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Publi? aussi sur le site de Louis Pr?fontaine ? Wouaaaaaaaaaaaaaaah! Wouaaaaaaaaaaaaaaaah! ? Les cris ?taient stridents et d?rangeaient la qui?tude habituelle de l??picerie. Sorte de m?lange acide entre une sir?ne atomique et les pleurs d?un enfant qu?on ?gorge, les sons venaient par vagues successives et inondaient de douleur et de consternation la foule bigarr?e des [...]

Pelleter la neige vers l?avant

Publi? aussi sur le site de Louis Pr?fontaine

? Wouaaaaaaaaaaaaaaah! Wouaaaaaaaaaaaaaaaah! ? Les cris ?taient stridents et d?rangeaient la qui?tude habituelle de l??picerie. Sorte de m?lange acide entre une sir?ne atomique et les pleurs d?un enfant qu?on ?gorge, les sons venaient par vagues successives et inondaient de douleur et de consternation la foule bigarr?e des clients habituels h?b?t?s assistant ? ce triste spectacle. ? L?chez-moi, l?chez-moi! Wouaaaaaaaaaaaaah, vous me faites mal ? gueulait la petite dame d?une cinquantaine d?ann?es tout en se d?battant comme un diable tomb? dans l?eau b?nite.

Au bout de quelques minutes de ce man?ge, et alors qu?elle commen?ait ? essayer de frapper les employ?s qui la retenaient, le g?rant a pris les choses en main et l?a plaqu? contre un des comptoirs. Et moi, comme tous les autres, je regardais, avide, avare m?me, l?homme et les deux femmes tenter de retenir celle qui avait ?t? prise ? voler. ?tant arriv? au milieu de la sc?ne, je m?attendais ? ce que d?autres que moi se soient offerts pour aider, mais il semblerait qu?? T?treaultville, c?est le chacun pour soi qui compte.

Je m?offris donc pour donner un coup de main, ou plut?t un coup de bras et de bedaine, ?tant relativement costaud, et je passai ainsi les dix minutes suivantes ? retenir une femme sur un comptoir d??picerie, ? l?emp?cher de bouger et de se faire mal. Le g?rant, lui, ?tait coup? au visage et saignait; la dame lui avait arrach? un morceau du front avec ses oncles. J?esp?rais qu?elle n?avait pas le SIDA. J?esp?rais que la police arriverait rapidement. J?esp?rais que j?arriverais ? la raisonner, et que ma voix la plus douce possible pourrait la convaincre de se tenir tranquille et d?arr?ter de se d?battre.

Ce fut non seulement un soulagement de voir la police arriver, mais ?galement un sentiment du devoir accompli. ? Appelle un transport ? a dit le policier ? son coll?gue. ? Appelez Louis-H. Lafontaine a r?pondu la femme ?. Moi, simple citoyen, j?avais aid?, gratuitement et sans rien demander en retour, la loi ? s?appliquer. J?avais aid? des employ?es moins fortes que moi, j?avais contribu? ? restaurer la paix, j?avais donn? mes coordonn?es ? la police en m?offrant comme t?moin et j??tais reparti, le torse bomb?, vers d?autres aventures moins ?piques. ? une semaine de mon d?part vers Laval, j?avais finalement eu maille ? partir avec la client?le de Louis-Hippolyte Lafontaine et moi, Louis Pr?fontaine, j??tais venu, j?avais vu et j?avais vaincu.

Un autre portrait

Pourtant, loin de l?h?ro?sme d?avoir contribu? ? ma?triser une femme ayant manifestement besoin de soins psychiatriques plus appropri?s, une pens?e s?est impos?e ? moi: ? Comment se fait-il que cette femme soit dans la rue? ? Elle ?tait malade, vraiment. Et je dis cela parce que je n?aime pas le mot ??folle ?. Je la tenais, je lui parlais, et elle criait; une heure apr?s, j?ai encore des acouph?nes tellement elle a hurl?. Cette femme n?aurait pas d? ?tre dans la rue. Qu?elle subisse des traitements ? Louis-H. Lafontaine est un bon pas, mais on n?aurait s?rement pas d? la laisser sortir, m?me pour la journ?e.

Or, pourquoi tant de personnes ayant besoin de soins sont-elles ainsi envoy?es dans la rue? ? cause de ce que j?aurais envie d?appeler le ??grand pelletage en avant ? qui consiste ? sauver de l?argent en renvoyant le monde des h?pitaux.? Et qu?importe o? serait ce ? ailleurs ?: viens te faire soigner une fois par semaine, et organise-toi le reste du temps!? Dit autrement, on appelle cela d?sinstitutionnalisation. C?est ce genre de politique, mise de l?avant par des gouvernements souvent plus d?sireux de sauver de l?argent face ? des gens qu?on pr?f?re oublier, qui ont fait passer le nombre de lits, Louis-H. Lafontaine, de plus de 6000 en 1960 ? pr?s de 650?quatre d?cennies plus tard.

Dans les faits, je me demande si le jeu en vaut la chandelle. Imaginons, un instant. Imaginons que la femme ait ?t? sidatique, et que le g?rant du IGA Hochelaga soit maintenant s?ropositif. Combien est-ce que ?a co?terait pour le traiter? Et si, en se d?battant, elle m?avait crev? un oeil; qui aurait pay? pour s?occuper de moi ensuite? Et combien co?tera la proc?dure d?arrestation, la mise en accusation, le passage devant le juge? Quel est ce co?t, dites-moi?

Le pelletage en avant, c?est cette folie consistant ? croire qu?on puisse ?conomiser de l?argent en ??coupant dans le gras ? sans m?me s?int?resser ? ce que ce gras signifie. Souvent, le ??gras ?, c?est ce qui permet de sauver de l?argent plus tard. Le ??gras ?, c?est un accident de moins, une agression de moins, une incarc?ration de moins, une visite ? l?h?pital de moins. Croyez-vous que le g?rant du IGA, lorsqu?il se couchera ce soir, n?aimerait pas avoir ce gras suppl?mentaire, alors qu?il se questionnera quant ? savoir si la femme ?tait sidatique?

Que ce soit avec la d?sinstitutionnalisation, avec la taxe-Charest sur la sant? de 200$ ou avec le ticket-mod?rateur, on assiste au m?me pelletage vers l?avant. On gratte les fonds de tiroir sans consid?ration pour les cons?quences de ces gestes. On ?conomise maintenant, mais on se fout de savoir si cette ?conomie se traduira par des gens plus malades plus tard et qui co?teront encore plus cher ? soigner. On ne veut pas savoir si des individus mourront faute de soin, si des commerces perdront de l?argent ? cause de crises de folie ou du coeur qui auraient pu ?tre trait?es plus t?t. On ne veut rien savoir: on prend la neige, et on la lance vers l?avant. Que les prochaines g?n?rations vivent avec les cons?quences!

Je ne suis qu?un simple citoyen, j?ai fait mon devoir, mais je n?aurais pas d? avoir ? le faire. Cette femme n?avait pas sa place dans la rue, et si rien de grave ne s?est produit, c?est peut-?tre un hasard, mais quelqu?un, quelque part, subit peut-?tre les cons?quences d?un tel pelletage vers l?avant et, sans m?me qu?on le sache, constitue ce gras que l?on coupe et ?limine si d?daigneusement.

Louis Pr?fontaine


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    Bonjour Louis

    Parce que je suis plus vieux, j’ai maintenant une autre dimension dans mon exasperation: celle du temps qui passe et qui prouve que l’on ne règlera JAMAIS nos problèmes, parce que l’on ne bouge pas ou que, si l’on bouge, c’est dans la mauvaise direction !

    Le lien ci-dessous mène à une article que j’ai écrit il y a TREIZE (13) ANS. Vous dites aujourd’hui en d’autres mots, essentiellement la même chose… Si quelqu’un ne s’énerve pas sérieusement, votre article, dans treize ans, pourra s’inscrire au florilège de tout ce qui aura alors été dit pour rien sur cette question, comme sur tant d’autres sujets…

    Peut-être que le résultat net de la désinstitutionnalisation sera de mettre un jour sur le trottoir celui qui s’énervera et fera bouger les choses… ! Bien triste d’en être rendu là.

    http://www.nouvellesociete.org/5010.html

    http://nouvellesociete.wordpress.com/2008/03/10/010-antidesinstitutionnalisation…-ouf/

    PIerre JC Allard