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Parti th?orique fran?ais (2) : une course de lenteur qui a mal fini en 2007

Ce 21 mai 2008, plus personne ne devrait c?l?brer le 27e anniversaire de la prise de fonction du Pr?sident Fran?ois Mitterrand. Pourtant, sa victoire ?tait l’une des rares d’un leader socialiste depuis le d?but de la R?publique fran?aise. La deuxi?me sur les quatre de l’histoire de France (1936, 1981, 1988 et 1997) si on exclut la victoire en f?vrier 1956 du Front r?publicain mettant ? la t?te du gouvernement fran?ais Guy Mollet (23 ans secr?taire g?n?ral de la SFIO !).

Comme je l’ai ?voqu? pr?c?demment, le congr?s de Reims du PS pr?vu du 14 au 16 novembre 2008 ne constituera en aucune mani?re la clarification doctrinaire tant demand?e par l’?lectorat. Sa d?claration de principes renouvel?e laisse enti?res les ambigu?t?s qui pr?valaient d?j? ? la fin de l’Union de la gauche en ?t? 1977 et plus encore depuis les premi?res mesures de rigueur budg?taire impos?es aux Fran?ais par Fran?ois Mitterrand, Pierre Mauroy et Jacques Delors en juin 1982 et en mars 1983.

Depuis, le Parti socialiste vit dans une autre de schizophr?nie qui le fait gouverner, avec ou sans les communistes, dans une acceptation de la r?alit? ?conomique (le contexte mondial donne finalement peu de poids au pouvoir politique) tout en continuant, aujourd’hui encore pour certains de ses membres, ? tenir un discours anticapitaliste primaire et parfois anti-europ?en qui sonne d’autant plus faux et creux que s’esquissent des arri?re-pens?es pr?sidentielles.

Et pourtant, la situation ?conomique et sociale actuelle et les errements improvis?s du pouvoir actuel pourraient conforter le principal parti d’opposition, dont la puissance est suffisante pour faire capoter la r?forme des institutions (il semblerait d’ailleurs qu’avec l’?chec rapide ce 20 mai 2008 de la proposition de r?forme des ?lections s?natoriales pr?sent?e par les socialistes, les socialistes voteraient contre la r?vision constitutionnelle).

Encore faudrait-il que ce parti n’ait plus peur des mots, quitte sa phras?ologie du pass? et couche sur le papier une id?ologie plus coh?rente pour le XXIe si?cle que pour le XIXe si?cle.

L’absence de leadership au PS, une maladie pourtant qui se soigne

La p?riode d’interr?gne de leadership du PS entre 1993 et 1995 avait montr? le fond du pr?cipice : usure de trois premiers secr?taires en un temps record (Laurent Fabius, Michel Rocard, Henri Emmanuelli), mort politique de Michel Rocard, l’?ternel candidat populaire de la deuxi?me gauche (tu? par des ?lections europ?ennes catastrophiques en juin 1994), suicide de l’ancien Premier Ministre Pierre B?r?govoy qui pr?figura la fin de r?gne chaotique de Fran?ois Mitterrand… mais aussi la possibilit? de remonter tr?s vite avec la victoire surprise de Lionel Jospin aux ?lections l?gislatives anticip?es de juin 1997.

Et cette remont?e ?clair s’?tait r?alis?e sans travail de fond doctrinaire.

L’apr?s-Jospin

C’est donc dans ce contexte, la n?cessit? d’un nouvel homme fort apr?s Mitterrand et Jospin, que la bataille des ?curies pr?sidentielles a pris toute sa signification.

On se souvient que Lionel Jospin avait plac? dans son gouvernement ses deux dauphins potentiels : Martine Aubry et Dominique Strauss-Kahn (qui ont tous les deux quitt? le gouvernement avant la fin de la l?gislature) et que le rival habituel de Lionel Jospin ?tait Laurent Fabius.

Il ?tait donc probable qu’apr?s l’?chec lamentable de Lionel Jospin en avril 2002, le futur candidat socialiste en 2007 f?t parmi ces trois derni?res personnalit?s : Martine Aubry, Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius.

La mollesse politique de Dominique Strauss-Kahn

Martine Aubry, devenue impopulaire m?me ? Lille ? l’?poque (« la dame des 35 heures » selon un livre tr?s ac?r? de Philippe Alexandre) et Laurent Fabius ayant compl?tement d?jant? avec sa position hypocrite et ?lectoraliste contre le Trait? Constitutionnel Europ?en en 2005, Dominique Strauss-Kahn, dont on bl?me le dilettantisme, aurait d? avoir un boulevard pour se pr?senter ? l’?lection pr?sidentielle de 2007.

Au lieu de boulevard, il n’a eu qu’une impasse qui pesait seulement un cinqui?me des adh?rents du Parti socialiste. Pourquoi donc ? La r?ponse est pourtant claire.

Car Dominique Strauss-Kahn a fait comme tous les autres ?l?phants du PS, ? savoir, une course de lenteur. Ils ont cru bien innocemment que moins ils d?couvraient leur ambition pr?sidentielle, moins ils prenaient de risque.

Ce qu’aurait d? faire Dominique Strauss-Kahn, et sans beaucoup de risque de se tromper puisque Lionel Jospin avait officiellement quitt? la sc?ne, c’?tait en automne 2002 faire une grande conf?rence de presse et annoncer, d’une part, qu’il ?tait candidat ? l’?lection pr?sidentielle, et d’autre part, qu’il ?tait pr?t ? prendre les commandes d’un parti abandonn? ? Fran?ois Hollande.

Quand on regarde bien les choses, c’est ? peu pr?s ce qu’a fait Nicolas Sarkozy d?s la r??lection de Jacques Chirac en 2002, ? savoir : affirmation publique et r?p?t?e de son ambition pr?sidentielle (‘j’y pense en me rasant’) et conqu?te de l’UMP. Petit ? petit, Nicolas Sarkozy a pu ?carter tous les rivaux possibles (Alain Jupp?, Dominique de Villepin, Mich?le Alliot-Marie, Jean-Louis Borloo…).

Un sc?nario satisfaisant toutes les ambitions (et donc aucune)

Au lieu de cela, Dominique Strauss-Kahn a pr?f?r? laisser filer le temps, estimant qu’au dernier moment, il deviendrait l’homme providentiel des socialistes.

Il faut dire ? sa d?charge que ce sc?nario avait ?t? ?crit par Fran?ois Hollande, qu’on pourrait qualifier de ‘Guy Mollet des ann?es 2000’, mais dans un autre but : que Fran?ois Hollande lui-m?me dev?nt au dernier moment le candidat de la synth?se.

Lionel Jospin jouait aussi dans un silence renforc? pour un improbable retour, jouant avec maladresse le ‘De Gaulle socialiste de pacotille’.

Fabius autoconsum?

Seul Laurent Fabius avait avanc? ses pions, mais ? contre-courant. Lui, le Ministre des Finances qui fixa la parit? d?finitive du franc et de l’euro, lui qui r?ussit avec brio ? faire admettre les pi?ces et les billets en euros (un projet tr?s ambitieux qui bouleversait les habitudes s?culaires des Fran?ais), il se retrouvait dans la cour anti-europ?enne ? taper sur l’Europe et ? laisser entrevoir un faux plan B (qui n’est finalement rien d’autre que le Trait? de Lisbonne dont les int?r?ts fran?ais ont ?t? moins bien int?gr?s que dans le TCE lui-m?me).

Le probl?me de Laurent Fabius, « le plus jeune Premier Ministre que j’ai donn? ? la France » (37 ans ? Matignon), c’est qu’il en est rest? ? l’?cole de Mitterrand, qui veut qu’on conquiert le Parti socialiste toujours par sa gauche (Mitterrand avec Chev?nement contre Rocard et Mauroy en 1979 par exemple). Donc, en 2005, Fabius a agi de la m?me mani?re dans l’optique de 2007.

Laurent Fabius, une intelligence et une ambition g?ch?es de m?me ordre que celle d’Alain Jupp?. Son ?chec aux primaires du PS en 2006 ne faisait aucun doute et curieusement, c’?tait lui qui jouait le plus ‘collectif’ alors qu’il aurait pu sans doute d?cider de quitter un parti inutile et se pr?senter sous ses propres couleurs.

Quant aux autres vieux grognards du mitterrandisme oubli?, comme Jack Lang, ils pensaient, eux aussi, ?tre les potentiels sauveurs d’un parti sans vie.

Un destin royal ? l’horizon

Parall?lement ? tous ces calculs de lenteur, une sous-ministre imaginait un sc?nario du tonnerre… ? c?t? de ces mastodontes, une petite souris (qui deviendra vite un ?l?phant comme les autres), S?gol?ne Royal, a vite compris tout le poids des m?dias pour se faire une notori?t?.

En ?tant d?sign?e candidate ? l’?lection pr?sidentielle en novembre 2006, elle avait r?ussi la course de lenteur des ?l?phants socialistes. Depuis ce moment, elle se croit l’h?riti?re de Fran?ois Mitterrand qui a d? attendre trois ?lections avant de gagner.

S?gol?ne Royal y croit dur comme fer : elle a su mobiliser les ?lecteurs socialistes, imposer une nouvelle donne avec sa laborieuse d?mocratie participative et pense que le PS va devoir compter avec elle et sur elle pendant une ou deux d?cennies…

Mais tout le monde, au PS, n’est pas d’accord avec cette perspective…

Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 mai 2008)

Pour aller plus loin :

Interview de Fran?ois Rebsamen (d?put?-maire de Dijon) sur le fonctionnement du PS.

(Prochain article : la pr?paration de 2012)

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