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Plus de Mirage dans le ciel Libyen ? (2)

Hier nous avons abordé un conflit en cours en ce moment même en Libye. Un conflit qui se greffe sur une lutte contre l’EI ou Al-Qaida, ou ce qu’il en reste, et qui est particulièrement meurtrier, et particulièrement aussi très suivi sur le net, les deux belligérants principaux effectuant leurs communiqués officiels sur Twitter avant même de recourir aux agences habituelles.  Une guerre new style où personne ne se prive de vouloir désinformer, pour embarrasser l’adversaire, si bien que de la suivre et d’en démêler les circonvolutions n’est pas chose aisée : on ment beaucoup en ce moment… car tous ont des choses à cacher !

Les deux partis opposés mentent sur leurs effectifs réels

Evidemment, on le comprendrait presque, le GNA minimise le recours à ces mercenaires : « Le Groupe d’experts de l’ONU sur la Libye a également rendu compte de la constitution de l’aviation de Misrata et de ses enquêtes sur les capacités aériennes et les mercenaires. «Les attaques aériennes depuis la base aérienne de Misrata se poursuivent depuis 2016. Deux avions de combat Mirage F1 étaient opérationnels et pilotés par au moins trois pilotes étrangers agissant en tant que mercenaires. Ils auraient volé de mars à la troisième semaine de juillet 2016. L’un d’eux est décédé après la chute de son avion le 2 juin 2016, après avoir effectué un raid contre le groupe État islamique à Syrte ’. «Depuis l’accident, un seul Mirage F1 à Misrata est resté opérationnel (c’est le 508 : ici à gauche c’est le 502 de Joe Horta, photographié ci-dessus à gauche en avril 2016 avec ses trappes de visite arrière démontées, qui s’est crashé le 2 juin suivant et à droite en vol c’est le 508 alors dernier survivant des deux « réfugiés maltais »). Bien que le jury ait pu identifier le pilote décédé en tant que ressortissant portugais et résident permanent en Allemagne (???), ce dernier État n’a fourni aucune information qui aurait pu aider à révéler des pistes pertinentes sur les entités qui l’avaient engagé et avaient payé ses services en Libye ‘’. «Une équipe d’ingénieurs de l’Équateur a été chargée de la maintenance du Mirage F1. Lorsqu’il a été contacté par le Groupe spécial, l’Équateur a déclaré ne pas avoir connaissance de ces activités. Bien qu’un compte bancaire lié au paiement des ingénieurs ait été identifié, l’Équateur n’a pas répondu à une demande du Groupe spécial lui demandant des précisions supplémentaires ’’. Bref, on ne voulait pas l’avouer !

Un armement saoudien de missiles chinois

De l’autre côté ce n’est guère mieux  : on improvise, surtout, à tous les niveaux, sans trop le montrer. On découvre par exemple, en examinant leur débris, que les plus récentes dernières attaques sur Tripoli, notamment, effectuées par les pilotes d’Haftar, avaient été faites à l’aide de missiles « air to surface » chinois tous neufs, signés Norinco (des Blue Arrow 11 ici on peut voir leurs prédécesseurs 7 et 9), fournis par les Emirats-Arabes Unis comme le précise ici le Libya Observer. Des engins ultra-modernes montés sur de très vieux coucous : tout le paradoxe de cette guerre intestine ! A droite ici, la présentation des maigres forces aériennes en 2014 du début de la campagne d’Haftar à Benghazi (Benina) : on dénombre deux MiG 23 Flogger et deux MiG 21 seulement, dont un biplace (ici un autre du même genre). Maigre flotte aérienne !

Plus tard on verra un MiG 23 biplace auprès d‘un MiG 21 fourni par l’Egypte (d’autres suivront). Haftar en 2014 dispose aussi d’hélicoptères, dont des Mil-Mi8 de transport. Des engins aussi susceptibles de pannes en vol que d’être atteints par des missiles. Il s’active aussi à remettre en état des Mirages, dont il hérite en 2014 lors de la conquête de la base principale de réfection des appareils français. Il mettra quatre années à en faire des appareils utilisables, deux surtout, alors que d’autres sont toujours l’objet de soins intensifs, comme ce N°407 dont on notre l’insigne d’unité, la même que le 402 vu précédemment ici.

Le 20 juillet 2016, la France s’en aperçoit à ses dépens : l’un des hélicoptères de la LNA d’Haftar s’écrase, pour l’une des deux raisons, on ne le sait pas exactement. On ne verra qu’un tas de ferraille visiblement ramassé et regroupé pour en attester (ici à gauche). Au journal télévisé du 20 juillet, on y apprend que trois hommes de la DGSE ont été tués et que « les terroristes d’Al-Qaida », sans surprise, clament l’avoir abattu.

La France aide discrètement déjà Haftar sous François Hollande, au prétexte de la lutte contre le jihadisme (qu’il faut bien combattre en effet). Ce que poursuit aujourd’hui le président Macron. Très vite, on laisse entendre que c’est un missile SA-7 Strela qui l’aurait abattu, en montant des caisses complètes d’engins saisis à Benghazi. La mort des trois français sera l’occasion d’un règlement de comptes intérieur en Libye, le chef des opposants à Haftar, alors à Ankara, Abdelhakim Belhadj, laissera largement entendre qu’il ont été tués par les hommes de la Brigade de défense de Benghazi, du mufti wahhabite Al-Ghariani qui avait appelé à « faire la guerre contre la France ». Forçant ainsi ce dernier à s’associer à lui et avec avec le groupe terroriste Ansar Al-Charia pour attaquer le Conseil de la présidence à Tripoli, plus conciliant avec l’adversaire, et ainsi encore plus affaiblir Haftar au passage !!! On retrouvera plus tard Al-Ghariani... ou plus exactement son fils, associé à Salman Abedi, dont le père Ramadan Abedi, ancien officier des services de Renseignement libyens, est un proche de Belhadj  : il avait fui à Londres est tant qu’opposant à Kadhafi. Il aurait été pris sous la coupe du MI6 britannique en 1992 pour avoir fomenté et raté un attentat contre Kadhafi. Or le 22 mai 2017, à Manchester en Angleterre, le jeune Salman Abedi, 22 ans, devenu mancunien, bien intégré, fumeur de cannabis mais né en Libye et vivant avec son père qui ne semblait pas l’avoir vu se radicaliser, se fait sauter avec sa ceinture d’explosifs à à la sortie d’un concert de la chanteuse américaine Ariana Grande. Il provoque un carnage hallucinant :  il y a vingt-trois morts (dont l’attaquant) et 250 blessés dont dix-neuf grièvement. La mosquée de Didbury que fréquentait Abedi était aux mains des Frères Musulmans ! Mais l’attentat a été décidé… en Libye, à coup sûr, pour les services secrets anglais ! Une piste est alors citée : Belhadj, lui, quatre années auparavant, en décembre 2013, avait attaqué en justice l’ancien chef du MI6, pour l’avoir enlevé et torturé neuf ans plus tôt… et il en attendait toujours la suite de sa plainte en Angleterre. Le MI6 lui avait doublement raté le coche : Abedi avait appris à fabriquer sa bombe en Libye, lors d’un voyage dont il rentrait juste au moment de l’attentat ! Il avait alors visité des camps militaires contrôlés par Abdelhakim Belhadj. Sa sœur dira qu’il avait été trop marqué «par des images d’enfants tués par des bombardements en Syrie« … Epilogue de l’histoire : le 10 avril 2018, le gouvernement anglais s’est officiellement excusé pour l’avoir arrêté et à même octroyé 500.000 livres (565.000 euros) à Fatima Bouchar, son épouse, arrêtée avec lui.

L’intervention téméraire décidée par le précédent président Sarkozy (1) n’a pas encore fini de saborder toute la région, loin de là… et on n’a pas encore fini d’en payer la note, 8 années après… Car la DGSE avait armé Belhadj, avant la fin de Kadhafi, sous les ordres de Sarkozy, au début pas très  chaud… mais alors conseillé par l’émir du Qatar qui l’avait convaincu !!! Question dette, on attend que Nicolas Sarkozy paie la sienne, lors d’un procès à venir pour l’argent reçu par Kadhafi par assurer sa campagne de 2007… en Libye, aujourd’hui, au final, c’est « Milices, barbouzes et or noir : en Libye, la bataille pour le « croissant pétrolier » fait rage » titre fort justement France-Info en 2016.

Un véritable massacre aérien !

Des deux côtés le bilan de la guerre aérienne entre factions opposées, qui a remplacé la guerre conte Daesh ou Al-Qaida aujourd’hui, en Libye (celle-ci se poursuit en même temps en fait), tourne en effet au plus complet désastre… des deux côtés, même si beaucoup s’attendent à la victoire finale du fameux maréchal. La faute à l’usage des « Manpads » (missiles anti-aériens portatifs) venus en nombre de la Libye, une fois les entrepôts de Kadhafi vidés de leur contenu. Les russes avaient subi la même chose à l’arrivée en Afghanistan des Stinger (voir ici leur incroyable saga). Des milliers d’engins de ce type circulent, depuis 2011, et ils sont tous en effet capables d’abattre des avions, ou presque, selon leur état de fraîcheur. L’efficace armement aérien des libyens des deux-côtés, équipé des ultra-performants affûts ZPU-2 et ZU-23-2 (ici utilisés à toutes les sauces, au solo en aérien) y est aussi pour beaucoup, les artilleurs ne lésinant pas sur le nombres d’obus comme on a pu le constater. La LNA déployant aussi des Kvadrat-Gainful/2K12 Kub (ici à droite); des engins vieillots mais encore efficaces (voisins du Bulk, celui qui a descendu le Boeing du vol MH17 le 17 juillet 2014 !), en plus d’une grande variété de Manpads, les engins qui sont déjà, on peut le dire, les grands gagnants du conflit, ce que les deux grandes puissances observent avec une certaine anxiété lorsqu’ils survolent les champs de bataille actuels. On a vu circuler en pleine ville fin avril dernier au détour d’un marché de Misrata (ici à droite) un engin de type Gainful, mal dissimulé par des bâches, monté sur un véhicule type BTR à 6 roues (alors qu’il est au départ plutôt chenillé sur BMP). L’engin étant un des vingt … Puma italien de Consorzio Iveco Fiat – Oto Melar offerts en 2013 par l’Italie !!!

Sont apparus en plus des lanceurs individuels (exemplaires montrés ici par la magazine TV ABC) des Strelets, un affût pour SA-24 ou SA-18 Igla fabriqué par KBM Machinebuilding Design Bureau, à Kolomna, vendus en nombre à la Syrie. L’organisme Small Arms Survey dans son bulletin N°2 de juin 2015 en avait déjà repéré en nombre en Libye. Si certains missiles proviennent de stocks dévastés de Kadhafi, les affûts permettant de tirer en salves, plus récents, semblent provenir eux du Yemen ou du Soudan : « les récents transferts (autorisés) de Manpads avancés aux gouvernements d’Irak et du Sud-Soudan suscitent des préoccupations similaires. En septembre 2014, le ministère irakien de la Défense a publié des photographies de I-Manpads Igla-S récemment acquis de Russie. Les systèmes faisaient partie d’un contrat de 4,2 milliards USD signé en octobre 2012, qui comprendrait 1 000 missiles utilisés avec un nombre indéterminé de poignées de préhension et de lanceurs sur socle de Manpads (Russia Today, 2014).  La livraison de Manpads QW-2 chinois (ici un modèle chinois FN-6 découvert en Libye) au Sud-Soudan a été révélée pour la première fois à la fin de 2014 (Smallwood, 2015b). Les autorités sud-soudanaises ont évoqué le transfert en novembre 2014, mais ont fourni peu de détails sur le type, la quantité ou les sources des systèmes qu’il prévoyait d’acquérir ». A droite un affût fixe typique à deux missiles, monté sur un pickup de l’armée de la GNA. L‘arme,qui a été vue en Syrie, semble redoutable… et redoutée. Un reportage saisissant d’ABC News visible ici, avait montré un tel équipement, il y a 7 ans déjà, comme on peut le constater sur cet étonnant extrait :

Une effroyable hécatombe aérienne !

Résultat de l’efficacité de ces missiles portables, véritable fléau aérien : une vraie hécatombe dans le ciel !!! En 2016, déjà, le 4 janvier, un  MiG-23ML (numéro de série « 6472 », ici fringuant et refait à neuf ) s’était écrasé « à cause de problèmes techniques » et le pilote s’était éjecté sain et sauf. Le 8 février, l’un des deux derniers avions MiG-23UB « Flogger » est abattu par Al-Qaida lors d’un raid aérien mené dans la région de Derna. Quelques jours plus tard, le 12 février c’est le dernier MiG-23UB des forces commandées par le général Khalifa Haftar qui se crashe lors d’une mission de bombardement dans la zone de Qaryounes dans le nord-ouest de Benghazi. A droite, le Mig 23 N°8272 crashé le 22 décembre 2016.  A gauche les vestiges de l’exemplaire 6132. Ci-dessous en bas du chapitre, le même en bon état, prêt à décoller pour une mission de bombardement, équipé de bombes russes comme il se doit. Les Manpads, mais aussi des pannes à répétition (redoutées sur ces avions vieillis)… et des pilotes plus qu’aventureux. L’une des sources de perte d’avions est en effet aussi la folie furieuse qui émane de certains de ses pilotes ! L’un des deux MiG 23, le N°6472 basé à Benina ou le N°6132 basé à al-Watiya, avait montré l’irresponsabilité ou l’inconséquence des pilotes en effectuant un passage bas mémorable mais hyper-dangereux qui avait été visionné des milliers de fois sur le Net. Le rase-mottes est le particularisme fort apprécié là-bas (à l’imitation des F1 français au Tchad qui avait marqué les esprits (2) ?) : le 20 avril dernier encore, le dernier F1 de la LNA se montrait de cette manière au ras de Toyotas (ici  à gauche). En juillet 2015 c’était au ras des flots sur une plage !!! L’auteur de la passe ci-dessous, Idriss al-Obeidi, sera plus tard célébré en héros à son décès: 

Une pratique dangereuse, on le sait : le 2 septembre 2014, au dessus de Tobrouk, un MiG-21 de la LNA, le premier remis en vol, piloté par Rafa al-Alani, s’était écrasé en effectuant des manœuvres acrobatiques lors d’un passage sur le dos censé célébrer un collègue décédé ! Un civil au sol était mort à l’occasion ! Ceci devant les yeux d’un autre pilote, Ibrahim Al-Manifi, qui se tuera lui aussi quelques jours plus tard aux commandes de son avion. Les forces opposées voulant à tout prix faire croire l’avoir abattu, lui aussi.

Le renouvellement des stocks après l’hécatombe de 2016 et 2017 se faisant par l’intermédiaire des techniciens ukrainiens retapant les vieilles cellules, encore aux couleurs marron et vert de l’aviation de Kadhafi (ici à gauche) mais aussi, et c’est nouveau par la livraison d’appareils prélevés sur des stocks russes : comme on peut le voir ici à droite avec un empennage portant encore l’étoile rouge bien visible. Ci-dessous des techniciens, dont un ukrainien, en train de s’affairer sur deux MiG 23. Celui à gauche à sa cellule qui brille à l’intérieur ; il est neuf et porte en effet sur son empennage en haut de l’image une étoile rouge. Celui à droite est bien vieilli, sa cellule est encrassée comme on peut le constater.

Il porte le numéro 8133.  Le voici à l’extérieur. Ici des techniciens US faisant le même travail sur un exemplaire de musée : pas la même propreté, on ne peut que le constater : mais les uns travaillent dans l’urgence et dans de très mauvaises conditions, d’autres œuvrent tranquillement pour un musé : ce n’est pas du tout comparable ! Ci-dessous le « 8008” à coté du “8133”  :

 

Parmi les « indéterminés » un autre cliché surprend : celui d’un MiG 23 MS monoplace sur un semi-remorque (cf à droite ici), portant une numérotation particulière : 06907. L’avion est en fait bien Libyen d’origine, lui aussi, c’est le MiG-23 N° 0391206907  (06907) livré en 1976 au Squadron 1050 mis à l’écart à Bénina et préservé ensuite à Benghazi. Cosmétiquement, les différences apparaissent progressivement entre les deux factions sur le terrain : ci-contre à gauche un MiG 21 biplace, le N°114 portant un camouflage 3 tons et une cocarde de queue inclinée, toujours dans le camp de la LNA (à Bénina).
Ici à droite le MiG 23 UB biplace N°8088 vu à la base de Brak el-Shati, et ensuite déployé à en mars 2018. On note la cocarde et le nose art, un genre de décoration jamais utilisée au temps de Kadhafi.  Côté GNA, on reste nettement plus sobre.

Des MiGs 21 succomberont aussi à cette nouvelle mode répandue dans le camp d’Haftar uniquement (une influence « américaine » ?). Ici à gauche le MiG 21 « F03 » de la base de Brak el-Shati (et ici le F10 et là le F12). 

Malgré le manque de pièces, on continue à faire revoler des vieux MiGs 23, comme ci-dessous avec le premier vol du N°433 en train de se poser au-dessus de Benina… on peint désormais le gouvernail aux trois couleurs du pays sur les MiG 23 !

Dans un des abris bétonnés, un spotteur dit avoir vu un MiG 23 « d’origine biélorusse ». Mais rien ne permet d’en déterminer l’origine exacte (ici les modèles « 8008” et “8133”  en train d’être entretenus. Le 8088 sera ensuite exhibé avec les mêmes couleurs il est vrai et orné d’un « nose art »  propre aux troupes de la LNA… aux côtés d’un MiG 21 (le « « 27 »).

Malgré ces efforts, ce sont bien le Manpads qui sont les grand gagnants du conflit, mais les crashs dus à des pannes subites font aussi des ravages, des deux côtés  : les MiG 23 remis à jour pendant des semaines ou des mois finissent la plupart du temps à terre, comme ici en décembre 2016 à Tarhouna dans le district de Dawoon, à 88 km au sud-est de Tripoli, tuant ses deux occupants. Les deux disparus, partis en mission d’entraînement, ont pour nom Mohammed Gadosha et Ezzidin Madani. De l’avion seul demeurent distinct les ailes et le nez. L’engin était un MiG 23 UB biplace, immatriculé 8272. Un avion de la GNA ! L’avion du 1023 squadron avait été vu au Lavex de 2009 dans un tout autre état… (ou ici à Mitiga même, le 4 octobre de la même année) :

Des techniciens ukrainiens familiarisés à la Libye

C’est une autre histoire oubliée au milieu de ces événements tragiques : des techniciens ukrainiens connaissaient bien le pays, si l’on peut dire. Certains étaient déjà venus apporter assistance à l’aéronautique libyenne. Ou plutôt, ils étaient venus s’occuper d’un seul appareil, fort particulier. Pas un chasseur, ni un bombardier, mais un biréacteur civil, un Antonov 74 !! Mais pas n’importe lequel : c’est un An-74TK-300D, dont il n’existe aujourd’hui que trois exemplaires au monde, en fait la version « very VIP » du nouvel avion, développement du précédent « 74″, qui avait vu ses nacelles réacteurs reprendre une position plus classique. Le premier construit, portant le numéro 36547098984, avait été livré à l’escadron d’aviation présidentiel ukrainien en 2003 (sous l’étiquette UR-AWB) et le troisième sorti, lui a connu plus tard un triste sort (36547098982, devenu RDPL-34020) puisqu’il s’est crashé à Xieng Khouang au Laos en mai 2014, tuant le ministre de la Défense du Laos, le ministre de la Sécurité publique et le gouverneur de la capitale Vientiane. Le second produit, le 3654701221080, était devenu libyen sous l’immatriculation 5A-CAA (ici à Mitiga, le 25 octobre 2009). Un appareil arrivé en 2009 seulement en Libye, destiné à l’usage personnel de Kadhafi et équipé luxueusement comme ses autres avions (son Falcon 5A-DCM ou son gigantesque Airbus A-340; le 5A-ONE, ex avion des princes Jefrie etAl-Walid, et qui était revenu à Perpignan dans des condition épiques, son fuselage percé de balles – il y est toujours).

En fait, c’était le deuxième Antonov VIP fourni, car le premier exemplaire commandé par Kadhafi dès 2002, à l’origine un An-74TK-200 (36547097933), UR-74038), plus classique, s’était écrasé près du village de Kousséri au Cameroun en avril 2006, après avoir raté l’aéroport international tchadien de N’Djamena. Kadhafi avait alors rechigné à attendre son remplaçant et c’est grâce à l’entregent efficace de Ioulia Timochenko que la vente du 5A-CAA avait pu se faire finalement, au tarif (élevé) de 25 millions de dollars, dorures à l’or fin compris pour les équipements intérieurs, sur les souhaits du dictateur (dont les goûts étaient discutables, pour rester poli). Mais comme en Libye rien ne se fait normalement, lors de son retour pour entretien prévu au Gostomel Airport, en Russie, en 2011, la révolte avait déjà éclaté en Libye et les 25 employés de la société Dakara qui s’occupaient (en Libye) de l’avion, dont 20 Ukrainiens, deux Russes et trois Biélorusses s’étaient retrouvés pris en otages par les révoltés, qui en avaient fait une monnaie d’échange pour récupérer l’appareil aux dorures, en les accusant d’espionnage ou d’être des « mercenaires ».  De retour en Libye en 2011, après de longs palabres, l’avion sera quelque peu endommagé par des fragments de bombe lors de l’intervention militaire, mais il sera remis en service en août de la même année. Aujourd’hui, il sert actuellement de transport VIP de la GNA du Premier ministre Fayez al-Sarraj. L’avion a été repeint deux fois depuis, la dernière en mars 2018. Et a gardé ses luxueux aménagements intérieur dont Kadhafi a très peu profité !

Les forces de la GNA qui s’amenuisent 

Côté Tripoli, dans le camp de la GNA, on fait de même que la LNA en effet et on retape aussi de vieux MiGs 23. Apparaît en 2018 un autre Flogger à la livrée gris-bleu (et bleu), numéroté 474 (ici à gauche) dans le camp de la GNA, qui avait été précédé par le N°117 ici à droite). La livrée de couleur différente de celle de la LNA commence à s’imposer,de façon à distinguer davantage les deux factions devenues ennemies dans le ciel… On note l’apparition de cocardes différentes, cerclées de couleurs et non plus en tranches diamétrales.  Les forces de Tripoli sont en fait la coalition hétéroclite de milices islamistes, qui ont combattu les forces du colonel Mouammar Kadhafi en 2011, et qui étaient au départ parmi les mieux armées du pays. En août 2014, Fajr Libya (« Aube de la Libye ») s’est emparée de la capitale Tripoli, chassant les milices rivales de la ville de Zenten (à 170 km au sud-ouest de Tripoli). C’est elle qui en fait est devenue la branche armée du gouvernement siégeant aujourd’hui à Tripoli. Celle du « fameux » El-Hadj (cf l’épisode précédent).

Les efforts de la GNA paraissant assez vains : en 2015, sur la base de Misrata on a vu s’élever des levées de terre pour protéger des attaques ce qui leur restait comme appareils : on ne peut que constater qu’il n’y avait plus que des L-39 de disponibles, en 2019. On en dénombrait 11 à cet endroit, 5 autres un peu plus loin et trois MiG 23, deux « gris » et un camouflé. Et plus un seul F1 de visible, déjà, au 4 mai !!!

Dans un rapport du Conseil de Sécurité de l’ONU, en date du 1er juin 2017, l’évolution de cette base de Misrata  (entre février 2014 et mars 2017 surtout) avait été décrite en détail, comme l’avait été la disparition de l’avion de Joe Horta). On n’y distinguait plus, déjà, que deux malheureux Flogger, un gris et un camouflé (couleur claire, a nuances de verts). « On constate aussi, d’après les images de l’aire de trafic principal qu’elle est de plus en plus empruntée par des aéronefs militaires depuis 2014, y compris des hélicoptères de type Mi-24/35 et, probablement, Mi-8. Un avion de chasse MiG-25 a également été déplacé sur l’aire principale de trafic » et également ceci : »L’aéronef stationné à l’extrémité Nord-Est de l’aire de trafic sud (…) est probablement hors service, mais on estime que les deux MiG-23 stationnés plus au centre (avec les ailes rétractées dans un cas) sont opérationnels. On peut voir une nouvelle aire de stationnement bétonnée dans la partie supérieure gauche ». Le « gris » est très certainement le modèle 117 (ou le 474), le camouflé celui observé encore en juillet 2018 et visible ici.

Les Toyota de Tobrouk

Presque plus d’avion, mais des milliers de 4×4 !!! Dans le même rapport de l’ONU on évoque aussi toute une industrie : celle du transport et du rééquipement sur place des inévitables Toyota, présentes partout dans le conflit comme on le sait. Les leçons de 1987 au Tchad ont bien été retenues !!! « Pour les groupes armés en Libye, les pick-up de la marque Toyota (principalement à cabine simple de type HZJ 79) semblent être encore plus importants que les véhicules blindés car il est facile de les équiper de diverses armes de soutien à l’infanterie, notamment des mitrailleuses de calibre 12,7 mm et 14,5 mm et des fusils sans recul de calibre 106 mm. Selon le Groupe d’experts, ces véhicules doivent être considérés comme du matériel militaire lorsque leur utilisateur final est une unité de sécurité armée (voir recommandation 2) (…) Le Groupe d’experts a reçu par ailleurs des informations d’États Membres indiquant que les groupes armés libyens échangeaient des pick-up contre des armes et des munitions et les utilisaient pour payer des mercenaires (…) Pendant la période considérée, le Groupe d’experts a reçu des informations selon lesquelles d’importantes livraisons de pick-up de la marque Toyota et de véhicules blindés 4×4 avaient été effectuées à Tobrouk le 16 janvier et le 4 avril 2017 ». La variante à droite plus récente et celle des véhicules de la Brigade de Benghazi, surveillant les puits de pétrole vers l’Ouest. Des engins livrés par bateau, cette fois, on s’en doute vu le nombre, dont notamment le Sham 1, un Roro dont les voyages ont été pistés eux aussi. Les experts de l’ONU ont aussi retrouvé le détenteur : « le propriétaire du SHAM 1, Med Wave Shipping SA, est inscrit à Amman, en Jordanie. Le Groupe poursuit son enquête sur les personnes qui ont affrété le navire. Cependant, les données HIS montrent également que le navire est inscrit à la liste par l’Office de contrôle des actifs étrangers (OFAC) du ministère des Finances des États-Unis depuis janvier 2015, date à laquelle il était toujours immatriculé sous le nom de CITY OF MISURATA.

« La liste semble être liée à l’ancien propriétaire du navire, Merhi Ali Abou Merhi » (nota :  le navire porte en grand son nom sur ses flans, comme on peut le voir !) « un homme d’affaires libanais lié au Hezbollah par le biais d’un groupe de sociétés (blanchiment de capitaux selon l’OFAC) . Abou Merhi a dirigé l’organisation criminelle Joumaa. Il convient de noter que le SHAM 1 bat encore pavillon libanais et que la propriété du navire a été remplacée par une nouvelle société au moment où le navire a été inscrit ». A droite ses trajets, qui passent par le Liban , Chypre, Port Saïd en Egypte et qui remonte aussi vers la Jordanie via Aqaba… Ci-dessous, une partie de ses livraisons :

Autre danger : les détournements des télécoms 

Des armes et de 4×4 récents, mais aussi un autre équipement tout aussi dangereux :  « Le Groupe d’experts a reçu confirmation que du matériel d’interception et de brouillage avait été livré à Tripoli depuis l’adoption de la résolution 2174 (2014) en août 2014. Il s’est procuré une copie d’une lettre de plainte adressée à l’un des fournisseurs du matériel par la Libyan Post, Telecommunications and Information. Il a également interrogé un acheteur libyen qui s’est rendu plusieurs fois à Marbella (Espagne) pour obtenir ce matériel. Le matériel a été déployé dans plusieurs quartiers de Tripoli, contrôlés par différents groupes armés, notamment la Force nationale mobile, la Force spéciale de dissuasion, la Garde nationale et la brigade Abou Salim. Ces groupes ont été impliqués dans de graves violations des droits de l’homme et des activités criminelles. La capacité de mettre sur écoute des téléphones portables et de lire des messages privés accroît leur efficacité opérationnelle et leur donne un avantage tactique considérable sur leurs rivaux. Fait plus important encore, dans une ville où les cambriolages de banques, les enlèvements et les meurtres sont fréquents, la facilité d’accès à du matériel permettant de suivre les mouvements des civils constitue une grave menace contre la paix et la sécurité. Le Groupe d’experts a reçu des informations indiquant que ce matériel avait servi à des fins de chantage et pour organiser des enlèvements »…. Bref, on retombe dans quelle chose de connu : ce qu’avait aussi acheté Kadhafi… à la France (et son 4×4 pour s’en protéger) ! Pour mieux emprisonner ses opposants ! Ils ont tout retenu, les islamistes ! Hélas ! Ci-contre le véhicule emprunté par Kadhafi dans sa fuite finale, non équipé de brouilleur et exhibé à… Misrata ! Un endroit intriguant à plus d’un titre !

Les deux derniers F1 du maréchal 

Des deux côtés, l’année 2017 se montrera en ce sens complètement catastrophique côté aérien. En 2017, en effet, les forces de la LNA périclitent  sérieusement avec la perte encore d’un MiG-21 abattu au-dessus du quartier d’Al Sabri à Benghazi et d’un second abattu près de Tobrouk après un bombardement sur Derna, dans lequel est mort le commandant de la base Gamal Abdul El Nasser (située au 31°51′41.00″N et 023°54′24.4″E près de Tobrouk c’est l’ex El Adem anglaise, aux pistes en triangle). A Benina, les seuls appareils disponibles pour la LNA sont alors ses deux derniers Mirage F1 libyens volants (donc celui ici à gauche avec l’insigne d’unité bien visible sur la droite), deux Su-22 et un hélicoptère Mi-35, tous issus de la base aérienne al-Watiya, dans la région de Zintan. A Benina, le second appareil, derrière l’exemplaire 402, (ici à droite), visible ici sur la vidéo de la visite officielle, est remarquable d’une autre façon, comme on peut le voir ici sur le cliché de gauche qui montre les deux en même temps. C’est le 515, ici seul, le jour de la fameuse présentation  :

Les habitués repèrent vite la différence : elle se joue au nouveau des cocardes, qui se révèlent différentes côté droit et similaires côté gauche des appareils. L’avion en arrière-plan affiche un rond central vert, un milieu noir et un cercle supérieur rouge: les couleurs utilisées de 1951 à 1969 en Libye, qui n’a reçu ses Mirage qu’en 1976 ! Ici à droite les deux appareils de retour de mission à Misrata. C’est visiblement une bévue, car cela révèle de la sorte que l’on a puisé dans un stock plus ancien que celui remis à jour par les français sous Sarkozy.

Des vues de l’appareil en train de décoller et une superbe vue plus générale (cf ci-dessus) révèle clairement son numéro : c’est le N°515, qui est lui totalement dépourvu d’insigne d’unité.

Ce second Mirage est intéressant à plus d’un titre car il présente trois particularités, pas moins, révélées par une autre vidéo plus récente de janvier 2019. D’abord une verrière aux montants verts alors que le fuselage qui s’y rapporte est couleur sable, montrant que cette dernière est une pièce rapportée provenant d’un autre exemplaire cannibalisé. Et qu’ensuite son avant gauche présente un nose art du plus bel effet présentant un épervier avec une inscription en arabe à côté, et qu’enfin il présente un rack lance-missile  de bout d’ailes qu’il ne portait pas à ses débuts (comme lors de son retour de mission ci-dessus en 2018). Bref, qu’il a été largement modifié depuis sa présentation, à moins que l’on se soit amusé à le présenter comme le N°515 d’origine, alors que de nombreuses salissures et un lettrage 515 bords blancs inattendus et inusités jusqu’ici laisse entendre qu’il pourrait s’agir d’un tout autre avion (mais le pourtour de la verrière semble bien celui de l’appareil exhibé avec le N°402 … lui même ici en vol « lisse » :

Le 515 évoluait en 2017, comme ici à gauche le 6 février dernier encore, saisi en plein décollage en configuration lisse, en train de rentrer son train, mais sans les pylones portant les racks de lancement de missiles. Le 9 mars 2019, on pouvait toujours voir voler et se poser à Benina son collègue le 402 (ici à droite). Même de loin, en effet, on distinguait son insigne blanche sur son empennage, (ici à droite), chose dont le N°515 est dépourvu. Un autre cliché nous renseigne davantage sur le fameux 515, celui de sa remise à neuf en atelier, qui révèle en effet un numéro peint en blanc au départ, sur lequel on a peint des lettres noires et si l’on regarde bien des saumons d’ailes enlevés, une aile qui visiblement vient d’être re-fixée au fuselage (il lui manque le raccord Karman d’intrados visible enlevé ici en partie à droite). L’appareil a été démonté, transporté (par avion ?) et remonté.  Mais c’est une autre photo qui nous intéresse ce jour-là:  lors de la même visite, dans la vidéo, on découvre en effet avec surprise l’arrivée dans le hangar d’un réacteur tout neuf, juché sur son chariot de livraison :

 

Changer un réacteur n’est pas chose aisée, chez les deux belligérants, et l’intensité des vols des deux côtés ont mis à mal ces moyens de propulsion qui nécessitent des soins et des révisions particulières.  On a réussi à filmer le changement de l’un d’entre eux, ici à gauche, qui révèle que ce n’est pas un engin neuf qui a été de nouveau réinséré dans la cellule : sa réchauffe en effet porte toujours les stigmates (des brûlures, visibles) d’un usage précédent.  Sur l’image du changement, ce n’est ici pas le réacteur en lui-même qui me pose question, mais plutôt l’avion derrière, qui est un CASA 212 dont on voit émerger le bout de l’empennage et dont les moteurs ont été retirés. L’avion porte des couleurs… espagnoles !!! (c’est certainement le T12B-53, qui a été repeint). Ce qui me laisse croire que la photo a été prise à Malte, plutôt, et que l’appareil est bien le N°502 de la GNA, d’après ses marques de camouflage bien distinctes (ici le 508, là le 502). Une autre photo nous confirme que l’on était bien à Malte (le hangar est bien celui-là et cette fois c’est le N°502 dont les gros lance-roquettes ont été enlevés) :

D’où sort donc cet Atar destiné à la LNA et qui a pu le fournir neuf (et son chariot d’origine) à l’équipe d’Haftar, de quel stock a-t-il été extrait ?  Voilà qui mérite l’attention… selon NiqNaq, l’engin serait venu de Grèce. Sachant aussi que la France, comme on va bientôt y revenir ici-même, venait juste de revendre 63 (ou 64 ?) cellules de F1 à une société privée américaine bien connue (Airborne Tactical Advantage Company (ATAC) détenue par Textron Airborne Solutions Inc, moteurs compris (comme ici à droite)  ???  Des avions sortis de la dissolution du dernier escadron de reconnaissance 2/33 Savoie.

Un escadron bien connu des pilotes libyens : dans une énième recherche, on est même tombé sur la photo du pilote de ce fameux exemplaire 515 : il pose ici fièrement sur l’échelle de coupée de l’appareil. Un de ceux formés dans l’escadrille Savoie, comme cet autre ici en photo à droite, et retrouvé des années après (le 13 août 2017 devant un Mirage F1 à la cocarde maculée, au croissant positionné de façon fort surprenante à l’envers…

L’appareil sortant alors de son jus, avec son camouflage très fatigué… des Galeb étaient également visibles à Misrata, dont un repeint en bleu-gris, comme les SF 260 Marchetti. Au 5 mars 2019, en tout cas, sur Google Earth, les deux F1 restants apparaissaient toujours (et bien isolés !):

 

Le massacre continue 

En dehors de ces (deux) Mirages restants (sans oublier le troisième du GNA à ce moment-là), l’hécatombe est en effet terrible (des deux côtés) : «la LNA Air Force n’a plus qu’un seul «Flogger» dans sa flotte aujourd’hui, l’armée de l’air libyenne a perdu son unique MiG-23ML en service, portant le numéro de série « 26453 » expliquait en janvier 2017 déjà l’excellent Aero History. « Selon LNA Spox, l’avion a été abattu et s’est écrasé dans la région de Ganfouda-Bosnib à Benghazi. Le pilote, le colonel Younes Aldinạli, s’est éjecté, mais a eu une cheville cassée au pied gauche et des contusions. Le MiG-23ML «26453» est entré en service en février 2016, peu après la perte de trois autres «Flogger» en deux mois. Deux MiG-23BN ont été ajoutés à la flotte en avril et en mai, mais le serial 8985 (ici à droite) s’est écrasé le 6 juillet. ». C’est le même appareil 26453 qui avait aussi été l’auteur du tonneau mémorable en low-pass, au dessus de Benina en septembre 2016 !!!

Les russes fournissent alors discrètement de « nouveaux » Flogger (cf comme déjà décrit ci-dessus), qu’il faut remonter et remettre à neuf.  S’y ajoutent deux  hélicoptères Mil Mi-171 « quasiment neufs » qui viennent renforcer le Mil Mi-2, les deux Mil Mi-24D de l’armée du maréchal. A la mi-juin 2018, il ne reste plus à nouveau qu’un seul MiG 23 capable de voler dans le camp d’Haftar : le 8088, déjà décrit, qui avait lui aussi succombé au «nose art » en forme de tête d’épervier. Une déco également portée sur la queue, ce qui est tout aussi rare.

Les techniciens ukrainiens redoublent d’efforts et s’efforcent de retaper les MiG 23 restants, tel ce biplace, un autre « 502 » pas vraiment de première jeunesse, (il était resté 31 ans au hangar à Jufra !) remis en service tardivement en novembre 2018 sur la base de Labracq de la LNA : le « nouveau 502″ devenu « 4 » rouge :

Faire revivre le monstre, un échec de plus, côté GNA

La GNA, de l’autre côté, poursuit ses efforts de reconstruction de force aérienne en tentant de remettre à jour de vieux MiG 25, achetés en masse par Kadhafi et découverts eux aussi intacts à Al Jufra . Une initiative délicate, tant les engins, de vraies monstres, sont gourmands en kérosène, difficiles à manœuvrer, pas fait du tout pour l’attaque au sol et surtout munis d’une électronique obsolète à base de tubes électroniques et non de puces, comme on l’avait découvert avec celui amené au Japon à Hokodate par le déserteur soviétique Viktor Ivanovitch Belenko en 1976. L’avion, dépecé et passé longuement au scanner sera rendu en caisses aux soviétiques. Un avion de records, en tout cas ! Leur rôle d’avion d’observation à haute altitude, non armés, ils avait épargnés lors de la campagne de 2011, ne représentant pas une danger pour les avions de la coalition.  En 2015, les satellites avaient remarqué que trois MiG 25 avaient été ramenés à Misrata, à la date du 28 février. L’image illustrant le propos étant celle prise de nuit du N°499, qui semblait encore en état de vol au contraire de ces autres collègues.

Selon le spécialiste Arnaud Delalande,  l’armée gouvernementale ex Libya Dawn Air Force en aurait démonté plusieurs pour les transporter dans un Il-78 et les amener à Misrata. Des efforts qui ne seront pas vraiment récompensés : « La LDAF a ensuite payé un groupe de techniciens ukrainiens de Zaporozhie pour remettre au moins un des MiG-25 en service. Bien que leur travail ait été fructueux, l’appareil en question s’est écrasé lors de sa première sortie opérationnelle, en mai 2015, alors qu’il attaquait la base de la LNA- AF à Zintan ». L’avion montré jusqu’ici à porter les nouvelles cocardes tricolores était le 7012., un Mig 25PD un intercepteur armé de missiles R-40TD et R-40RD « A-6 Acrid« , des air-to-air à long rayon d’action. Autrement dit, pas fait pour l’attaque au sol…

 

Les techniciens appelés étant ceux d’Odessa Aviarem. L’avion, un modèle biplace MiG-25PU s’était écrasé lors d’un bombardement contre les forces de la LNA à Al-Zintan, son seul occupant, le commandant Hassan Massoud Misrati réussissant à s’éjecter sain et sauf. Malgré cet échec, des techniciens ukrainiens arrivés en renfort tenteront d’en refaire voler d’autres. Ci-dessus le MiG 25 biplace N°207 de l’ère Kadhafi, en fort mauvais état. Le MiG 25 biplace est aussi célèbre pour avoir embarqué un jour le cosmonaute français Jean-Louis Chrétien et… Nicolas Hulot, qui, ce jour-là, avait oublié ce qu’était la trace carbone…  Ci-dessous, un des MiG 25 photographié récemment à Misrata, qui porte le numéro 181. Pour Aviarem, on découvre avec surprise qu’un de ses spécialistes formé en Ukraine est … ougandais:  il s’appelle Darwin Angudri, et il s’occupe de l’African Union Regional Task Force, au Soudan !

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(1) à ce propos, on peut relire ceci, avec des préparatifs révélés par un crash de Mirage 2000 que personne n’avait remarqué à l’époque. A en faire oublier une célèbre photo de 2007, ici à droite…

et ceci aussi :

http://www.leblogfinance.com/2018/03/libye-quand-sarkozy-faisait-tirer-sur-des-mirages-renoves-par-la-france.html

(2) sur les F1 français au Tchad « rois du radada » :

PS : A noter que c’est à Misrata qu’avaient été transférés les corps de Kadhafi et de son fils Motassim en 2011. Pour ce que est des circonstances de sa mort, j’ai aussi donné des explications en temps réel, toutes confirmées en 2012. Capturés vivants tous les deux, ils avaient bien été exécutés après coup.

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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