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29 juin 2006 |
1 commentaire(s) |
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Pieds nus dans l’aube par Alexandre Beauchamp.
Pieds nus dans l’aube n’est pas seulement le premier roman de Félix Leclerc, il est aussi un des premiers pas de géant de cet homme qui fait de lui, aujourd’hui, une icône et un des plus grands homme du Québec. Auteur, compositeur et interprète, sa plume, légère comme une relation de longue durée, se laisse porter sur une prose pleine de singularité où chaque mot nous est chanté, où chaque image s’impose tel un tableau, pour nous habiter tout au long de cet hymne à l’amitié, à l’amour. Cet hommage à la vie est marqué par ses moments de bonheur, de misère et finalement par ce qui se trouve au bout du chemin : cette mort imminente que personne ne peut éviter.
Ce livre, Félix Leclerc l’a écrit en 1946 dans un Québec de l’après-guerre, mais l’histoire à laquelle on a droit se situe au début du 20e siècle, dans une campagne où il n’y a ni un « peuple rassemblé autour des usines » ni un « immense cri que personne n’entend ». Pieds nus dans l’aube, c’est un cri, haut et fort, qui vient du cœur même de ce coin de pays que de plus en plus de gens délaissent au profit des grandes villes. Provenant d’une région éloignée, (que l’on pourrait identifier comme étant La Tuque, où l’auteur est né) un enfant de douze ans fait l’apprentissage de la vie. Il nous raconte son histoire personnelle, celle des gens qui l’entourent, des paysages à couper le souffle, des grands étendus que l’homme défait pour y construire des passages par-dessus les rivières, des traverses entre deux montagnes, bref, pour y adapter l’environnement à ses souliers, devenus fragiles.
L’universalité des thèmes que l’on retrouve dans cette œuvre lui confère une place de choix dans la modernité littéraire québécoise. Outre les thèmes de l’amitié et de l’amour, il y a la notion de liberté et celle de réalisme. Pieds nus dans l’aube s’inscrit, par le fait même, dans une tendance toute nouvelle au Québec : le roman réaliste urbain. À la fois on le catégorise ainsi, mais on est en droit de le considérer comme étant un roman psychologique et un appel criant à la liberté et aux grands espaces. C’est un roman de son temps qui, malgré le fait qu’il ait été écrit en 1946, a très bien vieilli. Si la devise de notre peuple est maintenant : « Je me souviens », on peut en dire autant de ce roman où l’auteur y mêle les propres souvenirs de sa vie. Par l’évocation de ce passé, il démontre ici les conditions dans lesquelles vivaient les gens de cette époque. Un peuple, en marge des grandes villes, dominé par la communauté anglophone qui était beaucoup plus riche que les francophones. La nostalgie, présente de la première à la dernière phrase de ce livre, nous berce tantôt dans le passé, tantôt dans un moment présent de cette histoire racontée par le personnage principal. Il n’a pas de nom et son âge est incertain (même si on peut conclure qu’il en est à la période de l’adolescence). Le plus important reste qu’il est en âge de choisir. Accompagné de son ami Fidor, de ses frères et sœurs, il erre au gré des jours, se laisse porter par un vent annonciateur de changement, par la pluie qui lave les traces laissées sur le sol, par le soleil qui brille comme mille feux, mais surtout, il se laisse porter par une vie qui est la sienne et que personne ne peut diriger.
Bien que ce roman soit un hymne à la campagne, il s’éloigne toutefois de la promotion agriculturale à laquelle nous ont habitué les auteurs du début du siècle. En fait, Félix Leclerc n’a ni voulu nous vendre sa région ni nous dépeindre la ville ; il nous les a montrés, tous deux, tels qu’ils étaient. Ou plutôt, tels qu’un enfant les perçoit.
L’apprentissage, la quête du bonheur et la découverte de soi, le personnage principal ne les fait pas, il les vit. Son compagnon et lui découvriront les dessous du monde adulte et par le fait même, leur jeunesse s’essoufflera. Parce que rien n’est éternel, ils n’auront d’autres choix, peut-on penser, que de mettre un premier pied dans ce monde auquel ils refusent de croire.
Pieds nus dans l’aube, comme l’indique son titre, est le passage de l’enfance au monde adulte, de ses bons côtés comme de ses mauvais, de la perte de liberté comme de l’augmentation des responsabilités, de l’intériorisation et du refus, comme de l’extériorisation et de l’autorité. Avant tout, c’est un livre plein de vie, auquel vient se greffer toutes sortes de personnages, qui ont tous un vécu différent les uns des autres et où l’innocence est remplacée par la connaissance. Félix Leclerc, en toute modestie, ne prétend pas connaître les réponses aux grandes questions que l’humain se pose, mais il en démontre les enjeux dans cette lutte du quotidien. Ce roman, c’est le reflet d’une jeune société qui, très tôt, a connu des « échecs » et qui maintenant, doit se plier et s’adapter au monde des grands. « Pieds nus dans l’aube », c’est le Québec qui pose un pied par terre et qui s’affirme en tant que société distincte. C’est un petit pas pour l’homme, mais un grand pour l’humilité.
[...] « Trente arpents » que je dévore. Oui pas mal. Ça ressemble à un croisement entre « Pieds nus dans l’aube » de Félix et « Les raisins de la colère » de Steinbeck. L’histoire se déroule à [...]
23:38, le Samedi 1 mai 2010Vous devez être connecté pour publier un commentaire.
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