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Pieds nus dans l’aube de Felix Leclerc

Pieds nus dans l’aube par Alexandre Beauchamp.

Pieds nus dans l’aube n’est pas seulement le premier roman de F?lix Leclerc, il est aussi un des premiers pas de g?ant de cet homme qui fait de lui, aujourd’hui, une ic?ne et un des plus grands homme du Qu?bec. Auteur, compositeur et interpr?te, sa plume, l?g?re comme une relation de longue dur?e, se laisse porter sur une prose pleine de singularit? o? chaque mot nous est chant?, o? chaque image s’impose tel un tableau, pour nous habiter tout au long de cet hymne ? l’amiti?, ? l’amour. Cet hommage ? la vie est marqu? par ses moments de bonheur, de mis?re et finalement par ce qui se trouve au bout du chemin : cette mort imminente que personne ne peut ?viter.

Ce livre, F?lix Leclerc l’a ?crit en 1946 dans un Qu?bec de l’apr?s-guerre, mais l’histoire ? laquelle on a droit se situe au d?but du 20e si?cle, dans une campagne o? il n’y a ni un « peuple rassembl? autour des usines » ni un « immense cri que personne n’entend ». Pieds nus dans l’aube, c’est un cri, haut et fort, qui vient du cœur m?me de ce coin de pays que de plus en plus de gens d?laissent au profit des grandes villes. Provenant d’une r?gion ?loign?e, (que l’on pourrait identifier comme ?tant La Tuque, o? l’auteur est n?) un enfant de douze ans fait l’apprentissage de la vie. Il nous raconte son histoire personnelle, celle des gens qui l’entourent, des paysages ? couper le souffle, des grands ?tendus que l’homme d?fait pour y construire des passages par-dessus les rivi?res, des traverses entre deux montagnes, bref, pour y adapter l’environnement ? ses souliers, devenus fragiles.

L’universalit? des th?mes que l’on retrouve dans cette œuvre lui conf?re une place de choix dans la modernit? litt?raire qu?b?coise. Outre les th?mes de l’amiti? et de l’amour, il y a la notion de libert? et celle de r?alisme. Pieds nus dans l’aube s’inscrit, par le fait m?me, dans une tendance toute nouvelle au Qu?bec : le roman r?aliste urbain. ? la fois on le cat?gorise ainsi, mais on est en droit de le consid?rer comme ?tant un roman psychologique et un appel criant ? la libert? et aux grands espaces. C’est un roman de son temps qui, malgr? le fait qu’il ait ?t? ?crit en 1946, a tr?s bien vieilli. Si la devise de notre peuple est maintenant : « Je me souviens », on peut en dire autant de ce roman o? l’auteur y m?le les propres souvenirs de sa vie. Par l’?vocation de ce pass?, il d?montre ici les conditions dans lesquelles vivaient les gens de cette ?poque. Un peuple, en marge des grandes villes, domin? par la communaut? anglophone qui ?tait beaucoup plus riche que les francophones. La nostalgie, pr?sente de la premi?re ? la derni?re phrase de ce livre, nous berce tant?t dans le pass?, tant?t dans un moment pr?sent de cette histoire racont?e par le personnage principal. Il n’a pas de nom et son ?ge est incertain (m?me si on peut conclure qu’il en est ? la p?riode de l’adolescence). Le plus important reste qu’il est en ?ge de choisir. Accompagn? de son ami Fidor, de ses fr?res et sœurs, il erre au gr? des jours, se laisse porter par un vent annonciateur de changement, par la pluie qui lave les traces laiss?es sur le sol, par le soleil qui brille comme mille feux, mais surtout, il se laisse porter par une vie qui est la sienne et que personne ne peut diriger.

Bien que ce roman soit un hymne ? la campagne, il s’?loigne toutefois de la promotion agriculturale ? laquelle nous ont habitu? les auteurs du d?but du si?cle. En fait, F?lix Leclerc n’a ni voulu nous vendre sa r?gion ni nous d?peindre la ville ; il nous les a montr?s, tous deux, tels qu’ils ?taient. Ou plut?t, tels qu’un enfant les per?oit.

L’apprentissage, la qu?te du bonheur et la d?couverte de soi, le personnage principal ne les fait pas, il les vit. Son compagnon et lui d?couvriront les dessous du monde adulte et par le fait m?me, leur jeunesse s’essoufflera. Parce que rien n’est ?ternel, ils n’auront d’autres choix, peut-on penser, que de mettre un premier pied dans ce monde auquel ils refusent de croire.

Pieds nus dans l’aube, comme l’indique son titre, est le passage de l’enfance au monde adulte, de ses bons c?t?s comme de ses mauvais, de la perte de libert? comme de l’augmentation des responsabilit?s, de l’int?riorisation et du refus, comme de l’ext?riorisation et de l’autorit?. Avant tout, c’est un livre plein de vie, auquel vient se greffer toutes sortes de personnages, qui ont tous un v?cu diff?rent les uns des autres et o? l’innocence est remplac?e par la connaissance. F?lix Leclerc, en toute modestie, ne pr?tend pas conna?tre les r?ponses aux grandes questions que l’humain se pose, mais il en d?montre les enjeux dans cette lutte du quotidien. Ce roman, c’est le reflet d’une jeune soci?t? qui, tr?s t?t, a connu des « ?checs » et qui maintenant, doit se plier et s’adapter au monde des grands. « Pieds nus dans l’aube », c’est le Qu?bec qui pose un pied par terre et qui s’affirme en tant que soci?t? distincte. C’est un petit pas pour l’homme, mais un grand pour l’humilit?.

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