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Pas de fermeture pour la chasse aux Roms

Un campement ? Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), le 6 ao?t 2012.

Un campement ? Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), le 6 ao?t 2012. (Photo Jean-Michel Sicot)

Comme ? Villeurbanne hier, les ?vacuations se multiplient. Pourtant, les associations notent une ?volution au minist?re de l?Int?rieur.

Par?MICHEL HENRY

La place Charles-de-Gaulle ? Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne) n?appara?t pas sur Google Maps. C?est une place en terre battue au centre de plusieurs dizaines de cabanes en planches et b?ches plastique. A l?int?rieur, il y a g?n?ralement un lit pour les parents, un autre pour les enfants, un po?le ? p?trole, parfois. Il y a des all?es nettoy?es et une place au milieu des baraquements, la place Charles-de-Gaulle donc,??hommage ? la France?.?Un campement de Roms ? l?ombre de la cit? Gagarine et en contrebas de ligne?C du RER, ? deux pas du centre-ville. Ils se sont install?s ici apr?s l?incendie de leur camp. Ils sont plus de 200, dont une majorit? d?enfants.

A Ivry, d?marche plut?t rare, la mairie communiste leur fournit un minimum de soutien logistique pour contenir la mis?re. Ils ont de l?eau et des bennes ? ordures. Un collectif d?habitants tr?s pr?sent les accompagne, notamment pour les soins et la scolarisation des enfants. Dans quelques mois, un an au plus tard, ils devront quitter ce terrain, qui doit accueillir un projet de logements sociaux. Les enfants seront ? nouveau d?scolaris?s. Les baraquements ? reconstruire ailleurs. Sacha Kleinberg, membre du collectif de soutien, se d?sesp?re :?Quand on sait la difficult? que cela repr?sente d?arriver ? mettre ces enfants ? l??cole, il y a de fortes chances que, d?plac?s une nouvelle fois, ils ne retentent plus.??Il ajoute 😕?D?placer des gens n?est pas une politique.?

Il ne se passe pourtant plus un jour sans qu?un campement ou un squat ne soit d?mantel? par la police dans les principales agglom?rations fran?aises. Conform?ment ? ce qu?a annonc? le?25?juillet Manuel Valls, qui veut faire appliquer les d?cisions d?expulsion prononc?es par la justice. Selon le minist?re de l?Int?rieur,??ces d?mant?lements doivent se faire en concertation avec les ?lus locaux et les associations?.?Dans la r?alit?, ce n?est pas le cas.

?Ils sont pouss?s vers les stations de?RER les plus proches et se dispersent dans la nature. Certains iront reconstituer d?autres campements ailleurs. Toujours plus loin, plus isol?s?,?d?plore Malik Salemkour, vice-pr?sident de la Ligue des droits de l?homme et animateur du Collectif Romeurope.

Les ?vacuations, ces derniers jours, dans l?agglom?ration lyonnaise en sont la parfaite illustration. Hier, la police a expuls? deux squats ? Villeurbanne, apr?s un premier ? Vaulx-en-Velin, lundi.??A 7 h 15, on a vu arriver une dizaine de cars de police,?raconte Gilberte Renard, d?un collectif de soutien lyonnais.?Les familles ?taient toutes l?. Elles attendaient avec une sorte de fatalisme.??Les forces de l?ordre ont proc?d? ? des contr?les d?identit?, et mis tout le monde sur le trottoir. A 9 h 30, rebelote. Un autre campement est d?mantel?. Une trentaine de Roms se retrouvent ? leur tour sur le trottoir.

Un charter pour la Roumanie serait pr?vu, demain, au d?part de l?a?roport Lyon-Saint-Exup?ry. La police serait pass?e, lundi, sur diff?rents campements, pour inciter les Roms ? monter dans l?avion. D?apr?s Gilberte Renard,??beaucoup de personnes ont sign?, car elles ne savent pas o? aller?.?Cette politique men?e par le pr?c?dent gouvernement a pourtant montr? ses limites, beaucoup de ces expuls?s ?volontaires? revenant en France apr?s un bref passage dans une Roumanie sinistr?e.

Les cons?quences n?fastes des?d?mant?lements

En Seine-Saint-Denis, d?partement o? vivent pr?s du quart des Roms en France, M?decins du monde et Premi?re urgence-aide m?dicale internationale (PU-AMI) ont mis en place un suivi sanitaire de ces populations. Les d?mant?lements brutaux leur sapent le?travail.??Ils partent sans leurs papiers m?dicaux, sans leur traitement, et nous ne savons pas o? ils vont. Cela a des cons?quences sur leur sant?, mais cela pose aussi un probl?me de sant? publique. Nous avons des personnes trait?es pour la tuberculose et qui interrompent leur traitement, ce n?est pas rien?,?explique H?l?ne Trachez, responsable de la?mission France pour PU-AMI. Mercredi dernier, lorsque ses ?quipes sont arriv?es sur le terrain de La?Courneuve, o? vivaient 150?Roms, les pelleteuses ?taient l?. L?association ignore o? se trouvent aujourd?hui les personnes qu?elle suivait.

Un changement de ton Place Beauvau

Apr?s les d?clarations de Manuel Valls sur les d?mant?lements, le Collectif Romeurope avait vivement d?nonc? les dangers de cette politique d?expulsions op?r?es sans le moindre accompagnement social. Et rappel? la lettre qu?un certain Fran?ois Hollande, candidat ? la pr?sidence, leur avait adress?e en mars 😕?Je souhaite que, lorsqu?un campement insalubre est d?mantel?, des solutions alternatives soient propos?es. On ne peut pas continuer ? accepter que des familles soient chass?es d?un endroit sans solution.??Le petit rappel de cette citation a eu son effet.

Trois jours plus tard, des membres du Collectif Romeurope ?tait re?u par le cabinet du minist?re de l?Int?rieur. Ils en sont ressortis avec le sentiment d?avoir ?t???tr?s ?cout?s?. ?Durant deux heures et demie de r?union, il n?a jamais ?t? question de d?linquance, nous avons parl? de logement, de scolarisation, des mesures transitoires. C?est une rupture de ton consid?rable par rapport au pr?c?dent gouvernement. On n?est plus dans la stigmatisation, on remet le sujet ? sa juste proportion?,?r?sume Malik Salemkour.

Le probl?me de l?interdiction de travail

Une??proportion??stable depuis une vingtaine d?ann?es, malgr? les expulsions : 15 000 ? 20 000?Roms vivraient en France, la moiti? en r?gion parisienne, les autres principalement autour de Lille, Lyon et Marseille. Une population extr?mement h?t?rog?ne, dont le seul point commun est de vivre dans une extr?me pauvret?. Et de ne pas pouvoir travailler : les ressortissants roumains et bulgares, citoyens europ?ens depuis?2007, font l?objet jusqu?au 31?d?cembre 2013 de??mesures transitoires?qui, de fait, les excluent du march? du travail.

Fran?ois Hollande, dans le m?me courrier de mars, avait promis??d??tudier??la question. Selon nos informations, le minist?re de l?Int?rieur est en train de travailler sur un assouplissement des crit?res d?acc?s ? l?emploi pour ces populations. Selon le cabinet de Manuel Valls, des propositions pourraient ?tre faites??dans les prochaines semaines?.

Dans l?entourage du ministre de l?Int?rieur, on insiste cependant sur le fait que le droit au travail??ne r?soudrait pas tous les probl?mes??et que la question de l?int?gration des Roms ne se limite pas ? cette seule dimension. On cite notamment les difficult?s de scolarisation des enfants. Selon Malik Salemkour,??le droit au travail est pourtant un levier fondamental. Le syst?me, tel qu?il est aujourd?hui, condamne les Roms ? la?mendicit? et met ? mal toutes les tentatives d?insertion?.

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