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Plus de Mirage dans le ciel Libyen ? (5)

Qui a fourni les armes aux deux belligérants actuels ?  Et qui n’a pas surveillé de près leur distribution, permettant un peu trop facilement aux gens de l’EI ou d’Al- Qaida de s’en emparer ?  L’histoire, depuis les aventure mémorables de Petraeus en Afghanistan est connue (1).  Chargé de surveiller les dépôts d’armes de Saddam Hussein, il a regardé se laisser rapidement dilapider. Aucun compte précis des armes n’avait été fait, aucun marquage instauré, on le sait.  Résultat :  il y en avait vite eu partout de disséminées, des armes. Cette fois, le problème a été un peu différent : des armes ont transité par la Libye pour rejoindre les opposants à Assad.  Mais encore une fois, aucun suivi sérieux n’a été mis en place… et certaines sont arrivées « ailleurs ».  La CIA a joué sa partition habituelle, utilisant des prête-noms et noyant les papiers des destinataires réels (« en users ») dans des inextricables adresses.  Celui qui semble avoir profité le plus de sa mansuétude est le maréchal Haftar, dont le parcours singulier d’ex général de Kadhafi devenu opposant réfugié aux USA explique beaucoup de choses sur son attitude actuelle, son fonctionnement… et ses ennemis.
L’aide directe des USA

L’image satellitaire extraite du rapport de l’ONU parle d’elle-même.  L’embargo sur les armes à été violé à plusieurs reprises et dans de larges dimensions. « D’après l’Organisation européenne pour la sécurité de la navigation aérienne, ces cinq derniers mois, un appareil C-17 de la force aérienne des États-Unis a régulièrement effectué des vols vers Misrata et Benina. Cet appareil a décollé de différents aéroports, notamment la base aérienne de Ramstein (Allemagne), l’aéroport international de Djibouti, l’aéroport international de La Canée (Grèce), le Brize Norton de la Royal Air Force (Royaume-Uni) et l’aéroport de Trapani Birgi (Italie). Au moins 15 vols ont été enregistrés par l’Organisation et un autre vol apparaît sur les images satellites ci-dessus. Le Groupe d’experts a demandé aux autorités des États-Unis des informations sur la nature de ces vols et les types d’articles qui ont été transférés en Libye et est toujours dans l’attente d’une réponse ». Chaque avion peut emporter jusqu’à 76 655 kg de fret, et on dénombre une quinzaine de vols.  Ce serait plus de 1000 tonnes qui auraient ainsi transité !!!  La liste des avions ayant visité la base ont été notés :  il s’agit des immatriculations 99206A, de Charleston (trois atterrissages), le 10197A (deux), de la base de Charleston aussi, et plus fréquent, le 77185A, de McGuire, ici à droite à Ramstein, (avec 6 atterrissages).  Avec une autre surprise à la clé : le ZZ172 (venu quatre fois), qui lui, est… anglais, de la Royal Air Force !!!  En 2011, un C-17 anglais venu de la base de Brize Norton  s’était déjà posé à Benghazi pour apporter à la Banque Centrale de l’argent, une partie des 1,8 milliards de dinars de l’Etat gelés en 1970 avant qu’il en tombe dans les mains de Kadhafi.  Les billets neufs, réimprimés, avaient gardé néanmoins l’effigie du dictateur ! Le 31 août 2018, un curieux observait une autre visite encore, celle du 99208, venu de Ramstein encore une fois (et encore de Charleston).  L’aide militaire US directe en fait n’a jamais cessé !

Evidemment, sur Google Earth (vues historiques), aucune trace d’un quelconque appareil de ce type sur les trois tarmacs de Misrata !!!  Le 12 décembre, le même avion avait regagné la base de Creech près de Las Vegas comme on peut le voir ci-dessus à droite.  A Misrata, ce sont toujours les Frères musulmans, soutenus par la Turquie et le Qatar qui opèrent, les américain ne peuvent l’ignorer.  A Benina (Benghazi), c’est Haftar.  La lutte contre les factions islamistes des américains aurait-elle été jusqu’à armer les deux camps désormais ennemis à la fois ?  Le résultat serait désastreux, et réitérerait la prestation afghane !  Le 28 mai 2016, deux autres énormes C-17 sont aperçus à Misrata, « apportant de l’aide humanitaire », officiellement.  Mais surprise cette fois ce sont deux avions Qataris, venus soutenir leur faction préférée !!!

Celle directe du Qatar

Ces visites de 2018 de très gros porteurs de ce type n’avaient pas été les premières.  En 2014, déjà, des C-17 avaient été aperçus : des avions qataris qui « s’étaient déjà rendus à deux reprises à l’aéroport international de Mitiga de Tripoli et à la base aérienne de Binina, en dehors de Benghazi, entre le 15 janvier et le 16 avril 2013 » selon les experts de l’ONU.  Selon le site Mirage14, « Le comité tente d’enquêter sur des allégations selon lesquelles l’avion aurait embarqué en Libye des cargaisons d’armes qui auraient été transportées par avion en Turquie et fournies aux insurgés syriens. Dans son rapport du 19 février, il notait qu’après le retour des trois vols libyens sur la base aérienne Al-Ubeid au Qatar, les prochains C-17 au départ s’envolaient pour Ankara. Plus tôt en juin, le porte-parole de Haftar, Muhammad Hijazi, avait accusé le Soudan d’avoir fourni des armes financées par le Qatar à des milices islamistes, affirmant qu’une cargaison avait été transportée à l’aéroport international de Mitiga par une milice fidèle à Abdel Hakim Belhaj le 6 juin. Belhaj est un ancien commandant du groupe de combat islamique libyen (LIFG), qui dirige désormais le parti libyen Al-Watan. Il est largement perçu comme l’un des principaux bénéficiaires du soutien du Qatar pendant et depuis la rébellion de 2011 qui a renversé Mouammar Khadafi en 2011. Les dernières allégations impliquent que le Qatar envoie à nouveau des armes à la Libye, plutôt que de les envoyer aux rebelles syriens. Bien que la mesure dans laquelle cela se produit reste incertaine, la Libye est un autre arène potentielle pour la rivalité saoudienne-qatari. » Les vols Qataris avaient débuté dès le 21 septembre 2011, quand le C-17 A7-MAA (ici à droite) avait emmené des blessés se faire soigner à Malte, où l’avion avait aussi été aperçu. Certains vols avaient été effectués de nuit, comme on peut le voir ici à droite (à Malte, toujours).  Le 15 avril 2019, nouvelle alerte… en Tunisie, à Djerba, avec l’arrivée d’un autre C-17 Qatari, que l’on soupçonne alors lui aussi d’acheminer des armes en Libye. Il avait demandé l’autorisation de se poser pour « problèmes techniques » à bord. L’appareil « disposant des autorisations » n’avait pas été fouillé par la douane tunisienne. Deux jours plus tard il redécollait.. direction le Nigeria.  Un Qatar qui lorgne sur l’Afrique, en effet…  

L’aide indirecte des USA

Le maréchal conquérant a d’autres cartes dans sa poche.  Pour obtenir de armes sans trop se faire repérer, rien de tel que de faire appel à un lobbyiste qui saura mettre en relations discrètement les deux partis le vendeur et l’acheteur.  Ce genre de contact et d’entremetteur nous ramène à un autre pan d’histoire évoqué ici (et là également). « En octobre 2003, un cargo allemand au nom de BBC China est intercepté par les gardes-côtes italiens renseignés par la CIA : à son bord, du matériel nucléaire vendu par Khan à Kadhafi (il y a 5 containers de centrifugeuses !). L’arrestation du cargo prouvait que Barlow avait eu raison, et que la dissémination nucléaire avait bien été jusqu’alors largement minimisée par les autorités américaines. Un document étonnant montre le détail de ce qui avait été saisi à bord, et déjà les liens avec un individu très spécial (un suisse, Friedrih Tinner, et ses fils, décrits ici et également là). Entre temps, la Corée du Nord avait davantage avancé que Kadhafi, qui renoncera la même année que la saisie du cargo compromettant et se rangera sous le drapeau de l’IEIA. Mais on est encore à l’occupation de l’Irak, et la priorité c’est encore….Saddam, pas Kadhafi…. le cargo BBC China finira plus tragiquement en décembre 2004 en s’échouant sur les côtes d’Afrique du Sud, où il sera détruit à l’explosif (ici à droite).  Seuls les petits malins se seront aperçu d’une chose : le BBC China et l’Artic Sea étaient frères jumeaux…. comme l’est aussi le BBC Asia… ou le BBC Greece….(ancien Hilde K) ou le BBC Baltic, L’Artic Sky, et son propre sister ship, l’Ocean Starlet, de la classe des cargos Ice Class russes… décidément fort pratiques pour dissimuler certaines choses. » Ce qu’avait découvert Richard Barlow, employé de la CIA, c’est que derrière la vente de 60 F-16 au Pakistan autorisés par Dick Cheney se dissimulait aussi une intrigue et un intense lobbying dont les finances personnelles de Cheney avaient profité.  Bien aidé par Paul Wolfowitz et le « Deputy Undersecretary of Defense » Scooter Libby il est vrai  !!!  Le lobbying, notamment de Stephen Prentiss Payne, de Linden Government Solutions, qui était déjà aussi ambassadeur honoraire de Lettonie (pays aux banques très peu régulées comme on l’a vu)… un homme fort actif aussi pour mettre en relation le Turkmenistan et les Emirats Arabes Unis, entre autres activités fort rémunératrices. Un homme très lié aussi au Parti Républicain, on s’en  doute.  En 2006, il réussira à faire se rencontrer le président de l’Azerbaïdjan, Ilham Aliyev, plutôt paria à ce moment là aux USA, et George W. Bush. Sans trop de surprise, il avait déboulé en Libye dès avril 2011, arrivé avant même la chute de Kadhafi, avec une délégation diplomatique en Libye bien particulière puisque comprenant le sulfureux ancien membre du Congrès américain Curt Weldon, dont on sait les talents de vendeur d’armes (il connaissait très bien Kadhafi, lui ayant remis une décoration, cf ici à droite), ou celui pour pouvoir transformer les vieux T-72 de Kadhafi en lingots d’or… juteux, une incroyable histoire racontée ici en deux épisodes (1 et 2 on peut ajouter ceci), Weldon était venu en compagnie de… Brian Ettinger, le second responsable de Linden Government Solutions. Il aurait aussi paraît-il joué un rôle (via une rançon ?) pour tenter de faire libérer les otages Clare Gillis et James Foley, libérés en  mai 2011 à Tripoli en 2011 comme on le sait. Foley retournera au Proche-Orient, on le sait, pour devenir hélas le , près de Raqqa en Syrie, le premier otage américain exécuté par l’État islamique après avoir été retenu otage avec Nicolas Hénin (les ravisseurs étant, entre autres, Najim Laachraoui, auteur des attentats du 22 mars 2016 à Bruxelles et Mehdi Nemmouche, celui de la tuerie du Musée juif de Belgique).

Toujours à la recherche de contacts… et d’argent frais, très actif (et toujours très discret !) Payne se fera aussi pincer en vidéo par les journalistes du Sunday Times en train de tenter d’extorquer de l’argent à Yerzhan Dosmukhamedov, en échange de réhabiliter l’image écornée de l’ancien président du Kirghizstan Askar Akayev. or à ce moment-là il faisait partie du Homeland Security !!!  Et c’est cet homme sulfureux et son entreprise Linden Government Solutions qu’a choisi le 21 mai dernier Khalifa Haftar, en signant avec lui un contrat de 2,1 millions de dollars de lobbying d’image… à redorer.  Deux autres entreprises US, Mercury Public Affairs (où l’on retrouve Paul Manafort !) et Omnicom ont aussi signé avec Haftar.  Pour l’agence AP, reprise ici par Federal Nertworks, le lien entre Linden Government Solutions et la CIA ne fait aucun doute, en tout cas !  Au cour de l’enjeu en cours : les ressources pétrolières du sud, pardi !  « Stephen Payne et Brian Ettinger, dirigeants de la société Linden, ont une connaissance approfondie de la Libye, a indiqué la société dans un communiqué. Payne, le président de Linden, a déclaré qu’il était en communication avec Haftar (« Hifter », aux USA) depuis cinq ans, selon le communiqué. La Libye a du mal à reconstruire son industrie pétrolière – sa principale source de revenus – depuis 2011. La déclaration de la société ne mentionne pas le rôle spécifique de Linden dans le secteur de l’énergie libyen, mais Payne et Ettinger ont tous deux une expérience des marchés internationaux du pétrole et du gaz naturel. Payne a représenté le gouvernement du Turkménistan, un pays d’Asie centrale de 5,4 millions d’habitants, dans un consortium composé d’autres pays et de sociétés internationales pour la construction d’un gazoduc reliant le Turkménistan au Pakistan, selon les faits saillants de la carrière de Payne fournis par Linden. » Le texte dénonçant  l’accord, fort étrangement, s’est retrouvé disséminé partou, présenté exactement de la même façon :  les ennemis d’Haftar semblent avoir beaucoup investi le net, même si, à l’origine, c’est une dépêche d’agence qui l’a annoncé.  Dans cette guerre de désinformation, le voir autant répété à l’identique semble suspect.  Alex Constantine a lui  fureté et à trouvé d’autres entreprises liées à Payne, toutes ayant comme adresse 5847 San Felipe, Suite 3275, Houston, Texas 77057 (c’est l’adresse du cabinet d’avocat d’Ettinger, dont le nom est cité dans 23 entreprises différentes) :

  • Advanced Clean Air Technologies LLC
  • Baltic American Energy Inc
  • Baltic American Alliance LLC
  • Caspian Alliance Inc
  • CIMA Ranch Development LLC
  • Strategic Political Partners Inc
  • Universal Strategic Partners Inc
  • Worldwide Capital Partners LLC
  • Worldwide Capital Partners II LLC
  • Worldwide Strategic Energy Inc

et

  • Alliance & C0
  • Envion International, enregistrées au 1054 31st St, NW Suite 300, Washington, DC

Apparaissait surtout au directoire de plusieurs d’entre elles, Frank Carlucci (ici à droite), et là c’est beaucoup plus intéressant car Carlucci avait été nommé directeur adjoint de la CIA par Jimmy Carter en 1978, et avait aussi été secrétaire à la Défense entre 1987 et 1989 dans l’administration du président Ronald Reagan. L’homme était devenu ensuite directeur de Carlyle (on retombe sur Rumsfeld et la clique des profiteurs de guerre sous G.W.Bush ou même son père !!).  Il traînait une belle casserole, car il était soupçonné depuis toujours d’avoir fait partie du complot ayant mené à l’assassinat de Patrice Lumumba.  Il est décédé récemment, le 4 juin 2018. Brian Ettinger, il faut le signaler étant lui lié à… Joe Biden !!!  En tout cas, on revient pour sûr à un soutien flagrant de la CIA !

A l’origine des envois, la guerre en Syrie… et la CIA

L’arrivée massive d’armes par C-17 ne concerne pas que le conflit qui se joue aujourd’hui en Libye.  C’est une autre histoire, débutée avec David Petraeus et l’ambassadeur Stevens, qu’avait rappelé ici en 2012 et fort justement le droitier Business Insider. Les américains se servaient aussi des libyens pour fournir les rebelles anti-Assad, en prétendant les en empêcher : « L’administration a déclaré que l’opération de la CIA à Benghazi, qui était auparavant cachée, consistait à retrouver, racheter et détruire des armes lourdes volées dans les arsenaux du gouvernement libyen. En octobre, nous avions rapporté des preuves selon lesquelles des agents américains – en particulier l’ambassadeur assassiné Chris Stevens – étaient au moins au courant que des armes lourdes passaient de la Libye aux rebelles djihadistes syriens. Il y a eu plusieurs traces possibles de SA-7 en Syrie remontant au début de l’été 2012, et il semblerait qu’au moins une partie des 20 000 missiles portables à recherche de chaleur de Kadhafi aient déjà été expédiés. Le 6 septembre, un navire libyen transportant 400 tonnes d’armes destinées aux rebelles syriens a accosté dans le sud de la Turquie (le navire était l’Al Entisar, ici à droite, qui s’était amarré le 6 septembre dans le port turc d’Iskenderun). « Le capitaine du navire était « un Libyen de Benghazi » qui travaillait pour le nouveau gouvernement libyen. Abdelhakim Belhadj, président du Conseil militaire de Tripoli, qui avait organisé cette expédition, travaillait directement avec Stevens pendant la révolution libyenne. La dernière réunion de Stevens, le 11 septembre, avait eu lieu avec le consul général de Turquie, Ali Sait Akin, et une source a confié à Fox News que Stevens était à Benghazi « pour négocier un transfert d’armes dans le but de faire sortir les missiles SA-7 des mains des extrémistes basés en Libye » . Le mois dernier, le Wall Street Journal a annoncé que la présence du département d’État à Benghazi « fournissait une couverture diplomatique » à l’annexe de la CIA (3), maintenant exposée. Il s’ensuit que le « transfert d’armes » négocié par Stevens pourrait avoir consisté à envoyer aux révolutionnaires syriens des armes lourdes récupérées par la CIA. Le dernier rapport arrive quelques jours avant que les États-Unis ne reconnaissent la nouvelle coalition syrienne en tant que représentant légitime du peuple syrien. Le département d’Etat a également indiqué qu’il allait bientôt nommer le très efficace Front al-Nusra de l’opposition, une « organisation terroriste » pour ses liens avec Al-Qaïda en Irak (AQI). »  Abdelhakim Belhadj, en contact avec la CIA, avait négocié l’envoi d’armes à bord du cargo Letfallah II (ici à gauche) acheminées vers le Liban.  A bord, l’inventaire des containers, montrait qu’il était sans conteste destiné à faire une guerre : il y avait des armes légères, des mitrailleuses de 12,7 et des lance-roquettes RPG, des armes lourdes (des mortiers de 120 mm), deux types de missiles : anti-chars et anti-aériens, plus les munitions pour toutes ses armes… à droite, la noria de camions portant les containers extraits du Leftallah II. Sur le sujet on peut relire ceci.  Par Belahdj, il faut quand même savoir qu’en 2004 le MI6, collaborant avec la CIA, l’avait capturé en Malaisie, le trouvant trop proche de Ben Laden, et l’avait remis… à Kadhafi (voir notre épisode 2).   Il avait dû la vie sauve à son chef des services de renseignement, Al-Senoussi, qui avait entamé des pourparlers secrets avec les Frères Musulmans, les alliés Qataris de Belhadj.  Libéré, il avait pris part comme on le sait à la victoire contre Kadhafi et à Tripoli. C’est là qu’il avait créé ensuite une procédé imparable :  celui d’une « cellule d’assistance aux blessés libyens » qui devait rapatrier les blessés du conflit et qui lui servait en fait à acheminer en douce des armes et des combattants via la Turquie !!!

La découverte du principe de Turi

Pour armer discrètement les islamistes, le gouvernement Obama avait dû ruser et utiliser une équipe dont on a fini par retrouver le mentor, ou l’homme invisible, et ce non sans difficultés, car si cela était apparu au grand jour, c’en était fini immédiatement de la candidature d’Hillary Clinton à la présidentielle, qui a fini par la perdre comme on le sait… mais plus tardivement que prévu avec ce boulet à ses basques.  La droite américaine n’avait pas seulement attaqué Hillary Clinton sur ses capacités à diriger un pays :  l’affaire dite de Benghazi , dans laquelle était mort un ambassadeur US avait été un gros reproche fait à sa conduite des affaires extérieures du pays dont elle était alors responsable.  Un homme de main, donc avait été recruté, un individu sulfureux qui avait été exclu des Marines dans sa jeunesse et qui a longtemps réussi à ne pas apparaître au grand jour :  il n’a eu droit à sa page Wikipedia qu’en 2018 alors qu’il commerçait des armes depuis les années 90 !  L’idée qui avait prévalu était celle du « Zero Foot Print », à savoir que l’on ne devait pas savoir que les USA armaient les islamistes pour renverser Kadhafi, action dont le sénateur MacCain était chaud partisan. Or il se trouve que Marc Turi, c’est son nom, était aussi un des voisins du partisan d’armer les rebelles !!! L’homme apparaît en bonne place dans le livre « l’Affaire Petraeus », de Wayne Madsen, qui révèle ses mails (2), et c’est normal puisque toute la carrière du général primesautier et dragueur sur le tard repose elle aussi sur la dissémination des armes (3). Dennis Wagner de The Republic, dans azcentral.co,  en a tracé fin 2016 un long portrait édifiant.  L’article cite le chiffre effarant de 534 millions de dollars d’armes vendues aux libyens.  Selon l’intéressé, il aurait débuté dans le commerce des armes lors d’un réunion tenue en République Dominicaine entre un attaché  gouvernemental de la Defense et des vendeurs d’armes Bulgares.  Sa petite entreprise de vente d’armes, Turi Valuation Advisors Inc., créée en 2005, s’est ensuite transformée en Turi Defense Group LLC. « On ne sait pas quand la première grosse affaire a échoué. Mais en 2010, le groupe de défense Turi avait déjà fait payer pour 14 millions d’armes à la Direction nationale de la sécurité, l’agence de renseignement afghane appuyée par la CIA. Selon Buzzfeed, le matériel en provenance de Bulgarie comprend des mitraillettes, des fusils à lunette et des grenades propulsées par fusée à lance-roquettes. Turi travaillait avec un sous-traitant, Arlo Dolarian, qui, à l’époque, était sous enquête fédérale pour de possibles violations des droits de l’homme. Au même moment, des insurrections du Printemps arabe ont éclaté au Moyen-Orient, créant de nouveaux marchés d’armes » écrit Dennis Wagner (à noter que le même principe d’envoi a été poursuivi ensuite contre la Syrie (lire ici). Une vraie aubaine pour  le vendeur d’armes : « Le groupe Turi Defence, à la recherche d’une opportunité, a alors demandé au département d’État une autorisation lui permettant d’expédier «des armes et des munitions légères et lourdes d’Europe orientale pour un montant de 195 millions de dollars» en Libye. La liste comprenait des mortiers, des mitrailleuses, des roquettes antichar, des fusils de combat et des millions de cartouches de munitions ». Avec un intermédiaire en haut lieu qui va au final y laisser la vie : « Turi n’était pas le seul à espérer capitaliser. Dolarian (décrit ici sans trop de gants par BuzzFeed), son partenaire dans l’accord avec l’Afghanistan, a également demandé au Département d’État la permission de transférer l’artillerie de l’Europe de l’Est en Libye via le Koweït » (A droite un document accablant sur ces achats d’armes). « Pendant que ces demandes étaient en attente, Clinton et Chris Stevens, représentant spécial des États-Unis à l’époque en Libye, ont rencontré Mustafa Jibril, président du Conseil national de transition des rebelles. Obama a simultanément autorisé des attaques aériennes contre l’armée de Kadhafi ». Pour éviter d’inscrire comme « end user » des envois les libyens, les USA passeront par le… Qatar, également banquier de l’affaire. L’ambassadeur Stevens avait été envoyé discrètement négocier à Benghazi sur l’Aegean Pearl, un bateau grec de croisière (un petit paquebot l’ex Southward, de chez Louis Cruises, compagnie chypriote, devenu israélien en 2011 sous le nom de Rio puis de Venus), en échangeant des mails avec Turi (révélés tels quels dans le livre de Madsen).  La facture prévue s’élevait alors à 276 millions de dollars. Un autre fournisseur étant démarché en même temps par un proche d’Hillary Clinton,  Sidney Blumenthal, il s’agissait de David Grange, un général en retraite (ici à droite) devenu courtier en armement, lui aussi, qui avait également rencontré les rebelles de Benghazi avec un deuxième contrat avec Osprey Global Solutions, sa société de vente d’armes, pour un montant de 114 millions de dollars. En 2011, tout avait pourtant basculé quand le Department of Homeland Security avait effectué un raid éclair sur la villa de Turi en 2011, mettant fin aux négociations en cours.  Qui avait laissé fuiter l’info, on l’ignore, mais on pense que des agents gouvernementaux liés à la droite soutenant Trump aient pu lâcher ce lest.  La CIA n’a jamais semblé être de gauche… L’attaque supplémentaire par Ansar al-Sharia de l’ambassade des USA à Benghazi et la mort de Stevens laissant tout en plan, les envois d’armes devant rester secrets. Au final, Turi sera bien accusé en 2014 de ventes illicites, ou plutôt de fausse déclaration de vendeur d’armes, mais les charges contre lui s’évanouiront subrepticement le 5 octobre 2016… juste avant l’élection américaine !!!  Pile poil ! Un jeune avocat de Phoenix, Jean-Jacques Cabou (ici à gauche), avait alors accusé Turi d’être un agent de la CIA (ce qui aussi le protégeait, en lui évitant de révéler le deal exact avec les Qataris !).  Turi s’était aussi offert l’aide de Robert Stryk, un ancien assistant de McCain, membre de DCI Group, à Washington, D.C., une société de lobbying pour la Missile Defense Advocacy Alliance et le National Rifle Association, nommé en 2010 au Defense Trade Advisory Group (qui supervise les ventes d’armes du gouvernement). Un homme qui avait aussi comme client Corey Lewandowski, de l’équipe de campagne de Donald Trump ... qui sait donc tout de cet épisode peu glorieux de la politique sous Obama !!! Depuis, Marc Turi s’est reconverti dans la location de jets privés, ils semble… comme l’annonce cette affiche  à droite.  Il propose  comme appareil un Learjet 60, le N600PH, à visiter ici, qui sillonne les USA, vers Las Vegas, le Texas et la Foride en particulier, ce qui est un peu logique :  l’avion est au nom de Florida Holdings Partners LLC, enregistré en janvier dernier et repeint à neuf !!! L’avion, ex N620JF et N674BP, a 23 ans d’âge et il est encore fort présentable.

Le parcours personnel d’Haftar qui explique pas mal de choses 

Le fameux maréchal rappelle un autre personnage, un irakien. Lors du coup d’Etat de Kadjhafi, du 1er septembre 1969, Haftar avait pris d’assaut la base américaine de Weelus, lui assurant la victoire et gagnant sa confiance. Il participera à la guerre du Kippour de 1973, en dirigeant quelques uns des Mirage V achetés à la France par la Libye et prêtés à Sadate. Envoyé par le même Kadhafi combattre plus tard au Tchad, il avait rapidement été fait prisonnier sur la bande d’Aouzou avec entre 400 et 600 de ses hommes :  un vrai fiasco (il y avait eu 1 269 morts sur place !). Aujourd’hui personne n’ose lui rappeler cet exploit militaire !  A gauche, c’est un MiG-23 MS de Kadhafi à Faya-Largeau (la base sera bombardée par les Jaguar français !). C’est la bataille d’Ouadi Doum, appelée aussi « Bataille ou Guerre des Toyota » du 13 avril 1987 dans laquelle il avait été fait prisonnier et ramené à N’Djamena pour être présenté devant Hissène Habré (protégé à la fois par la DGSE et l’opération Épervier, déclenchée début février 1986, mais aussi par la CIA). A peine enfermé, il s’était aussitôt déclaré opposant de Kadhafi… et s’était tout aussitôt retrouvé libre, à sa grande surprise, une liberté obtenue aussi à la demande appuyée des États-Unis (à gauche ici Reagan avec Habré).

Il n’était logiquement pas rentré chez lui, sachant ce que Kadahfi lui aurait réservé.  Il est ici à droite photographié en 1993. En fait, lui, originaire de Syrte, et 350 de ses hommes avait déjà été retournés par la CIA, devenant une sorte de commando anti-kadhafi de réserve prêt à le renverser.  Mais l’arrivée d’Idriss Déby, favorable, lui, à Kadhafi, change la donne du tout au tout : le voilà qui s’exile donc contraint et forcé provisoirement vers le Nigeria, puis le Zaïre, avec ses troupes restées fidèles, qui s’apprêtaient à aller combatte Kadhafi.  Mobutu se serait vu recevoir des caisses d’argent envoyés par Kadhafi en échange des soldats retournés contre lui selon Haftar lui-même.  Mais comme aucun pays africain n’avait accepté de les héberger, la CIA les avait tous ramenés aux USA, Haftar atterrissant dans une banlieue de Virginie au début des années 1990 et commençant à « contacter des opposants » arrivés eux aussi mais dispersés dans 25 états différents. En réalité il s’est installé à Vienna, tout près de Langley, où se situe le siège de la CIA !!!  Un coup d’état préparé sur place, monté contre Kadhafi, échouera en 1993.  Ses deux frères seront envoyés au cachot à la suite de son échec.  En somme il espérait bien un jour prendre le pouvoir et évincer le dictateur, un parcours que fera Ahmed Chalabif en Irak, l’opposant à Saddam devenu l’allié de Washington, placé par les USA à la tête du Congrès national irakien. Chalabi, l’ancien exilé, avait en effet été ramené sur place en Irak, à la chute du dictateur, mais avec le résultats que l’on sait : corrompu au dernier degré, n’ayant aucun sens du pays, son arrivée s’était conclue par un désastre et les américains qui avaient tant misé sur lui avaient dû l’écarter assez tôt du pouvoir, dès 2003. Ils avaient sans doute oublié (ou n’avaient pas voulu voir) qu’en 1992, sa banque Petra avait fait faillite, alors que lui-même avait mis de côté en Suisse 288 millions de dollars extraits de cette même banque (les jordaniens l’avaient pour ça pourtant condamné à 22 ans de prison !). Chalabi (ici avec Bremer et Rumsfeld) avait aussi largement claironné partout l’existence des armes de destruction massive…. inexistantes de Saddam Hussein, un Chalabi par trop acoquiné avec la clique belliqueuse qui entourait G.W.Bush, dont Paul Wolfowitz, et Richard Perle, ses pires représentants.

Revenu triomphant dès 2011 en Libye, Haftar se fera lui très vite malmener par les islamistes qui avaient pris le pouvoir entre-temps et qui n’en voulaient pas comme chef miliaire, le jugeant trop proche encore… de la CIA.  Resté un temps à Benghazi, il est reparti vivre deux années aux USA, mais en 2014, le Conseil de Cyrénaïque l’a rappelé pour lutter contre Al-Qaida et, revenu, il a obtenu ses premiers succès qui ont consolidé (enfin) sa présence en Libye (grâce à l’opération Karama – « dignité »- contre Al-Qaïda) et qui lui ont permis de devenir le commandant en chef de l’Armée Nationale Libyenne (LNA), le 2 mars 2015, mais en fait celle de l’Est seulement, celle de l’Ouest étant toujours aux mains des islamistes de Fajr Libya (avec leurs troupes de la GNA). Désireux de casser son image d’homme des USA, il s’est fait inviter par les russes – et Poutine-  sur le porte-avions Kouznetsov (5), où le voilà qui prend des allures de DeGaulle (il mesure en effet 1,90 m). Lui s’est choisi un autre ennemi et il le clame haut et fort : « Le Qatar a répandu ici son miel empoisonné. Le Qatar soutient les Frères musulmans et aide ceux qui veulent instaurer la charia. Le Qatar a inoculé une maladie perfide qui nous ronge les os et dont il faut se débarrasser» dit-il aux journalistes du New-Yorker.  Il ne cache pas non plus ses intentions de prendre le pouvoir un jour, et constitue une sorte de gouvernement qui est en fait composé de ses fils essentiellement placés aux principaux rouages des régions qu’il dirige ; le despote pointe déjà, tout le monde le perçoit, mais fait avec.  Le spectre de Cahalabi (mort en 2015) n’est pas loin, mais c’est cela ou la charia qui attend désormais la Libye !  A Haftar de montrer des gages de sagesse et de respect de la démocratie, là où tout le monde l’attend (malgré son sparadrap collé au pied d’homme de la CIA) !  En résumé, Haftar se présente de plus en plus en Libye comme un mal… nécessaire !

(1) lire ce texte qui date déjà de 12 ans maintenant.  Avec cet extrait qui semble étrangement résonner : « Et ce n’est pas fini : pour livrer le tout, on fait appel aux « Antonov de la mort », le surnom d’une compagnie très spéciale, Aerocom, détenue par un personnage incroyable, Victor Bout, fiché à interpol. Dans le monde, quand un Antonov 8, 12, 24, 26, 30 où 32 s’écrase, c’est-à-dire relativement souvent, étant donné le peu de maintenance qui prévaut chez Aerocom, une chance sur deux pour qu’il lui appartienne à la… Moldavie, pays d’origine de la société. Non, nous ne sommes pas dans le Sceptre d’Ottokhar de Hergé. L’homme est de tous les trafics d’armes à travers le monde. Ce sont ces avions qui ont fourni les premiers lots de AK-47, prélevés sur le stock de prise d’armes de la guerre des Balkans. On dénombre 350 000 armes de ce type qui ont transité par cette voie aérienne. Des prises de guerre… revendues au tarif fort, avec l’assentiment de l’Otan, qui a laissé circuler librement les avions de Bout. Ces derniers, en 2002, avaient exporté des AK-47 de la Serbie vers le Nigeria de la même manière. »

(2) Exemple de mail de Turi :

Vers le 31 mai 2011, MARC TURI a envoyé un courrier électronique crypté à Y.A. et A.Y. intitulé « Réponse ».  Dans le courrier électronique, MARC TURI a indiqué que :

  • (1) « le but de l’accord était d’obtenir l’approbation du département d’État »;
  • (2) « car le département d’Etat a refusé à la Libye de choisir un autre pays, c’était le Qatar »;
  • (3) « et nous sommes maintenant la seule société autorisée à livrer au Qatar 267 millions de dollars d’équipements »;
  •  (4) « nous avons également mis en place un plan de remboursement de la transaction par les Qataris »;
  • (5) « Comment le Qatar sera-t-il remboursé et fera l’objet d’une discussion privée avec notre banquier »;
  • (6) « Les Libyens n’ont rien à faire dans le cadre de cet accord, à l’exception de la garantie des réserves de pétrole à mon banquier afin que le Qatar puisse se faire rembourser le paiement qu’il nous a fait »;
  • (7) « (k) Gardez à l’esprit la raison pour laquelle l’équipement est envoyé au Qatar, c’est parce que l’OTAN contrôle l’Europe de l’Est »;
  • (8) « (i) si les États-Unis ne sont pas d’accord avec le pays de destination, aucun équipement ne dépassera aucun comité d’exportation en Europe orientale »;
  • (9) « Quelle est la raison pour laquelle le Qatar a été choisi »; et…
  • (10) « Une fois que l’équipement quitte l’Europe de l’Est, il est maintenant entre des mains arabes. »

(3) cf ici l’extrait de « MH370 (32) : Albanie Croatie Tchéquie, les fournisseurs d’armes »

« Derrière ces tribulations il y avait l’action d’un homme bien connu dans l’organisation du trafic d’armes :  « l’ancien responsable américain a déclaré au quotidien que David H. Petraeus, de la C.I.A. Directeur jusqu’en novembre, avait contribué à faire bouger ce réseau de transport aérien et avait incité divers pays à collaborer. Monsieur Petraeus n’a pas renvoyé plusieurs courriels demandant des commentaires ». « Les responsables américains ont confirmé que les hauts responsables de la Maison-Blanche étaient régulièrement informés des expéditions ».  A noter qu’un des C-17 (le MAN) ayant gardé une allure militaire est apparu en 2017 à Miami, « en soutien à la visite du roi du Maroc Mohamed VI… » « 

(4) la présence de la CIA a Benghazi s’était révélée flagrante avec l’envoi d’un avion bien particulier : un vieux DC-3 équipé de turbines.  C’est lui qui avait été chargé d’amener les mercenaires privés recrutés pour protéger l’ambassadeur voire aller le sauver…

(5) un vieux rafiot. Ce n’est pas lui qui a coulé mais le dock dans lequel il était. Et comme il n’y plus de dock.. plus de réparations : ce ne sont pas les dégâts infligés au porte-avions qui posent un souci à la marine russe… « Le problème est que, faute de dock flottant comme le PD-50, la modernisation du porte-avions « Amiral Kouznetsov » est à l’arrêt. Aussi, selon le journal Izvestia, si le ministère russe de la Défense ne trouve pas rapidement une solution, alors ce navire pourrait être retiré prématurément du service ». Il ne nous enfumera bientôt plus, donc…

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

 

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