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Picasso: Le prix de tout

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Depuis le mois de mai dernier, « Les Femmes d’Alger » est devenu le tableau le plus cher jamais vendu aux enchères. C’est en effet au prix marteau de 161 millions de dollars (179 millions avec les frais) que la vénérable maison Christie’s à New York adjugea la Version ‘O’ réalisée en 1955 par Picasso et, ce, après 11 longues minutes d’enchères, alors que la moyenne des enchères est de l’ordre des 50 secondes! Le Président mondial de Christie’s, Jussi Pylkkänen, qui devait mener ces enchères ayant ouvert à … 100 millions et qui augmentaient par tranche de 5 millions. Les superlatifs manquent pour qualifier cette vente qui réunit cinq enchérisseurs, dont quatre étaient encore présents à 120 millions de dollars. L’homme le plus rapide, l’immeuble le plus haut… la société raffole des records qui lui servent de référence ou de jauge pour évaluer ce qui a été accompli, ou ce qui reste encore à l’être. Les records, en outre, inspirent et motivent celles et ceux qui cherchent à les pulvériser: un record n’est-il pas dès le départ destiné à être battu?

Un record doit également être remis dans son contexte. A ce titre, « Les Femmes d’Alger », Version ‘O’, de Picasso n’est que le quatrième tableau le plus cher du monde, après « Nafea Faa Ipoipo » de Gauguin et « Les joueurs de cartes » de Cézanne, respectivement acquis à 300 millions $ en février 2015 et à 250 millions $ en avril 2011 par les musées du Qatar. Le troisième tableau le plus cher (avant « Les Femmes d’Alger ») étant « Violet, Vert, Rouge » de Rothko acquis à 140 millions d’euros en août 2014 par Dmitry Rybolovlev. Il est vrai que ces trois précédentes transactions furent de gré à gré tandis que « Les Femmes d’Alger » furent acquises dans le cadre d’enchères publiques. Comme il convient de comparer ce qui est comparable, le précédent record aux enchères était jusque là détenu par les « Trois études de Lucian Freud » de Bacon estimées à 85 millions et vendues en novembre 2013 par Christie’s à 142 millions $.

Quant à la cote de Picasso, ses œuvres les plus chères adjugées lors d’enchères ayant été « Le Rêve » à 155 millions $ en mars 2013 et  » Le garçon à la pipe » à 104 millions $ en mai 2004, préalablement aux « Femmes d’Alger », Version O, dont la série entière (de 15 tableaux) fut achetée en 1956 par les collectionneurs américains Victor et Sally Ganz à…212’500 $. Ils conservèrent ainsi « O » jusqu’en 1997, date à laquelle elle fut vendue aux enchères par Christie’s à un collectionneur séoudien au prix de 32 millions $, qui devait à son tour réaliser un bénéfice de 459% en 17 ans en la revendant en mai dernier ! Si ces sommes sont à l’évidence pharaoniques, elles doivent néanmoins être situées dans leur contexte historique. La constitution de collections prestigieuses fut, de tous temps, l’apanage et le privilège des rois, des grands prélats et des industriels fortunés. La « Madone Benois » de Leonard de Vinci n’avait-elle pas été acquise en 1914 pour la modique somme de 1.5 million $ par le tsar Nicolas II ? Chiffre qui, en données corrigées de l’indice de l’inflation, représente aujourd’hui 35.5 millions $.

Ces records vertigineux semblent surréalistes: il est possible d’acquérir trois Boeing 737 pour le prix des « Femmes d’Alger »… Après tout, celles et ceux capables de s’affronter lors de telles enchères se comptent sur les doigts d’une, voire de deux mains, à travers le monde. A ce titre, de tels records et de tels montants pourraient n’intéresser que quelques heureux élus et n’avoir aucun impact sur le marché de l’art en général. En réalité, ces records agissent comme un baromètre de la température – et donc de l’état de santé – du monde de l’art, comme ils encouragent des vendeurs à céder certaines de leurs œuvres, tout en motivant les acheteurs à augmenter leurs enchères. En outre, la majorité de ces toiles de maîtres et de ces œuvres exceptionnelles fait l’objet d’expositions publiques et souvent de dons aux musées, profitant ainsi au plus grand nombre. Une œuvre d’art n’est pas forcément belle dès lors qu’elle atteint un prix record. En revanche, des montants records sont toujours le prix à payer pour une œuvre d’art sublime. Le tout étant de ne pas confondre prix et esthétique ou, comme le disait bien plus élégamment Oscar Wilde, « le prix de tout et la valeur de rien ».

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