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Centpapiers

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    • Je m'appelle Maxime, mais mes amis m'appellent Manx, à cause de l'Île de Man (que je ne connais pas)... Allez savoir pourquoi. J'étudie en génie des bioressources à l'université McGill et j'aime bien parler d'enjeux environnementaux, d'agriculture ou d'autres sujets. Je mords si on me mord, sinon j'arrive à être gentil.

    Phytoextraction : récolter de l’or avec de la moutarde

    4 décembre 2008 | 2 commentaire(s) | vu 2 875 fois

    Source: Flickr – Wanderingnome

    On dirait que la fleur de moutarde n’est pas la seule chose de jaune qui tourne autour de cette plante. Cela peut vous sembler un peu comme un phénomène de science-fiction, mais aujourd’hui, je vais parler de la phytoextraction de métaux.

    La phytoextraction (dérivé de la phytorémédiation), c’est le processus qui consiste à employer des plantes pour retirer des composantes du sol ou de l’air, et de les emmagasiner dans la plante. Instinctivement, on peut donc considérer que cela permet traditionnellement de décontaminer des sols de métaux lourds, en les absorbant et en permettant, après avoir récolté les plantes, de les extraire et de les traiter comme il se doit. Effectivement, dans plusieurs cas, on utilise des plantes pour retirer des concentrations relativement élevées de métaux sur un très large territoire. On l’utilise donc pour le genre de cas où retirer quelques centaines de tonnes de terre pour les mettre dans un site d’enfouissement adapté n’est pas une alternative très alléchante. Dans les sables bitumineux ou certaines exploitations minières, on connait le pouvoir absorbant des plantes et le rôle qu’elles peuvent jouer pour aider dans l’extraction de métaux.

    Par contre, la phytoextraction peut avoir d’autres utilités. Plusieurs installations de phytoextraction ont récemment été implantées pour récolter des métaux comme le nickel et l’or. Oui, je viens bien de parler d’or. Il est devenu possible, avec les connaissances et les processus actuels, d’extraire de l’or à partir de plantes (dites hyperaccumulatrices) qui emmagasinent une certaine quantité d’or contenue dans le sol (cet or doit être contenu en surface, là où les racines se rendent), et la gardent dans la plante.

    Il faut faire un peu attention; quand je parle d’une plante hyperaccumulatrice, cela ne veut pas dire que les plantes deviennent dorées ou entièrement composées de nickel. Les hyperaccumulatrices de nickel ont un peu moins de 1% de leur masse sèche (en excluant la masse de l’eau contenue dans la plante) en nickel. Pour l’or, la meilleure plante “hyperaccumulatrice” (car elle ne l’est que sous certaines conditions bien précises), c’est la brassica juncea, appelée la “moutarde chinoise”, de son nom commun. Elle n’accumule que 0.001% de sa masse sèche en or.

    Pour extraire un métal de la plante (ces techniques existent et sont utilisées déjà), il existe deux techniques: la première est le procédé de pyrolise à haute température, qui fait “littéralement” brûler la matière organique et laisse un produit similaire à un sol, extrêmement riche en nutrients. Il serait ensuite possible d’extraire l’or de ce sous-produit (le biochar, en anglais… le défaut d’étudier à McGill est qu’on n’en connait pas les termes français). Une autre façon serait de digérer la matière organique avec un acide et d’employer des solvants pour extraire les métaux. C’est un procédé moins intéressant, parce que la pyrolise génère aussi de l’électricité (le procédé de pyrolise suivi de l’enfouissement du biochar est l’un des seuls procédés connus capables de séquestrer le carbone et de produire de l’électricité en absorbant des gaz à effet de serre).

    Une étude récemment publiée en Australie** (très récemment, car elle date d’un journal qui sortira en 2009) montre qu’il serait possible d’obtenir un rendement de 26,000$ Australiens (20,000$ Canadiens) par hectare en exploitant des sols qui sont riches en or. L’étude évalue aussi les endroits potentiels pour implanter une telle industrie, et indique que l’on pourrait y récolter environ 1 kg d’or/ hectare / année (ce n’est pas beaucoup, mais l’or a une valeur d’environ 30,000$/kg).

    La phytoextraction dans l’industrie minière est prometteuse. Elle permettrait d’exploiter des gisements qui ne peuvent pas l’être en ce moment, car ils couvrent une trop grande surface et que le métal est en trop petites concentrations pour justifier une grande opération. Elle permet aussi de générer une matièrement presque pure; dans le cas du nickel, son extraction donne souvent un produit qui doit être purifié pour lui retirer des molécules de souffre qui passaient par là. La plante fait ce travail de filtration elle-même, car elle n’aime pas trop emmagasiner du souffre dans ses racines.

    Ça sonne un peu comme de la science-fiction, d’imaginer que l’on pourrait exploiter des mines comme on cultive un champ de moutarde. Il y a certaines particularités à tenir en compte et des traitements qui suivent ce procédé. Par contre, on voit qu’il y a beaucoup de possibilités dans le monde pour des procédés biologiques efficaces, que l’on peut appliquer à des activités humaines.

    La phytoextraction de l’or est déjà employée au Brésil, dans une ancienne mine d’or maintenant contaminée. On travaille aussi, grâce aux plantes, à en décontaminer le territoire du mercure et de l’extraire. Bien entendu, la phytoextraction est un processus assez long et qui demande des années de récoltes. Les entreprises ont souvent des plans quinquennaux (sur 5 ans) pour décontaminer des sols.

    Pour un petit résumé sur le “phytomining”:

    http://www.ito.ethz.ch/people/robinson/Phytomining.html

    **Source: Harris, A.T., Indicative assessment of the feasibility of Ni and Au phytomining in Australia, Journal of Cleaner Production, v 17, n 2, January, 2009, p 194-200

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  • 2 commentaires

    • antoine

    Bonjour,

    J’ai travaillé quelque temps sur la phytoextraction de l’or en Nouvelle Zélande. C’est vrai que cela fait rêver. Pourtant ce n’est pas si simple. Dans toutes les techniques de phytomanagement, la plante fonctionne comme une pompe biologique. Il est possible de la faire accumuler n’importe quoi du moment que la molécule est biodisponible. L’or un un métal plutôt stable dans le sol qui en tant normal n’est pas accumulé par les plantes. Pour forcer son accumulation il est nécessaire d’utiliser des agents complexant qui vont faire passer l’or dans la solution du sol puis dans la plante. Or le meilleurs agent complexant de l’or est le cyanure. Pour obtenir un rendement de 1kg d’or par hectare il faut répandre une solution de cyanure sur le sol. Le problème est toujours le même en phytoextraction. Pour quelle soit efficace il faut utiliser des chélateurs et/ou agents complexant qui sont chers ou polluants. Je ne pense pas que la phytoextraction de l’or est un avenir… à discuter.

    Ha, voilà qui est très intéressant.
    Je me doutais intérieurement que la phytoextraction de l’or requérrait des plans de fertilisation assez… non-conventionnels (polluants), contentons-nous de le dire ainsi. Possiblement que dans l’avenir, on poursuivra les modifications génétiques du brassica juncea pour que celle-ci nécessite moins de cyanures et de fertilisants, ce qui réduirait les coûts de production. Je m’attends toutefois à ce que la phytoextraction ait un avenir limité et serve de source non-conventionnelle de métaux.

    D’ailleurs, il faut convenir que les dégâts environnementaux des exploitations minières en général, toutes disciplines confondues (et cela inclue le phytomining), ont un impact environnemental certain. Mais je vous remercie de l’information; cela enrichit nos sources d’information ^^.

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