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Plaines d’Abraham, notes rectificatrices

Capture1.PNG1aDébarquement à l’Anse au foulon.

Au sujet de cette bataille, dans “The siege of Québec” écrit par John Knox on trouve:

« …Ce qui nous irritait le plus était un groupe d’Indiens et autres tireurs d’élite, cachés dans le champs de maïs devant notre aile droite et d’autres dans les taillis face à notre centre-gauche… nous nous sommes ensuite coucher au sol en gardant cette position jusqu’à huit heures ».

« Vers dix heures, l’ennemi commença à avancer soudainement en trois colonnes avec des cris, deux d’entre elles se dirigeant vers notre gauche et la troisième vers notre droite. Ils tiraient obliquement sur les extrémités de notre ligne à partir de cent trente verges jusqu’à ce qu’ils atteignent la distance de quarante verge de nos troupes. Notre mitraille avait créé du désordre dans leur ligne puis nous tirâmes notre salve qui acheva de les désorganiser. Ils prirent la fuite précipitamment et nous les poursuivirent jusqu’aux murs de la ville et jusqu’au pont de la petite rivière en faisant plusieurs prisonniers » (est-ce que Montcalm était trop en avant des fuyards pour être fait prisonnier?).

Dans les « Mémoirs of Horatio Walpole, Earl of Orford » on lit au sujet du Capitaine Vergor qui gardait l’Anse au foulon :

« …au lieu d’honorer son courage désespéré, nos soldats, pour le punir (on se demande ici, pour le punir de quoi…) coupèrent la croix de St-Louis de son uniforme avant de l’envoyer à l’hôpital. Par contre, deux de nos officiers signèrent un certificat de son courage pour empêcher que les Français le punissent comme étant « corrompu » étant réputé impossible d’avoir été le cas ». Par contre on sent très bien que c’est exactement ce que les soldats anglais savaient être le cas et c’est pourquoi ils l’avaient déshonoré. (Wolf mentionne cet acte de ses soldats comme étant une punition pour un acte qu’ils jugeaient déshonorant de la part de Vergor). À noter que l’attaque sur Vergor était guidée par deux « déserteurs français » selon le manuscrit de Thompson.

Dans une lettre, datée  du 31 aout 1759, que Wolf écrit à sa mère :

« Chère Madame,

…Mon ennemi se réfugie dans ses retranchements inaccessibles de sorte que je ne peux l’attaquer sans un déversement de sang qui serait probablement sans résultats. Le Marquis de Montcalm est à la tête  d’un grand nombre de mauvais soldats pendant que je suis à la tête d’un petit nombre de bons soldats qui ne demandent pas mieux qui de le combattre; mais le prudent vieux bonhomme évite l’action doutant du comportement de son armée ». Lorsqu’on constate que le combat avec l’armée française a duré quinze minutes et que celui contre les Canadiens a duré plus d’une heure et demi, il est illogique de croire que Montcalm doutait du comportement des Canadiens. Il est clair qu’il ne se fiait pas à celui de ses troupes françaises.

Plus loin Wolf écrit à bord du « Sutherland » ancré à Cape Rouge le 9 septembre 1759 :

« Si Montcalm s’était contenté de se terrer dans la ville de Québec, nous l’aurions prise depuis longtemps parce que ses défenses ne sont pas considérables et notre artillerie est formidable. Mais il dispose d’un corps d’hommes armés (que je ne peux appeler une armée), les plus forts du pays, probablement du monde, pour appuyer la défense de la ville et de la colonie… Notre flotte bloque le fleuve mais elle ne peut d’aucune manière assister nos attaques sur l’armée canadienne. Nous essuyons continuellement des affrontements avec des vieillards de 70 ans et des enfants de quinze ans qui ne cessent de tuer et blesser nos soldats à partir des orées de la forêt… Nous sommes obligés de nous retrancher devant des ennemis aussi vigilants et aussi robustes que les Indiens et les canadiens, pour nous assurer de sauver nos vies; car il ne se passe pas une seule soirée qu’ils ne sont pas près de nos postes pour profiter de la moindre opportunité pour nous surprendre et nous tuer. Il y a très peu de quartier de donner de chaque côtés ». Il est clair, ici, que Wolf dit ce qu’il pense des Canadiens versus les Français. Ce 9 septembre 1759, il termine sa lettre en disant :

« J’ai suffisamment récupéré de ma maladie pour être actif mais je n’ai aucune consolation d’avoir fait quoi que ce soit d’intéressant pour mon pays et je ne prévois pas en faire ». C’est donc clair, ce jours-là, il ne croyait pas pouvoir s’emparer de Québec et même du Canada; mais le lendemain…

Le 10 septembre, il recevait deux « déserteurs » de l’armée de Bougainville sur son bateau et les entretenait en privé dans sa cabine. Le 11, il était à inspecter les abords de l’Anse au Foulon et par la suite, annonçait à ses officiers que le plan d’attaque qu’ils avaient planifié tous ensemble, d’attaquer à Neuville (selon le manuscrit Thompson) était cancellé, remplacé par celui qu’il venait de mettre sur pied. Pour éviter la révolte qui commençait à se faire entendre de la part de ses officiers, ils leur promit que si son plan échouait, ils repartiraient tous vers l’Angleterre aussitôt, sans rien tenter d’autre. Son plan était de faire faire grimper un « commando » durant la nuit du 12 au 13 septembre, pour prendre l’Anse au foulon et ainsi permettre l’accès de l’armée aux Plaines d’Abraham. On sait que le « hasard » assura le succès de ce plan.

Voici la liste de ce qui compose le plus important de ce « hasard » :

  • Des barges devaient apporter de l’approvisionnement à la ville de Québec durant cette nuit du 12 au 13. Le hasard fit que Bougainville cancella cette livraison sans n’en avertir personne.
  • Lorsque les Anglais se présentèrent dans les barges, le hasard fit que la réponse du soldat anglais au « Qui vive » français fut exactement le mot de passe que la sentinelle française attendait.
  • Une bonne partie des soldats qui devaient être en fonction avec Vergor, avaient reçu une « permission » pour s’absenter.
  • Pour la première fois, Bougainville et son armée n’avait pas suivi les mouvements de troupes anglaises sur le fleuve, mais était allé se coucher à Cap Rouge.

On ne peut pas dire que le hasard ne fait pas bien les choses.

Durant la bataille, l’auteur fait la remarque que l’uniforme brillant de Wolf en faisait une cible des « francs-tireurs canadiens » postés à la gauche de la ligne ennemie (à la gauche des Français). Ils le blessèrent une première fois et ensuite, lors de la charge britannique, une deuxième fois. Quinze minutes s’étaient écoulées depuis la charge française et le combat était terminé. Wolf ménage l’honneur de Montcalm en disant que celui-ci tentait de regrouper ses soldats, et situe la déroute des soldats français au moment où Montcalm fut blessé. On sait pertinemment que Montcalm fut blessé au rein, près de la porte de la ville. Il était donc, non pas en train de regrouper ses soldats, mais à la tête de ceux-ci qui fuyaient le combats. Les rapports français disent clairement que la retraite des soldats était couverte par les Canadiens qui, eux,  continuaient le combat.

L’Anglais raconte ensuite que des ennemis continuaient à combattre et ne cédaient pas de terrain sur son côté droit, qui est à la gauche de la ligne française où se tenaient des Canadiens qui avaient blessé Wolf. Il dit également qu’un autre corps d’ennemis offrait une résistance dans des taillis comme s’ils voulaient reprendre l’attaque. Ces derniers étaient également des Canadiens, on le sait. Ce furent les pelotons de Bragg et de Kennedy qui les arrêtèrent.

Pour terminer cette mise au point, j’ajouterai que le manuscrit de Thompson affirme que l’armée anglaise souffrit plus de la part des affrontements avec les Canadiens dans les taillis et le champ de maïs qu’ailleurs durant le combat. Le même manuscrit mentionne que Bougainville se présenta sur le champ de bataille entre midi et une heure et qu’il préféra retraiter.

Ce qui étonne un peu ici, c’est que le manuscrit Thompson spécifie qu’un groupe de Canadiens tentèrent de reprendre la batterie de « Samosse » et que ces hommes venaient de l’armée de Bougainville. Comme cette tentative se fit durant la bataille, vers la fin, qu’est-ce qui a pu décider Bougainville de retraiter? Si la chronologie des événements est exact, il y eut Bougainville qui refusa d’attaquer à son arrivée et il y eut Montreuil qui refusa de suivre Vaudreuil et resta en deçà de la rivière St-Jacques; tout cela pendant que les Canadiens continuaient le combat sur les Plaines.

Plusieurs questions restent à être étudiées avec précision; et ceci est à être ajouter à tout ce que j’ai déjà écrit sur le sujet.

Ce n’est définitivement pas les Canadiens qui perdirent cette bataille des Plaines d’Abraham; c’est incontestable.

André Lefebvre

Auteur de:

L’Histoire… de l’univers

Les Hommes d’avant le Déluge (Trilogie – Tome 1:  La Science Secrète)

Les Hommes d’avant le Déluge (Trilogie – Tome 2: Le Mystère Sumérien

 

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