16 ans après n’est toujours pas dépollué : sur 600 hectares les seuls demeurent encore contaminés au plomb et en cadmium ». lien

Les organismes de surveillance disent qu’il faut pousser les enquêtes plus loin et analyser la terre en profondeur… prendre en compte aussi les poissons… les légumes…et élargir la liste des polluants à ceux qui ont servis aux pompiers.

Alors bien sûr, pour rassurer les populations, on indique que les taux de pollution relevés sont en dessous des normes, et les autorités incitent les citoyens à aller le vérifier eux-mêmes en consultant le site atmo-hdf.fr… sauf que lorsqu’on tape « Rouen » dans le moteur de recherche du site, on tombe sur l’indication « indice non disponible »… qu’est-ce à dire ? lien

Raison supplémentaire pour les populations concernées de lancer elles-mêmes des expertises indépendantes : Corinne Lepage, l’ex-ministre de l’environnement, et Olivier Blond, président de l’association Respire, ont obtenu le 5 octobre une expertise indépendante. lien

L’expert a jusqu’au 5 novembre pour donner le résultat de ses investigations, et d’ici là, on ne peut qu’attendre… : Si les résultats sont positifs, cela signifiera que les populations auront subi de plein fouet pendant de longs jours une pollution qui a été ignorée par les autorités.

Alors y aura-t-il bientôt des « cancers Lubrizol  » ? lien

C’est bien la crainte de la population, poussant les citoyens à déposer de plus en plus de plaintes.

Le 10 octobre, il y en avait déjà  130… d’autant que, 24 heures après l’incendie, des mesures avaient révélé des dépôts de dioxines à hauteur de 12,6 picogrammes par m², soit 4 fois plus que la norme toléréelien

On se trouve bien loin des premières affirmations de la ministre de la santé, laquelle ministre admet maintenant que ce taux est plus important que normalement… mais continue d’affirmer qu’il est en dessous du seuil dangereux. lien

Pourtant, si l’on en croit l’OMS, la DMTP (dose mensuelle tolérable provisoire) est de 70 picogrammes/kg et par personne.

Au-delà de ce chiffre, l’OMS indique que « une exposition brève de l’homme à de fortes concentrations en dioxines peut entraîner des lésions dermiques (…) une altération de la fonction hépatique (…) la dégradation du système immunitaire, du système nerveux, du système endocrinien et des fonctions génésiques  ».

Quant au CIRC (centre international de recherche sur le cancer) il a classé les dioxines « cancérogènes pour l’homme ». lien

Comme dit mon vieil ami africain : « aussi loin que la pierre a été lancée, elle retombe toujours sur le sol ».

 

Merci aux internautes pour leur aide précieuse

Olivier Cabanel

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